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Mohamed Abdel Aziz renonce à un 3ème mandat et ouvre un boulevard vers une transmission pacifique du pouvoir

En stoppant net les tentatives entreprises par certains députés pour la révision de la Constitution dans ses articles limitatifs du mandat présidentiel à deux, Mohamed Abdel Aziz vient de lever toute équivoque sur son intention de briguer un troisième mandat, ce qui ouvre la voie vers une transmission pacifique du pouvoir en 2019 en Mauritanie.

Le Président Mohamed Abdel Aziz

Le peuple mauritanien, rongé depuis des jours par le doute sur le 3ème mandat du Président Mohamed Abdel Aziz, a été pris de court ce mardi 15 janvier 2019 par le communiqué de la Présidence de la République mettant fin aux initiatives prises par un grand nombre de députés de la majorité, pour amender la Constitution en ses articles 26, 28 et 99 limitant et verrouillant le nombre de mandat du président de la République.  En effet, le communiqué stipule que «Son Excellence le Président de la République rappelle sa position constante qu’il avait déclinée dans de nombreuses occasions, en l’occurrence sa détermination à respecter la Constitution du pays et son rejet de tout amendement constitutionnel portant atteinte aux articles 26, 28 et 99 de la Constitution », et de poursuivre «de ce fait, Son Excellence le Président de la République appelle à mettre fin à toutes les initiatives relatives à la révision des articles de la Constitution susmentionné ».

Pr. Lô Gourmo, vice-président du parti de l’opposition Union des Forces du Progrès (UPF) a écrit sur sa page facebook : «l’opposition démocratique doit présenter au peuple, au plus vite, sa vision de l’alternance, son programme de gouvernance pour l’ étape qui s’ouvre au pays avec le départ de M. Ould Abdel Aziz, s’appuyant sur la nécessité de panser les plaies et de réconcilier les mauritaniens en tournant la page des déchirements, tout en amorçant un véritable processus de développement inclusif au bénéfice particulièrement des déshérités et des laissés pour compte, et de la grande majorité des mauritaniens en général ».

Nana Mint Mohamed Laghdaf, député et icône de l’opposition, cadre du parti Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD), a également écrit : «je crois sincèrement qu’il faut féliciter les honorables députés issus du camp du pouvoir qui ont catégoriquement refusé de comploter contre la Constitution. Cette attitude hautement patriotique mérite toutes nos félicitations. On ne doit jamais être solidaire de son camp pour comploter contre le texte fondamental du pays et contre le principe essentiel de la démocratie que représente l’alternance démocratique».

Pour MBareck Ould Beyrouk, conseiller à la Présidence de la République et soutien indéfectible de Mohamed Ould Abdel Aziz : «Il a fallu cette déclaration solennelle pour qu’ils (les Mauritaniens : ndlr) puissent enfin accepter ce qui pour eux a toujours été impensable. Il est vrai qu’en Afrique on meurt souvent en s’accrochant au pouvoir si on en est pas délogé par des soldats.  Il est vrai que plusieurs thuriféraires du régime ont appelé avec forces démonstrations à un troisième mandat. Il est vrai qu’une majorité de députés de la majorité s’était organisée pour une modification du texte constitutionnel. Mais l’homme est demeuré inébranlablement respectueux de la Constitution et de la parole qu’il a donnée. Je l’ai répété pourtant plusieurs fois à mes amis de la majorité comme de l’opposition: Ould Abdel Aziz est trop fidèle à lui-même pour se renier, mais on riait de moi, on me traitait d’idéaliste».

Dane ahmed Ethmane, député de la majorité s’est aussi exprimé. «Remerciements au Président de la République pour son respect de la Constitution. Sage décision», a-t-il écrit sur son mur.

Pendant que d’aucuns s’inclinent devant la clairvoyance de Mohamed Abdel Aziz, saluant en lui le garant de la Constitution, respectueux du serment contenu dans l’article 29 de ne «point prendre ni soutenir, directement ou indirectement, une initiative qui pourrait conduire à la révision des dispositions constitutionnelles relatives à la durée du mandat présidentiel et au régime de son renouvellement, prévues aux articles 26 et 28 de la présente Constitution», d’autres trouvent que Mohamed Abdel Aziz a renoncé à une tentative pour un 3ème mandat qu’il  aurait suscité et soutenu, face à la forte opposition au sein de son propre camp, s’il n’a été poussé dehors par l’Armée.

Quelques soient les supputations et les arguments avancés pour expliquer la décision prise par le Président Mohamed Abdel Aziz, la Mauritanie s’achemine pour la deuxième fois de son histoire, vers une transmission pacifique du pouvoir. La première fois c’était en 2007, lors des élections présidentielles clôturant une courte transition politique consécutive au coup d’état du 6 août 2005 ayant mis fin au long règne de Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya. A l’époque, la junte militaire au pouvoir, le Comité Militaire pour la Justice et la Démocratie (CMJD), sous la houlette du défunt Ely Ould Mohamed Vall, avait organisé des présidentielles où les candidats étaient tous hors du pouvoir. Une expérience démocratique qui avait tourné court, alors que le monde entier saluait un exemple à suivre. En 2009, le régime de Sidi Ould Cheikh Abdallahi qui n’avait duré que quelques mois, a été renversé par Mohamed Abdel Aziz qui l’avait pourtant porté au faîte du pouvoir. Après plus de dix ans de règne, ce dernier vient ainsi de décider de remettre le pouvoir en jeu, au cours  de consultations cruciales prévues en juin 2019. Comme en 2007 où il avait pesé de tout son poids pour l’élection de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, Aziz sera-t-il neutre dans sa propre succession ? N’a-t-il pas lui-même affirmé qu’il quittera le pouvoir mais pas la politique et qu’il soutiendra un candidat ? Une affirmation qui fait germer aujourd’hui l’idée d’un dauphin qu’il s’attèlera à hisser sur le fauteuil qu’il lui abandonnera.

Cheikh Aïdara


«Je suis un nouveau député qui viens avec un nouveau style» Dixit Birame Dah Abeid

L’immense cour du domicile de Birame Dah Abeid, président de l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) et non moins député, a refusé du monde, ce mercredi 2 janvier 2019, soit deux jours après sa libération, aux termes d’un procès qui a duré dix-neuf heures d’affilée.  Cette première conférence de presse du leader antiesclavagiste avait attiré plusieurs dizaines de militants et sympathisants mais aussi une pléthore de journalistes de divers médias.

Birame Dah Abeid au cours de la conférence de presse (Crédit Aidara)

Birame Dah Abeid a fustigé un régime politique qui a pillé les richesses du pays, appauvri les citoyens, semé la discorde et la mésentente entre les différentes composantes du peuple mauritanien. Il a accusé aussi le régime d’avoir fait de la torture et de la répression policière une arme pour brimer toute expression libre, et d’avoir fait de la magistrature et des juges une armée de serviteurs pour assouvir ses desseins plutôt qu’à appliquer la saine justice.

Il a passé en revue la genèse du mouvement IRA, son ancrage populaire et sa force de revendication, jusqu’à son éclosion sur le plan international. De là, le combat sans merci que le régime va mener contre ce mouvement, de sa non reconnaissance officielle en tant qu’organisation, jusqu’à la guerre diplomatique qu’il va mener et perdre sur le plan international. Birame a également mis en exergue le refus des autorités de reconnaître le parti RAG, issu des rangs d’IRA. Selon lui, le régime a tout fait pour radicaliser le mouvement, le pousser vers la violence ou vers l’exil, sans succès.

La patience du pouvoir va arriver à son summum, suite à l’union inattendue que Birame parviendra à tisser avec le parti Sawab d’obédience baasiste, selon lui. Cette alliance que beaucoup considère comme contre-nature, a été d’après Birame, la raison qui a poussé la police politique à manigancer son arrestation avant les échéances pour l’empêcher de participer à la campagne électorale. «Alors que j’étais couché dans l’obscurité de ma cellule de prison, et que les candidats aux élections multipliaient les campagnes, ne sachant s’ils vont gagner ou pas, j’avais la conscience tranquille que j’allais entrer dans l’hémicycle du Parlement avec force » dira Birame, soulevant un tollé de «Allahou Akbar».

Une partie de l’assistanc

Par rapport à la marche envisagée par le parti au pouvoir, l’UPR, contre «le discours extrémiste et la haine», Birame dira que cette marche dont il ne sait ce qu’elle va réserver, doit d’abord régler «l’extrémisme et la haine qui sourdent de ce rassemblement».

Répondant à une question relative à son style langagier qu’il doit revoir pour le rendre conforme au respectueusement correct, Birame dira qu’en tant que député et homme politique nouveau, il apportera un style tout aussi nouveau. «Mon langage vous plaît ?» lança-t-il à ses partisans qui répondirent dans un cri de tonnerre «il est savoureux ».  Alors, tout souriant, Birame lança «comme mes militants trouvent mon discours savoureux, j’espère que les autres aussi arriveront à l’aimer».

Birame Dah Abeid s’est dit préoccupé par l’état de la justice, soulignant qu’un «pays sans justice, c’est la porte ouverte au chaos », revenant sur les péripéties de son procès et les échanges qu’il a eu avec le Procureur et le président du tribunal. «Je n’ai pas assisté au procès ni à la lecture du verdict qui s’est faite dans une salle déserte, sans public, sans prévenus et sans avocats». Selon lui, le journaliste auteur de la plainte contre lui est une victime qui a été utilisée par les Renseignements Généraux tout au long de ce processus. «C’est eux qui lui avaient demandé de déposer plainte et ce sont eux aussi qui lui ont demandé de la retirer. Sinon, je ne vois pas pourquoi le retrait de la plainte alors que je ne suis pas revenu sur mes paroles et je n’ai pas demandé d’excuses ».

Birame a aussi réitéré sa volonté de se présenter aux élections présidentielles de 2019, avec le soutien du parti Sawab, tout en n’excluant pas de possibles alliances avec d’autres partis et mouvances pour un soutien à sa candidature.

Cheikh Aïdara

 


Arrêt des services de l’Avion Humanitaire de l’ONU, près d’un demi-million de citoyens et plus de 50.000 réfugiés maliens menacés

Les services de l’avion humanitaire de l’ONU en Mauritanie cesseront ce 31 décembre 2018, mettant en péril la vie de près d’un demi-million de citoyens mauritaniens et celle de plus de 50.000 réfugiés maliens qui ne vivent que de l’aide apportée par plus d’une trentaine d’ONG nationales et internationales travaillant dans l’humanitaire. En plus des restrictions provenant des autorités mauritaniennes, est mis en cause, le manque de financements pour continuer les opérations de secours.

Image d’illustration

Après l’alerte lancée par ROSA (voir https://cridem.org/C_Info.php?article=718405) sur l’arrêt des services de l’Avion Humanitaire des Nations Unies en Mauritanie, voilà que cette déclaration vient compléter les efforts de l’Equipe Humanitaire Pays qui, par la voix du Représentant résident des Nations Unies en Mauritanie, vient de s’adresser aux partenaires dans ce sens. Ces derniers ainsi que la société civile  tirent ainsi l’alarme sur les conséquences de cet arrêt sur le travail de plus d’une trentaine d’organisations nationales et internationales travaillant dans le domaine humanitaire au profit d’environ un demi-million de citoyens mauritaniens souffrant de malnutrition et d’insécurité alimentaire, en plus des réfugiés maliens à MBerra.

Zones d’intervention

Les services de l’Avion Humanitaire des Nations Unies assuraient les liaisons entre Nouakchott-Kiffa-Aïoun-Néma pour venir au secours de populations affectées par l’insécurité alimentaire liée à la sous production agropastorale  et l’appui aux réfugiés maliens du camp de MBerra. Ils permettent également le déploiement rapide du personnel humanitaire sur le terrain et leur évacuation en cas de besoin médical. Ces services sont jugés comme fournissant le moyen de transport le plus économique, le plus sûr et le plus efficaces pour les opérations humanitaires et les actions de développement.

Selon les données distillées par l’Equipe Humanitaire Pays, constituée d’institutions des Nations-Unies, d’ONG nationales et internationales en plus de l’Etat, 11 Wilayas sur les 13 en Mauritanie sont en phase de sous pression, dont 7 Wilayas en phase de crise et 4 en sous pression alimentaire, soit 226.932 personnes, en période courante (octobre-décembre 2018), avec 574.602 personnes qui risquent de basculer dans l’insécurité alimentaire sévère d’ici juin 2019. Ce qui nécessite le déplacement fréquent du personnel d’urgence et humanitaire dans les zones concernées. En 2018, ce service aérien a permis le transport de 1.930 passagers humanitaires dans les régions les plus difficiles d’accès.

Absence de fonds et blocages de l’Etat

Parmi les causes à l’arrêt des services de l’avion humanitaire des Nations Unies, les restrictions imposées par l’Etat mauritanien fixant au 24 décembre 2018 l’arrêt définitif de ces services, avec comme début d’entame des procédures le 15 décembre dernier. Avec la fermeture de l’aéroport de Néma pour travaux de maintenance, seul celui de Kiffa reste opérationnel grâce à une autorisation temporaire accordée par les autorités. Ces dernières empêchent en effet l’utilisation des autres aéroports, Aïoun, Kaédi et Sélibabyi, ce qui entrave gravement le déplacement du personnel humanitaire qui risque d’être dans l’impossibilité de secourir les populations menacées et en particulier, les réfugiés maliens de MBerra. Ajouté à ces restrictions imposées par l’Etat mauritanien, l’absence de financements jusqu’au premier semestre de l’année 2019.

L’Equipe Pays vient ainsi de lancer l’alerte sur l’arrêt définitif de ses opérations le31 décembre 2018 si aucun nouveau financement ou engagement n’est reçu, mettant les bailleurs internationaux et la communauté internationale devant leurs responsabilités. Déjà, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) a lancé, depuis lundi 17 décembre 2018, les procédures d’arrêt des services aériens, compte-tenu des délais de préavis obligatoire de deux semaines. Ainsi, une trentaine d’organisations humanitaires et de développement n’auront plus accès aux zones les plus reculées du pays. Ce qui va créer une situation critique pour les bénéficiaires immédiats des programmes.

Appels à l’aide d’urgence

En 2018, les contributions des bailleurs se sont élevées à 2,2 millions de dollars U.S sur les 3,3 millions de dollars nécessaires, selon les données disponibles de l’Equipe Humanitaire Pays.  Le PAM coûte à lui seul 250.000 dollars U.S par mois pour mener les opérations des Nations Unies à l’aide d’un avion humanitaire. Ainsi, tout engagement de plus d’un quart de million de dollars (0, 250 millions) permettra de demander une avance interne au PAM pour combler le gap jusqu’au premier trimestre 2019, si des fonds supplémentaires sont confirmés. Cela évitera de renchérir les coûts des opérations humanitaires et de nuire à la capacité des organisations utilisatrices. Un appel a été ainsi lancé à la communauté internationale en Mauritanie pour la mobilisation rapide de fonds supplémentaires pour permettre aux services des Nations Unies de se poursuivre jusqu’en 2019.

Cheikh Aïdara


La Société civile rend hommage à Mme Fatimata Sy

La coalition des organisations de la société civile sénégalaise sur la planification familiale, présidée par Mme Safietou Diop, a offert un dîner somptueux en l’honneur de Mme Fatimata Sy qui quitte la direction de l’UCPO fin décembre après une belle carrière dans les domaines du VIH/Sida et de la SR/PF.

La cérémonie s’est déroulée à l’hôtel Terrou-bi de Dakar, en présence de plusieurs invités de marque. Cette soirée a été marquée par des éloges rendus à Mme Fatimata Sy, que Dr. Cheikh Touré de l’initiative «CS4FP » a résumé en ces mots :

Il y a des personnes qui transforment tout ce qu’elles touchent en or et en diamant, et c’est le cas de Fatimata Sy. Elle a été championne de la lutte contre le VIH/Sida, elle est devenue aussi championne de la SR/PF.

Safietou Diop a salué «une humaniste et une femme engagée qui a su impulser la planification par son leadership et sa vision en impliquant la société civile, les Etats et les partenaires, forçant estime et confiance». Mamoutou Diabaté, président de la Coalition régionale PF de la société civile africaine, a salué «une icône qui aurait dû rester jusqu’en 2020, à l’heure du bilan». Mabingué Ngom, Directeur régional de l’UNFPA pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, a promis que le flambeau que Fatimata Sy a allumé ne s’éteindra pas. «Nous allons poursuivre le chantier que vous avez commencé», a-t-il promis.

Emue par tant d’éloges, Mme Sy, a déclaré avoir eu une tâche très facile « car j’ai eu la chance d’avoir rencontré des gens comme vous. Ce travail et ces résultats, ce sont les vôtres ».

La société civile a, enfin, offert  un certificat de reconnaissance, plus des cadeaux à trois champions de la SR/PF : Fatimata Sy, Mabingué Ngom et Cheikh Touré. La cérémonie s’est achevée en photos de famille. A noter que la soirée a été agrémentée par les notes nostalgiques du khalam de El Hadj Boucounta.

Cheikh Aîdara