aidara

CHAN 2018 : Les Mourabitounes seront à Nairobi

L’équipe nationale de Mauritanie des Locaux vient de réaliser ce soir, samedi 19 août 2017, un véritable exploit en battant le Mali sur le score de 1 but à 0 à Bamako. En remportant cette précieuse victoire comptant pour le 2ème et dernier tour qualificatif du CHAN 2018, les Mourabitounes s’offrent un ticket pour le Kenya.

Corentin Martins, l’homme qui a amené la Mauritanie à son 2ème CHAN (Crédit photo Lassana)

Pour une surprise, la victoire des Mourabitounes face aux Aiglons du Mali, par le score étriqué de 1 but à 0, en est bien une. L’équipe vice-championne du CHAN 2016 tombe ainsi, devant une équipe de Mauritanie dont les joueurs se sont donnés à fond pour assurer une deuxième qualification historique pour les phases finales du championnat africain des locaux.

Pourtant, tout le monde ou presque s’attendait à une qualification du Mali, notamment du côté de la presse à Bamako qui donnait pour acquis la victoire des protégés de Djibril Dramé, le sélectionneur malien, surtout après le nul 2-2 concédé lors de la manche aller à Nouakchott. Malgré cette quasi certitude des Maliens, le doute subsistait encore face à une équipe mauritanienne que leur sélectionneur avait décrit de grande nation «qui commence à revenir sur l’échiquier continental », donc à prendre très au sérieux.

Ainsi, en recevant les Mourabitounes locaux ce samedi 19 août 2017 à Bamako, les Maliens savaient que la tâche pour une deuxième qualification successive au CHAN 2018 au Kenya, après celui de 2016 où ils étaient allés jusqu’en finale,  ne serait pas chose aisée.

Les Mourabitounes le prouveront dès la 13ème minute, quand Palaye manqua d’ouvrir le compteur des buts en ratant le pénalty obtenu à cet instant critique du jeu. Le superbe arrêt du gardien de but malien, Djigui Diarra, allait ainsi enlever un énorme poids dans le cœur des supporters des Aiglons qui avaient pris d’assaut le mythique Stade Modibo Keïta, tôt dans l’après-midi.

Mais pour les Mourabitounes, ce n’était que partie remise, car à la 22ème minute et sur une belle introduction de Palaye, Karamoussa Traoré allait inscrire un but qui vaudra plus tard de l’or.

Pressé par leur public et l’anxiété d’une élimination qui se profilait à l’horizon, les Maliens devenaient nerveux aussi bien sur les gradins que dans l’aire de jeu. Jets de bouteilles et de projectiles blesseront un membre de l’encadrement mauritanien, avant d’obliger les joueurs à passer la mi-temps sur le terrain avec impossibilité de regagner les vestiaires.

Même à la reprise, les supporters maliens de plus en plus en colère redoubleront de violence, subjugués par la belle prestation des Mourabitounes et l’impossibilité pour leur redoutable attaque de trouver la moindre faille dans le mur défensif mis en place par l’entraîneur français Corentin Martins. Le match sera ainsi interrompu à plusieurs reprises, poussant l’arbitre central égyptien à menacer d’interrompre la rencontre et d’offrir la victoire aux Mourabitounes.

A la 40ème minute, Sékou Diarra, défenseur de l’équipe nationale malienne et du club «Onze créateur » du championnat local, se fait expulser après un coup de poing donné au buteur mauritanien, Karamoussa Traoré. Réduit à 10, les Maliens voyaient ainsi leur rêve d’une qualification s’évanouir.

Eliminés du CHAN 2016 par cette même équipe malienne, les Mauritaniens pouvaient ainsi savourer leur revanche et festoyer dans les vestiaires qui leur étaient devenus accessibles à la fin de la rencontre. Un lâcher qui fait le buzz sur la toile.

En qualifiant l’équipe de Mauritanieà son deuxième CHAN, Corentin Martins et son staff redorent ainsi leur blason après le nul de Nouakchott (2-2)  qui leur avait attiré les critiques d’un public mauritanien devenu de plus en plus exigeant face au niveau de performances de ses équipes nationales.

Après le CHAN 2014 où la Mauritanie avait accédé pour la première fois sous l’impulsion de Patrice Neveu, voilà que Corentin Martins offre à son tour aux Mourabitounes la possibilité de se hisser parmi les 14 meilleures nations africaines, pour une deuxième qualification historique.

Kenya 2018 ouvre ses bras à une équipe de Mauritanie que les autres regarderont de moins en moins avec hauteur. En sortant l’équipe vice-championne du CHAN 2016, les Mourabitounes savent désormais qu’ils ont un prestige à défendre et pour les battre, il faut savoir d’abord manger plusieurs aiglons.

Cheikh Aïdara


CHAN 2018 Mali-Mauritanie : Mission difficile pour Corentin Martins à Bamako

«Pour moi, la qualification se jouera en Mauritanie à condition qu’on arrive à faire un résultat positif lors de ce déplacement avant la manche retour chez nous à Bamako», déclarait le défenseur central des Aigles locaux du Mali, Hamet Marius Assoko avant la confrontation qui a opposé les deux équipes, le 12 août dernier, au Stade Cheikha Ould Boidya de Nouakchott. En arrachant le match nul lors de leur déplacement, 2 buts partout, les Maliens viennent ainsi de réaliser le résultat positif recherché. Un nul qui complique davantage les calculs du sélectionneur français des Mourabitounes, Corentin Martins, obligé d’arracher une victoire lors du match retour prévu le 19 août prochain au Stade Modibo Keïta de Bamako, l’antre de l’équipe malienne. Une mission difficile pour l’équipe mauritanienne qui a perdu 5 de ses meilleurs éléments, fraîchement engagés dans des clubs étrangers et qui doit faire face à une équipe malienne vice-championne du dernier CHAN 2016 et pétrie d’expériences de haut niveau.

Les Mourabitounes locaux (Crédit photo FFRIM-images d’archives)

Le raté de Nouakchott

Le public mauritanien s’attendait à une victoire à domicile face aux Aigles du Mali pour négocier avec sérénité le retour qualificatif prévu dans une semaine à Bamako, comptant pour le dernier tour du CHAN 2018 à Kenya. Aussi, avait-il répondu massivement le 12 août 2017, à l’appel de la Fédération mauritanienne de football qui avait lancé des sms pour soutenir l’équipe nationale des locaux. Jamais de mémoire de mauritanien, le Stade Cheikha Ould Boidya n’avait connu pareille affluence. Des centaines de spectateurs avaient pris d’assaut, dès les premières heures, le mythique stade de la Capitale, qui prend le relais du Stade Olympique en réfection. Un important dispositif de sécurité avait été ainsi mis en branle pour contenir la formidable foule qui avait envahi les gradins du stade ainsi que les pourtours grillagés.

Sous le sifflet du trio guinéen de la rencontre, le match a démarré sur les chapeaux de roue avec un but inscrit dès la 35ème seconde par l’attaquant malien Mandala Konté sur une monumentale erreur défensive. A la 11ème minute, les Mourabitounes bénéficient d’un pénalty transformé par Palaye qui remettait les deux équipes à égalité. Sept minutes plus tard, à la 18ème minute, Moussa Samba, à l’entrée de la surface de réparation malienne, doublait la mise pour les Mourabitounes, canonisant le gardien malien Djigui Diarra, d’une frappe qui alla mourir dans la lucarne gauche. Mais l’euphorie des Mauritaniens sera de courte durée, car il n’a fallu que quatre minutes à la redoutable attaque malienne pour revenir au score par l’entremise d’Aboubacar Diarra qui d’une belle reprise de volée sauva son équipe à la 22ème minute.

C’est sur ce score de 2 buts partout, et un début de match fou, que les deux équipes regagneront les vestiaires. Aucun but ne sera marqué lors de la seconde mi-temps malgré les nombreuses occasions de buts manquées de part et d’autres. Très physique, la fin de match sera marquée par plusieurs blessés dans les deux camps, obligeant les deux entraîneurs à épuiser leurs cartouches de remplaçants. Le sifflet final de l’arbitra laissa ainsi transparaître la profonde déception des Mauritaniens piégés par un nul qui rend leur qualification encore plus difficile.

Banc des journalistes (Crédit Photo ; Lassana)

Conférence d’après-match

Pour l’entraîneur malien, Djibril Dramé, lors de sa déclaration en conférence d’après-match, «on allait assister à un superbe match n’eût été l’arbitrage catastrophique du trio guinéen ». Et d’asséner, «je n’ai jamais vu, durant toute ma carrière, un arbitrage aussi mauvais», accusant le trio arbitral guinéen d’avoir pris fais et partie pour la Mauritanie. Il s’est dit cependant impressionné par le progrès accompli par le football mauritanien, soulignant que dans dix ans, «il sera difficile de battre la Mauritanie», mettant l’accent sur l’excellet travail à la base qui est en train d’être mené.

Pour Corentin Martins, «il nous a fallu affronter une équipe malienne, avec un effectif handicapé par le départ de cinq parmi ses meilleurs joueurs qui ont signé des contrats professionnels avec des équipes à l’étranger, ce qui les met hors sélection locale». Corentin Martins était visiblement en mauvaise humeur, vu que pour la deuxième année consécutive, son contrat avec la FFRIM est sérieusement menacé avec cet autre échec qui se dessine pour une qualification au CHAN. Et face à la même équipe malienne dont il n’est pas parvenu à déchiffrer le talisman. D’où le scandale provoqué par sa sortie malencontreuse contre le confrère Thiam Mamadou du journal «Le Calame», lequel en parlant de «piètre performance des Mourabitounes » lui a arraché cette réplique «vous êtes Mauritanien ?». Ce qui provoqua un échange salé pimenté entre l’entraîneur français et certains journalistes qui sortirent de la salle de conférence en solidarité avec leur confrère. Une fin de conférence qui en dit long sur l’état d’esprit du sélectionneur national, déjà en bute à une équation kamikaze : «comment arracher une qualification dans moins d’une semaine à Bamako ?».

Cheikh Aïdara   


Référendum constitutionnel du 5 août 2017 : lecture sur le nouveau texte

Le référendum constitutionnel qui vient de s’achever avec les chiffres publiés par la Commission électorale nationale indépendante, nonobstant le refus de l’opposition d’en reconnaître les résultats, donne une nouvelle constitution. L’écrasante majorité des électeurs, de l’électeur lambda, aux cadres, leaders politiques, de la majorité comme de l’opposition, en ignoraient pourtant tous les contours avant le vote. Les confrontations ont porté essentiellement sur deux points : le changement du drapeau et la suppression du Sénat. Pourtant, 29 articles ont été touchés par la révision constitutionnelle qui ont porté pour certains, sur des sujets aussi importants.

Les 7 sages de la CENI au moment de la proclamation des résulats (Crédit photo AMI)

Ainsi, la révision a porté sur tous les articles où le mot «Sénat » a été mentionné et des articles entiers ont même être supprimés. Il s’agit des articles 29, 31, 39, 48, 50, 51, 54, 61, 63, 64, 65, 66, 67, 68, 69, 75, 79, 84, 92, 93, 99.

Parmi les modifications abordées, celle relative à l’incapacité définitive du Président de la République (article 40 nouveau) qui prévoit son remplacement par le président de l’Assemblée nationale, et en cas d’incapacité de ce dernier, par le président de la Cour constitutionnelle. Dans l’ancien article 40 de la Constitution de 1991, seul le président du Sénat pouvait assurer l’intérim du président de la République en cas d’incapacité définitive.

Une contradiction cependant dans ce nouvel article. Si dans l’alinéa 3 de cet article il est stipulé que «le président par intérim ne peut pas mettre fin au mandat du gouvernement intérimaire, ni consulter le peuple par voie référendaire, ni dissoudre le parlement », il est stipulé dans l’alinéa 7 qu’il est «impossible d’introduire une quelconque modification de la Constitution que par la voie référendaire ou par la voie parlementaire durant l’intérim » du président de la République».

Dans l’article 41 nouveau, la Cour constitutionnelle est saisie de l’incapacité définitive du Président de la République par le Président de la République lui-même ou par le Premier ministre. Le président de l’Assemblée nationale perd cet attribut qui lui était délégué dans la Constitution de 1991.

L’article 46 nouveau consacre la suppression du Sénat et l’institution de l’Assemblée nationale comme unique chambre du Parlement.

Le nouvel article 81 donne au Président de la République le choix de désigner 5 membres sur les 9 composant la Cour constitutionnelle et parmi ces 5 membres, 1 doit être désigné par le Chef de fil de l’opposition démocratique. Le Premier ministre choisit 1 membre et le Président de l’Assemblée nationale 3 membres, dont 1 sur proposition du deuxième parti de l’opposition le plus représenté au sein de la chambre. Cet article fixe le nombre des membres de la Cour constitutionnelle à 9 membres désignés pour 9 ans avec le renouvellement du tiers tous les trois ans.

Cet article a connu une modification lors du référendum de 2012 qui a porté le nombre des membres du Conseil constitutionnel de 6 (Constitution de 1991) à 9 membres. Le Président de la République en désignait 3,  le Président de l’Assemblée Nationale 2 et le Président du Sénat 1. La nouveauté dans le nouvel article, c’est la part qui est réservée à l’opposition qui dispose désormais de 2 membres au sein du Conseil constitutionnel.

L’article 86 nouveau exige que tous les projets de loi ainsi que le règlement intérieur de l’Assemblée nationale soient soumis à l’approbation de la Cour constitutionnelle pour en contrôler la constitutionnalité avant leur adoption.

L’article 94 nouveau est relatif au regroupement du Haut-Conseil Islamique et du Médiateur de la République au sein du Haut-Conseil de la Fatwa et des Recours Gracieux, qui sera composé de 9 membres choisis pour 4 ans renouvelables une seule fois, avec les missions consultatives qui lui sont assignées.

L’article 95 nouveau et l’article 96 nouveau sont relatifs au Conseil économique, social et environnemental. La nouveauté ici est l’introduction du volet environnement dans les prérogatives du conseil qui reste une instance consultative à la disposition du Président de la République.

L’article 98 nouveau introduit les Conseils régionaux comme nouvelle dimension dans la décentralisation dont les contours seront définis par la loi. Ainsi, les régions seront dirigées par des conseils élus au suffrage universel et disposeront d’une indépendance de gestion.

Mais contrairement aux autres institutions vouées à la disparition ou à modification, comme la Cour constitutionnelle, le Haut Conseil islamique ou le Médiateur de la République qui disposent encore d’un délai de fonctionnement jusqu’à l’entrée en vigueur du nouvel organigramme qui les concernent, seul le Sénat semble être exclu de ce temps de grâce, dans la mesure où il est stipulé dans l’article 7 que toutes ses instances et ses dossiers doivent être reversés à l’Assemblée nationale. Les sénateurs semblent même empêchés de regagner leur chambre consacrant ainsi leur suppression de facto, avant même la mise en place des nouvelles dispositions nées des nouveaux changements.

Bien entendu, il y a l’article 8 nouveau qui consacre le drapeau vert avec croissant et étoile dorés, et deux bandes rouges horizontales

Le référendum de 2006

Il faut rappeler que la Constitution de 1991 a connu trois modifications. La première en 2006, après le coup d’Etat contre Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya et la transition démocratique qui l’avait suivie. En effet, le référendum constitutionnel organisé en 2006 avait touché 5 articles, notamment les articles relatifs au mandat du Président de la République qui passe de 6 (sans limitation) à 5 ans renouvelables une seule fois (article 26) ainsi que la limitation de l’âge pour la candidature à la Présidence de la République fixée entre 40 et 75 ans, alors que cet âge n’avait pas un maximum dans la Constitution de 1991.
En 2006, il a été décidé également que le Président de la République ne doit pas diriger un parti politique (article 27) et qu’il ne peut pas se présenter au-delà de deux mandats (article 28) avec un serment (article 29) qui lui interdit de prendre une quelconque initiative ou d’en soutenir une, relative au changement de la durée et du nombre de ses mandats conformément aux articles 26 et 28.
Autre article qui a été modifié en 2006, l’article 99 qui venait fermer définitivement toute tentative de modifier les articles relatifs au mandat du président de la République, sa durée et sa limitation à deux mandats.

Le référendum de 2012

Un autre référendum constitutionnel a été organisé en 2012 et avait touché plus d’une dizaine d’articles et le Préambule.

Ainsi, dans le Préambule modifié de la Constitution de 2012, la diversité culturelle de la Mauritanie a été consacrée, ainsi que l’Arabe comme langue officielle, le Soninké, le Pulaar et le Wolof comme langues nationales.

L’article 3 consacre l’interdiction des coups d’Etats considérés comme crimes imprescriptibles.

L’article 4 introduit la dimension genre dans l’accès aux postes de responsabilités et aux postes électifs avec les mêmes chances pour les hommes et pour les femmes.

L’article 13 élève l’esclavage, la torture, les traitements inhumains et dégradants au rang de crimes contre l’humanité. Il consacre aussi la protection des individus contre les arrestations arbitraires et garantit leur vie privée et leurs communications personnelles, comme l’inviolabilité de leur domicile.

L’article 19 introduit la dimension protection de l’environnement dans les devoirs qui incombent aux citoyens dans leur participation au développement durable.

L’article 42 rend le Premier ministre responsable devant le Parlement du travail gouvernemental à travers la présentation de sa Politique générale.

L’article 52 consacre le changement des sessions ordinaires du Parlement, avec une première session qui s’ouvre le premier jour ouvrable du mois d’octobre (et non plus en septembre) et une deuxième session le premier jour ouvrable du mois d’avril (et non plus en mai). Chaque session dure quatre mois et non deux mois (Constitution de 1991).

L’article 68 est relatif à la Loi des Finances qui doit être examiné d’abord par l’Assemblée nationale dans un délai de 45 jours, et au cas où l’Assemblée nationale ne se prononce pas dans les délais, le texte est transféré au Sénat qui doit l’approuver dans un délai de 15 jours.

Les autres articles 81, 89, 96 et 97 sont relatifs à la composition de la Cour constitutionnelle, le conseil économique et social et la Commission nationale pour les droits de l’homme.

Cheikh Aïdara


L’après-référendum : faible résistance des «béni non-non », troisième mandat et IIIème Reich

Mohamed Abdel Aziz a réussi son test. Malgré les fraudes massives, le référendum est passé. Finalement, le camp du refus a vite abdiqué, désertant le champ de la bataille contestataire. Un test grandeur nature qui lui vaut d’envisager 2019 avec sérénité. Ce qui peut permettre à Mohamed Lemine Cheikh, porte-parole du gouvernement, de déclarer avec suffisance, lors du point de presse hebdomadaire du jeudi 10 août 2017, que «Mohamed Abdel Aziz n’a pas dit qu’il ne briguera pas un 3ème mandat, ni qu’il quittera le pouvoir en 2019 ou en 2030. Le peuple tient encore à lui !». Ce qui augure d’une IIIème République dont les prémisses se dessinent déjà. Une implacable dictature qui ne compte plus se couvrir de gant. Le IIIème Reich est né, avec l’idéologie en moins.

Les rôles semblent bien partagés entre un  Aziz qui miroite un départ en 2019 et son porte-parole qui dit le contraire. «Un autre président viendra après moi et les problèmes subsisteront» disait-il lors de sa visite à la Fédération mauritanienne de football. Le lendemain, son ministre porte-parole commentant les résultats du conseil des ministres d’interpréter les paroles du maître. «Le président n’a pas dit qu’il renonce au 3ème mandat. Le peuple tient encore à lui », soutiendra-t-il, comme pour freiner le flux d’enthousiasme qui commençait à fleurir sur les réseaux sociaux à l’idée que Mohamed Abdel Aziz allait partir à la fin de son mandat.

Finalement, le référendum constitutionnel n’était qu’un test grandeur nature. D’abord, démontrer qu’on peut torpiller la Constitution sans que le ciel ne tombe sur nos têtes. Ensuite, que l’on peut casser de l’opposant dans les rues, brimer des leaders politiques, traîner des femmes, emprisonner des jeunes, embastiller des sénateurs, mettre une croix sur la démocratie et sur toutes les conventions internationales ratifiés sans s’attirer une quelconque foudre de la part de la communauté internationale.

Enfin, c’est bien possible de passer sur le bien vouloir de toute une nation et de pousser la provocation à son summum en procédant aux pires fraudes qui puissent être imaginées dans un scrutin. Du bourrage des urnes au vote des enfants, de celui des morts à celui des absents, de la mobilisation des tribus et des entités ethniques, de la caporalisation de l’administration publique et de ses fonctionnaires, de la coercition sur le privé et sur la société civile avec forces menaces et pressions, le vote ou le chômage ou les représailles économiques. Peu ont pu résister. Et pour couronner le tout, la certitude d’obtenir le quitus d’une CENI mise au pas et d’une Cour constitutionnelle acquise.

Passer en force en 2019 pour un 3ème mandat n’est finalement plus qu’un jeu d’enfant. En définitive, cela ne dépend que de Mohamed Abdel Aziz. Car, en face, la combativité du camp adverse pour défendre une quelconque cause, semble tellement dérisoire. Les Mauritaniens ne sont pas encore prêts à mourir pour un idéal. Le peuple ? La fraude pourra bien le suppléer. Il est tellement facile qu’une poignée d’électeurs vote pour la majorité et qu’on fasse voter même les diables.

Le règne de la terreur vient ainsi parachever un processus de containment qui ne se pare plus de simagrées. Les opposants à l’installation du IIIème Reich sont tout simplement embastillés. Trois ans pour un jet de chaussures qui a raté de peu le ministre des Finances lors de la campagne référendaire. Arrestations tous azimuts dans plusieurs villes de jeunes manifestants qui ont osé brandir le «Non » lors des meetings. Chasse aux sénateurs réfractaires. Bastonnades de leaders politiques sur la place publique lors de marches de protestations matées avec une violence inouïe. Persécution du Sénateur Ould Ghadde embarqué par la Police politique à vingt-deux heures de son domicile, quelques heures après sa libération à Rosso où il fut empêché de poursuivre un voyage sanitaire à Dakar. Une énième arrestation après un procès politique. Une véritable hargne contre ce parlementaire qui a juré de divulguer des secrets touchant à la fortune du Président Mohamed Abdel Aziz et son entourage.

Que reste-t-il aux opposants mauritaniens ? La résignation ou l’exil ? La capitulation face au fait accompli ? Le sacrifice suprême pour défendre un idéal de plus en plus sulfureux ? Les choix sont ouverts.

Cheikh Aïdara