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Sensibilisation sur le Sida : l’Association mauritanienne pour le développement et l’action humanitaire a procédé à 200 dépistages volontaires à Tiguint

Une campagne de sensibilisation sur le VIH/Sida  lancée dans la localité de Tiguint, ville située à mi-chemin entre Nouakchott et Rosso, s’est étendue sur cinq jours. Elle a été clôturée lundi 29 janvier 2018 en présence des autorités administratives et communales. Cette campagne a été initiée par l’Association mauritanienne pour le développement et l’action humanitaire en collaboration avec le Secrétariat exécutif national de lutte contre le Sida (SENLS).

A l’extrême droite Marième Bah (présidente de l’association) au côté des officiels (Photo Md Lemine)

Pendant cinq jours, les volontaires de l’association ont fait du porte-à-porte et sensibilisé les populations de Tiguint sur le danger du Sida et ses modes de transmission. Quelques 200 volontaires ont été dépistés au cours de cette campagne.

La cérémonie de clôture a été présidée par le chef de la circonscription, M.Ghaïthy Ould Sidi Mohamed qui a mis l’accent dans son intervention sur l’importance de la sensibilisation dans la lutte contre le VIH/Sida, tout en insistant sur les efforts déployés par le gouvernement mauritanien dans l’amélioration des services de santé dans le pays et leur rapprochement des populations sur l’ensemble du territoire national.

Une partie de l’assistance

A son tour, le maire de la commune de Tiguint, M.Hamady Ould Vayigh, a loué l’initiative de l’Association mauritanienne pour le développement et l’action humanitaire à travers cette campagne de sensibilisation visant à sensibiliser les populations de sa commune sur les dangers du VIH/Sida ainsi que les moyens de l’éviter, par une explication détaillée sur ses modes de transmission ainsi que l’importance d’un dépistage volontaire.

Pour sa part, la présidente de l’association, Mme Marième Mint Bah, a mis l’accent sur l’importance de la sensibilisation dans la lutte contre le VIH/Sida, soulignant que beaucoup de pays sont parvenus par ce genre de campagne à réduire considérablement leur taux de prévalence.

Selon Marième Mint Bah, son association est parvenue au cours de ces cinq jours à toucher la quasi-totalité des habitants de Tiguint, en organisant deux journées au collège de la ville, sans compter les marchés et les regroupements socioculturels, avec à la clé 200 dépistages volontaires.

Elle a enfin souligné que cette action réalisée par son association entre dans le cadre des efforts menés par le SENLS pour parvenir à Zéro infection dans sa lutte contre le VIH/Sida.

Cheikh Aïdara


Les femmes parlementaires mauritaniennes mobilisées contre la malnutrition

Aux termes de la journée de mobilisation organisée le mercredi 31 janvier 2018 sous la coupole de l’Assemblée Nationale, les femmes parlementaires, encadrées par des experts du mouvement SUN, entre autres, ont été suffisamment outillées sur la situation alarmante de la malnutrition en Mauritanie. Savoir par exemple que 75% des enfants et 24 % des femmes en Mauritanie sont en situation grave d’anémie ou que 7 Wilayas sur les 15 et 21 Moughataas sur les 55 que compte la Mauritanie sont dans une situation nutritionnelle d’urgence a suffi pour qu’elle fassent de cette pandémie leur prochaine priorité.

Le vice-président Ould Kharchi (en boubou blanc) ouvrant les travaux, à sa droite Marième Baba Sy, à sa gauche Dr.Moulaye et Elena Vicario (Photo Aidara)

L’Assemblée Nationale a abrité le mercredi 31 janvier 2018 une journée de mobilisation des parlementaires en faveur de la nutrition. Cette manifestation a été organisée par le Réseau des femmes parlementaires (REFPAM) en collaboration avec le mouvement Scan-Up Nutrition (SUN) de Mauritanie.

L’institutionnel s’engage

La cérémonie d’ouverture a été marquée par le mot d’ouverture du Vice-président de l’Assemblée Nationale, l’Honorable député M.Ahmed Yahya Ould Kharchi, qui s’est félicité de l’organisation de cette journée destinée à sensibiliser et à mobiliser les parlementaires contre le fléau de la malnutrition. Il a enfin exprimé la disponibilité des députés à accompagner tout effort de nature à améliorer les conditions de vie des populations.

Auparavant, la présidente du REFPAM, l’Honorable députée Mme Marième Baba Sy a donné un bref aperçu sur la nutrition et ses bienfaits sur le bien-être en général, tout en mettant en exergue la part très faible du budget qui lui est accordée ainsi que l’absence d’une politique d’informations et de sensibilisation des populations sur la malnutrition et ses dangers. Elle a cependant évoqué les efforts importants déployés sur le plan mondial pour lutter contre le fléau et l’engagement des Etats dans ce domaine.

De son côté, Dr.Moulaye El Mehdi Ould Moulaye Zeine, président de la Plateforme du mouvement SUN-Mauritanie de la société civile qui regroupe des ONG nationales et internationales exerçant au niveau local s’est félicité de l’importance que les femmes parlementaires accordent à la question de la nutrition, au point de susciter de leur part une si grande mobilisation malgré un calendrier chargé (Déclaration de politique générale du Premier ministre, plénière prévue le même jour pour la clôture de la session ordinaire du Parlement, après les âpres discussions sur le budget…)

Dr.Moulaye a par la suite procédé à une brève description de son mouvement, qui est né après l’adhésion de la Mauritanie au mouvement SUN international le 19 mai 2011 avec une lettre d’engagement du Ministre des Affaires économiques et du Développement (actuel Ministère de l’Economie et des Finances). Il a par la suite expliqué à l’assistance que la société civile mauritanienne n’est pas restée inactive face au phénomène de la malnutrition et que des initiatives de terrain ont déjà été menées et continuent de l’être. Il a cité en exemple le Projet de renforcement de la résilience mené par son ONG, AMAMI (Association Mauritanienne d’Aide aux Malades Indigents) dans la Moughataa de Koubenni au Hodh Gharbi, en collaboration avec l’Unicef et Echo.

Dr.Moualye au cours de sa présentation (Photo Aidara)

Enfin, Elena Vicario, Coordinatrice d’Action contre la faim, une ONG espagnole présente en Mauritanie depuis 2007 a brièvement évoqué les actions menées par son organisme, en collaboration avec les autorités mauritaniennes, dans le domaine de la nutrition.

Par la suite, les Honorables députées, Mmes Aminata Niang et Habsatou Kane ont donné un bref aperçu du REFPAM qui a été créé en 2013, ses missions, ses objectifs et ses réalisations, avec à l’appui un documentaire sur la caravane qu’elles avaient organisée dans les Wilayas du Trarza, du Brakna du Gorgol et du Guidimagha. Elles déclarent avoir mené une deuxième caravane dans la foulée dans les deux Hodhs, en Assaba, au Tagant. Ces caravanes destinées à s’enquérir sur les problèmes des populations devront se poursuivre selon elles, avec une troisième caravane dès le 4 février 2018 en direction des régions Nord (Adrar, Inchiri, Nouadhibou et Tiris-Zemmour).

Situation nutritionnelle et alimentaire alarmante

Plusieurs communications ont été par la suite présentées, dont l’une sur la Situation nutritionnelle en Mauritanie par le Dr.Barro qui a livré les chiffres alarmants de la dernière enquête SMART qui fait ressortir des situation d’urgence dans plusieurs régions et départements du pays, avec des taux de malnutrition aigüe sévère (MAS) et de malnutrition aigüe globale (MAG) au-dessus du seuil d’urgence, respectivement 2% et 15%.

L’insécurité alimentaire en Mauritanie qui touche 370.000 personnes, soit le double des chiffres de 2016, risque selon Mohamed Dah, expert à Action contre la faim, de s’exacerber en cette année particulièrement marquée par un grand déficit pluviométrique et un couvert végétal qui ne pourrait pas suffire au bétail. D’où des tensions qui pourraient naître selon lui, de la concentration excessive des animaux dans les régions sud du pays et des conflits que cela pourrait générer entre éleveurs transhumants et paysans.

La Mauritanie et ses engagements internationaux

Mohamed Bneijara présente sa communication (Photo Aidara)

Mohamed Ould Bneijara, président de l’ONG ADIG, Point focal au sein du Groupe humanitaire-pays et Secrétaire général de SUN-Mauritanie, est revenu sur les engagements de la Mauritanie par rapport à la santé et la nutrition, citant le Sommet d’Abuja où l’Etat mauritanien s’était engagé à accorder 15% de son budget national à la Santé (il en est à moins de 3%), où quand il s’est engagé à réduire de 40% le nombre d’enfants de moins de 5 ans en retard de croissance ou de 50% le nombre de femmes malnutries, alors qu’il reste encore très loin de ces engagements.

Aujourd’hui, le constat est amer. L’Etat mauritanien fait de la nutrition une affaire qui ne concernerait que l’assistance technique-financière internationale, alors que 2, 7 milliards d’UM par an consacrés à la nutrition, suffiraient selon les experts, à éradiquer ce fléau dans le pays et sauver des milliers d’enfants et de femmes.

Outre le rôle qu’ils jouent dans le maintien des centres de nutrition (au niveau communautaire, dans les centres de santé ou dans les hôpitaux), les partenaires comme Action contre la faim, Wolrd Vision, Oxfam, ou encore Adra, Terre des Hommes, Caritas contribuent par leurs efforts à réduire l’impact de la malnutrition et de l’insécurité alimentaire.

A ce titre, leur présence a été très marquée au cours de la journée de mobilisation et l’Unicef a enfin mis à la disposition des participants le «Plan stratégique multisectoriel de nutrition, 2016-2025».

Les femmes parlementaires mauritaniennes, enfin édifiées sur l’ampleur de la pandémie, se sont dites engagées à prendre le combat de la nutrition à bras-le-corps, même si elles regrettent que cette journée soit organisée très tard, après l’adoption du Budget 2018 et après la Déclaration de Politique Générale du gouvernement. Mais surtout, aux lendemains d’un renouvellement des sièges de l’Assemblée Nationale qui devra intervenir au cours de l’année. «Mais, que nous soyons réélues ou pas, nous resterons membres actives du REFPAM qui regroupe non seulement les députées en exercice mais aussi toutes les anciennes parlementaires » a souligné Mme Marième Baba Sy.

 

Cheikh Aïdara

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3ème Congrès d’IRA, une césarienne en période d’exception

C’est presque dans la clandestinité, comme à l’époque du monopartisme, que le Congrès de l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) s’est achevé le 28 janvier 2018 par une résolution finale. Commencés la veille au domicile du président Birame Dah Abeid, les travaux ont été interrompus par le préfet de la circonscription sur ordre de ses supérieurs. Face aux menaces proférées par les autorités de livrer le quartier à la vendetta policière, les congressistes ont préféré aller poursuivre leur manifestation dans un endroit resté secret. Birame a été reconduit à la tête du mouvement.

Birame en boubou blanc turban noir à ses côtés son épouse et ses collaborateurs (Photo Aidara)

Le 3ème Congrès ordinaire d’IRA s’est achevé le 28 janvier 2018 après deux jours de travaux rocambolesques, mi-publics mi-clandestins. Ce Congrès a été baptisé «Congrès Mère Houleye Sall» du nom de la mère du lieutenant Abdallahi Moussa Sall, assassiné en 1990 à Inal, qui continue, malgré ses 92 ans à lutter pour que la vérité et la justice soit rendu non seulement à son unique fils, mais aussi à tous les martyrs de ces douloureux évènements qui ensanglantent l’histoire de la Mauritanie.

La Mauritanie et le monde

La résolution finale adoptée au bout des travaux du congrès fixe dans son préambule le contexte qui prévaut en ce début 2018, contexte marqué par l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis et les errements diplomatiques dans le monde, surtout au Moyen-Orient, le défi du changement climatique et le terrorisme islamiste.

S’agissant de la Mauritanie, le congrès dénonce une «navigation à vue faute de vision au sommet de l’Etat », l’absence d’alternative chez la frange lettrée recluse dans le fatalisme, la permissivité morale et la paresse qui la dépouille de toute imagination fertile et même du rêve légitime de vivre dans un pays normal. C’est dans ce contexte que quelques forces vives de la nation comme IRA et certains organismes de défense des droits de l’homme tentent, selon le texte final, de créer un environnement propice à l’alternance politique.

L’examen de la situation de la Mauritanie a ainsi permis aux congressistes d’identifier les «principaux enjeux de la lutte » qui selon eux posent les jalons de la refondation. L’un des défis serait la persistance des pratiques esclavagistes et discriminatoires qui seraient le «produit d’une confusion originelle entre raison du plus fort et religiosité du plus retors ». Il est question cependant de tentative de la part du législateur mauritanien d’améliorer l’énoncé d’une lutte contre ces inégalités sociales, mais selon IRA, «l’imposture perdure grâce à la volonté de ne pas appliquer le droit ». Idem pour les instruments internationaux que l’on ratifie dans la hâte dans «un calcul de dissimulation». Et le religieux intervient dans cette danse pour «intimider l’exigence de mieux-être »sans que ces tenants ne se rendent compte que l’alibi perpétuel du sacré, peut provoquer une usure sous l’effet de l’excès.

Abus et impunité

Le congrès dénonce également le silence complice de l’Etat mauritanien «face à l’impunité des auteurs de crimes de sang, déportations et disparitions, exécutés aux motifs de la race et de la culture non-arabes». Selon IRA, «il n’y a pas de cohésion non plus de fraternité quand l’un opprime l’autre et lui enjoint d’oublier». Les travaux de ce 3ème congrès ont également été l’occasion de dresser le bilan du combat mené par le mouvement, de la torture, des mauvais traitements et de l’emprisonnement dont les militants d’IRA sont régulièrement l’objet, mais aussi du racisme montant contre la frange harratine, avec l’exemple du présumé voleur Ethmane Ould Brahim, torturé et filmé sans que les auteurs de cette barbarie soient inquiétés. Selon IRA, «la Mauritanie d’aujourd’hui s’enfonce dans le fanatisme de la pureté essentialiste et y dissout ses traditions, son âme et la tranquillité de ses habitants ». Il fut aussi question des libertés qui se seraient beaucoup rétrécit selon la résolution finale qui parle d’arrestations arbitraires, de détentions hors procès, évoquant les situations lamentables des prisons et des prisonniers en Mauritanie. Et de citer en exemple, les deux détenus d’IRA à Bir-Moghreïn, Moussa Bilal Biram et Abdallahi Maatala Saleck, du sénateur Mohamed Ould Ghadda et du sergent Mohamed Ould Mohamed Mbareck, mais aussi les journalistes, syndicalistes et sénateurs maintenus sous contrôle judiciaire depuis plusieurs mois, entravant leur liberté de se mouvoir, etc. Ces atteintes aux droits de l’Homme en Mauritanie participent selon les termes de la résolution finale «à compromettre le consensus national et la perspective d’une alternance apaisée en 2019, date du dernier mandat de l’actuel chef de l’Etat».

Fin du pluralisme

Abordant le détournement des institutions, IRA évoque la relative crédibilité du modèle de pluralisme en Mauritanie, les abus de l’appareil sécuritaire et de justice qui enlèvent tout poids aux mécanismes de recours, l’utilisation de l’arme du fisc pour tenir en laisse le privé, l’effondrement du système éducatif et sanitaire. De là à évoquer la prévarication au sein de l’Etat, il n’y eut qu’un pas que les congressistes ont franchi, parlant de la corruption dans la sphère de l’Etat et l’inefficience des politiques publiques.

Dans l’urgence d’une situation aussi alarmante que celle décrite, le 3ème congrès d’IRA trouve pertinent et utile de rompre avec une cité incapable d’assurer à ses membres le sentiment de participer à une œuvre commune.

Batailles électorales futures

En perspective des consultations électorales en vue, le congrès a donné toute latitude à ses membres pour se présenter en indépendant à toutes les échéances à venir, les législatives, les communales et la présidence de la République.

Une nouvelle fois, le président Birame a été reconduit à la tête du mouvement IRA «aux fins de promouvoir une large concertation avec les partis, la société civile et le commandement des forces armées et de sécurité, en vue d’accélérer la réconciliation des Mauritaniens avant le vote et parvenir à une entente solide, sur les règles de l’impartialité, dans le strict respect de la Constitution » conclut le texte final sanctionnant les travaux du 3ème Congrès du mouvement IRA.

Ce congrès a été ouvert le 27 janvier en présence de plusieurs personnalités et présidents de partis politiques, notamment Samba Thiam des FPC, Bâ Mamadou Alassane de PLEJ, Me Cheikh Ould Hindi, bâtonnier de l’ordre des avocats, des représentants du parti Tawassoul et de SOS Esclaves, notamment.

Cheikh Aïdara


L’imagination au pouvoir, Mai 68 et la guerre intergénérationnelle en Mauritanie

La grande Khaïma de l’Institut Français de Mauritanie (IFM) a abrité le 26 janvier 2018 la «Nuit des Idées » dans le cadre des conférences «Mauritanie Demain » qui clôt un cycle d’une vingtaine de débats animée tout au long de l’année 2017 par d’éminents professeurs et penseurs mauritaniens et étrangers.

Gauche à droite : Mohamed Vall (Ceros), Pr.A.Cheikh, R.Malard (IFM), H.S.Heiba (Photo Aidara)

Ces cycles de conférence organisés par le Centre d’études et de recherches sur les organisations de la stratégie (Céros) auraient drainé plus de deux milles participants, selon le directeur de l’IFM, Raphaël Malara à l’ouverture de la soirée. A ses côtés, le Pr.Abdelwedoud Ould Cheikh, Anthropologue et penseur mauritanien qui avait déjà lancé ces conférences l’année dernière.

Le thème retenu au cours de cette «Nuit des Idées» portait sur «l’Imagination au pouvoir ». Ce qui permettra au conférencier, de déclarer que ces cycles de conférence ont permis de revisiter le paysage sociologique de la Mauritanie, de donner une idée assez précise sur la société civile mauritanienne, ses particularités et le rôle qu’elle a joué depuis son émergence, mais surtout la fonction religieuse et l’exception mauritanienne en matière d’économie, avec un clin d’œil ironique sur la prolifération des boutiques devenu un véritable fait de société.

Une partie de l’assistance (Photo Aidara)

Bien entendu, le conférencier a évoqué entre autres sujets qui ont animé les débats en 2017, l’ethnicité, les problèmes de l’esclavage, de la femme, soulignant que si la femme en milieu hassanya peut se targuer de certains privilèges, ses sœurs dans les autres communautés ne bénéficient pas forcément du même statut, appelant ainsi à une modération dans la généralisation, surtout ceux qui soutiennent à tout vent que «la femme mauritanienne est privilégiée». Il a d’ailleurs relevé une nouveauté dans ce monde aux origines sanhajas où la séparation entre le monde des hommes et celui des femmes dans l’habitat traditionnel n’était pas aussi marquée qu’elle ne l’est aujourd’hui. Selon lui, les Mauritaniens ont troqué la trilogie malékisme-asharisme-soufisme contre une nouvelle trilogie wahabisme-salafisme-djihadisme.

Pouvoir politique, Mai 68…

Revenant au thème du jour «l’Imagination au pouvoir», le Pr.Abdelwedoud Ould Cheikh fera remarquer que les pouvoirs ont tendance à s’auto-perpétuer et qu’ils cherchent, par la nature de l’homme, à se maintenir contre la volonté de leurs oppositions.

Abordant l’une des facettes de l’imaginaire au pouvoir, il a évoqué Mai 1968 qui est parti sur une dimension poétique et imaginaire en France, où la volonté de bouleverser l’ordre établi a inspiré le surréalisme, porteur de révolte jusqu’à la transgression de tous les tabous sociaux, allant jusqu’à l’obscénité dans les paroles et une certaine apologie de l’anticonformisme. Mai 1968 avait ainsi, d’après le Pr.Abdelwedoud Ould Cheikh, cette dimension libertaire, anarchiste et gauchisante qui lavait dans la même vaisselle et le conformisme et le religieux.

En Mauritanie, comme dans beaucoup de pays francophones de l’époque, Mai 68, fut porteur d’un foisonnement intellectuel au sein de la jeunesse estudiantine et scolaire. Il donna naissance à un mouvement contestataire, les Kadihines, dont la portée sociale effraya les tenants du pouvoir à l’époque. Ce mouvement, comme en France, avait également selon le conférencier, sa charge poétique et littéraire. Il inspira bien des slogans hostiles à l’ordre social établi, s’inspirant ainsi des idéaux qui étaient en vogue à l’époque, ces idées altermondialistes inspirées des guerres d’indépendance, de la guerre d’Indochine, le Vietnam, l’essor du communisme, notamment le socialisme, l’appropriation par la jeune classe intellectuelle des idées de Karl Marx, Lénine, Mao, etc. Et ce mouvement né de Mai 1968 fit bouger aussi bien les lignes politiques que sociales.

Beaucoup parmi les doyens présents à la soirée ont ainsi livré leurs souvenirs de ce que fut Mai 68 en Mauritanie. Y passèrent, Mohamed Ould Maouloud dont le parti qu’il préside, l’Union des forces du progrès (UPF) est dépositaire de certains idéaux du mouvement Kadihine à travers certains profils de ses cadres. Mais aussi, l’assistance a eu droit aux témoignages de Nancy Abeiderrahmane, Me Ichidou, Me Heibetna Sidi Haïba, El Houcein Ould Hadi, Ahmed Ould Daddah, et bien d’autres encore.

Soixante-huards contre Génération 2000

C’est une véritable guerre de génération, certes non déclarée, qui s’est déroulé dans les coulisses du débat qui a eu lieu au cours de la «Nuit des Idées». Elle s’est manifestée dans les recoins de l’énorme tente bédouine que le Directeur de l’IFM avait plantée comme décor pour clôturer ce cycle de conférences «Mauritanie Demain ». Les jeunes ont exprimé en aparté leur ras-le-bol face à ces Soixante-huitards qui avaient trop monopolisé le débat à leur goût, ressassant un passé nostalgique,  qui est très loin de leurs préoccupations actuelles, alors que, disent-ils «ils ont davantage besoin de solutions à leurs multiples problèmes ».

Une partie de l’assistance (Photo Aidara)

En effet, il fut beaucoup question au cours de cette soirée, de Mai 68 et des idéaux de liberté et d’égalité qu’il portait, inspirés des guerres d’indépendance, l’Indochine, le Vietnam, le Guévarisme, le Surréalisme qui avait accompagné le mouvement d’idées en France à l’époque, idées qui s’étaient répandu comme une traînée de poudre parmi les étudiants africains qui ont transposé la révolte chez eux, dans leur pays, à l’instar de ce qui s’était passé en Mauritanie autour du Mouvement Kadihine et de certains de ses icônes comme Soumeyda, mort très jeune dans les geôles du régime de Mokhtar Daddah.

Il faut dire que cette transposition historique à laquelle la jeune génération, fortement présente sous la tente et nullement édifiée sur ce pan du passé, était obligé de supporter à travers les prises de paroles, avait bien sa raison d’être, car lié au thème du jour, qui fut admirablement introduit par le Pr.Abdelwedoud Ould Cheikh et son humour au vitriol. Le Conférencier s’est en effet contenté de lancer le débat autour d’une thématique très osée : «l’imagination au pouvoir ». Et qui mieux que cette génération de Mai 68 fut plus porteuse de ce chimérique devoir messianique, ce combat autour d’un idéal et d’un pouvoir qui lui aurait permis de répandre la justice et les bonnes causes sur Terre.

Ce que certains jeunes ont particulièrement dénoncé, c’est l’inutilité d’un tel rappel, celui d’un mouvement né en 1968 et qui n’a laissé aucun fruit. Pire, les principaux acteurs de cette saga idéaliste qui avaient défendu l’idée d’une Mauritanie juste et égalitaire, se seraient dévoyés à leurs yeux, au contact du pouvoir, poussant la plupart d’entre eux à se diluer dans les différents régimes militaires qui se sont succédé depuis 1978 et à l’orienter dans ses pires échecs.

Cette fissure intergénérationnelle a permis cependant de recueillir le ressentiment des jeunes qui se sentent quelque part trahi par la vieille garde censée leur baliser le chemin, et qui devaient à leurs yeux, leur léguer  une Mauritanie autre que celle dans laquelle ils vivent aujourd’hui et qui ne leur réserve qu’un horizon bouché. De l’autre, il est reproché à la jeune génération d’être en panne d’idées et de n’avoir aucun référentiel, ni ce goût du combat politique qui avait animé leurs aînés et qui leur a permis de changer la donne à leur époque, comme  la nationalisation de la Miferma, la création de l’ouguiya et la rupture des accords de défense avec la France, entre autres.

Cheikh Aidara