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Femme enceinte battue à mort par un ancien policier et un jeune mort en détention à l’Anti-drogue : IRA déplore l’indifférence du Parquet

Lors d’une conférence de presse animée mercredi soir, 13 juin 2018, vers 22 heures à son domicile à Riadh, à Nouakchott, Birame Dah Abeid, président de l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), a dénoncé deux cas de violation des droits humains à caractère raciste, selon lui. Il s’agit d’une femme enceinte de huit mois, battue à mort par un ex-policier et d’un jeune homme mort en détention à l’Antidrogue. Ces deux cas ont eu lieu entre le 7 et le 12 juin dernier.

Birame Dah Abeid relate les faits (Crédit Aidara)

En présence de quelques correspondants de presse étrangère et locaux et d’un parterre de militants, Birame Dah Abeid, président du mouvement IRA a déploré le refus des deux Parquets de la République, celui de Nouakchott Nord et de Nouakchott Est, d’ouvrir une enquête ou de recevoir la plainte de deux familles dont des membres ont subi des violations grave des droits humains.

Marième Mint Mohamed Sidi, 33 ans

Selon lui, le premier cas est celui de Marième Mint Mohamed Sidi, enceinte de huit mois. Sortie pour jeter sa poubelle dans un dépotoir public à Toujounine, le jeudi 7 juin 2018 vers 18 heures, elle a été agressée par un ancien policier qui l’aurait battue à mort avant d’appeler la police. Des éléments du commissariat de Toujounine seraient venus récupérer le corps inerte de la femme pour la conduire au poste. Sur place, une réquisition médicale lui aurait été délivrée. Lorsque les membres de sa famille l’ont conduite à l’Hôpital Cheikh Zayed, le frère du policier, un garde qui les avait suivis aurait menacé les médecins si jamais ils l’examinaient. Devant le refus du corps médical de se pencher sur le cas de leur fille, la famille s’est rendue  à l’Hôpital « Mère et Enfant » où le même scénario s’est produit. Voulant déposer une plainte contre le policer et exigeant l’ouverture d’une enquête, la famille se serait heurtée au refus du Parquet.

La soeur de la victime secouée par les sanglots (Crédit Aidara)

Cette version de la famille aurait été, selon Birame, confirmée par la police qui aurait souhaité à ce que le coupable soit déferré et traduit devant la justice. Mais tel n’a pas été le cas. La victime est actuellement chez elle, sans soins, entre la vie et la mort, selon sa déclaration.
La sœur de la victime, Vatimetou Mint Mohamed Sidi, présente lors de la conférence de presse n’a pas pu s’exprimer, tellement elle était secouée par de violents sanglots.

Mohamed Ould Brahim, 37 ans, charretier

Le deuxième cas est celui d’un charretier, Mohamed Ould Brahim, 37 ans. Il a été arrêté le mardi 12 juin 2018 sur son lieu de travail au marché par des policiers en civil. Conduit au Commissariat de l’Anti-drogue, il a été ramené chez lui, où les policiers ont procédé à la fouille de la modeste bicoque où le jeune homme habite avec ses parents. Puis, retour au commissariat. Le lendemain, le père du jeune homme, Brahim Ould Maatalla reçoit un appel téléphonique du commissaire de l’Anti-drogue qui lui demande de venir récupérer le corps de son fils à la morgue de l’hôpital. Une fois sur place, le Procureur lui demande de signer un papier attestant de la « mort naturelle » de son fils. En contre-parti, lui aurait-il dit, la famille n’aura aucun frais à dépenser pour ses funérailles.

La mère et la soeur de Mohamed Brahim (Crédit Aidara)

Le père, qui estime que son fils est mort sous les tortures, aurait refusé de signer le papier et de récupérer le corps de son fils qui serait jusqu’à l’heure où ces lignes sont écrites, encore à la morgue de l’hôpital National. Selon Birame, cette version de la famille, qui était venue le voir chez lui pour lui soumettre le cas de son fils, a été démentie par les autorités qui soutiennent que le jeune homme est mort de crise lors de sa détention en cellule. La mère du jeune homme et sa sœur étaient toutes les deux présentes à la conférence de presse.

Violations à caractère raciste

Commentant ces deux faits, Birame estime que ces deux cas sont des violations très graves des droits humains à caractère raciste, car les victimes sont tous Harratines, et les coupables des Arabo-berbères protégés par de puissantes tribus et un régime esclavagiste et raciste qui assure l’impunité totale à ses membres. Si dans le premier cas, celui de Marième Mint Mohamed Sidi, le constat des autorités sécuritaires rejoint, selon Birame, la demande des parents de la victime pour une poursuite judiciaire contre l’ancien policier auteur de l’agression, dans le deuxième cas, celui du jeune homme, il réclame un éclairci par voie de communiqué des autorités sur leur version des faits. Dans tous les cas, il a souligné que si l’aile politique d’IRA, le parti RAG, s’est investi pour les prochaines élections, cela n’entrave nullement le mouvement IRA dans sa mission première et la primauté de son action qui consiste à défendre le droit des victimes de l’arbitraire, du racisme et de la discrimination raciale. Des séries de manifestations, sit-in et marches de protestation seraient programmés dans les prochains jours par IRA pour dénoncer ces deux.

Cheikh Aïdara


Nouakchott, le far-west mauritanien

Pas un jour ne passe à Nouakchott sans ses meurtres crapuleux à coups de couteaux,  ses hold-up, ses cambriolages à main armée… La Mauritanie, réputée dans les années 70 comme le pays le plus paisible au monde, où l’on retrouvait cent francs perdus dans la rue, est devenue un véritable far-west. Les criminels n’ont même plus peur ni de Dieu ni des hommes… La plupart des criminels qui déambulent à Nouakchott sont des repris de justice, des multirécidivistes aguerris par la mansuétude des peines pénales et l’impunité dont ils bénéficient dans certains cas.

Crédit Unsplach.com

 

Après le cambriolage à midi d’une agence de la BMCI en avril 2017, d’une autre agence quelques semaines plus tard à El Mina, ce fut autour de l’agence Attijara-Bank à Tensweilim, quartier populaire de Nouakchott, d’être dévalisée en pleine journée par quatre jeunes encagoulés et armés d’armes blanches et d’armes à feu, alors que deux militaires qui ont pris la fuite se trouvaient parmi la clientèle qui s’est éparpillée dans un vol de moineaux. Aujourd’hui, c’est une pharmacie qui a été cambriolée en pleine journée également, dans ce mois béni de Ramadan. Le gérant a été grièvement blessé à coups de poignard.

Le plus ridicule dans tout ça est la réponse du ministre porte-parole du gouvernement, Mohamed Lemine Ould Cheikh qui, interpellé sur la question de l’insécurité grandissante, n’a trouvé comme réponse que de comparer Nouakchott à Paris et Washington, trouvant normal que les villes, en se développant, connaissent pareille recrudescence du banditisme. Personne, malgré ces dramatiques assauts de bandes de plus en plus nombreuses lâchées comme des meutes contre des populations souvent désarmées, n’a pourtant démissionné. Ni ministre de l’Intérieur, ni directeur de la sûreté. Pas de communication pour apaiser les populations. Aucune mesure concrète pour arrêter ces bains de sang quotidiens, ces viols nocturnes que les statistiques ne parviennent même plus à chiffrer, ces dizaines de jeunes fauchés dans la fleur de l’âge aux coins de rues obscures par des criminels de plus en plus téméraires et assoiffés qui, pour un téléphone de pacotille, n’hésitent pas à tuer.

Pendant ce temps, quelques 500 énergumènes, membres de clubs de tirs, se promènent librement avec des armes de guerre et des munitions généreusement offertes par l’armée nationale. Les armes à Nouakchott se vendent et s’achètent comme de petits pains, à la demande. Cela va de pistolets, modèles turc ou européen, aux mozers, kalachs, carabines…Beaucoup d’agences de vente de voitures, beaucoup de boutiques au Marché de la Capitale, abritent ces marchés parallèles d’armes avec papiers d’autorisation à l’appui. Les prix varient entre 100.000 et 400.000 UM (300 à 1200 euros). Et cela fait des milliers de personnes armées, d’un côté quelques pères de famille soucieux de se protéger et de protéger leur foyer contre les bandes armées, de l’autre des criminels qui opèrent désormais avec de véritables armureries. Il est même question d’une agence de vente libre d’armes à feu à Nouakchott. De quoi faire frémir plus d’une agence de sécurité dans le monde.

Qui va arrêter une telle pagaille ?

Cheikh Aïdara

 


Limame Kane dit Monza :  » Il est temps que le festival Assalamalekoum récupère sa place qu’il mérite, celui d’un évènement culturel phare au niveau national, après dix années d’indifférence »

Les préparatifs vont bon train pour la 11ème édition du « Festival Hip-Hop Assalamalekoum », prévue d’abord le 19 juin au Stade du Ksar, puis reportée au 24 juin 2018 et à l’Institut français de Mauritanie (IFM) par solidarité avec les bacheliers, avec la présence attendue des autorités nationales, dont le Ministre de la Culture et de l’Artisanat. Pour en savoir plus, Limane Kane dit Monza, Directeur du festival, nous a accordé cette interview.

Limame Kane dit Monza

Le Festival Hip-Hop Assalamalekoum prépare sa 11ème édition à partir du 24 juin prochain au lieu du 19 juin comme annoncé, qu’est-ce qu’il y a de neuf en matière d’innovation, cette année ?

Monza : en termes d’innovation on poursuit notre marche dans la décentralisation, en rajoutant chaque année de nouvelles villes,  cette année ce sont Maghama dans le Gorgol, Zouerate dans le Tiris-Zemmour et Boghé dans le Brakna. A chaque édition, nous avions aussi l’habitude de présenter de grosses affiches avec des artistes européens, américains, en partenariat avec des Instituts culturels européens et américains locaux. Cette année nous avons pensé regarder plus près de nous, dans la sous-région pour surtout coller à l’actualité. Vous savez, la Mauritanie s’apprête à accueillir la prochaine session de l’Union Africaine.

C’est pourquoi nous sommes allés dans cette édition vers une dimension purement africaine avec bien sûr une ouverture au monde et une participation d’artistes qui viendront de l’Afrique Subsaharienne et du Maghreb notamment, avec un pays à l’honneur, le Sénégal, qui fête ces 30 ans de Hip-Hop. Nous allons aussi nous ouvrir au monde avec pour la première fois des artistes qui viennent de pays que nous n’avions pas l’habitude d’inviter, comme la Suisse et la Belgique.

Comme innovation, on remarque aussi que vous aviez décidé d’abord d’ouvrir le festival au Stade du Ksar, puis vous avez choisi d’aller à l’Institut français de la Mauritanie. On parle aussi de la présence annoncée du Ministre de la Culture et probablement de quelques autres ministres avec lui. Est-ce la première fois que cela arrive pour Assalamalekoum ?

Monza : il est temps que le festival Assalamalekoum récupère sa place qu’il mérite, celui d’un évènement culturel phare au niveau national, après dix années d’indifférence, alors qu’au niveau international on est couvert d’honneurs au point de figurer dans le Top 100 des plus importants évènements dans l’espace francophone dans le cadre du Grand Tour organisé sous le haut patronage d’Emmanuel Macron, le président français. C’est important pour la francophonie et c’est un très grand prestige de figurer dans ce top.

Maintenant, si au niveau national, l’Etat ne reconnaît pas ces efforts déployés par ses propres citoyens à l’International, en faisant semblant de ne rien voir, car cela a été le cas, puisque l’accompagnement n’était pas justement motivé par un positionnement. Or nous sommes des acteurs et nous n’avons pas de positionnement, car nous ne sommes pas des politiciens, mais des artistes qui avons l’ambition de représenter la Mauritanie dans toutes ses diversités.

Nous n’allons pas quémander et nous voulons que cesse cette politique de la distribution, la distribution des rôles et des soutiens, qui ne font que cultiver la médiocrité. Si la Mauritanie veut conserver un semblant de crédibilité sur le plan international, elle doit cesser cette politique de distribution et de la médiocrité, pour accorder l’intérêt qu’il faut à la culture du mérite, celle qu’on doit accorder à tous ceux et celles qui se lèvent tôt chaque matin pour travailler pendant que d’autres dorment dans des bureaux climatisés sans aucun apport pour la Nation. Nous sommes là, en tant que citoyens pour renforcer l’Etat dans ses visions et dans ses politiques. C’est dans ce cadre que nous avons créé l’Union des Festivals de Mauritanie qui regroupe des porteurs de projets culturels et des directeurs de festival. Le but est de faire certes plus de bruit avec plusieurs festivals, mais surtout d’être écouté par l’Etat qui doit savoir que nous existons et que nous pouvons jouer des rôles importants, car nous appartenons à plusieurs réseaux et nous sommes même parfois invités à des forums où l’Etat n’est pas convié ou dans lesquels il est convié mais où son siège serait inoccupé si nous n’étions pas présents. Il est temps que l’Etat reconnaisse notre travail et nous accorde l’intérêt que nous méritons.

Pour revenir à votre question, ce retour qui était prévu au Stade du Ksar avant le changement pour l’IFM, était important car les éditions du festival en 2012, 2013 et 2014, s’y étaient déroulées avec l’appui de la Ville de Nouakchott et le Maire Ahmed Hamza, parce qu’il y avait le soutien qui nous provenait encore une fois de l’International, la Région Ile-de-France. En 2015, nous avions fait la Foire d’El Mina de Nouakchott avec le soutien du Ministère de la Culture et Madame la Ministre avait même fait le déplacement à l’époque. Ce fut un instant de reconnaissance, mais cela n’a pas perduré, parce que ce qui est dommage dans le pays et que nous voulons changer, c’est que l’Institution s’en va avec la personne. Ce que nous refusons.

L’institution doit rester et les hommes passer. Cette année, nous aurons le Ministre de la Culture, pourquoi pas le Président de la République, cela fait onze années que nous nous donnons corps et âmes pour la Mauritanie, on ne nous a jamais dit merci. Ce sont les autres qui nous disent merci pour ce que nous faisons pour notre pays. C’est la France, qui nous aide et nous remercie pour le travail que nous faisons. Ce sont les autres qui applaudissent nos efforts pendant que d’autres cherchent à les enterrer.

Après avoir créé l’Union des Festivals de Mauritanie, nous venons de créer avec un groupe de rappeurs, le « A2HM » (Association des Hip-Hoppeurs de Mauritanie). Et vous savez combien y a-t-il de groupes de Rap en Mauritanie ? Rien qu’avec Assalamalekoum Découvertes depuis dix ans, nous avons enregistré plus de 3.500 groupes. Et si nous comptons au minimum trois personnes par groupes, nous nous retrouvons avec  plus de 10.000 jeunes rappeurs mauritaniens. D’autres ont répertorié 9.000 groupes de Rap, soit en moyenne 27.000 rappeurs. Encore, ne s’agit-il là que des artistes. Il faut compter ceux qui sont derrière, notamment  les promoteurs, les managers, mais surtout le public. L’idée est de dire à l’Etat, voyez le nombre de jeunes qui gravitent autour du Hip-Hop et l’engouement créé par cette culture, ce qui est demandé c’est que vous leur créez le cadre nécessaire à leur plein épanouissement.

Quels sont les deux évènements phares de cette 11ème édition?

Etre dans l’innovation c’est bon mais il faut s’écarter de l’effet de mode. Nous estimons au niveau d’Assalamalekoum,  qui est un projet conçu avec une certaine vision et projection, avoir campé le décor et créer le cadre adéquat pour le mouvement Hip-Hop en Mauritanie, avec cette année une innovation de taille, à savoir l’ouverture sur les musiques traditionnelles. Nous croyons en effet qu’il est important de mettre en valeur les produits du terroire. Mais il fallait pour en arriver à ce stade une certaine maturité pour faire cohabiter, l’instant d’un festival, entre le Hip Hop et la musique traditionnelle, et réfléchir sur une production exportable qui sortirait du mariage entre ces deux modes musicaux.

D’autre part, nous avons inscrit depuis deux ans, dans le cadre d’Arterial Network, la ville de Nouakchott dans le cadre d’un programme des villes créatives. Nous avons dépassé le stade de la réflexion dans le cadre de ce programme et nous sommes aujourd’hui à la phase de pré-démarrage. L’idée est d’amener l’expression culturelle et la pratique artistique dans l’espace publique, mais aussi accompagner le mouvement des villes et créer des espaces de diffusion et de canalisation des jeunes. Aujourd’hui, nous faisons face à plusieurs défis, tels la radicalisation et la frustration des jeunes qui veulent tous partir à l’étranger. Pour répondre à cette équation, comment retenir les jeunes, dont la plupart est sans diplôme ou jamais scolarisé, et comment les prémunir de la radicalisation, nous avons pensé que la passion plus la transmission, transforme la passion en profession. Or, nous avons des milliers de jeunes, garçons et filles, passionnés de Rap.

L’idée est de créer un centre de ressources et de compétences qui doit répondre aux exigences environnementales, non pas pour entrer dans un effet de mode, mais parce que la Mauritanie y est confrontée, notamment la désertification et la salinisation qui sont en train de bouffer l’habitat urbain. C’est pourquoi nous avons conçu un centre qui sera construit à partir de matériaux de récupération, car nous estimons qu’ils répondent, aussi bien sur le plan technique qu’esthétique, à ce défi environnemental. En plus de ces aspects et pour répondre aux besoins de l’urbanisme de Nouakchott, ce centre sera une extension de la ville, une sorte d’itinéraire public qui va drainer des populations, ce qui nécessitera certainement la création d’une ligne de transport, et partant participer au développement économique, social et culturel de la Capitale. Pour dire, qu’il y a tout un ensemble de mécanisme qui a été pensé et réfléchi, tout un business plan qui a été conçu autour de ce projet. Il faut savoir que la culture a aujourd’hui une double dimension, une dimension politique en ce qu’elle répond aux besoins de la cité, et une dimension économique qui consiste à transformer le produit culturel en un vecteur créatif de métiers et d’emplois rémunérateurs pour les jeunes.

Lors du Tremplin Assalamalekoum Découvertes où un concours était ouvert aux jeunes rappeurs dans dix régions du pays, vous n’avez pas pu couvrir l’ensemble des villes qui étaient programmées. Peut-on savoir les raisons ?

Monza : il s’agit là d’une décision opérationnelle et un sens de responsabilité de notre part. Effectivement, dans le cadre du Tremplin Assalamalekoum Découvertes, nous avions prévu un ensemble de programme qui a été réalisé entre le 19 avril et le 10 mai 2018, soit un total de 13 concerts dont 4 à Nouakchott et 9 dans les autres villes. Seulement, Assalamalekoum Découvertes, ce ne sont pas seulement les concerts, mais c’est également une tradition que nous avons commencé depuis le début avec nos partenaires, les Alliances Françaises qui depuis 2010 accueillaient les concerts dans 5 Alliances, Nouakchott, Atar, Kiffa, Kaédi et Nouadhibou. Avec le temps et notre politique de décentralisation, nous sommes arrivés cette année à 10 villes.

Avec les Alliances, nous développions des ateliers de la parole et des mots sur la base des Dix Mots de la Francophonie avec en plus des ateliers d’écriture. Cette formule a évolué chaque année, partant de la conviction qu’Assalamalekoum a aussi une responsabilité sociale dans le domaine de l’encadrement et de la conscientisation des jeunes. C’est ainsi que nous avons travaillé avec la GIZ dans le domaine de la lutte contre la corruption, avec le Bureau International du Travail (BIT) sur l’employabilité des jeunes, et en 2018, l’Organisation Internationale de la Migration (OIM) nous a contacté pour travailler ensemble sur le thème de la cohésion sociale renforcée.

Nous avons trouvé pertinent de travailler sur ce thème avec l’OIM qui est un ancien partenaire qui nous accompagne depuis 2010. C’est ainsi que nous avions décidé de travailler sur ce thème de la cohésion renforcée, avec un volet sur la migration et un slogan qui nous a été recommandé par l’OIM. Nous avons donc commencé le projet avec le soutien de l’Institut Français de Mauritanie (IFM) pour les thèmes qui se passaient dans ses locaux et le Service de la Coopération et de l’Action Culturelle (SCAC) de l’ambassade de France qui est également un partenaire du festival. Ce qui s’est passé, c’est qu’au bout des deux premières sessions de formation qui se sont bien déroulées à l’IFM avec la présence de l’OIM, il y a eu des dissensions nées d’une mauvaise compréhension et d’un malentendu. Cela est arrivé au moment où il n’y avait pas encore de Représentant de l’OIM en Mauritanie, l’ancienne était partie au moment où son ou sa remplaçante n’était pas encore arrivée. Durant cette transition, il y a eu ce malentendu avec ceux qui assuraient l’intérim, malentendu qui a été levée avec l’arrivée de la nouvelle Représentante.

En effet, c’était sur la demande de l’Intérimaire, que nous avons arrêté les ateliers, privant ainsi plus de 7 villes et des centaines de jeunes à bénéficier d’une campagne de sensibilisation et d’une action pertinente pour s’informer sur les dangers de la  migration irrégulière, sur les bienfaits de l’éducation et la promotion du « Rester au pays » pour s’investir et entreprendre et s’informer sur les voies et moyens  ainsi que le droit de voyager de manière légale, d’étudier, de se former et de découvrir.

Je pense que l’OIM en soit est une organisation dont les principes et la mission convergent avec le combat social d’Assalamalekoum. Il arrive parfois que certains éléments de langage influent sur le mode opératoire et que certaines personnes oublient leur mission à cause du pouvoir de décision qu’ils acquièrent, le temps d’un intérim, ce qui peut déteindre sur leur objectivité. Je tiens à dire ici que ce malentendu a été dissipé grâce à la convenance et la lucidité décisionnelle de la nouvelle chef de Mission, Madame Laura LANGAROTTI, dont je salue le professionnalisme et la disponibilité. Nous reparlerons certainement encore de notre collaboration dont la cohérence n’est pas à remettre en cause, mais bien peut être dans la méthode de certains collaborateurs . Nous en reparlerons

Le Festival Assalamalekoum dure depuis plus de dix ans, et on sait qu’en général dans ce genre de situation, certains partenaires ont tendance à lâcher pour voir ailleurs. Est-ce que le festival est parvenu, malgré les années, à fidéliser ses partenaires ?

Monza : je vais être très  franc. Nous avons des partenaires qui sont là depuis les débuts du festival, ce sont l’IFM, les Alliances Françaises, le SCAC, la GIZ avec laquelle, en dehors même du festival, nous avons une coopération durable et des actions presque journalières, et nous avons d’autres qui cherchent à nouer des relations avec le festival, des relations de prestation ou de faire-valoir. La notion de partenariat pour moi, ce ne sont pas les enveloppes financières. Pour moi, la notion de partenariat je la vois sous la forme de concepts de développement d’idées et de programmes, de renforcement des capacités.

Aujourd’hui, en dix ans, nous avons su tisser des partenariats intelligents et stratégiques avec des festivals de la région, comme le festival « Festa2H de Dakar », le festival « Le Boul’Vard » au Maroc, ou encore le festival sur le « Fleuve Niger » au Mali et bien d’autres. Il existe entre nous et ces partenaires une solide solidarité entre structures fortes, ce qui nous donne une garantie supplémentaire à pouvoir exister et qui privilégie l’humain, la compétence et la ressource humaine. Il y a encore plus, si nous avons pu organiser Assalamalekoum à Paris en 2016 et en 2017, c’est parce qu’il y a eu la coopération avec  la Région Ile-de-France qui aujourd’hui, est passée de coopération entre villes à coopération entre structures, entre Assalamalekoum et tout le réseau francilien, avec des salles et des programmateurs qui nous permettent aujourd’hui, grâce à des dispositifs, de faire venir des artistes français ici et d’amener des Mauritaniens en France pour se faire former et se faire produire. Si nous sommes parvenus à placer de jeunes Mauritaniens à l’Institut des Arts de Paris, pour des stages de 3 mois, c’est parce qu’il y a eu ces réseaux-là.

Donc, certains partenaires sont là depuis dix ans, non pas pour les beaux yeux du festival Assalamalekoum, mais parce qu’il y a de la pertinence dans ce que nous faisons ensemble.

Propos recueillis par

Cheikh Aïdara


Rencontre UNICEF/SUN-Mauritanie : un cadre consolidé de partenariat avec la société civile nationale

La rencontre qui a réuni le 28 mai 2018, le staff de l’UNICEF dirigé par son Représentant en Mauritanie, SEM.Hervé Péries et une délégation du Mouvement SUN-Mauritanie, conduite par son président, Dr.Moulaye El Mehdi Ould Moulaye El Arbi, est une nouvelle étape dans les relations constantes qui ont toujours lié l’UNICEF et la société civile mauritanienne.

SEM.Haervé Péries (à droite) et Dr.Moulaye El Arbi (au milieu) Photo Aidara

La délégation SUN qui consolidait, par cette démarche, une action de plaidoyer qu’elle mène depuis 2015 en faveur de la lutte contre la malnutrition, a profité de cette occasion pour faire un rappel des objectifs qu’elle s’est fixée et qui s’inscrivent dans le cadre du mouvement mondial, Scan-Up international dans lequel sont impliqués les responsables du gouvernement, la société civile, les Nations Unies, les donateurs, le secteur privé et les chercheurs. L’occasion pour Dr.Moulaye de rappeler les actions similaires de plaidoyer menées auprès des parlementaires, en vue de rehausser la part du budget de la santé, encore très dérisoire, affectée à la nutrition. L’occasion aussi de partager le plan d’action mis en place par SUN-Mauritanie pour un maillage plus efficace des régions les plus vulnérables et les actions de terrain à mener pour extirper un fléau qui continue de faire des ravages au sein des populations les plus fragiles, comme les enfants et les femmes enceintes.

Le Représentant de l’UNICEF, qui a tenu particulièrement à prendre part à la réunion, malgré un emploi du temps chargé, et qui a mobiliser à l’occasion son staff, en l’occurrence son adjoint, son chef de programme chargé du volet nutrition et sa chargée de communication, avait tenu à démontrer l’importance qu’accorde son institution à ce volet essentiel de sa mission, mais aussi sa disponibilité à travailler avec la société civile pour toutes les questions touchant aux conditions de vie des populations, en particulier, celles des enfants.

Zahra Cheikh Mélaïnine, Chargée de communication Unicef (à gauche) et deux activistes de SUN -Photo Aidara

SEM.Hervé Péries a essentiellement exprimé sa totale adhésion aux objectifs de la rencontre, notamment la nécessité d’avoir une compréhension commune de la problématique liée à la malnutrition en Mauritanie, mais surtout l’opportunité de mener un plaidoyer constant pour un renforcement de la multisectorialité dans ce domaine.

L’occasion pour Dr.Moulaye et sa délégation de féliciter l’UNICEF pour le soutien constant qu’elle n’a jamais cessé d’apporter à la société civile mauritanienne et la bonne dynamique entamée en vue de soutenir le mouvement SUN dans ses actions tendant à réduire les taux inquiétants de malnutrition dans le pays. L’occasion pour le chargé de programme nutrition de l’UNICEF, M.Cissé, d’informer l’assistance que la Mauritanie a été récemment félicitée au niveau international pour avoir réduit de 40% son taux de malnutrition, soulignant la nécessité d’une mutualisation des efforts des acteurs impliqués pour un résultat encore meilleur.

Cheikh Aïdara