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Birame Dah Abeid : «Je prends à témoin l’opinion publique sur la persécution dont je suis l’objet, moi et ma famille»

Le président de l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), Birame Dah Abeid,  a animé samedi 5 août 2017 une conférence de presse au cours de laquelle il est revenu sur les persécutions dont il se dit être victime, ainsi que sur le référendum constitutionnel dont le scrutin venait de s’ouvrir.

«Perturbés à leur âge par le traumatisme causé par les nombreuses incursions musclées des forces de l’ordre dans le domicile parental, mes enfants sont menacés d’apatride, car les autorités de l’état-civil en Mauritanie leur ont refusé le passeport, sous prétexte que celui de leur père va expirer dans six mois et ne sera point renouvelé ».», a déclaré le leader abolitionniste, Birame Dah Abeid. C’est le message fort, émouvant et poignant, sorti dans la substance d’une conférence de presse qu’il a animée samedi 5 août 2017. Le leader de l’IRA, qui déclare être persécuté à cause de sa «lutte intransigeante contre l’esclavage, le racisme et la discrimination qui frappe les négro-africains et les harratines en Mauritanie», prend ainsi à témoin l’opinion publique nationale et internationale.

Priver Birame du droit de circuler et le mettre sur écoute

«Me priver de voyage en me privant de mon passeport après son expiration, c’est le combat de tous les Mauritaniens et de tous les hommes épris de justice » a souligné Birame, précisant qu’en essayant de le priver de documents de voyage, le régime mauritanien risque de se mettre à dos la communauté internationale, car parmi les conventions que la Mauritanie a ratifiées, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 qui garantit en son article 13, «la liberté de circuler », une déclaration à laquelle se réfère d’ailleurs la Constitution mauritanienne dans son Préambule et qui reprend ce principe en son article 10.

Birame se plaint également de la mise sur écoute de ses communications. Pour preuve, il cite l’incident de la confiscation de son passeport à Rosso. C’est en suivant une communication où il disait à un proche qu’il lui envoyait son passeport avec un dénommé Sid’Ahmed, afin qu’il entame pour lui les démarches pour son pèlerinage à la Mecque, que ce Sid’Ahmed a été intercepté à Rosso par la police avec  le passeport en question. Alors que le document était transmis au Directeur général de la Sûreté Nationale, le Général Ould Meguett, le jeune Sid’Ahmed aurait subi six heures d’interrogatoire sur l’adresse de Birame et sa famille à Dakar, ainsi que d’autres questions sur ses  éventuels visiteurs, en particulier s’il recevait la visite de l’homme d’affaires et opposant mauritanien en exil au Maroc, Mohamed Ould Bouamatou, ou s’il recevait la visite de quelques officiels sénégalais.

Un poste de police pour surveiller sa maison

Birame se plaint surtout d’être sous la surveillance des Renseignements généraux. «Ils ont mis un poste de police à côté de mon domicile, pour surveiller ceux qui entrent et sortent de chez moi » informe-t-il, précisant que «des indics en civile se mêlent aussi aux citoyens qui lui rendent visite à son domicile, puis vont ensuite faire leur rapport sur ce qu’ils ont vu et entendu ».

Cette pression ininterrompue sur sa vie privée, ajoutée aux incursions de la police chez lui, les jets de gaz lacrymogène contre les foules qui l’accueillent à chaque retour de voyage, les asphyxies qui s’en suivent au sein de sa famille, de ses enfants et de ses voisins, l’avaient poussé dira-t-il, à offrir à sa famille des vacances à Dakar pour leur permettre d’obtenir un peu de répit et de vivre quelques temps, une vie de famille apaisée.

Birame s’en est ainsi pris au régime de Mohamed Abel Aziz, «un régime qui est bâti sur le mensonge, la dilapidation  des richesses nationales et la régression des valeurs ».

L’emprise de l’extrême droite esclavagiste

Pour Birame Dah Abeid, «les pseudos résistants dont le régime veut rehausser l’image au rang de martyrs ne sont en fait que des bandes de pillards et de coupeurs de route qui vivaient de razzias, de guerres tribales, d’esclavage et de désordre, inspirant à ce territoire qui n’avait pas encore de nom, celui de «Bilad Seyba » ou le bled du laisser-aller ». Selon lui, s’il y a des résistants qu’il vaille de saluer la mémoire, ce serait plutôt, des patriotes comme Baba Ould Cheikh Sidya qui a émis une fatwa qui rendait l’occupation coloniale française, malgré ses tares, un moindre mal par rapport à la situation qui prévalait. Selon lui, «grâce à la colonisation française, les bandes de pillards dont on veut saluer aujourd’hui la mémoire comme résistants, avaient été assagis, l’ordre rétabli, la sécurité installée, et les fondements d’un Etat balisés, pour donner lieu à ce qui est aujourd’hui la Mauritanie ». Ce retour à la résistance, n’est d’après lui qu’une tentative de «s’inventer  une résistance qui n’est que le sceau d’un régime dominé par l’extrême droite nostalgique du système esclavagiste et raciste qui était en cours avant la pénétration coloniale ».

Un coup d’état constitutionnel

Revenant sur le scrutin pour le référendum constitutionnel qui se déroulait au moment de sa conférence, Birame a déclaré que ce scrutin était illégal dans la mesure où le processus référendaire a été stoppé net par le Sénat qui y avait mis fin. «Ce qui se passe actuellement, c’est un coup d’état constitutionnel que le peuple mauritanien a déjà rejeté en boycottant le scrutin ».
Selon lui, le régime de Mohamed Abdel Aziz vit ses dernières heures. «Le peuple mauritanien n’est plus disposé à le laisser poursuivre son œuvre de destruction » a-t-il martelé.

Cheikh Aïdara


Conférence de presse de Birame Dah Abeid : «Il est plus facile pour Mohamed Abdel Aziz de devenir Roi de l’Arabie Saoudite que Président de la Mauritanie après 2019»

Au cours d’une conférence de presse animée dimanche 30 juillet 2017 à son domicile à Riadh (P.K 10), le leader du mouvement abolitionniste IRA, Birame Dah Abeid, a déclaré que «Mohamed Abdel Aziz devra passer sur nos corps pour briguer un 3ème mandat » et qu’il lui est plus facile de devenir «Roi d’Arabie Saoudite que Président de la Mauritanie après 2019».

Birame (en costume) à sa droite le sénateur Sylla et le Faqih El Mehdi (Crédit Photo Aidara)

Revenu d’un long périple américain et européen, Birame Dah Abeid, président de l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) a déclaré au cours d’une conférence de presse le dimanche 30 juillet 2017, que le front de refus constitué par son mouvement et les forces de l’opposition barrera la route, dans les règles démocratiques et légales, au «coup d’état constitutionnel que le général Mohamed Abdel Aziz veut perpétrer en Mauritanie». Il a demandé au régime en place et à ses soutiens que le peuple mauritanien ne veut pas d’un 3ème mandat du président Aziz et qu’il ne leur permettra pas de «poursuivre le pillage des richesses du pays et sa conduite vers le chaos».

A l’entame de la conférence, Birame Dah Abeid, avait rendu un vibrant hommage aux deux détenus du mouvement qui croupissent dans les geôles de Bir Moghreïn (plus de 1.000 Km de Nouakchott), Moussa Birame et Abdallahi Maatalla, indiquant que leur cause est aujourd’hui soutenue par les plus grandes ONG de défense des droits de l’homme du monde.

Il a estimé au cours de son intervention que les forces politiques, dans ces circonstances graves que traverse la nation mauritanienne, doivent capitaliser le combat mené par le mouvement IRA durant toutes ses années, estimant cependant que certains parmi les leaders de cette opposition ne sont pas encore assez à la hauteur pour appréhender le rôle joué jusque-là par son mouvement sur le terrain de la revendication sociale.

Répondant à une question sur l’histoire de son passeport confisqué, il dira avoir eu conscience que les autorités mauritaniennes tenteront de l’empêcher de voyager après avoir échoué à décapiter le mouvement IRA , via les multitudes de taupes introduits à son sein et malgré les nombreux complots tous couronnés d’échec. Son passeport lui a été remis, dira-t-il, mais pas celui de ses enfants que les autorités refusent d’établir depuis cinq mois. «Sachant que mon passeport va expirer dans les premiers mois de l’année 2018, ils ont préféré ne pas créer un grand tollé, et attendent qu’il meurt de sa mort naturelle avec l’intention de ne pas le renouveler » a-t-il souligné.

Dizaines de militants d’IRA
Crésdit photo Aidara)

De son côté le sénateur Youssouf Sylla a déclaré que la guerre menée actuellement par Mohamed Abdel Aziz contre le Sénat vise essentiellement à éliminer une cour qui l’a jusque-là empêché d’avoir les coudées franches pour puiser comme il le veut dans le budget de l’Etat. «Mais ils se connaissent bien lui et les Sénateurs qui l’avaient aidé à prendre le pouvoir contre Sidi Ould Cheikh Abdallahi et de la même manière qu’il les combat aujourd’hui, ils lui rendront la pareille » a-t-il martelé.

Plusieurs dizaines de militants avaient assisté à la conférence de presse, qui a été ponctuée par une intervention du Faqih El Mehdi, qui a apporté des éclairages religieux sur les dérapages qui ponctuent la campagne électorale menée tambour battant par le régime en place.

La veille, Birame Dah Abeid avait conduit une marche sur 4 kilomètres, du Carrefour Bamako au PK.7. En plus d’une impressionnante foule qui grossissait au fur et à mesure de sa progression, plusieurs leaders de partis politiques, comme Moussa Fall, Diabira, Ould Horma et quelques représentants du parti Sawab, l’avaient accompagné lors de cette marche, l’une des rares à n’avoir pas subi la répression de la police, comme celle organisée concomitamment dans le département de Toujounine et qui a été violemment réprimée et dispersée après avoir  été autorisée. Plusieurs chefs de partis politiques s’y trouvaient, dont le leader historique de l’opposition mauritanienne, Ahmed Daddah du RFD, mais aussi Salah Hanana du parti Hatem et Mohamed Maouloud de l’UFP.

Cheikh Aidara


Atelier régional de Nouakchott sur le Genre, les Droits Humains et l’Education à la Santé Reproductive : Fondements idéologiques et pratiques sur les questions de genre

Nouakchott a abrité du 25 au 28 juillet 2017, le deuxième atelier régional sur «Genre, Droits Humains et Education à la santé reproductive » après celui de Ouagadougou. Cet atelier organisé par l’UNFPA et le Projet SWEDD a regroupé une quarantaine de participants venus du Niger, du Mali, de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso, du Tchad et de la Mauritanie.

Au démarrage des travaux de l’Atelier régional organisé à Nouakchott du 25 au 28 juillet 2017 à Nouakchott par l’UNFPA  et le Projet SWEDD, en collaboration avec le Ministère des Affaires Sociales, de l’Enfance et de la Famille, sur le «Genre, les Droits Humains et l’Education à la Santé Reproductive »,  un exposé introductif a été donné par M.Idrissa Ouédraogo, Conseiller Genre, VBG et Droits Humains au Bureau régional de l’UNFPA à Dakar. Le sujet portait sur les «Fondements idéologiques et pratiques sur les questions de genre ». Survolant l’histoire de la femme depuis l’Antiquité à nos jours, de «femme malédiction » chez les Rabbins, au gynécée grec où elle était confinée dans un espace clos, jusqu’à nos jours où elle disparait carrément dans les statistiques de certains pays comme l’Inde, la Chine, le Pakistan et le Bangladesh, la femme est restée cette «Missing girl» des démographes, cette absente oubliée, effacée et même considérée comme morte, dans plusieurs sociétés.

Selon le conférencier, les mutilations génitales féminines ne sont, par exemple, qu’une manière de contrôler la sexualité de la femme, dans une démarche qui tend à lui nier toute existence en tant que femme et en tant qu’être qui a droit à l’intimité et à la jouissance. Ainsi, de tout temps, la femme a toujours été considérée comme inférieure à l’homme, et cela presque dans toutes les religions et chez tous les anciens philosophes, a indiqué M.Ouédraogo. Parmi les stéréotypes encore en usage, cite-t-il, «la femme a moins de valeur que l’homme» malgré les conséquences de telles assertions sur le plan macrosociétal. Selon M.Idrissa Ouédraogo, secondé durant tout l’atelier par sa collègue du Bureau de l’UNFPA de Dakar, Mme Hind Jalal, les sociétés humaines, et en particulier les sociétés africaines, sont majoritairement patriarcales.

Et de se demander : «pourquoi l’homme se croit-il supérieur à la femme ?»

La réponse selon lui, est que l’homme s’identifie à beaucoup de stéréotypes, comme celui de ne «jamais montrer des signes de faiblesse, de douleur ou d’émotion» contrairement à la femme «être faible et fragile», ou quand il s’approprie la sentence qui veut que «la supériorité est accordée non au sexe qui engendre mais à celui qui tue » allusion à «l’homme-chasseur» ou à «l’homme-guerrier qui tue» symbole de la masculinité.

Des questions pertinentes mais aussi des définitions, qui sont allées ainsi jusque dans la sémantique des mots, comme «c’est quoi l’homme, c’est quoi la femme», «c’est quoi le droit », ont été également abordés lors de la communication sur les «Concepts Genre et Droits Humains».

Le droit serait ainsi «ce qu’une personne doit avoir, doit faire ou recevoir de la part des autres et que la loi doit consacrer » et les Droits de l’Homme sont constitués par «les garanties juridiques universelles qui protègent les individus et les groupes dans le domaine des libertés fondamentales et de la dignité humaine».

Ces droits sont indivisibles, universels et égalitaires. Personne ne doit y renoncer et personne ne peut les retirer. Ces droits vont du droit à la vie jusqu’au droit à la liberté de religion, en passant par une multitude d’autres droits personnels et collectifs.

Citant le document référence des droits de l’homme, en l’occurrence la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948, Idrissa Ouédraogo a distingué 6 principes de base qui fondent les droits humains : universalité et inaliénabilité ; indivisibilité ; interdépendance et corrélation ; égalité et non- discrimination ; participation et inclusion ; obligation de rendre des comptes et primauté du droit.

«Le principal défi qui se pose est que plusieurs personnes porteurs de droits ignorent leurs droits », dira M.Idrissa Ouédraogo, qui fait passer la conceptualisation de la notion de droit à un cheminement qui va vers la maîtrise des outils de planification, l’analyse des faits sociaux et l’élaboration de stratégies de résolution des défis posés. Cela passe, selon lui, par les clés de base des droits humains, à savoir le principe de redevabilité, qui incombe aux détenteurs d’obligations (autorités), et le principe d’inclusion qui revient aux porteurs de droits (citoyens).

A noter que l’ouverture de l’atelier a été marqué par un échange de discours entre la Représentante résidente de l’UNFPA en Mauritanie, Mme Cécile Compaoré Zoungrana et la Ministre des Affaires Sociales, de l’Enfance et de la Famille, Mme Maïmouna Mint Mohamed Taghi, en présence d’un représentant de la Banque Mondiale en Mauritanie.

L’atelier a regroupé une quarantaine de participants venus des six pays membres du Projet Autonomisation des Femmes et Dividende Démographique (SWEDD), Niger, Mali, Côte d’Ivoire, Tchad, Burkina Faso et Mauritanie.

Cheikh Aïdara

Mohamed Mokhtar Mohamed Lemine, Président sous-comité communication SWEDD-Mauritanie/Président Comité Communication au niveau régional (Sahel)

«Cet atelier revêt une importance particulière parce que les thématiques qui y sont développées vont permettre de renforcer les capacités des différents acteurs concernés par les problématiques du genre, l’égalité entre les hommes et les femmes, la promotion de la jeune fille et de la femme, la santé de la reproduction, l’éducation et les droits humains. Il permet aussi d’harmoniser les expériences et les situations dans nos pays du Sahel. Les différentes présentations qui ont été faites sont d’un très bon niveau. En témoignent la qualité de la participation de tout le monde. C’est le deuxième atelier régional sur le genre après celui de Ouagdougou (Burkina Faso) organisé il y a quelques mois et sur le même thème par l’UNFPA. Je pense qu’avec l’engagement de l’UNFPA, le projet SWEDD et les pays membres pourront réellement mobiliser les acteurs concernés autour des thématiques retenus ».

Tohouri Thapé Marie Laure, Chargée de Programme ONG «MESSI », Mission des Jeunes pour l’Education, la Santé, la solidarité et l’Inclusion, basée à Abidjan (Côte d’Ivoire)

«L’organisation de cet atelier tombe bien dans la mesure où il a permis de réunir des acteurs de divers horizons qui travaillent sur la question de la santé de la reproduction et qui intègrent les défis que nous rencontrons dans nos différents pays, en particulier ceux liés aux adolescents et aux jeunes. Comment parler de sexualité à des jeunes ? C’est une question sensible qui constitue l’un des plus gros défis. En dehors de la Côte d’Ivoire, je me rends compte que les autres pays sont confrontés aux mêmes problèmes et qu’avec les succès des autres pays on peut améliorer nos actions et apporter le bien-être à nos populations. J’ai pris de bonnes notes, et je me suis bien inspirée de l’expérience développée par les autres pays, en particulière celle du Niger avec leur projet «Initiative Adolescents» et qui est développé dans des espaces sûrs avec des mentors. C’est une bonne pratique. C’est vrai que nous aussi, nous avions aussi mené un projet dénommé «Initiative Aides Adolescents » qui s’étalait sur une courte durée, 3 ans, mais qui ne s’adressait qu’aux adolescents scolarisés. Et là, avec l’expérience des Nigériens dont le projet s’adresse aux adolescents, qu’ils soient scolarisés ou non, je compte les approcher plus pour en savoir davantage sur la méthodologie qu’ils ont adopté pour mieux adresser les questions qui restent encore des taboues chez nous ».


PECOBAT sélectionne les bâtisseurs de demain en Mauritanie, avec le soutien du Fonds fiduciaire d’urgence pour l’Afrique

Formation de jeunes en chantier-école, renforcement des capacités des entreprises et appui aux structures publiques. Tels sont les objectifs du PECOBAT, projet relevant du Bureau International du Travail (BIT) et financé par le Fonds fiduciaire d’urgence pour l’Afrique de l’Union Européenne. Alors qu’à Nouakchott se poursuit depuis le 3 juillet 2017 l’Académie des Entreprises pour le renforcement des capacités des acteurs du bâtiment dans les techniques de construction en terre, Kaédi et Sélibaby ont entamé depuis le 6 juillet dernier la sélection des candidats en maçonnerie terre et en énergies renouvelables pour une formation qui va durer 7 mois à partir d’octobre 2017. Reportage réalisé par Cheikh Aïdara pour la Délégation de l’Union européenne en Mauritanie pour le projet PECOBAT.

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Dans la vaste cour de la Délégation régionale de l’Agriculture de Kaédi, pousse le Centre de Formation et de Perfectionnement Professionnel (CFPP). Des bâtiments ultra-neufs dont le rouge flamboyant contraste avec de vieux bâtiments post indépendance. Des dizaines de jeunes déambulent, dossiers en main. Assis à même le sol au pas de l’escalier en colimaçon, ou poirotant sur le perron du deuxième étage, ils attendent leur tour. Ils sont tous venus  postuler à un avis de sélection de candidats à la formation professionnelle initiée par le projet PECOBAT du BIT sur financement de l’Union Européenne.Deux filières sont au choix et débouchent sur un diplôme national de certificat de compétences  après 7 mois de formation. Aide maçon en terre et installateur de systèmes en énergies renouvelables.

Par deux, les jeunes sont accueillis par deux représentants de l’Agence nationale d’emploi des jeunes (ANAPEJ), qui les inscrivent dans leur base de données. Ensuite, les candidats passent au test de niveau devant les représentants du Ministère chargé de la Formation Professionnelle: lecture, écriture, arithmétique élémentaire.

Niveau requis, le fondamental. Mais la plupart des candidats ont atteint la terminale. Certains ont tenté deux à trois fois le bac, sans succès.

C’est le cas de Thierno Abdoulaye Ly, candidat à la maçonnerie. Deux échecs au baccalauréat. Pour lui, la maçonnerie, «est un métier très sollicité dans la région ».

Mohamed Moussa Bâ, trois fois le bac sans résultat et l’angoisse du chômage. «Avec cette formation, je compte acquérir des compétences et gagner ma vie».

Fatimetou Ly fait partie des nombreuses jeunes filles venues postuler pour la formation en énergies renouvelables. Comme toutes les candidates, elle pense que « la maçonnerie est un travail d’hommes ». Inscrite en 5ème D au Lycée de Kaédi, «le baccalauréat, selon elle, ce sera pour l’année prochaine».

Les autorités communales semblent aussi bien apprécier le projet.  Mme Mama Khalifa Diakité, 1ère adjointe au Maire de Kaédi, a délaissé depuis deux jours son bureau pour assister à la sélection des candidats. Pour elle, «l’initiative lancée par le PECOBAT est appréciable, dans la mesure où elle permet de sauver des dizaines d’élèves en déperdition scolaire des affres du chômage et du désœuvrement, deux fléaux qui menacent la jeunesse».

Oumar Ndiaye est chef de service de la formation professionnelle. Il est venu superviser la sélection des candidats à la formation-emploi dans le cadre du partenariat qui lie le BIT à sa tutelle, le Ministère de l’Emploi, la Formation Professionnelle et les Technologies de l’Information et de la Communication. «Nous sommes là, à Kaédi, pour participer à la sélection de 50 jeunes dans les filières de la maçonnerie en terre et des énergies renouvelables ». Selon lui, «les jeunes formés, construiront une école à Dar-Essalam, dans le cadre d’un partenariat avec le Ministère de l’Education Nationale ».

Et l’ANAPEJ dans tout cela ? Salem Ould Babya, conseiller-emploi de l’agence, explique. «Nous permettons à la fois aux jeunes de s’inscrire dans notre base de données, ce qui leur permettra de bénéficier par la suite des opportunités d’emploi et de stage entreprise que nous offrons. Nous sommes aussi membres de la commission de sélection des candidats aux formations diplômantes du BIT».

En tant que structure d’accueil, le CFPP offre ses locaux et son expertise. Yahya Ould Sidi Yahya, Directeur du CFPP de Kaédi, brossant l’importance que l’Etat mauritanien accorde à la formation des jeunes, trouve que «l’idée de rapprocher les formations-emplois des populations est excellente ». Il dit apprécier l’expertise du BIT en matière de formation, soulignant qu’ensemble, «l’Etat et ses partenaires, le BIT et l’Union Européenne, conjugueront leurs efforts pour former des jeunes dans des métiers d’avenir compatibles avec leur environnement».

Pour Sidi Mohamed Ould Cheikh, Coordinateur du PECOBAT, «le projet va initier une formation qui ira de pair avec la construction en terre». Au total, 5 écoles vont être construites, dont deux cette année, à Dar-Esssalam, à 9 kilomètres de Kaédi, et à Sélibaby-aéroport. «Ces bâtiments seront construits par des jeunes issus de ces deux régions, après une formation de 7 mois à partir d’octobre 2017, avec l’encadrement de techniciens actuellement en formation à Kaédi mais aussi à Nouakchott dans le cadre de l’Académie des Entreprises, le tout sous la supervision des CFPP de Kaédi et de Sélibaby » a-t-il poursuivi, soulignant que «le démarrage des chantiers se fera en même temps que la formation proprement dite ». C’est dans ce cadre, dira-t-il en substance, qu’une commission de sélection, présidée par le Hakem et comprenant les directions techniques du ministère chargé de la formation professionnelle, l’ANAPEJ, les élus et la société civile, a été mise sur pied. A Kaédi, la commission a siégé du 6 au 8 juillet 2017 et devra poursuivre son chemin vers Sélibaby pour la même opération entre le 10 et le 12 juillet courant.

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Pour une compréhension plus large du PECOBAT et du Fonds fiduciaire, M. Hans-Christian Beaumond, Chef de Coopération à la Délégation de l’Union Européenne en Mauritanie, souligne que le projet « Amélioration de l’employabilité des jeunes et des capacités des PME par le développement du sous-secteur du BTP en matériaux locaux et de la formation professionnalisante dans les chantiers écoles » dit PECOBAT cible les jeunes et les entreprises pour une formation en techniques traditionnelles pour la construction de bâtiments modernes. «Il découle d’une prise de conscience de la valeur réelle des constructions à partir de matériaux locaux, tant en termes de confort, de résistance et d’esthétique, qu’en termes de coût ». Il s’agit tout simplement, selon lui, de réhabiliter un savoir-faire local dont «l’empreinte carbone est négligeable, donc une économie verte qui offre plus de confort et une meilleure qualité de vie».Ainsi, selon M. Beaumond, «avec le PECOBAT, ce n’est pas seulement de la formation qui est proposée mais aussi une intégration entre une formation professionnelle dans des centres publics et l’emploi pour l’initiative privée, à travers un partenariat avec des entreprises locales également formées par le BIT». Troisième volet du chantier-école, PECOBAT permet enfin de donner de l’emploi à des jeunes qui seront capables d’acquérir de l’expertise et de l’expérience pour monter leur propre entreprise du  bâtiment, donc création d’emplois et de nouveaux marchés de construction en milieu local.

L’objectif final du PECOBAT est de fixer les jeunes dans leur terroir, d’où son financement par le Fonds fiduciaire. Il s’agit d’un fonds d’urgence en faveur de la stabilité et de la lutte contre la migration et l’insécurité, dans 23 pays du Sahel, du Lac Tchad, de la Corne de l’Afrique et de l’Afrique du Nord dont la Mauritanie, considérés comme les principaux couloirs de la migration. «De tels efforts passent par le développement local, étape importante pour créer un cercle vertueux pour les jeunes dont l’employabilité à un impact réel sur la croissance économique des pays » a conclu M. Beaumond.

Cheikh Aïdara, reporter pour la Délégation de l’Union européenne en Mauritanie pour le projet PECOBAT.

Lien de l’article : https://ec.europa.eu/europeaid/news-and-events/pecobat-selectionne-les-batisseurs-de-demain-en-mauritanie-avec-le-soutien-du-fonds_en