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Fin programmée de la presse indépendante en Mauritanie : Une victoire à la Pyrrhus

JOURNAUX

A l’an 280 avant Jésus-Christ, le roi Pyrrhus 1er d’Epire affronta les Romains à la bataille d’Héraclee en Italie. Il remporta la victoire mais son armée essuya des pertes irremplaçables. L’expression «Victoire à la Pyrrhus » désigna depuis ce jour toute victoire obtenue au prix de terribles pertes pour le vainqueur. Le régime actuel a vaincu la presse indépendante par l’arme financière mais au prix d’une perte incalculable, sa démocratie, car «il ne peut y avoir de démocratie sans une presse libre et indépendante ».

La volonté du pouvoir actuel d’en finir avec la presse indépendante n’a cessé de se manifester depuis un certain 6 août 2008, lorsqu’il décida, unilatéralement et sans l’avis de personne, de régner sur le destin du peuple. Mais est-ce la presse indépendante seulement qui était dans le viseur, si l’on voit aujourd’hui la clochardisation générale qui n’épargne ni roturier ni manant ? Hormis les hommes du sérail, ces nouveaux riches brassant des fortunes tirées de la collectivité laborieuse, ces nouveaux banquiers, ces nouveaux hommes d’affaires, ces nouveaux promus qui pillent à la hussarde les valeurs cultivées, les préséances héritées et les vertus enracinées, qui d’autre ne se trouve pas aujourd’hui sur la paille ?
Sans recettes, pour cause de méventes cumulées, sans publicité, sans abonnements et sans dons, lorsqu’un beau jour l’Inspection générale d’Etat dans une confusion de rôle et de prérogatives en décida ainsi, de quelle autre source peut s’alimenter la presse indépendante ?
Aujourd’hui, il n’existe plus de quotidiens dans un pays qui en comptait pourtant 13 en 2008. La quasi-totalité a été décimée et les mourants ne peuvent plus se rappeler aux bons souvenirs de leurs lecteurs que par parutions fantomatiques, une fois par semaine pour les plus téméraires, ceux qui refusent encore de passer réellement l’arme à gauche, et pour les autres, parfois une fois par mois ou après deux à trois mois d’agonie. Combien de titres ont disparu ? Les cimetières de la presse indépendante ont reçu en ces années de vaches malingres beaucoup de confrères, morts les armes à la main avec des montagnes de dettes irrécouvrables léguées à la postérité. La presse papier est devenue une rare provision pour les ramasseurs de la CUN, pour les vendeurs de couscous qui n’en trouvent plus pour emballer leur produit, pour les salles de peintures pour véhicules, encore moins pour l’ancienne génération qui aimait tant recevoir ses journaux avec sa tasse de café le matin.
Les radios et les télévisions privées créées dans l’euphorie d’une libéralisation trompeuse de l’audiovisuel se sont hélas tardivement rendu-compte de la mésaventure dans laquelle elles s’étaient engagées. Combien de radios ont disparu, combien sont dans l’antichambre de la mort ? Combien de journalistes en Mauritanie connaissent aujourd’hui la couleur d’une paye mensuelle ? Dans toutes les rédactions du pays, ils cumulent au minimum cinq à six mois, voire une année de travail sans salaire. Les plus robustes, avec des financiers derrière eux, ont réduit les salaires de leurs journalistes au SMIG. A prendre ou à laisser. Vous n’y croyez pas ? Alors faites votre propre enquête.
Mais le pouvoir et ces thuriféraires, s’écrieront «mais il y a le fonds d’aide à la presse ? ». Comme toutes les politiques du pouvoir actuel, le fonds d’aide à la presse n’est qu’une politique de diversion, un humour noir, un sourire au coin, une méprisante aumône. Car que représente 250 millions d’ouguiyas pour 10 chaines de télévision et radios, une soixantaine de journaux, une centaine de sites électroniques, une trentaine d’organisations socioprofessionnelles ? Vous savez la bonne ? 60% de l’enveloppe des 250 millions d’UM vont à l’impression et autres frais. Calculez pour voir le magot à partager. Les plus chanceux ne reçoivent que de quoi tenir une à deux semaines. Puis, c’est la galère pendant une année. Sans aucune recette. Le pire, l’Imprimerie nationale fait de bonnes économies sur le dos de la presse en lui offrant un service d’une si mauvaise qualité que chaque journal édité est un deuil pour les rédactions tellement le produit offert arrache des larmes de rage.
Le journaliste Ely Abdallah, ancien directeur de la rédaction à l’Agence mauritanienne d’information (AMI) vient de publier un billet dans lequel il se demande «pourquoi nos radios arrêtent de diffuser ?» suite à l’arrêt des programmes de Radio Nouakchott après celui de Radio Mauritanides. Il s’est demandé si ces arrêts ne sont pas dus à la situation financière catastrophique de ces antennes ou aux taxes exorbitantes imposées par la Société de télédiffusion, véritable sangsue pour les médias audiovisuels. Il s’est demandé surtout pourquoi le silence de l’autorité de régulation, la HAPA, face à l’inapplication des textes qui régissent le fonctionnement d’un secteur de l’audiovisuel transformé de plus en plus en un énorme bazar où les acteurs peuvent ouvrir boutique ou fermer à leur guise, sans cahier de charges à respecter. Quel destin pour ces dizaines de journalistes qui travaillaient dans ces radios et quel sort pour ces milliers d’auditeurs qui n’ont plus accès à leurs émissions habituelles ? Quel statut enfin pour la radio service public, ni privatisé ni étatisé et qui continue à recevoir des subventions publiques illégalement ?


Scandale de la Sonimex de Rosso : Quand des masques menacent de tomber

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Depuis la disparition de plusieurs tonnes d’engrais au niveau de la Sonimex de Rosso (on parle d’une valeur de 12 Milliards d’UM), des têtes couronnées sortent comme des lapins du chapeau des enquêteurs. Sont évoqués le nom de plusieurs hauts responsables de la société publique d’import-export, mais aussi d’importants hommes d’affaires.

Inspection générale d’Etat, Commissariat chargé des crimes économiques ou police nationale ? Personne ne savait exactement au départ qui s’occupait réellement de cet imbroglio devenu la casse du siècle, tant la confusion régnait. Il faut dire que le scandale est énorme : douze milliards d’ouguiyas d’engrais détournés des magasins de la Sonimex de Rosso, compromettant ainsi une campagne agricole dont le lancement venait d’être donné par le Chef d’Etat. En haut lieu, la colère le disputerait à l’indignation, sonnant l’halali d’un contrôle financier de tout le département chargé de l’Agriculture. «Comment de tels montants peuvent-ils être détournés ? » s’étonnent plusieurs observateurs.
Depuis en tout cas plusieurs semaines, les autorités policières aidées par la gendarmerie multiplient les investigations. Plusieurs tonnes d’engrais ont été saisies, des hommes d’affaires ainsi que de hauts responsables de la société auditionnés. Les enquêtes auraient ainsi porté sur plusieurs départements du Trarza jusqu’à la région du Gorgol voisine. Le champ des suspects s’élargit ainsi de jour en jour, découvrant de plus en plus de têtes couronnées.
L’enquête s’est surtout accélérée depuis que le directeur régional de la Sonimex de Rosso, s’est rendu à la police après s’être caché pendant plusieurs jours. La commission d’enquête constituée dans la foulée aurait déjà entendu une trentaine de suspects, dont le puissant homme d’affaires et proche du président Mohamed Abdel Aziz, Lemar Ould Wedadi, ainsi que le directeur commercial de la société, Mohamed Ould Sbeyi. Ce dernier, qui serait l’un des principaux suspects dans cette affaire, on l’aurait laissé filer pour raisons de santé. Arrêté par la police de l’aéroport alors qu’il voulait se rendre en France, il aurait finalement été relâché et a poursuivi son voyage, après une forte intervention. Pour dire, le laxisme dont ce scandale est géré, poussant certains à prédire la clôture du dossier sans que le moindre auteur de cette entourloupette ne puisse goûter aux  rudesses d’une prison ou que la collectivité ne soit remboursée.
Tous ces interrogatoires se dérouleraient actuellement dans les locaux du commissariat central de Rosso devant les membres de la commission d’enquête constituée du Directeur régional de la Sûreté, du commissaire central de police, du Directeur régional de la Douane et du commandant de brigade de la gendarmerie au niveau du Trarza. Le Directeur général de la Sonimex aurait ainsi été convoqué pour audition et certains parlent même de l’Administrateur directeur général de la SNIM en sa qualité d’ancien ministre du Développement Rural. Ce qui laisse à penser que le détournement découvert se serait accumulé en plusieurs années.
D’autres personnes pourraient aussi être entendues dans le cadre de cette enquête qui dévoile la fragilité du contrôle public malgré l’existence de dizaines de corps chargés de cette tâche


Situation sécuritaire au Sahel, la Mauritanie face à l’extrémisme religieux

Rouge Mauritanie


Les Emirats Arabes Unis ont conseillé récemment à leurs ressortissants de ne pas se rendre en Mauritanie. Ils viennent ainsi s’ajouter à la longue liste des pays occidentaux qui continuent de maintenir le pays « dans le rouge ». Les rumeurs persistantes sur les tentatives du groupuscule extrémiste Boko Haram à s’installer sur le sol mauritanien et l’avancée de l’Etat Islamique – fortement implanté en Libye – serviraient de toile de fond à ces mesures que d’aucuns considèrent infondées.

La Mauritanie est tombée dans la « black liste » des pays non sûrs, classification récente établie par les Emirats Arabes Unis. Ce pays du Moyen-Orient déconseille à ses ressortissants de se rendre dans de nombreux pays comme la Mauritanie, le Soudan, la Libye, l’Irak et le Liban, avec pour cause la situation sécuritaire instable dans ces pays. «La Mauritanie n’a aucune raison de figurer dans cette liste, le pays est calme et très sûr, aucun attentat terroriste n’y a été signalé depuis 2011 » font remarquer tous les analystes mauritaniens. Ces derniers trouvent que la Mauritanie souffre d’une absence totale de visibilité à l’extérieur, un déficit qui serait dû à la carence des diplomates mauritaniens à l’étranger, lesquels, au lieu de mieux faire connaître leur pays à l’étranger s’adonnent exclusivement à leur propre business. «Malgré plusieurs représentations diplomatiques éparpillées à travers le monde et un budget consistant alloué au Ministère des Affaires Etrangères, la Mauritanie reste l’un des pays les plus méconnus de la planète » soulignent-ils.
Si la Mauritanie est parvenue à bétonner ses frontières , grâce au relèvement considérable du budget de l’armée, qui s’est traduit par l’amélioration des armement, des recrutements massifs et le niveau de plus en plus élevé de la formation, des rumeurs persistantes continuent à véhiculer des images tronquées de la réalité nationale, estime-t-on dans les cercles du pouvoir.

Ainsi,  une rumeur de plus en plus persistante a évoqué il y a quelques jours les tentatives du groupe extrémiste Boko Haram à s’installer aux frontières Sud du pays. Cette rumeur est née dans le sillage de l’extradition au Sénégal d’un suspect soupçonné d’avoir des liens avec le mouvement et que les autorités mauritaniennes avaient livré il y a quelques semaines à leurs homologues sénégalais. Mais selon les spécialistes des questions terroristes, il n’y a aucun risque que Boko Haram puisse s’installer en Mauritanie, parce que ce groupe terroriste n’y dispose d’aucun potentiel foyer d’accueil. Tout cela se passe au moment où le groupuscule radical religieux implanté au Nigéria traverse une crise aigüe de leadership depuis son allégeance à l’Etat Islamique.Il semblerait que la forte contestation contre l’autorité d’Aboubacar Cheikhou, chef de Boko Haram, serait bien antérieure à cette allégeance et remonterait à 2015. Elle n’aurait cependant été évoquée qu’au détour d’une interview publiée par le journal de l’EI, «Nebe» de l’ex-porte-parole du mouvement, Abou Mous’ab Barnawi, devenu Emir de la région occidentale de l’Afrique, nom actuelle de Boko Haram depuis son allégeance.
Beaucoup pensent qu’une forte dissension divise ainsi le mouvement entre ceux qui refusent l’allégeance à l’EI, le camp de Mohamed Daoud, un ancien militaire, et ceux qui ont déjà entériné cet état de fait.


Dialogue Pouvoir-Opposition : L’éternelle boîte à Pandore

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Bien plus qu’une démarche salvatrice  qui viserait à décrisper une situation de crise jugée inextricable, le dialogue politique que le pouvoir sort par intermittence depuis plusieurs années se révèle de plus en plus comme un moyen de déstabiliser le FNDU, selon quelques analystes. Alors que des sources évoquent l’imminence d’une large concertation politique, le feu des dissensions semble déjà miner le camp de l’opposition dite radicale.

Il est déjà loin le fameux discours de Néma du 3 mai 2016. Bien entendu, le délai de quatre semaines lancé à cette occasion par le Président Mohamed Abdel Aziz comme ultimatum adressé aux partis politiques, notamment ceux du FNDU, n’a pas tenu sa promesse. Trois mois après cet appel de Néma, aucune date n’est encore retenue pour ce fameux dialogue qui ressemble de pus en plus à un attrape-nigaud, une sorte de boîte à Pandore destinée apparemment à saper la cohésion du camp adverse plus qu’à rechercher des solutions politiques à la crise qui sévit depuis les Accords de Dakar de 2009.
Dans les méandres de ces concertations politiques, transformées de jour en jour en mirages politiques, se dessinent de mystérieuses et obscures toiles d’araignées. Pour la énième fois en effet, le Ministre Secrétaire Général de la Présidence de la République, Moulaye Mohamed Laghdaf vient d’ouvrir les enchères du marronnier. En contactant Salah Ould Hanana, président en exercice du FNDU (principal coalition de partis de l’opposition radicale), il avait rouvert les débats pour se retrouver face aux mêmes intransigeances de ses interlocuteurs. «Pas de dialogue conçu et préparé d’une manière unilatérale » vient de répondre Ould Hanana. L’opposition veut s’asseoir avec le pouvoir autour d’une table pour discuter des termes de référence du dialogue envisagé. Elle déclare ne plus accepter de propositiont-maison servie à domicile. Les débats en sont là, alors que la majorité au pouvoir a déjà désigné son équipe, toute sûre que sa main tendue pour le dialogue n’allait souffrir d’aucun préalable.
Certains analystes croient qu’en mettant le FNDU devant le fait accompli et sous l’effet de l’usure, cette dernière allait finalement accepte d’oublier ses exigences antérieures, notamment la réponse écrite à sa plateforme de janvier 2015 et plusieurs autres préalables qui ne seraient plus à l’ordre du jour. Ainsi, le pouvoir compte beaucoup sur les dissensions qu’il ne manquerait pas de provoquer au sein du camp adverse.
Ainsi, la foire aux manœuvres politiciennes semble s’être ouverte, avec d’un côté, un pouvoir qui tente par le ciblage individuel de diviser le FNDU et de l’autre, une opposition qui cherchera sûrement à accentuer la pression sur le régime par le biais de manifs populaires de grande ampleur. L’opposition compte ainsi profiter des erreurs du pouvoir dans sa gestion des affaires, avec cette vague de répressions contre les libertés, la grogne sociale qui monte, pour l’acculer. Dans cette guerre d’usure où tous les coups sont permis, chaque camp essaie de gagner des points. Ces coups de poing politique se prolongent ainsi jusque sur les plateaux de télévision, dans les studios de radios et sur les pages des journaux et des sites Internet..
Dans un débat télévisé récent, Beïtoullah Ould Ahmed Eswad, éminent cadre du parti au pouvoir, l’UPR, soutenait que «le FNDU ne dispose d’aucun agenda pour le dialogue» contrairement au pouvoir qui est fin prêt, rappelant les efforts inlassables du président Mohamed Abdel Aziz en faveur du dialogue et les refus répétés et incompréhensibles de l’opposition dite radicale.
De son côté, le président du parti Tawassoul, Mohamed Jemil Mansour considère que le pouvoir ne fait rien pour installer une ambiance propice à un dialogue national, eu égard à ses dérives sur le plan sécuritaire, la restriction accélérée des champs de libertés, la répression tout azimut contre les défenseurs des droits de l’homme, la dégradation accélérée des conditions de vie des populations, l’ampleur de la corruption et des malversations économiques…
Seulement, le pouvoir n’a pas seulement que le FNDU comme adversaire. Si cette coalition d’opposants accepte le principe du dialogue politique mais avec des conditions, une nouvelle coalition encore plus radicale est née. Celle-là refuse toute main tendue du pouvoir et considère que Mohamed Abdel Aziz n’a qu’à achever son dernier mandat dont la fin est prévue en 2019 et qu’il s’en aille. Ce nouveau front de l’hyper radicalité est constitué du RFD d’Ahmed Ould Daddah et de l’ancien président du CMJD, Ely Ould Mohamed Vall. Les deux hommes qui accumulent à eux seuls un capital de confiance inégalé auprès des partenaires internationaux de la Mauritanie et dont les avis comptent sur la balance de la géopolitique régionale considèrent que la solution aux crises multiformes dont souffre le pays réside dans le départ de Mohamed Abdel Aziz du pouvoir.