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Visite à la FFRIM : Premier commentaire d’Aziz sur le référendum constitutionnel

Déçus par les politiques ? En tout cas, la première déclaration du président Mohamed Ould Abdel Aziz après la proclamation des résultats du scrutin du référendum constitutionnel du 5 août 2017, c’est à la Fédération mauritanienne de football (FRIM) qu’il l’a faite ce mercredi 9 août.


Aziz saluant l’équipe nationale des Locaux (Crédit photo FFRIM)

La visite que le président Mohamed Abdel Aziz a effectué le mercredi 9 août 2017, quatre jours après la proclamation des résultats très contestés du référendum constitutionnel, en dit long sur son amertume par rapport à ses hommes politiques sur qui il avait beaucoup compté pour une victoire «propre » du OUI. Ce qui fut loin d’avoir été le cas, avec ces résultats entachés d’irrégularité, et il en a eu le cœur net. En se rendant à son bureau de vote, à la Direction du Patrimoine, il est tombé des nues. Aucune file d’attente d’électeurs, comme il en avait l’habitude. Selon un proche du cercle du pouvoir, il se serait rendu incognito lui-même dans plusieurs centres pour constater que les Nouakchottois n’étaient pas sortis pour le plébiscite.

Mais en politique comme en politique, Aziz a saisi au bond les résultats proclamés par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) qui lui offre un taux de participation assez confortable, 53%, mieux que ce qui se fait dans la sous-région et même au-delà, dira-t-il. «Il y aura toujours des choses qui manquent mais nous avançons et ça l’opposition ne va jamais l’admettre » a-t-il lancé, soulignant qu’il se peut qu’il ne soit «plus là pour parachever l’œuvre de développement économique et social qu’il a entamé, mais d’autres besoins surgiront sans aucun doute et dont nous ne soupçonnons pas maintenant l’existence».


Aziz saluant le président de la FFRIM (Crédit photo : FFRIM)

Allez faire cette déclaration à la fédération mauritanienne de football, ce n’est non seulement pas, selon une certaine analyse, lutter contre la colère qui le ronge en visitant la seule réalisation dont il peut s’enorgueillir pour avoir apporté des résultats tangibles à la Nation durant son mandat tout en rendant hommage au bureau fédéral et à son jeune président Ahmed Ould Yahya, mais c’est quelque part aussi remercier ce monde sportif qui a été le seul à avoir organisé un meeting de soutien digne de ce nom. Dixit, la célèbre manifestation organisée par Moussa Ould Khaïry, 1ère Vice-président de la FFRIM, pour le compte du Secrétariat exécutif de l’UPR chargé de la promotion du Sport, dont il est le vice-président, et qui a connu un réel succès.


Aziz saluant le 1er Vice-président de la FFRIM (Crédit photo : FFRIM)

C’est peut-être un signe avant-coureur de la grande lessive qui marquera certainement la prochaine rentrée politique après l’épreuve de passage que fut le scrutin du 5 août dernier. Mohamed Abdel Aziz lance ainsi un signal sportif fort à son entourage en appliquant à la politique une sentence bien connue dans le milieu footbalistique. Une équipe qui perd, on la change.

Les étapes de la visite

Dans un communiqué de presse diffusée par le service communication de la FFRIM, Mohamed Abdel Aziz a été accueilli à son arrivée par le Président de la FFRIM, Ahmed Yahya, et les membres du Comité Exécutif en présence du ministre de la Jeunesse et des Sports, Mohamed Ould Jibril, et quelques journalistes, La visite guidée a commencé par le bloc principal, où il a suivi les explications détaillées du patron de l’instance faîtière du football mauritanien sur le mécanisme de fonctionnement des différents départements, des réalisations et projets, avant de passer par le bloc secondaire, l’Académie Nationale et le studio de production audiovisuelle.


Aziz suivant les explications des encadreurs de l’Académie (Crédit photo : FFRIM)

Le Chef de l’État a eu l’occasion de constater les remarquables avancées qu’a connues ces dernières années la FFRIM en matière d’installations sportives. La visite s’est terminée sur les nouvelles pelouses synthétiques du siège de la FFRIM, fruit d’un appui de la FIFA où il a d’abord rencontré les jeunes pensionnaires de l’Académie Nationale – dont l’inauguration officielle est prévue pour le mois de septembre prochain – et ensuite le staff et les joueurs de la sélection nationale locale, qui prépare sa double confrontation avec le Mali dans le cadre des éliminatoires du CHAN 2018.

À travers cette première visite historique au siège de la Fédération mauritanienne de football, Mohamed Ould Abdel Aziz démontre remarquablement l’importance qu’il ne cesse d’accorder au sport en général et au football en particulier, selon le communiqué.

Cheikh Aïdara


Le Sénat mauritanien : derniers barouds d’honneur !

Héros pour l’opposition républicaine depuis qu’ils ont constitutionnellement mis fin au projet de loi sur les amendements qui prévoyaient entre autres la suppression de leur chambre, renégats et sacs à corruption pour le régime qui les accuse d’être à la solde de puissances étrangères, les Sénateurs frondeurs mauritaniens ont entamé depuis plusieurs mois leurs derniers barouds d’honneur.

Les sénateurs lors d’une visite que leur a rendu le leader abolitionniste Birame Dah Abeid (Photo crédit IRA)

Mise sur pied d’une Commission d’enquête sur les malversations supposées de l’Exécutif, attaques frontales contre l’institution de la Présidence de la République et contre des membres du gouvernement, lettres à l’adresse de la Cour constitutionnelle pour quérir son avis sur l’irrégularité d’une consultation populaire illégale et anticonstitutionnelle et re-lettes à la Commission électorale nationale indépendante pour attirer son attention sur l’irrégularité du processus électoral qu’elle allait superviser.

Et quand tous les moyens légaux de recours se heurtèrent à la surdité de ceux censés faire respecter la législation, les Sénateurs se barricadèrent dans leur Pinacle, dans un geste suicidaire de désespoir.

Pendant près de cinq jours, ils vécurent reclus dans l’hémicycle de la Chambre Haute du Parlement. Ils étaient une dizaine de sénateurs frondeurs environ, dont quelques femmes. Pendant des jours et des nuits, ils résistèrent à la faim, à la soif, au manque de médicament et de sommeil, livrés à l’obscurité et à la morsure des moustiques, entourés par une armada policière qui empêchait tout ravitaillement. L’extrême sacrifice aurait été de s’immoler collectivement dans leur dernier sanctuaire ou de se faire ensevelir sous les décombres de leur antique chambre, le jour où Aziz, conforté par la victoire du « OUI », décidera de raser la vieille bâtisse comme ses partisans le laissent entendre.  Ce suprême sacrifice aurait certainement déclenché la révolution populaire qui allait emporter l’un des derniers régimes militaires qui sévit encore dans la région ouest-africaine. Mais le peuple mauritanien mérite-t-il un tel hara-kiri collectif, lui qui n’a même pas daigné s’émouvoir du sort des Sénateurs en barricade ? Où sont ces foules qui se sont déversés devant le Sénat pour exiger la levée du blocus qui leur était imposé ? Le peuple est-il même conscient de la valeur des symboles pour lesquels les sénateurs étaient prêts à se sacrifier ?

De l’autre côté, des questions se posent. Pourquoi les Sénateurs ne se sont souciés de la légalité constitutionnelle que lorsque la suppression de leur chambre a été décidée ? N’est-ce pas les mêmes sénateurs qui avaient soutenu la fronde de 2008 qui permit la destitution d’un président démocratiquement élu, Sidi Mohamed Cheikh Abdallahi ? N’ont-ils pas été accusés à l’époque d’être à la solde des généraux lorsqu’ils installèrent la crise politique qui entraîna la fragilité du pouvoir civil naissant ? Ne sont-ils pas artisans de ce coup d’Etat du 6 août 2008 qui permit à Mohamed Abdel Aziz de prendre les rênes du pouvoir mauritanien ? Ce dernier n’a-t-il pas lui aussi pris le malin plaisir de choisir justement la date du 6 août 2017 pour les liquider ?  Finalement, entre Aziz et les Sénateurs, ne serait-ce pas un simple règlement de vieux comptes personnels, dont eux-seuls détiennent le secret ?

En définitive, le peuple mauritanien n’est-il pas le dindon d’une farce politique dont le scénario serait tissé depuis les manoirs obscurs du BASEP, lieu où le général Aziz faisait toutes ses intrigues ?

Ce qui est sûr, c’est que les Sénateurs frondeurs sont entrés dans l’histoire politique de la Mauritanie. Mais dans quel sens ? Seule la suite de cette histoire qui s’écrit encore et dont l’encre de l’épilogue ne s’est pas encore desséchée, pourra le dire un jour.

Cheikh Aidara


Scrutin du 5 août 2017 : reportage dans quelques bureaux de vote

L’affluence était très faible le matin du 5 août 2017 dans les bureaux de vote d’une manière générale sur l’ensemble du territoire national. A Nouakchott, les premières tendances du scrutin pour le référendum constitutionnel, objet d’un rude challenge entre le pouvoir de Mohamed Abdel Aziz et l’opposition radicale, oscillaient entre 10 et 20% jusqu’à 15 heures. Au boycott actif de l’opposition, le régime devait réussir le pari de la participation. Voilà tout l’enjeu de ce vote où chaque localité, chaque région et chaque ville de la Mauritanie, avait mobilisé ses administrateurs, ses élus, ses cadres, ses notabilités et ses hommes d’affaires pour la victoire impérieuse du «OUI » pour que l’après-5 août ne se traduise pas en sanctions exemplaires.

Bureau 24 de l’école Khattri (Crédit photo Aidara)

Dans l’après-midi, l’affluence s’est accrue. Les barons du parti et les proches du président Mohamed Abdel Aziz comme son neveu Feïl Ould Lahah, s’étaient déployés dans les bureaux de vote, alertés par les faibles taux de participation. Beaucoup d’électeurs ont été cueillis à domicile, transportés par  bus entiers, pour être déversés dans certains bureaux de vote, comme le Centre de Tensweilim 1Feïl était particulièrement actif.

Entre 16 h 48 et 19 heures, plusieurs bureaux ont été visités. Au Lycée de Dar Naïm, le taux de participation était aux alentours de 24% dans les deux bureaux du lycée.  Les deux représentants, celui de l’UPR, Ahmed Salem Khtour et celui de l’APP, Mohamed Jedou se tournaient les pouces, sous la faible alliance de l’après-midi.

Au Lycée de Toujounine 1, une dizaine de PIck-Up bourrées de gendarmes en tenue de combat s’alignait devant une demi-douzaine de bus déglinguées et vides. Leurs paquets humains étaient en train de voter. Aux alentours, des foules repoussées par les militaires en faction qui ne laissaient passer que les votants. Dans l’un des bureaux visités, un  représentant de l’UPR et un autre du parti Ribat Watani. Taux de participation, 33% environ, lâche la présidente du bureau. Dans le bureau voisin, le taux est un peu plus important, 41% selon sa présidente, Aïchetou Ly.

A Arafat, notamment au bureau 24 de l’école Khattri ainsi que dans le bureau voisin, les taux de participation, à deux heures de la fermeture des bureaux tournaient aux alentours de 26%. Les représentants de l’UPR, de la Convergence nationale démocratique et de l’APP ont déclaré que le scrutin se déroulait jusque-là sans aucune incidence.

C’est à l’école Houceine à Arafat, où une présidente de bureau a refusé catégoriquement de faciliter le travail aux journalistes, poussant un confrère à lui faire la remarque que «peut-être la faible affluence notée dans son bureau la pousse à l’aigreur ». Dans le bureau suivant, interdiction fut faite de toute prise d’image. Des instructions qui seraient venues de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) qui paradoxalement accrédite des journalistes pour la couverture du scrutin et refuse toute preuve matérielle (par l’image) de son déroulé.

Retour à l’école de Tensweilim 1. Feïl Ould Lahah est toujours là, téléphone aux tympans entouré d’une demi-douzaine de collaborateurs. A l’instant où les gendarmes fermaient les portes du centre, il quitta les lieux. Les dépouillements des urnes eurent lieu à «guichet fermé ».

Cheikh Aïdara


Birame Dah Abeid : «Je prends à témoin l’opinion publique sur la persécution dont je suis l’objet, moi et ma famille»

Le président de l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), Birame Dah Abeid,  a animé samedi 5 août 2017 une conférence de presse au cours de laquelle il est revenu sur les persécutions dont il se dit être victime, ainsi que sur le référendum constitutionnel dont le scrutin venait de s’ouvrir.

«Perturbés à leur âge par le traumatisme causé par les nombreuses incursions musclées des forces de l’ordre dans le domicile parental, mes enfants sont menacés d’apatride, car les autorités de l’état-civil en Mauritanie leur ont refusé le passeport, sous prétexte que celui de leur père va expirer dans six mois et ne sera point renouvelé ».», a déclaré le leader abolitionniste, Birame Dah Abeid. C’est le message fort, émouvant et poignant, sorti dans la substance d’une conférence de presse qu’il a animée samedi 5 août 2017. Le leader de l’IRA, qui déclare être persécuté à cause de sa «lutte intransigeante contre l’esclavage, le racisme et la discrimination qui frappe les négro-africains et les harratines en Mauritanie», prend ainsi à témoin l’opinion publique nationale et internationale.

Priver Birame du droit de circuler et le mettre sur écoute

«Me priver de voyage en me privant de mon passeport après son expiration, c’est le combat de tous les Mauritaniens et de tous les hommes épris de justice » a souligné Birame, précisant qu’en essayant de le priver de documents de voyage, le régime mauritanien risque de se mettre à dos la communauté internationale, car parmi les conventions que la Mauritanie a ratifiées, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 qui garantit en son article 13, «la liberté de circuler », une déclaration à laquelle se réfère d’ailleurs la Constitution mauritanienne dans son Préambule et qui reprend ce principe en son article 10.

Birame se plaint également de la mise sur écoute de ses communications. Pour preuve, il cite l’incident de la confiscation de son passeport à Rosso. C’est en suivant une communication où il disait à un proche qu’il lui envoyait son passeport avec un dénommé Sid’Ahmed, afin qu’il entame pour lui les démarches pour son pèlerinage à la Mecque, que ce Sid’Ahmed a été intercepté à Rosso par la police avec  le passeport en question. Alors que le document était transmis au Directeur général de la Sûreté Nationale, le Général Ould Meguett, le jeune Sid’Ahmed aurait subi six heures d’interrogatoire sur l’adresse de Birame et sa famille à Dakar, ainsi que d’autres questions sur ses  éventuels visiteurs, en particulier s’il recevait la visite de l’homme d’affaires et opposant mauritanien en exil au Maroc, Mohamed Ould Bouamatou, ou s’il recevait la visite de quelques officiels sénégalais.

Un poste de police pour surveiller sa maison

Birame se plaint surtout d’être sous la surveillance des Renseignements généraux. «Ils ont mis un poste de police à côté de mon domicile, pour surveiller ceux qui entrent et sortent de chez moi » informe-t-il, précisant que «des indics en civile se mêlent aussi aux citoyens qui lui rendent visite à son domicile, puis vont ensuite faire leur rapport sur ce qu’ils ont vu et entendu ».

Cette pression ininterrompue sur sa vie privée, ajoutée aux incursions de la police chez lui, les jets de gaz lacrymogène contre les foules qui l’accueillent à chaque retour de voyage, les asphyxies qui s’en suivent au sein de sa famille, de ses enfants et de ses voisins, l’avaient poussé dira-t-il, à offrir à sa famille des vacances à Dakar pour leur permettre d’obtenir un peu de répit et de vivre quelques temps, une vie de famille apaisée.

Birame s’en est ainsi pris au régime de Mohamed Abel Aziz, «un régime qui est bâti sur le mensonge, la dilapidation  des richesses nationales et la régression des valeurs ».

L’emprise de l’extrême droite esclavagiste

Pour Birame Dah Abeid, «les pseudos résistants dont le régime veut rehausser l’image au rang de martyrs ne sont en fait que des bandes de pillards et de coupeurs de route qui vivaient de razzias, de guerres tribales, d’esclavage et de désordre, inspirant à ce territoire qui n’avait pas encore de nom, celui de «Bilad Seyba » ou le bled du laisser-aller ». Selon lui, s’il y a des résistants qu’il vaille de saluer la mémoire, ce serait plutôt, des patriotes comme Baba Ould Cheikh Sidya qui a émis une fatwa qui rendait l’occupation coloniale française, malgré ses tares, un moindre mal par rapport à la situation qui prévalait. Selon lui, «grâce à la colonisation française, les bandes de pillards dont on veut saluer aujourd’hui la mémoire comme résistants, avaient été assagis, l’ordre rétabli, la sécurité installée, et les fondements d’un Etat balisés, pour donner lieu à ce qui est aujourd’hui la Mauritanie ». Ce retour à la résistance, n’est d’après lui qu’une tentative de «s’inventer  une résistance qui n’est que le sceau d’un régime dominé par l’extrême droite nostalgique du système esclavagiste et raciste qui était en cours avant la pénétration coloniale ».

Un coup d’état constitutionnel

Revenant sur le scrutin pour le référendum constitutionnel qui se déroulait au moment de sa conférence, Birame a déclaré que ce scrutin était illégal dans la mesure où le processus référendaire a été stoppé net par le Sénat qui y avait mis fin. «Ce qui se passe actuellement, c’est un coup d’état constitutionnel que le peuple mauritanien a déjà rejeté en boycottant le scrutin ».
Selon lui, le régime de Mohamed Abdel Aziz vit ses dernières heures. «Le peuple mauritanien n’est plus disposé à le laisser poursuivre son œuvre de destruction » a-t-il martelé.

Cheikh Aïdara