aidara

Faux médicaments en Mauritanie, des milliards de bénéfices contre des milliers de vie

La Mauritanie risque d’être épinglée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) comme pays exportateur de faux médicaments. Une menace qui a poussé les autorités sanitaires à diligenter une enquête nationale dont le rapport reste encore confidentiel. Selon des fuites parues dans la presse, 60.000 à 100.000 tonnes de faux médicaments circuleraient sur le marché, malgré l’adoption d’une loi de 2010 jugée coercitive et la mise en place de mesures institutionnelles de contrôle. Au passage, ce sont des milliards d’ouguiyas qui seraient générés par ce trafic de la mort avec la complicité des pouvoirs publics.

médicaments-pilule-thermomètre
CC Pixabay

 

Les faux médicaments en Mauritanie ne sont pas un problème nouveau. Depuis la privatisation en 1981 du secteur des pharmacies, un trafic illicite de faux médicaments s’est développé, animé par des armées de commerçants véreux et souvent quelques officiers de l’armée. Ce juteux trafic n’a cessé d’attirer du monde, vu les énormes bénéfices qu’il génère, même si c’est au détriment de centaines de vies. Beaucoup n’hésitent pas à lier ce trafic au nombre élevé de cancers recensés en Mauritanie. Aujourd’hui, le nombre de malades mauritaniens du cancer dans les hôpitaux du Maroc, du Sénégal et de la Tunisie, pour ne citer que ceux-là, serait parmi les plus élevés dans la sous-région.

L’alerte a été donnée tout dernièrement, avec la menace brandie par l’OMS de classer la Mauritanie parmi les pays exportateurs de faux médicaments. D’où l’enquête précipitamment diligentée par le ministère de la Santé, qui s’est toujours vanté de la qualité des contrôles sur la qualité des médicaments vendus dans le pays. Le rapport encore confidentiel de l’enquête, selon des fuites obtenues par la presse, parle de 60.000 à 100.000 tonnes de faux médicaments qui seraient en stock ou en circulation. Une affaire grave sous-tendue par des réseaux fortement implantés qui bénéficieraient d’une totale impunité.

Des mesures inefficaces

Malgré la révision de la loi de 2008 qui ouvrait l’activité à tout Mauritanien et l’adoption en 2010 d’une nouvelle loi qui restreignait la vente des médicaments avec des sanctions sévères à la clé, le trafic n’a jamais cessé de s’étendre, de se diversifier et de prendre de l’ampleur. La Mauritanie commençait à traîner la vilaine réputation de plaque tournante des faux médicaments en Afrique de l’Ouest, menaçant dangereusement d’inonder les pays voisins. L’image des autorités politiques en prenait un sacré coup, elles qui étaient de plus en plus accusées de laxisme dans leur gestion de la forfaiture.

En quelques années, quelques 29 grossistes de médicaments et 700 pharmacies étaient décomptés pour une population de 3 million d’habitants. Au Sénégal, et avec 14 millions d’habitants, on ne compte qu’environ 6 grossistes, 5 en Côte d’Ivoire (19 millions d’habitants), 6 au Mali (14 millions). Dans les pays européens avec 50 millions d’habitants, on ne dénombre guère plus de 5 à 10 grossistes.

L’arsenal juridique et institutionnel mis en place semble avoir été conçu juste pour la décoration, avec un Laboratoire national de contrôle de la qualité des médicaments impuissant face aux lobbies des commerçants souvent couverts par des personnages clés de l’Etat, ainsi que la démission de la Direction des Pharmacies et des Laboratoires et la Direction des Douanes. Le reste de la chaîne semble tout aussi gangrenée, en l’occurrence la Centrale d’Achat des Médicaments Essentiels et Consommables (CAMEC) ainsi que les autres officines agrées.

Les causes du mal et ses racines

Sont mis en cause l’absence de contrôle aux frontières, la persistance de lacunes dans la législation, la faiblesse des services de contrôle sanitaire, la porosité des points de passage aux frontières et l’impunité qui couvre les trafiquants.

Les faux médicaments proviennent essentiellement de Chine, de l’Inde et des Emirats Arabes Unis. Mais la Mauritanie n’est pas le seul pays touché par ce mal. Tout le continent africain a été transformé en un énorme dépotoir de faux médicaments, mais la Mauritanie semble prendre la tête du lot. Les pharmacies à ciel ouvert y ont pignon sur rue. Ce sont de véritables réseaux qui se sont créés et développés tels une gangrène, en partant des gros importateurs, en passant par les grossistes, les détaillants et les ambulants. Pratiquement tous les médicaments semblent être touchés par le phénomène, des antalgiques aux antipaludéens, en passant par les dermocorticoïdes, les sildenafil (viagra), etc.

Des milliards d’ouguiyas de chiffres d’affaires sont en jeu et aucune ligne de la loi de 2010 n’est respectée, malgré les protestations des professionnels de la santé et des médicaments qui voient les ravages que ce trafic de la mort causent sur les patients mauritaniens. Beaucoup mettent en cause la complicité du ministère de la Santé et ses démembrements. « L’Etat mauritanien néglige la santé des Mauritaniens », déplorent certains d’entre eux. Ils vont plus loin et accusent les autorités de parrainer un trafic qui se déroule sous leurs yeux.

Moins chers, plus nocifs

Au lieu de vendre des médicaments homologués et prescrits par les médecins, certains pharmaciens proposent en général leur équivalent, moins cher, donc un faux. «J’ai toujours exigé de mes patients qu’ils achètent le médicament prescrit et non l’équivalent », indique le Dr Abdallahi, un chirurgien, qui a découvert que très souvent, les pharmaciens ne donnent pas le vrai médicament prescrit mais proposent aux malades un traitement moins cher, donc un faux médicament qui n’a aucun principe actif.

Les pauvres sont les principales victimes. Résultat, les malades mauritaniens ne guérissent jamais et risquent même d’attraper des maladies plus graves, dont le cancer.

Qu’il est loin le temps où les acteurs félicitaient le gouvernement mauritanien pour les mesures prises pour lutter contre les faux médicaments. C’était en 2008, à la création du laboratoire contrôle-qualité. Quelle euphorie avait aussi accompagné la fermeture en 2015 de trois grands distributeurs, accusés de vente de faux médicaments, en l’occurrence, Amal Pharma de Mohamed Ould Ebnou, député influent de l’UPR (parti au pouvoir), Origine Pharma et El Mina-Pharma de Dahah Ould Isselmou et de Maouloud Ould Mah. Un simple coup d’épée dans l’eau. Un répit. Le commerce de la mort a depuis lors repris son silencieux et sombre cours.

Cheikh Aidara


4ème journée du Championnat D1 : Tevragh-Zeine déçoit et Kaédi connait sa première défaite

C’est l’inquiétude dans les rangs du FC Tevragh-Zeine. L’équipe plusieurs fois championne de Mauritanie et qui a dominé le football national ces dernières années n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle a été battue l’après-midi du samedi 21 octobre 2017 par la Garde Nationale sur le score de 1 but à 0 au Stade Cheikha Boydiya.

Tevragh-Zeina en noir et blanc, la Garde en rouge (Photo Aidara)

Avec une défense dominée par deux grandes citadelles, Abdellahi Bilal et Cheikhna Varajou, très bons sur les balles aériennes mais fébriles devant des attaquants véloces, un milieu de terrain avec un Sid’Amar Brahim esseulé et une attaque presqu’inexistante, les poulains de Moussa Khaïry doivent se remettre en question s’ils veulent aller loin dans le championnat.

Tout s’est joué en seconde période, après un nul vierge en première mi-temps nul sur le plan du jeu et de la conception. L’arbitre avait aussi sa partition dans le jeu décousu livré lors des premiers 45 minutes avec un pénalty non tiré en faveur de Tevragh-Zeine, sous la protestation du public. Mais d’occasions nettes de scorer il n’y en eut presque pas. N’eût été la maladresse des attaquants de Tevragh-Zeina devant les buts de la Garde, le score aurait tout autre.

C’est vers la 56ème minute, après un travail remarquable de Aboubeye Souleymane qui a presque effacé toute la défense Tevragh-Zeinoise pour piquer une passe dans l’extrême ligne de but, que Abderrahmane Sy n’eut aucune difficulté à prolonger la balle dans la cage de Mohamed Salehdine Saleck dit Casias. Plus entreprenants dans l’entre-jeu, les Rouges de la Garde se montrèrent plus incisifs, tant et si bien qu’ils obtiennent un deuxième but refusé par l’arbitre à la 66ème minute. Pourtant, ce but a été d’abord validé avant d’être transformé en coup-franc pour charge sur le gardien. Ce qui provoqua un tollé de protestation qui ne faillit s’éteindre sur les gradins.

Et c’est sur ce score de 1 bu à 0, que le match prendra fin. Le FC Tevragh-Zeina signait là sa seconde défaite en deux journées consécutives, avec celle concédée la semaine dernière devant la SNIM à Nouadhibou. Avec seulement 4 points au compteur, les protégés de Birama Gaye risquent de glisser encore plus bas sur le classement, eux qui pointaient à la 15ème place.

Avec les trois points de la rencontre, les poulains du Capitaine Eleya se rapprochent quant à eux du peloton de tête avec 7 points.

La Kédia pulvérise Kaédi 4 buts à 1

A Zouerate où le FC Kaédi, nouveau promu de la première division évoluait pour sa première sortie, les miniers de la Kédia n’ont pas fait dans la dentelle. Ils ont pris le match dès le début et n’ont laissé aucune chance aux Kaédiens. Score final, 4 buts à 1. Ce qui propulse pour le moment la Kédia à la première place du championnat aux termes de ces quatre premières journées.

Les banlieusards de Riadh surprennent Tijikja

En deuxième heure du match joué le samedi sur la pelouse du Stade Cheikha Boydiya, juste après la rencontre Tevragh-Zeine/Garde Nationale, les banlieusards de l’AJ Riadh ont pris le meilleur sur l’ASC Tijikja. Score final 1 but à 0, but inscrit à la 56ème minute par Barry Alioune sur un mauvais dégagement du gardien de but.

Pourtant, c’est Tijikja qui s’était fait menaçant avec cette belle occasion de Homoye Ould Tanji qui face à face avec l’ancien international et gardien de but des Mourabitounes, MBaye Lemine, a raté son tir.
Le vendredi 20 octobre, toujours au Stade Cheikha Boydiya, l’ASAC Concorde avait battu la SNIM sur le score de 3 buts à 0.

La 4ème journée de la D1 s’est poursuivie dimanche à Nouakchott et à Nouadhibou, avec les rencontres FC Nouadhibou contre FC Teyssir d’Atar, Nouakchott Kings contre ACS Ksar et ASC Police contre FC Deuz. Nous y reviendrons plus amplement dans notre prochaine édition.

Cheikh Aidara

 


A Abidjan, les experts au chevet d’un malade nommé Sahel

Le Sahel est une région malade et misérable, une des régions les plus malades et les plus misérables du monde.

De très nombreuses femmes y meurent chaque année en donnant la vie. Au Sahel, les enfants ont peu de chance de fêter leur cinquième anniversaire. Les jeunes, même diplômés, ont perdu toute illusion : pas de travail et pas de perspective d’avenir (avec la déception d’avoir suivi des études supérieures, pendant plusieurs années, qui ne mènent à rien).
Le Sahel, c’est aussi la région du monde où l’on fait des dizaines d’enfants avec la certitude que la Providence leur ouvrira la voie du succès et qu’Allah se chargera de leur subsistance. En réalité, beaucoup d’entre eux finissent dans la rue, ils deviennent brigands de grands chemins, quand ils ne sont pas récupérés par le premier recruteur de la région, Al Quaïda ou Boko Haram, qui les transforme en torchon ambulant ou en tueur en séries.

Crédit photo : Presse-dz

Au Sahel, plus de la moitié de la population – c’est-à-dire les femmes – est exclue du cycle de production économique. Des analphabètes, on en forme des millions. De simples mères pondeuses, des esclaves sexuelles, tout juste bonnes à faire des enfants dès le plus jeune âge, sans droit au chapitre dans la vie de la cité, y compris pour décider de leur propre sort ou de celui de leurs enfants. On les répudie souvent, vieille dès l’âge de trente ans, un paquet de marmots sur les bras, sans instruction, sans formation et donc sans travail.

Dans les pays du Sahel, qui vivent sous perfusion de la finance mondiale, règne la corruption : détournement des deniers publics, détournement de l’aide internationale et des  prêts préférentiels. Les pays du Sahel creusent ainsi, année après année, des gouffres dans leurs budgets nationaux, hypothéquant l’avenir de plusieurs générations à venir.

Les écoles des pays du Sahel forment des chômeurs analphabètes. Quant aux structures de santé, elles accueillent des malades que l’on détrousse et saigne à mort avant leur séjour à la morgue.

Dans ces pays végètent des élites corrompues, des chefs d’Etat à vie et des dictatures implacables. Ces élites ratifient tout ce qui bouge en matière de traités ou de conventions internationales. Elles affament le peuple, le paupérise et le tient parfois en joue avec des armées républicaines transformées en milices.

Ces élites bien en chair se soignent à l’étranger, loin des hôpitaux mouroirs de leur pays. Elles envoient leurs progénitures dans les plus prestigieuses écoles du monde, loin de leurs écoles à abrutir le petit peuple qui applaudit les réalisations du grand guide éclairé.

Oui, il faut le dire, malheureusement le Sahel en est encore là.

Guerres, famine, maladies, fanatisme, rébellion, contre-rébellion, drogue, prostitution, trafics illicites en tout genre, violences… tout cela fournit chaque jour de la matière à la presse internationale.

Voilà les gros mots, et les gros maux, dont souffre le Sahel.

Le Sahel, ce macchabée que l’on tente de ressusciter depuis des décennies, que ce soit à Abudja, à Nairobi, à Addis-Abeba, à Maputo, à Johannesburg, à Niamey, à Bamako, à Dakar ou encore à Nouakchott, et même à Londres, Paris ou Bruxelles. Que de sommets, que de discussions… En vain.

La rencontre d’Abidjan les 17 et 18 octobre derniers, consacrée à l’engagement des Premières dames des pays membres du SWEDD (Projet d’Autonomisation des femmes et du dividende démographique au Sahel), après les engagements non tenus de leurs maris, n’est que la toute dernière intervention du médecin avant la mort, une énième tentative de venir au secours de peuples dont le plus grand malheur vient de leurs dirigeants.

Cheikh Aidara


Abidjan, une ville sans petit déjeuner

Se réveiller le matin pour dénicher un coin où prendre un petit déjeuner dans le quartier de Cocody Palmeraie Riviera d’Abidjan semble relever de la gageüre. Même l’ami Hacen, ce Libanais dont le chic resto fait face au grand rond-point baissait ses rideaux en cette journée lourde du 17 octobre 2017.

Trois Mauritaniens perdus dans les rues abidjanaises à la recherche d’un café matinal, c’était comme des Extraterrestres perdus dans un coin de l’Afrique. Pas un cafétéria ouvert. Des centaines de mètres à déambuler dans les rues cabossées, à la merci de chauffards perdus dans cette jungle motorisée. A 8 heures déjà, c’est le grand embouteillage. De ceux qui font perdre aux plus sages leurs langages modérés. Pétarades, embardées, les chauffeurs d’Abidjan sont les plus indisciplinés du monde. Et dire qu’on se plaignait de la pagaille des «Tout-droits Nouakchottois » qui nous semblaient être les diablotins de la circulation routière.

On se rend compte qu’ils devront descendre ici à Abidjan pour des stages de formation pour un «certificat de dernière degré de chauffarisme ». Presque tous les resto avaient baissé les rideaux. A croire qu’à Abidjan, on ne déjeune pas. Les trois Mauritaniens vont d’une indication à une autre.

«Non messieurs, on ne vend pas de café, seulement des croissants » entonne d’une voix mielleuse une jeune fille derrière le comptoir d’une pâtisserie. «Allez voir chez le Roi du Poulet ».

Encore, quelques centaines de mètres plus loin, dans une ruelle encore plus cahoteuse et dégradée que toutes celles déjà empruntées. Ici et là des flaques d’eau, vestiges de la forte pluie qui s’était abattue la nuit. Dire qu’en Mauritanie, l’on rêve d’une seule goutte alors qu’ici le ciel semble si clément.

Un vide abyssal de nourriture

Au «Roi du Poulet », la place semble vide. Un jeune arabe se cache derrière un comptoir barricadé.

«Non, nous n’avons pas de petit déjeuner à vendre ».

Nos petits chasseurs de «café-chaud-le-matin » roulent des yeux pour repérer ne serait-ce qu’une gargotte. Ils reniflèrent l’air à la recherche d’une providentielle odeur de café. Ils n’humèrent que l’odeur fétide du sol trempé d’eau fade. Ils piquèrent vers une boutique à côté, histoire de se payer n’importe quoi pour se mettre dans la panse.

«On n’a pas de lait frais » susurre le boutiquier, qui  tendait trois bouteilles de lait tiré d’une caisse.

N’en pouvant plus, l’un des Mauritaniens lui lança «et pourquoi tu ne gardes pas du lait frais dans ton frigo ? »

«Ça ne se vend pas » lui répondit le vendeur.

«Alors pourquoi acheter alors du lait si ça ne se vend pas ? » Sans attendre la réponse, les trois Mauritaniens lui laissèrent ses trois bouteilles de lait sur le comptoir. Puis ils décidèrent d’aller prospecter ailleurs. Toujours à la recherche du petit déjeuner qui semblait aussi rare que la silhouette d’une sirène. Une jeune fille venait d’ouvrir sa petite échoppe. Devant, c’était écrit «Resto du coin, café chaud » avec le dessin d’une grosse tasse fumante à l’entrée. Le sourire apparut sur le visage de nos trois chasseurs de «Petit Dej ».

«Vous avez du café ? » s’enquirent-ils, en prenant déjà place comme si la réponse était évidente. «Oui » répondit-elle.  Le visage de nos amateurs de chaud se fendit de larges sourires.

«Vous avez quelque chose de prêt ? » demandèrent-ils de nouveau.

«Non, malheureusement, cela va prendre un peu de temps, je viens d’ouvrir » leur rétorqua-t-elle.

Le temps pressait et nos trois «amateurs de café matinal » avaient déjà perdu plusieurs minutes sur leur rendez-vous. La circulation, déjà trop embouteillée ne leur laissait nullement le choix. Décidément à Abidjan, en tout cas dans ce coin-ci de Cocody, vaut mieux s’abonner à la diète matinale.

Cheikh Aîdara