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Interview de M.Oumar Ould Yali, ancien ministre et tête de liste régionale de la coalition Sawab/RAG

 » Le pouvoir est engagé depuis plus de dix ans à saper IRA,

à détruire Birame, mais Allah est avec lui »

Oumar Ould Yali

Oumar Yali, ancien ministre de l’Hydraulique et de l’Energie sous Sidi Ould Cheikh Abdallahi, tête de liste des Régionales de la coalition Sawab/RAG, est le principal artisan du rapprochement entre les Baathistes dirigés par Adessalam Horma et le mouvement antiesclavagiste IRA et son leader, Birame Dah Abeid. Celui-ci est incarcéré depuis plus de deux semaines, alors qu’il est candidat à la députation et déjà promis candidat à la présidentielle de 2019. Oumar Yali revient sur le climat politique délétère qui prévaut actuellement à quelques encablures d’un scrutin compliqué prévu le 1er septembre prochain, mais aussi sur l’arrestation de Birame Dah Abeid.

L’Authentique : quelle analyse faite-vous de la joute électorale en cours ?
Oumar Ould Yali
: je considère que les élections en cours ont été mal préparées par l’ensemble de la classe politique, aussi bien par le pouvoir que par l’opposition. Je crois en effet que le fait d’avoir prévu des élections sans l’implication de tous les acteurs présentent des risques. En effet, la Commission électorale nationale indépendante (CENI), pièce maîtresse des opérations de vote, n’est pas représentative des partis en lice, car l’opposition qui représente la majeure partie des acteurs engagés dans les scrutins est totalement absente de cette structure. Une telle situation ne peut qu’être préjudiciable à la crédibilité des résultats attendus et  présente un danger potentiel.

L’Authentique : la coalition Sawab/RAG qui est engagée dans les élections semble particulièrement être visée par le pouvoir qui a mis hors scène politique son candidat et tête de liste nationale pour la députation, Birame Dah Abeid. Pensez-vous réellement que le pouvoir en veut à Sawab et à IRA d’avoir conclu une telle alliance ?
Oumar Yali
: le pouvoir ne nous en veut pas à cause de cette alliance; celle-ci n’est en fait que la goutte qui a fait déborder le vase de l’hostilité que le régime en place a toujours voué au mouvement IRA et à son leader, Birame Dah Abeid. Le mouvement IRA, avec ses militants et ses cadres, a toujours été, depuis sa création, dans le collimateur du pouvoir actuel qui ne lui a jamais fait cadeau en termes d’exactions, d’emprisonnements, de brimades, s’il ne dépense ses dernières énergies pour y provoquer des dissensions, saper ses fondements et le disloquer. En vain. Il suffit juste de remarquer que le pouvoir a toujours refusé la moindre reconnaissance à IRA, mais chaque fois qu’il parvient à recruter un cadre dissident d’IRA, il lui accorde aussitôt un récépissé pour créer un parti politique ou une ONG. Ce qui prouve que c’est IRA et ceux qui continuent à militer au sein de ce mouvement qui sont particulièrement visés, sans parcimonie, par le régime. Une cabale en dix ans d’existence qui a fini par devenir de la véritable persécution. En fait, de toutes les oppositions, c’est IRA qui gêne le pouvoir.

L’Authentique : pourtant, vous êtes restés longtemps en dehors de la politique, qu’est-ce qui explique aujourd’hui votre retour sur scène ?
Oumar Ould Yali
: c’est vrai que je suis resté quelques années en marge de la scène politique, déçu que j’étais aussi bien par la majorité présidentielle que par l’opposition, pour le peu de cas que les acteurs de tous les bords politiques faisaient de l’avenir de ce pays et de son peuple. J’ai  cependant été attiré par la philosophie et le combat du mouvement IRA et de son président, mais surtout de la base du mouvement, composée de milliers de jeunes qui n’aspirent qu’au changement. J’ai remarqué tout au long des dix années de combats qu’ils mènent, semées d’exactions, d’emprisonnements, de brimades, de tortures, d’injustice, ils sont restés dans une philosophie de la non-violence qui force l’estime et la considération. Ces jeunes n’ont jamais fait preuve de violences, alors qu’à leur âge et avec toutes ces iniquités subies, ils pouvaient mettre le feu au pays. Si aujourd’hui, on devrait décerner la palme de la quiétude et de la stabilité sociale en Mauritanie, c’est aux jeunes d’IRA que cette distinction doit revenir. C’est pourquoi j’assume entièrement la responsabilité qui m’est confiée au sein du mouvement iRA. Je me sens également fier d’avoir mené à bon terme la mission qui m’a été confiée, celle de chercher un parti politique sous la bannière de laquelle les cadres du mouvement IRA pouvaient participer aux élections générales prévues en septembre prochain. En effet, le parti RAG, aile politique d’IRA, qui avait déposé un dossier de reconnaissance a été débouté par le pouvoir et toute candidature indépendante a été bannie; il s’agit-là d’une disposition qui vise essentiellement Birame et le mouvement IRA, depuis leur performance aux élections présidentielles de 2014.

L’Authentique : comment en êtes-vous arrivés à cette alliance avec Sawab ?
Oumar Ould Yali
: en fait, je suis parvenu à prendre contact avec 16 partis politiques, avec lesquels j’ai procédé à l’analyse de la situation politique, économique, sociale et culturelle du pays, avec de rudes négociations à la clé. J’ai discuté avec eux des élections programmées et des formes de collaboration qui pourraient naître entre eux et le mouvement IRA. C’est avec Sawab que les discussions ont été les plus avantageuses pour les deux parties. Nous étions d’accord sur tout, sur la composition des listes, même si pour les têtes de listes, nous avons dû négocier plus âprement. Il fallait juste décanter quelques questions, comme cette souveraineté que le parti Sawab voulait s’accorder sur le choix des têtes de liste; mais il a fallu peser sur la balance ce qu’apportait IRA, en termes de popularité, et ce qu’apportait Sawab, en termes de cadre légal d’expression. Là, j’avais considéré Birame Dah Abeid, comme le candidat le mieux placé, eu égard à son aura, aussi bien sur le plan national qu’international. Aucun Mauritanien, à mon avis, n’a jamais atteint un tel degré de popularité. Ensuite, il est le denier homme politique à avoir pris contact avec l’ensemble de la population sur toute l’étendue du territoire national, grâce à la campagne présidentielle qu’il avait menée en 2014. Donc, il était le mieux placé pour occuper la tête de liste nationale pour les députations au nom de la coalition Sawab/RAG. Argument imparable, d’autant que je considère que cette alliance est une bénédiction, tellement je suis convaincu que la Mauritanie ne peut être construite que par l’ensemble de ses fils, par-delà la couleur de leur peau ou leur appartenance sociale ou culturelle.

En fait, il y a des contre-vérités qu’il faut vite rétablir. Une partie de l’opinion considère que les Baathistes sont racistes, tout comme d’autres considèrent le mouvement IRA comme raciste. Ce qui n’est pas vrai. Cette alliance entre Sawab, considérée comme un parti raciste d’obédience maure, et IRA considérée elle-aussi comme un mouvement raciste d’obédience harratine et négro-africaine, est une pierre solide ajoutée à l’unité nationale. Ce mariage concoure à la cohésion sociale et au changement dont rêvent les Mauritaniens. Pour démontrer cette assertion, la coalition a mis en tête de liste nationale des femmes, une Négro-africaine, Coumba Dado Kane, nous avions aussi proposé un homme politique emprisonnée, Mohamed Ould Ghadde, même s’il a désisté tout en exprimant sa reconnaissance, une veuve d’un ancien officier négro-africain victime des évènements 89/91 et une ancienne esclave libérée des chaînes de la servitude. Avec de telles figures emblématiques à l’Assemblée Nationale, ce sont de nouvelles voix qui seront entendues et d’autres causes. C’est là le changement que la coalition Sawab/RAG compte apporter à la scène politique.

L’Authentique : Birame est emprisonné depuis plus de deux semaines. Quel regard portez-vous sur sa mise hors scène, à l’entame d’une campagne électorale décisive et à laquelle il s’est préparé depuis de longs mois ?
Oumar Ould Yali
: j’ai publié une déclaration dès que j’ai appris son arrestation. Pour moi, arrêter un simple citoyen dans ces circonstances et dans le contexte électoral que nous connaissons, est déjà une très mauvaise décision, que dire d’un leader et d’une personnalité de l’envergure de Birame Dah Abeid. Quand j’ai appris que son arrestation est survenue après une plainte déposée par un journaliste, j’ai aussitôt pensé à toutes ces plaintes que la justice mauritanienne n’a jamais accepté de recevoir, comme celle d’Aminetou Mint Mokhtar, présidente de l’ Association des Femmes Chefs de Famille (AFCF), qui a été insultée et sa tête mise à mort sur le plateau d’une télévision par un certain Ould Dahi. Combien de personnes ont publiquement réclamé la tête de Ould M’MKheïtir en public, avec même quelqu’un qui a offert une fortune pour quiconque lui apporterait sa tête. Jamais la justice mauritanienne n’a réagi face à ces appels au meurtre.

Ensuite, je me suis renseigné sur ce journaliste. On m’a dit qu’il avait abordé Birame soi-disant pour une interview sur la demande de certaines chaînes arabes. Puis, il est revenu pour dire que l’enregistrement n’était pas bon et qu’il voulait recommencer l’interview, ensuite il est devenu familier de la maison et assistait même aux discussions entre les militants, sans qu’une seule fois Birame n’ait soupçonné qu’il pouvait lui nuire. Jusqu’au jour où il publia son documentaire à charge contre lui et son mouvement.  Je considère que l’arrestation et l’emprisonnement de Birame sont injustifiées, qu’elles sont arbitraires, antidémocratiques et contraires à toutes les normes.

L’Authentique : que pensez-vous des velléités de Mohamed Abdel Aziz à rester au pouvoir. Croyez-vous réellement qu’il cherche à briguer un 3ème mandat ?
Oumar Ould Yali
: en réalité, mon avis évolue en dents de scie. Je me dis qu’Aziz a déclaré à plusieurs reprises haut et fort, devant l’opinion publique nationale et internationale, qu’il respectera la Constitution et qu’il ne briguera pas un troisième mandat. A certains moments, j’essaye de m’expliquer les contradictions entre ses déclarations péremptoires et celles de ses ministres, notamment son Porte-parole qui affirment jour après jour qu’il ne partira pas et qu’il reste au pouvoir. Alors je me dis qu’Aziz respectera son engagement mais que ce sont les gens autour de lui qui tentent de créer la confusion, car son départ consommé du pouvoir pourrait créer l’éclatement de l’Union Pour la République (UPR), le pari-Etat, dont les membres ne sont mus que par la peur ou par la convoitise. Que le maître ne soit plus là et ce sera la débandade.

A partir du moment, où il part en campagne dans le cadre d’élections municipales et législatives, je me dis que l’UPR doit être dans une bien piètre situation. En tout cas, je n’ai jamais vu dans ma vie un président de la République descendre sur scène pour battre campagne à la place de candidats. A mon avis, Aziz doit se situer au-dessus de la mêlée, car son immixtion sur le terrain des élections a tout gâté. Je profite de cette tribune pour lui demander de respecter le peuple et sa volonté.

L’Authentique ; avez-vous un dernier mot ?
Oumar Ould Yali
: je veux revenir à Birame Dah Abeid, pour dire que durant l’élection présidentielle de 2014, le discours qu’il avait prononcé est un discours historique, dont les effets se font sentir jusqu’à nos jours. C »est grâce à ce discours unificateur, novateur et qui change des discours habituels qu’il a pu engranger le résultat qu’il avait obtenu à l’époque. Imaginez un homme sans aucune culture politique, sans  un cadre politique structuré, qui se jette sans aucun moyen dans une élection présidentielle où il était le seul candidat indépendant et sortir 2ème, juste après le président sortant et devant deux grands partis politiques, n’est-ce pas un exploit ? C’est vous dire qu’il a su véhiculer un message qui a gagné le cœur des électeurs mauritaniens. Je lui avais dit à l’époque, après la présidentielle, « Mohamed Abdel Aziz va t’emprisonner, tu ne peux pas y échapper« . Et quand il alla quelques mois plus tard à Rosso pour accueillir la Caravane contre l’esclavage foncier, il fut effectivement arrêté puis emprisonné.  Pourtant, il avait lui-même dirigé des caravanes dans des contextes plus sensibles, comme Inal, Sori Malé, Wothié, des villages où subsistent des sépultures communes, celles des victimes des pogroms de 89/91. Et il n’a pas été inquiété pour cela.

Ce qu’il y a, c’est que le régime de Mohamed Abdel Aziz a décidé de rendre la vie dure et difficile à Birame Dah Abeid et à son mouvement IRA et tous les prétextes sont bons. Le pouvoir est engagé depuis plus de dix ans à saper IRA, à détruire Birame, mais je pense que jusque-là, Allah est avec lui.

Recueilli par Cheikh Aïdara

 


L’erreur de l’intelligentsia mauritanienne est de croire qu’Aziz partira comme il est venu…

Depuis 1978, les coups d’état se succèdent avec à chaque fois la même dynamique. Le tyran du moment finit par partir, déposé par un ami et la vie continue car au fond, aucun régime avant celui d’Aziz n’avait touché aussi profondément aux repères des mauritaniens en ce qui concerne l’état et les liens entre maures.

Taya a donné un coup sévère à une unité nationale précaire. Les négro-mauritaniens accusent Moctar Daddah d’être le premier à y avoir touchée car il est en effet, contrairement à la propagande de la mauritanie nouvelle, le père de l’arabisation de l’état mauritanien hérité comme un cadeau des colons mais Moctar n’a pas touché à la chair et au sang de cette unité nationale. Taya lui l’a fait.

Daoud Ould Ahmed Aïcha, un redoutable populiste capable de tous les raccourcis historiques même les plus sordides, a déclaré à la télévision que les négro-mauritaniens n’ont jamais fait les frais d’une quelconque épuration ethnique. Selon lui, dont les arguments font de plus en plus mouche en ces temps de régime d’extrême droite décomplexé, les négro-mauritaniens n’ont subi que le sort de tous ceux qui ont tenté et raté un coup d’état en Mauritanie.

Il a expliqué qu’après 1978, les gens de Boutilimit et du Trarza en général ont été marginalisés, Moctar ayant été lui-même emprisonné et exilé ; de même pour tous ceux qui ont tenté ou subi un coup d’Etat. Les derniers en date sont ceux qui ont essayé en 2003, on se souvient de la chasse aux sorcières tribale et régionale mais avant eux, d’autres et pas des moindres, ont été fusillés et leurs corps n’ont jamais été rendus à leurs familles qui ne savent pas où ils ont été enterrés. C’étaient aussi des maures blancs dont un émir.

Donc pour Daoud, malgré sa jeunesse et le peu d’études sérieuses sur le sujet, les négro-mauritaniens sous Taya n’ont fait que payer le prix d’un coup d’état manqué. Ce qu’il ne dit pas et expliquerait son raisonnement, c’est que les négro-mauritaniens auraient subi ce qu’ils comptaient faire aux maures blancs en prenant le pouvoir. C’est en tout cas, ce que bien des maures entendent depuis ces évènements qu’on qualifie « d’années de braises » dont « le passif humanitaire ».

Tout ça pour dire que seul Taya avait touché à l’héritage de la pacification qui a permis de créer un état censé être le trait d’union entre deux mondes Maghreb et Afrique noire avec en commun l’islam ouvert des origines. Depuis, la Mauritanie a pris le chemin de la gazra sur l’héritage colonial qu’est l’Etat pour n’en faire qu’un pays dirigé surtout par des maures blancs, servis par des maures noirs et peuplé aussi de négro-mauritaniens qui auraient à peine les droits d’une minorité ethnique tolérée.

L’essentiel des maures s’en accommoda bien car il n’y avait pas encore de fracture au sein de la communauté entre hratines et beïdanes. Fracture qui était inimaginable ; au contraire, les négro-mauritaniens ont toujours accusé les hratines d’être le bras armé des beïdanes contre eux.

Bien sûr, bien avant Aziz, il y avait des mouvements revendiquant plus de droits pour les hratines mais il n’y avait pas les moyens de communication de nos jours : télés privées, internet, WhatsApp pour donner de l’écho aux mouvements communautaristes et l’état mauritanien se gardait bien de marginaliser à ce point les intellectuels hratines dans l’administration et l’armée. L’école de la république étant encore excellente, tout le monde s’y retrouvait, s’y côtoyait et de là allait faire ses études partout dans le monde avant de revenir.

Nul ne pouvait imaginer que si peu après Taya, la mauritanie allait vivre sous le régime d’extrême droite qui a le plus marginalisé les hratines dans tous les domaines. Est-ce juste pour répondre à des mouvements radicaux comme l’IRA ou est-ce en se servant de l’IRA pour justifier cette politique ? Qui peut le dire ? Toujours est-il que sous ce régime les voix maures les plus radicales, les plus arriérées ont eu l’opportunité de faire recette à la télé à la radio, en toute impunité. De même on peut s’étonner que les communautaristes maures blancs ont eu droit à leur parti politique pendant qu’on interdit ceux des hratines ou négro-mauritaniens aussi sectaires.

Pendant ce temps, par enfumage, le gouvernement est multi-ethnique mais comparé au sort des hratines marginalisés, les négro-mauritaniens ne devraient pas se plaindre : ils obtiennent les plus importants ministères. Tout semble avoir été fait pour générer une haine chez les hratines et une fracture entre maures. C’est un miracle que les provocations n’aient encore rien engendré de dramatique au-delà des mots et de la frustration, ce qui est la preuve de la puissance des liens fraternels malgré les coups assénés par certains pour les briser. Combien de temps tiendra cette résistance aux coups tordus assénés par l’extrême droite qui rêve de faire main basse sur le pays au nom d’un ordre néo-féodal ?

Face à cela, l’erreur des intellectuels mauritaniens, au-delà du sort des hratines, c’est de regarder ce régime avec la jurisprudence des précédents en se disant « il partira comme il est venu » et tout reviendra comme avant.

C’est une erreur monumentale car Aziz contrairement à ses prédécesseurs a une vision pour la mauritanie à long terme surtout à l’heure des richesses qu’on y découvre tous les jours qui réveillent les démons du tribalisme et du régionalisme toujours prêts à garder pour soi et dominer les autres dès qu’on tient l’armée. Il ne dirige pas seul et cette politique que j’estime d’extrême droite a le vent en poupe en mauritanie chez une majorité de maures blancs sinon on les verrait se manifester ouvertement à la télé à la radio contre cela.

Naturellement, on trouve à profusion chez les maures blancs des esprits brillants, lucides, ouverts sur le monde, qui sont tout sauf racistes, mais pourquoi pour majorité laissent-ils faire sans occuper la scène médiatique pour délivrer aux mauritaniens un autre discours, rappeler l’histoire, combattre la propagande et clouer le bec aux petits populistes comme le Daoud qui semble avoir trouvé un filon en jouant à pervertir la fierté des maures blancs toujours prompts à récompenser le flatteur surtout quand il parle des nôtres contre les inférieurs et les étrangers ?

Certainement car d’abord intellectuellement, nous sommes quelque part égoïstes, on aime la rétention d’information, sourire en regardant les crédules se faire berner par le mensonge et  nous préférons tirer les ficelles plutôt que risquer notre peau pour le commun des mortels que nous regardons de haut, mais souvent c’est aussi parce que nous avons la culture de la résignation à base de formules locales qui nous invitent à embrasser cette main qu’on ne peut pas couper allié au dicton chinois « assieds-toi au bord de la rivière et tu verras le cadavre de ton ennemi passer ».

C’est une erreur. Le sang-froid de ce régime, sa façon de laisser les gens s’exprimer tant que leurs propos n’agitent pas le plus grand nombre ou qu’ils n’osent pas descendre dans la rue, sa façon de tracer son chemin sereinement comme s’il dirigeait des moutons, cette façon de balayer tous les symboles de la mauritanie des origines, cette façon de réviser de travers l’histoire coloniale en indexant des oulémas visionnaires, tout cela prouve qu’un projet politique, culturel, religieux et même ethnique se déploie en toute sérénité avec des prisons quasiment vides, ce qui prouve que cette façon de tenir le pays trouve un écho favorable au cœur de la culture de la soumission au plus fort tel que ce peuple l’a toujours connue avant, pendant et après la pacification.

Que faire face à cela ? En tant qu’observateur indépendant du pouvoir et de l’opposition n’ayant pour donc Aziz ni amour ni haine, j’estime que l’urgence  est de sauver la vérité historique pour que les générations présentes et futures, quelle que soit leur souche sociale, puissent disposer de quoi déconstruire l’implacable désinformation en marche. La vérité sur la pacification, exemption coloniale finalement plébiscitée par la majorité des autochtones, la vérité sur l’indépendance prometteuse, la vérité sur le frein désastreux de 1978, la vérité sur l’histoire des hratines et leurs liens souvent guerriers avec les beïdanes, pour ne pas entendre un Daoud Ould Ahmed Aicha dire à la télé aux nombreux ignorants que seuls des maures blancs ont construit ce pays à l’indépendance, que seuls des maures blancs ont tué un colon alors que selon Samory Ould Beye c’est son oncle hartani qui a tué Coppolani ;  ce colon arabisant pacifiste qui était d’ailleurs désarmé et avait baissé la garde à l’entrée du camp car les goumiers noirs tracassaient souvent les maures.

https://fr.essirage.net/arc/index.php/actualites/1213-samory-ould-beye-l-cest-mon-oncle-khaina-ould-beye-qui-a-tue-coppolani-r-.html

Seul un homme de la dimension de Bodiel Ould Houmeid peut déclarer pour rappeler l’histoire et le rôle des hratines :

 » Dans le Nord du pays, feu Hamody a joué un rôle extrêmement important et il était chef traditionnel des Oulad Besbaa. Au sud, la famille Boidel est très connue pour avoir joué un rôle pour l’ensemble de la Mauritanie et en particulier pour l’ensemble des Tendgha auquel elle appartient. Si vous prenez à l’Est, la famille Sbaghou, c’est la même chose.

Egalement, chez les Zombotty, la famille de mon ami Dina, a joué un rôle important dans l’histoire de ce pays. Il ne faut donc pas faire l’amalgame entre les différents éléments de cette communauté. Si cette situation est claire pour les Mauritaniens, on peut parler du problème de l’esclavage. Quelqu’un qui a vécu ce drame humanitaire, n’est pas comme celui qui n’a jamais été victime de cette pratique. Cependant, le problème des Haratines en tant que problème politique reste posé, mais si vous observez l’émancipation politique, vous remarquerez certains figures haratines ont joué un rôle important avant même l’indépendance du pays.

Par exemple, l’Emirat du Trarza ne pouvait pas exister sans les Hratin Edekhen qui étaient les faiseurs des rois et qui occupaient les plus hautes charges au sein de cet Emirat. Quelqu’un qui veut parler des Haratines doit avoir à l’esprit toutes ces données de l’histoire. Pour vous illustrez mes propos, je vous prends mon propre cas : je suis parent à toutes les grandes familles du Trarza avec lesquelles je suis lié par une filiation maternelle. J’appartiens à une fraction qui a toujours dirigé les siens depuis 1800 et quelques. Le dernier chef traditionnel de cette fraction est mon oncle Doum Ould Boyé, payé par l’administration en tant que tel. Je peux vous citer les dix chefs traditionnels qui l’ont précédé et qui étaient des chefs traditionnels sous la colonisation.  »

https://www.avomm.com/Boidel-Ould-Houmeid-president-du-parti-El-Wiam_a12288.html

Dans ce pays, il n’y a plus que l’histoire à sauver, tout le reste de la Mauritanie d’hier est presque perdu. La Mauritanie nouvelle se construit avec ses valeurs discutables sur le dos de l’héritage de la pacification à savoir l’état mauritanien comme trait d’union entre deux mondes.

Ce qui se construit sous nos yeux est pour les maures blancs et noirs le premier séisme culturel et même religieux imposé par l’état depuis l’indépendance car nous avons désormais des oulémas affairistes jusqu’à ruiner des légions de mauritaniens.

Tiré de la page de VLANE


Coopérativisme en Mauritanie, une autre vision du développement socioéconomique

« L’Economie sociale et solidaire, changer les mentalités pour un coopérativisme productif et inclusif ». Tel est le thème d’une rencontre qui a regroupé le 30 juillet 2018 dans la salle de conférence de la Chambre de Commerce, d’Industrie et d’Agriculture de Mauritanie (CCIAM), acteurs sociaux et experts en développement.

Un des panels de l’atelier (Photo Aidara)

Cet atelier organisé par le Bureau International du Travail (BIT) et l’ONG Actions, en collaboration avec l’Agence Espagnole pour la Coopération Internationale au Développement (AECID) avec le soutien de l’Union Européenne, a été l’occasion pour les acteurs du coopérativisme mauritanien, présidents et membres de coopératives locales, mais aussi experts en développement, de réfléchir sur la durabilité des groupements d’acteurs économiques en Mauritanie. D’intenses discussions ont émaillé la journée sur la viabilité du modèle économique en cours, ainsi que le cadre légal et normatif des coopératives.

Des organisations internationales comme Caritas, à travers Yacouba Tandia, des acteurs de la microfinance comme Mme Elena, mais aussi des membres d’organisations associatives comme Mme Soumaré et Mme Dia, ont nourri les débats.

Vue partielle de la salle (Photo Aidara)

La question du genre dans le coopératisme a eu sa place de choix dans les discussions, notamment celle des familles traditionnelles des « Potières » où tout ce qui touche à la poterie est du domaine réservé aux femmes.  Dans un secteur telle que l’économie sociale et solidaire qui serait, selon l’un des intervenants, une réunion de moyens et d’efforts pour une meilleure diversification économique, la sexualisation des métiers semble créer un véritable problème de socialisation, selon les experts.

Certains types d’organisation, selon eux, sont basés souvent sur des fondements formalisés, ce qui entraîne la paralysie de secteurs entiers, tout en servant de pièges aux femmes, avec la complicité de la société et de l’Etat. Ce serait le cas dans le domaine agricole, où les femmes sont privées de leur indépendance économique par un système patriarcal qui les confine dans des économies de survie. En effet, les femmes ont souvent la part congrue dans les surfaces cultivées. Il n’est pas surprenant de voir ainsi dans les villages, une coopérative de 500 femmes travailler dans un lopin de terre, avec  les problèmes récurrents de ce genre d’organisation où la mauvaise gouvernance pullule, avec le plus souvent une présidente qui s’accapare de toutes les fonctions. Ajouté à cela, le manque de formation et de niveau d’éducation, l’absence des jeunes, ce qui fait que l’âge moyen des membres tourne autour de 60 ans. A été également soulevé, le problème de durabilité des coopérative de femme, les hommes s’accaparant de l’affaire dès qu’elle devient lucrative.

Les femmes seraient également écartées des circuits de crédit. « Plus de 80% des pauvres sont des femmes« , soulève Mme Elena qui dirige une institution de microfinance. Selon elle, la solution pour extirper les femmes de la pauvreté passe par l’accès aux financements, notamment les mutuelles de micro-crédit.

Le problème est que même si elles trouvent des partenaires qui les financent, les regroupements de femmes, coopératives ou GIE, ont du mal souvent à pérenniser leurs activités et à s’approprier les projets conçus à leur profit. Rares sont ces regroupements qui parviennent à se maintenir et à se forger un certain renom.

C’est le cas par exemple d’un Groupement d’Intérêt économique (GIE) de 1.500 membres et qui regroupe 108 coopératives à Haye Sakene, dans la Moughataa de Dar-Naïm à Nouakchott. Créé en 2006 avec l’appui du Groupe de recherches et d’échanges technologiques (GRET), ce GIE présidé par Habsa Abdel Aziz, est actif dans le domaine de la salubrité, notamment la collecte des sachets en plastique, avec plusieurs actions notamment au niveau des marchés et de la plage de Nouakchott.

Habsa Abdel Aziz, présidente GIE Dar-Naïm (Photo Aidara)

Reste que les coopératives restent plombées dans leurs actions par un cadre juridique obsolète, la loi 1964-98 du 9 juin 1964 relative aux associations, et un cadre institutionnel qui ne prend pas en compte leur contribution au PIB national ni leur potentiel d’emplois pour les femmes et les jeunes en particulier.

Cheikh Aïdara


Encore une fois, Aziz « le chef des Maures » embastille Birame le « Prétentieux Hartani »

Mohamed Abdel Aziz vient de faire coffrer pour la énième fois, Birame Dah Abeid, le leader abolitionniste, à quelques encablures d’élections où ce dernier est candidat pour la députation au nom de la coalition RAG-Sawab !

Birame lors de son déferrement du commissariat de Riadh (Photo IRA)

Plus de dix ans que les deux hommes s’affrontent sur le terrain de l’entêtement, de l’impétuosité et des coups de sang, au gré des situations internes ou des contingences internationales. D’un côté, Mohamed Abdel Aziz, qui a troqué ses origines lougatois pour ses racines Inchirois, celles de ses aïeux. Chef de l’Etat de la République Islamique de Mauritanie par la force de deux coups d’Etat anticonstitutionnels et de deux coups de scrutin sulfureux. Ould Abdel Aziz, Chef des Armées, institution qui tient la Mauritanie en coupe réglée depuis plus de quatre décennies, mais aussi Ould Abdel Aziz, Chef de la Haute magistrature qui mène au doigt et à l’œil un appareil judiciaire qui n’a que rarement goûté à l’indépendance de ses décisions. Un Mohamed Abdel Aziz, Chef des Salafos dans un pays livré ces dernières décennies aux courants religieux d’obédience wahabites et Chef des tribus maures dans une Mauritanie qui a renoué avec le tribalisme le plus grégaire, avec une vision plus sectaire, plus raciste et plus anti-nègre que l’histoire du pays a jamais connu. Un Ould Abdel Aziz qui déteste trois choses, les entêtés comme lui, la presse et les Négros (harratine et Kwars). Un Ould Abdel Aziz, manœuvrier qui a su cohabiter ses réalisations grandioses (grandes infrastructures), avec sa boulimie sans nul autre pareil à investir le champ économique, tout en maintenant le peuple dans une pauvreté servile et à manier le bâton et la carotte vis-à-vis de ses opposants. En bon tacticien, il a su le premier s’improviser champion de la lutte antiterroriste, faisant de lui un pion indispensable dans un Sahel où ses paires ont préféré saigné à blanc leur pays que de bâtir une véritable armée nationale. Un Ould Abdel Aziz enfin qui a fait le lit de tous les extrémismes maures, et qui est parvenu en deux décennies à dénégrifier l’administration publique et les corps armées et de sécurité.

De l’autre, Birame Dah Abeid, greffier de profession, dans un système judiciaire où le haut de la hiérarchie est tenu par les « Zwayas », fils et petit-fils de marabouts généralement issus de ce Trarza qui l’a vu naître. Un Birame qui n’a jamais digéré cette hiérarchie de classe qui confinait sa mère et plusieurs de ses siens dans des fonctions d’esclaves au service de familles oligarchiques maures qui avaient tout, et eux rien. Un Birame rebelle qui cherchera dans les méandres d’une Mauritanie où la bonne ou la mauvaise naissance vaut promotion ou disgrâce sociale, à se frayer un chemin, portant en bandoulière depuis le jeune âge, son combat pour l’égalité et la fin de la servilité. Il flirtera un moment avec les Islamistes, avant de s’apercevoir qu’ils ne portaient pas l’idéal égalitaire de l’Islam qu’il cherchait, puis s’engagea avec quelques mouvements anti-esclavage, sans jamais que leur démarche conciliante et molle à ses yeux ne purent assouvir le feu de la révolte qui couvait en lui. On lui prête des accointances avec le PRDS de Maaouiya Sid’Ahmed Taya, auteur de pogroms contre les Négro-africains dans les années 89-90 et ses détracteurs le décrivent comme un dangereux subversif, sinon un « marchand de la cause esclavagiste ». En créant en 2008 le mouvement IRA (Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste), les Mauritaniens découvrent une forme tout à fait nouvelle de lutte contre l’esclavage, sit-in devant les commissariats, libérations tous azimuts, actions coup de poing, discours radical et impétueux…Le courant IRA fait trembler les socles d’une société esclavagiste jusque-là peu inquiétée par les soubresauts timides de mouvements qui l’avait précédé. Avec un discours agressif, une démarche provocatrice avec un zeste d’arrogance sous-tendue par un courage à tout rompe, IRA devint le nouveau phénomène de société qui marqua les années 2000. « Weilkoum Jakoum Biram »  devint un leitmotiv pour dépeindre la peur que la lutte contre l’esclavage avait pris sous ses auspices. Beaucoup de familles maures se résolurent à ne même plus faire travailler des filles harratines…Mais la société maure réagit pour mettre un terme au phénomène Birame et sa cohorte de déchaînées. Une longue série de répressions, arrestations, emprisonnements, poursuites, furent lancés contre IRA et ses dirigeants, sur toute la décennie passée. Pendant ce temps, Birame avait étalé ses tentacules sur deux continents. Des branches IRA fleurirent dans toutes les capitales européennes et dans plusieurs provinces aux USA, en même temps qu’il enfilait les reconnaissances et les prix internationaux, dont le Prix des Nations Unies 2013 pour les droits de l’homme. A mi-chemin, beaucoup de cadres d’IRA trahiront la cause, sous les efforts d’un régime qui leur offrait promotion, argent et poste administratif. En prélude aux présidentielles de 2014, une aile politique fut créée au sein du mouvement IRA, le parti RAG qui ne sera jamais reconnu. Néanmoins, Birame se présenta aux présidentielles en candidat libre et arriva deuxième, derrière le président sortant.

Aujourd’hui, IRA est parvenue à sceller un accord gagnant-gagnant avec le parti Sawab. Une alliance qui a été décriée par l’aile négro-africaine du mouvement qui ne tardera pas à crier trahison. Tête de liste pour la députation au nom de la coalition, l’entrée de Birame au Parlement est ainsi perçue par le système comme une catastrophe. Ce serait lui offrir une tribune libre et une immunité pour cinq longues années, mais aussi une honorabilité qui ne ferait qu’augmenter son assise sur le plan international.

D’où l’hypothèse d’un complot savamment ourdi pour mettre Birame à l’écart de consultations où le pouvoir de Mohamed Abdel Aziz ne compte lui donner la moindre chance pour devenir député.

Cheikh Aïdara