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LES PLUS GRANDS DOSSIERS D’ESCLAVAGE : AFFAIRE NOURA

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Noura, victime d’esclavage à Boutilimit OU Comment la justice a aidé des mis en cause – Septembre 2013

Accablée par des années de servitude, une jeune fille de 18 ans répondant du nom de Noura avait déposé une plainte auprès de la Brigade de gendarmerie de Boutilimit en tant que victime de pratiques esclavagistes.  Les présumés auteurs de l’acte furent interpellés. Il s’agissait de membres d’une importante famille de la notabilité locale, Oulad Demane, dont un candidat à la mairie pour le compte du parti-état et de puissants commerçants. La fille aurait été grondée et menacée. Son père fut sommé de retirer la plainte immédiatement ! Le rapport de force sociale étant inégal, la plainte a été retirée sous la contrainte, selon certaines sources qui ont évoqué dans ce cadre la violation des procédures judiciaires.
Cependant, la fille refusa de lâcher prise et sollicita l’appui de l’ONG IRA, une organisation antiesclavagiste qui soutint immédiatement sa cause. C’est ainsi que la jeune fille réintroduit une deuxième plainte. La gendarmerie promit d’aller chercher de nouveau les personnes mises en cause, avant de déclarer plus tard qu’elle ne les avait pas trouvé et qu’ils avaient disparu.
Les faits remontent au 9 septembre 2013. Le 12 septembre, la jeune Noura accompagnée du président d’IRA, Birame Ould Dah Ould Abeid, se rendent à Nouakchott, et rencontrent le ministre de la Justice. Noura réitère devant lui sa plainte contre la famille Ehel Emhammed qui l’aurait réduit à l’esclavage elle et sa mère, alors qu’elle n’avait que 4 ans. Le ministre promit que la justice suivra son cours dans cette affaire, les informa en même temps que deux hommes, parmi les huit personnes interpellées dont quatre femmes, ont été arrêtés.
Pendant ce temps, les militants d’IRA avaient entamé un sit-in ininterrompu devant la brigade de Boutilimit pour exiger l’application de la loi 048-2007 criminalisant les pratiques esclavagistes. Vers la mi-septembre, la gendarmerie interpella effectivement trois membres de la famille incriminée, qui seront acheminés à Nouakchott.
Après l’audition des parties devant la brigade de gendarmerie, l’affaire fut transférée au tribunal de Rosso. Le Procureur absent, le dossier sera instruit par l’un des substituts, qui désigna un juge d’instruction. Les militants d’IRA suivirent l’affaire en prenant d’assaut le tribunal pour maintenir la pression.
Ils évacueront le bureau du Substitut de la République après l’intervention du commissaire de police de Rosso et le commandant de brigade de la gendarmerie. Promesse leur a été faite que l’affaire suivra les procédures normales. Mais dès que les militants évacuèrent les lieux, les trois inculpés furent libérés. Les femmes de la famille incriminée dans le même dossier étaient toujours en fuite, refusant de se présenter devant la justice. Mais les militants d’IRA revinrent à la charge, obligeant le Parquet de Rosso à convoque les femmes qui furent miraculeusement retrouvées. Toute la procédure fut reprise. Entre temps, le sit-in d’IRA est réprimé. Six militants sont arrêtés. Deux blessés seront conduits  l’hôpital. Par la suite, quatre seront libérés et deux envoyés à la prison de Rosso. Les personnes impliquées par la plainte restent quant à elles tranquillement épargnées. Mais le sit-in d’IRA avait repris.
Birame Ould Dah Ould Abeid président d’IRA, accusa le pouvoir de s’être immiscé dans cette affaire, évoquant l’audience que le président de la République, Mohamed Abdel Aziz, aurait accordé à de puissantes personnalités tribales de la famille incriminée. «Cette affaire n’ira nulle part » leur aurait-il promis. Des
A la gendarmerie de Boutilimit, Noura fut de nouveau entendue. Elle déclarera plus tard à la presse que son P.V a été falsifié. Après lui avoir lu l’intégralité du document où tout était mentionné, pratiques esclavagistes, sévices corporels, etc. elle soutient que le document a été par la suite falsifié et transformé en une simple bagarre entre une bonne et ses employeurs. Pire, dans la déposition des maîtresses de Noura, celles-ci auraient déclaré avoir embauché  Noura depuis juste deux semaines comme bonne avant de découvrir qu’elle était de mauvaises mœurs.
Selon les militants d’IRA, une petite enquête aurait pourtant suffi à la gendarmerie pour savoir laquelle de Noura ou de ses maîtres avaient raison. Ils ont ainsi dénoncé l’impunité accordée à la famille Ehel Emhammed épargnée de toutes charges, même du délit de fuite. Par contre, le dimanche 6 octobre 2013, ces sont  les militants d’IRA toujours en sit-in qui seront sévèrement réprimés. Cette fois, la violence avait dépassé les limites tolérées. Vingt-cinq militants d’IRA seront arrêtés, six conduits à l’hôpital dont certains dans un état grave. Mais la place sise à la Brigade de gendarmerie de Boutilimit, deviendra pour les militants d’IRA la «Place Noura» pour avoir connu le sit-in le plus long dans l’histoire des manifestations en Mauritanie, plus d’un mois. L’histoire de Noura sera d’ailleurs portée au niveau international, car Birame Ould Dah Ould Abeid, invité à faire une communication sur l’esclavage en Mauritanie devant la Commission européenne des droits de l’homme, en avait fait un de ses axes d’intervention.

Ils ont marché 150 Km de Boutilimit à Nouakchott pour Noura

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Les militants abolitionnistes d’IRA, qui ont parcouru en six jours les 150 Kilomètres qui séparent la ville de Boutilimit à Nouakchott sont arrivés ce matin, lundi 2 décembre 2013,  aux environs de 10 heures Place Madrid. Une immense foule de militants, dont des membres du Bureau Exécutif d’IRA (Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste), les attendait, notamment Hamady Ould Lehbous, conseiller du président Birame Ould Dah Ould Abeid, Ahmed Ould Mhamdi, Balla Touré, Ahmed Ould Lebeid, le président du parti Radical pour une Action Global (RAG), Brahim Ould Abeid, vice-président d’IRA, Coumba Bâ, vice-présidente et beaucoup de sympathisants.

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La foule s’est ébranlée par la suite, banderoles au vent, au milieu des embouteillages en direction de la prison civile et du Palais de justice où un bref sit-in a été observé. La marche s’est par la suite achevée devant le Ministère de la Justice où les militants ont dénoncé la non application de la loi de 2007 criminalisant l’esclavage, aux cris de «Non à l’esclavage ! Non à l’exclusion des Haratines ! Liberté ! Liberté ! »
Cette marche est une réaction d’IRA face à l’impunité accordée à la famille Ehel Emhaimed, accusée par l’organisation d’avoir réduit en esclavage et à la soumission, la dénommée Noura Mint Ahmed, 18 ans, exploitée depuis l’âge de 4 ans, sans droit à l’éducation et sans salaires. La ferveur des militants d’IRA était d’autant vive qu’ils ont été galvanisés par le prix des droits de l’homme que les Nations Unies viennent de décerner à leur président Birame Ould Dah Ould Abeid. Une cérémonie solennelle  a été organisée à cette occasion le 10 décembre 2013 dans la grande salle de réunion de l’Assemblée Générale des Nations Unies à New York.

 


Ahmed Hamar Vall Hamdi : Après sa condamnation, nul n’est plus à l’abri de l’arbitraire

S’il y a un cadre au sein du mouvement IRA dont la condamnation constitue une honte pour l’appareil judiciaire mauritanien, c’est bien lui, Ahmed Hamar Vall Hamdi.

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L’homme est connu pour sa pondération, sa probité et son extrême respect de l’Etat et de ses symboles. Il est l’interlocuteur respecté par les officiers de police et de la garde dans tous les cas où des militants d’IRA étaient en prison ou dans les cellules des commissariats.
Peu loquace, Ahmed est l’un des soldats les plus convaincus de la cause antiesclavagiste, une cause dont il est l’un des pionniers.

Né en 1966 à MBallal, Ahmed Hamar Vall, y a fait le primaire avant de poursuivre ses études secondaires puis jusqu’à la terminale en 1986, à Rosso,. Il abandonnera l’école pour aider son père, Hamar Vall, qui possédait des stations à essence et cela jusqu’en 2002, quand il décida de se mettre à son propre compte. Il se lança alors dans le commerce des matériels de communication, secteur dans lequel il a évolué jusqu’à son arrestation le 3 juillet 2016, en compagnie de Hamadi Ould Lehbouss et Mohamed Jarallah.

Ahmed Hamar Vall Hamadi ne soupçonnait pas en effet, ce jour où il venait d’assister à la conférence de presse d’IRA destiné à réclamer la liberté pour ses compagnons d’armes, qu’il allait être mêlé  une affaire qui s’est déroulé quatre jours auparavant. Il s’agit des émeutes de la Gazra Bouamatou, véritable cheval de Troie pour un régime, qui aurait utilisé un clash entre des squatters opposés à un déguerpissement forcé et des éléments de la police, pour liquider tout le bureau exécutif du mouvement. Jugé avec douze autres membres d’IRA, il a été condamné à 3 ans de prison.
Ce père de 5 enfants a déjà connu les affres de l’emprisonnement. En effet, Ahmed Hamar Vall  a été arrêté en 2012, suite à l’autodafé des livres à Riadh. Il partagea avec le président Birame Dah Abeid et d’autres membres d’IRA, la même cellule à la prison civile de Nouakchott.
C’est dans une tristesse partagée de colère que ses enfants, Aly (26 ans) et Papa (22 ans), issus d’un premier mariage, vivent aujourd’hui l’incarcération injuste de leur père. Un père qu’ils décrivent comme un exemple de rectitude et de loyauté. Mais ceux qui souffrent le plus, ce sont ces derniers enfants, Marième dite Beyah (11 ans), Hamar Vall (9 ans) et Mohamed (5 ans), mais surtout son épouse, Youma Mint Mohamed, sa compagne qui l’a toujours soutenu dans son combat pour la libération des esclaves et l’instauration d’une Mauritanie égalitaire et juste.
C’est en 1980, alors qu’il était au collège de Rosso, qu’Ahmed Hamar Vall fera la connaissance de Birame Dah Abeid. Adolescents à l’époque, ils étaient obnubilés par la situation des esclaves, une institution sociale fortement ancrée dans le Trarza. Mais ce n’est qu’en 2007, devenus adultes et intégrés dans la vie active, qu’ils mûriront davantage leur projet. Ils décidèrent de mettre sur place une organisation dont l’objectif est de lutter contre l’esclavage. L’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) vit ainsi le jour en 2008 avec sept signataires. Pourtant, une soixantaine de personnes avait assisté à la naissance de cette ONG des droits de l’homme qui fera beaucoup parler d’elle dans les années à venir.

Dénonciations, sit-in, marches de protestations, solidarités avec les victimes de l’esclavage, firent connaître aux Mauritaniens le mouvement IRA qui hantera le régime de Mohamed Abdel Aziz. Tandis que les rares maîtres esclavagistes que la justice acceptait aux bouts des lèvres de condamner s’en tiraient avec le minimum de dégâts, les abolitionnistes d’IRA devinrent quant à eux la marchandise la plus prisée par les commissariats et les tribunaux du pays, mais aussi par les hôpitaux. La lutte que mena Ahmed Hamar Vall aura ainsi permis d’acculer le régime jusque dans les tribunes internationales.
Ahmed Hamar Vall, trésorier du mouvement IRA, chargé de récolter les maigres cotisations et dons versés par les membres ou quelques mécènes, fut de toutes les campagnes du mouvement. Il s’illustrera surtout dans l’affaire des 5 esclaves de Ehel Khanvour à Aïn Varba. Une affaire dans laquelle, les antiesclavagistes furent jugés à la place des maîtres esclavagistes.


Abdallahi Matalla Saleck : «un homme avenant et jovial »

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Par : THIAM MAMADOU

Grâce à son abnégation et à sa persévérance, la section IRA de Sebkha citée plusieurs fois en exemple, est l’une des plus dynamiques du mouvement abolitionniste. Son président Abdallahi Matalla Saleck ne se donne pas un temps de répit. Vieux pour les intimes est un homme jovial, ne se départissant  jamais de son sourire même lors des pires moments. Le public venu assister au procès des responsables de IRA a pu s’en rendre compte. Superbement habillé d’une chemise blanche assortie d’une cravate noire et d’un pantalon noir, en dépit de l’interdiction de cette tenue par les autorités,  Abdallahi déambulait dans le box des accusés  souriant et détendu, en dépit de la solennité du moment. « C’est son fort », déclare un de ses amis. « Abdallahi dispose d’une capacité de persuasion et sait atteindre son cible », renchérit le jeune Babou. « C’est un gentleman accompli».

Né le 31 août 1971 à Nouakchott,  Abdallahi Matala Saleck, chef garagiste, est porté sur la mécanique. Chaudronnier, tôlier, mécanicien, Vieux est aussi conducteur de gros engins. Pouvant aussi effectuer cinq soudure différente, son garage au cinquième ne désemplit. La clientèle satisfaite du fin travail afflue de partout. La rudesse du métier n’a pas affecté l’homme.

Vieux est aussi un sportif accompli. Il est à la fois ceinture noire 2 e dan de Karaté et ceinture marron de judo polyvalent taulier

« C’est un militant engagé, brave, modeste et sympathique », dit de lui le jeune Babou. «Malgré notre différence d’âge, Vieux et Pape m’ont adopté comme leur frère, leur neveu, leur ami et confident », ajoute-t-il. «C’est un homme sans problème», renchérit  Kaw Lo, membre de la section de Sebkha.

Papa Poule, Vieux est aujourd’hui l’absent le plus présent dans la concession familiale. Ses sept filles comptaient sur un père généreux, courtois et avenant pour solutionner leurs multiples besoins. Elles ont du  passer malgré elle  pour la première fois de leur vie la Tabaski sans ce père poule qui ne ménageait aucun effort pour satisfaire sa famille. Condamné à 15 ans de réclusion pour avoir exécuté avec Pape le plan ourdi par Diop Amadou Tidjane, selon l’accusation, Abdallahi est loin d’être affecté par une sentence « injuste », « taillée sur mesure ».

Les limiers de la police ont vite fait le rapprochement de la disparition du moteur du bus de la compagnie avec le garage de Vieux, la boutique de vente de pièces détachées de Jemal Bleil  et la salle de peinture du cinquième.


Affaire Oumoul Khair Mint Yarba l’esclave du colonel Viyah Ould Maayouf

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LES PLUS GRANDS DOSSIERS D’ESCLAVAGE QUI ONT DEFRAYE LA CHRONIQUE CES DERNIERES ANNEES : Affaire Oumoul Khaïry –Atar 2013

Oumoulkheiry Mint Yarba, 45 ans : Jamais mariée, jamais scolarisée, jamais rémunérée…

« Le plus difficile que j’ai eu à endurer sous le joug de Mohamed Ould Abdallahi Ould Boulemsak et sa famille est d’avoir gardé les animaux alors que j’étais en état de grossesse. La corvée se poursuivait jusqu’au jour de mon accouchement. Je devais porter le nouveau né et suivre le bétail comme d’accoutumée. Je n’oublierai jamais le jour où l’on m’arracha ma petite fille Oumoul Barka et contraignit à l’abandonner au profit de surveillance du troupeau. Mon enfant avait un an ; à peine se déplaçait-elle à quatre pattes ».

« J’étais chez Ehel Boulemsak de Smamna, une fraction des Oulad Ghaylane. J’étais esclave de la famille d’Abdallahi Ould Boulemsak, et dépendais, de son plus jeune fils, Mohamed Ould Abdallahi » , Oumoulkheiry a été récupérée par l’ONG SOS Esclaves.

Récit de Oumoul Khair Mint Yarba

Je m’appelle Oumoulkheir Mint Yarba Mon père se nomme Yarba. Ma mère Selek’ha Mint Yarg. Je suis née vers 1965 à Guelb Heboul relevant de la Wilaya d’Adrar.

Mon père vit toujours. Il a passé une bonne partie de ses années chez les maîtres Ehel Ahmed El Houda, une famille des Oulad Ammoni qui réside à Tiberguent, aux environs d’Akjoujt. Ensuite, il est passé chez la famille d’Ehel Kerkoub de la tribu Oulad Ghaylane, au compte de qui il travaille encore.
Mon père a épousé l’esclave d’Ehel Kerkoub du nom de Teslem ; de cette union est née une fille qui serait aujourd’hui mère d’un enfant. La dernière fois que j’ai vu mon père, j’étais très petite encore.
Ma maman est décédée depuis longtemps, je ne l’ai pas connue. Je n’en ai aucun souvenir.
J’ai deux frères, l’un se nomme M’Bareck Ould Mahmoud et l’autre Ben’Ich Ould Selek’Ha. Je suis mère de cinq enfants dont trois filles et deux garçons. Les filles s’appellent, respectivement, Selek’ha Mint Oumoulkheîr, âgée de quinze ans environs, Mbarka Mint Oumoulkheîr de douze ans à peu près et Fatma dite Kounadi Mint Oumoulkheîr, dix ans. Quant aux garçons, il s’agit de Yarba Ould Oumoulkheîr, âgé de cinq ans et Ben’Ich d’une année et demi environ.

A la question : « où se trouvait Oumoulkheîr depuis qu’elle a commencé à percevoir les choses ? », elle répond :

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J’étais chez Ehel Boulemsak de Smamna, une fraction des Oulad Ghaylane. J’étais esclave de la famille d’Abdallahi Ould Boulemsak, et dépendais, de son plus jeune fils, Mohamed Ould Abdallahi. Notre frère aîné, Mbareck Ould Mahmoud m’a un jour révélé comment, mon jeune frère, Ben’Ich et moi, nous sommes devenus ou plutôt nés esclaves des Ehel Boulemsak ; il m’a appris que bien avant ma naissance, notre mère Selek’ha Mint Yarg était esclave de Rajel Ould Aoueïneni qui l’a vendue à Abdallahi Ould Boulemsak père de Mohamed Ould Abdallahi. Notre servilité auprès de cette famille remontait donc à un acte de vente.
Je suis, jusqu’ici, l’esclave de cette famille qui m’a vue naître et éduquée ainsi. Depuis mon jeune âge, je lavais la lessive, expédiais les commissions, c’est-à-dire « r’soul » à la demande des maîtres, apportais le bois mort, préparais le thé, gardais le croît des animaux, les attachais et les détachais, pilais le mil dans le mortier et assurait la cuisson des aliments.
Lorsque j’ai grandi, j’étais chargée de garder les caprins, les ovins et les camelins. L’on m’avait astreinte à mener les bêtes aux points d’eau pour les abreuver. Il fallait, pour cela, procéder moi-même à l’exore de puits profonds et c’est un travail pénible. Au retour, j’étais contrainte, malgré la fatigue, de m’occuper de la corvée de ménage. Quand j’ai fini, je commence à traire les caprins et les chamelles. Chaque matin, à l’aube, je recommence les mêmes activités et cela doit continuer jusqu’à très tard dans la nuit. Mes enfants et moi, nous mangions, le plus souvent, que les reliefs des repas s’il y en a. Sinon, nous restions à jeun. C’est cela ma vie et celle des miens.
Le plus difficile que j’ai eu à endurer sous le joug de Mohamed Ould Abdallahi Ould Boulemsak et sa famille est d’avoir gardé les animaux alors que j’étais en état de grossesse. La corvée se poursuivait jusqu’au jour de mon accouchement. Je devais porter le nouveau né et suivre le bétail comme d’accoutumée. Je n’oublierai jamais le jour où l’on m’arracha ma petite fille Oumoul Barka et contraignit à l’abandonner au profit de surveillance du troupeau. Mon enfant avait un an ; à peine se déplaçait-elle à quatre pattes.
Pour mes maîtres, ce jour-ci, il y avait, dans le troupeau, la priorité de quelques femelles qui allaient probablement mettre bas. Je devais avoir les mains et le dos libres pour rapporter les petits à naître. Le soir, au retour, j’ai retrouvé ma petite fille morte, cadavre dans les sables, les yeux ouverts, envahis par les fourmis. Ma demande d’assistance pour l’enterrer n’a rencontré que silence et mépris total.
La famille des maîtres ne daigna même pas se soucier de l’insistance de leur mère Fatma Mint Bouderbala, pour m’aider à la sépulture. C’est elle, enfin, qui vint à moi et m’ordonnera de mettre le petit corps dans un morceau de tissu puis m’accompagna au cimetière. Arrivée sur place, c’est moi-même qui ai creusé le trou et enseveli mon enfant. Chez les maîtres je n’avais d’autres consolations que mes larmes. J’ai beaucoup pleuré et ma fille et ma condition. Au lieu de comprendre mon désarroi, l’on m’ordonna de me taire sinon l’on me ferait subir ce que je ne pourrais jamais supporter.

Interrogée sur le salaire qu’elle percevait pour son travail, Oumoukheïr répond que l’esclave ne reçoit, de ses maitres, aucune rémunération.

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Je n’ai pas de logement, aucun. Et pour demeure, je n’avais qu’un abri à l’emporte-pièce, un assemblage de simples haillons (« Devya »). Je devais me contenter d’une vielle couverture et d’un vieux drap et cela pour toutes les saisons.

Mes maîtres ne m’offrent pas d’habits ni à mess enfants. On ne nous donnait que leurs vêtements usés. En revanche, il nous arrivait, mes enfants et moi, de recevoir quelque charité, notamment de la part des voisins. Au sujet des chaussures, les maîtres nous en achetaient parfois, mais jamais à mes enfants. Les pauvres marchaient pieds nus. Mes gamins et moi, subissions des châtiments corporels de la part de Mohamed Ould Abdallahi qui n’hésitait pas à me piétiner moi-même, devant eux. Il me frappait avec des branches d’épineux. Les stigmates en sont, encore, visibles sur mon dos.

A la question de savoir si elle ou ses enfants allaient a l’école publique ou coranique, Oumoulkheïr hausse les épaules et précise :

Je ne récite pas « El Fatiha ». Ni moi ni mes enfants n’avons connu des moments de loisirs, encore moins des sorties en guise de divertissement. Nous ne connaissons rien d’autre que le travail, exclusivement.
Je ne me suis jamais mariée. Dès la première proposition, je m’en étais confiée à la mère des Boulemsak ; selon elle, mes maitres ne me permettrons jamais de me marier et je serais battue ainsi que le demandeur s’ils venaient a apprendre tout cela. Je n’ai jamais reçu une quelconque aide de la part de l’Etat. Ni mes enfants, ni moi ne détenons de pièces d’Etat civil ; je n’ai jamais voté. Telle est ma vie chez Ehel Boulemsak.
Un jour, alors que j’étais chez Ehel Boulemsak, une voiture de la gendarmerie est venue me transporter vers Mboirick des Ideghchemma à Yaghref, plus précisément l’ilot appelé Guediwar qui relève d’Aïn Ehel Taya, Moughataa d’Atar, région de l’Adrar.
A cette occasion, Ehel Boulemsak m’ont donné six têtes de caprins ce qu’ils n’ont jamais fait ; c’était pour moi une grande surprise. Depuis ma naissance, je n’ai jamais été dotée d’un bien quelconque. Les bêtes, m’ont été remises seulement, à l’arrivé des gendarmes, avec un pagne, une marmite, deux assiettes et un coussin. Je le compris plus tard, il fallait ainsi dissimiler ma vraie condition d’esclave. A mon arrivé, j’ai rencontré Vouyah Ould Mayouf lequel m’apprend que l’organisation « Akhouk El Hartani » (ton frère Hartani) a porté plainte, en ma faveur, auprès des autorités.
Le cas a été révélé en 2007, pendant les journées de sensibilisations sur la loi criminalisant l’esclavage organisées en Adrar ; lors du meeting d’Atar, le représentant de SOS Esclaves a exposé la situation de Oumoulkheïr ; il a été démenti par les autorités locales et, immédiatement, la gendarmerie a dépêché des agents sur place, pour séparer Oumoulkheir des Ehel Boulemsak, ses maitres.
Un jour, après avoir passé environ un mois et dix jours chez Mboîrick d’Ideghchemma, Ben’Ich, mon frère, encore exploité par Vouyah Ould Maayouf sans contrepartie, me rendit visite. Il était accompagné de son maître, un célèbre officier de l’armée. Ce dernier m’emmena chez lui. Avec la complicité de mon frère, il fit de moi et mes enfants, des esclaves, à nouveau. Avec lui, j’ai enduré plus de souffrance qu’auparavant. Son exploitation ne s’est pas arrêtée à moi seule. Elle s’est étendue à mes enfants ; eux aussi ont été réduits en esclaves.
Chez lui, j’ai alors recommencé à garder et à faire abreuver les caprins, les camelins et les ovins, piler le mil et préparer le repas. Je faisais tout à la main. Il me frappait durement, beaucoup plus que la famille Ehel Boulemsak. Chaque fois que je n’exécutais pas une tâche, Vouyah me molestait ; parfois, me terrorisait. Il tirait des balles au dessus de ma tête. Un jour, il a voulu même me tuer ainsi. Je ne dois mon salut qu’à sa sœur, laquelle m’a sauvée. Elle s’est interposée entre lui et moi, la supplié, au nom de Dieu et son Prophète, de ne pas me tuer. Si je vis encore, aujourd’hui, c’est bien grâce à sa cette femme.
Un jour, Vouyah est venu m’annoncer qu’il va épouser ma fille afin d’être plus proche, de pouvoir me serrer la main, grâce a cette union. Quelque temps après, il est venu me dire que ma fille Selek’ha est devenue son épouse. Qui a célébré le mariage, quand et où ? Je n’ai pas reçu sa dot, encore moins un papier attestant l’union. Il m’a ordonné de l’embellir et de la lui amener dans sa tente « Gueïtoun ». Les habits que porta ce soir-là ma fille provenaient de la charité par les autres voisins. Ma fille passait la nuit avec lui jusqu’au matin et revenait me voir.
Cela a duré jusqu’à sa grossesse. C’est en ce moment que son épouse « légitime » apprit la nouvelle par l’intermédiaire de Fatma dite Kounadi, la sœur de Selek’ha. Interrogée par l’épouse de Vouyah Ould Maayouf, Kounadi rétorqua que Selek’ha passait la nuit avec Vouyah. Informé, il est venu me voir pour me dire qu’il répudie ma fille. Or, ceci c’est révélé faux car il continuait à abuser d’elle.
Quand il apprit que Selek’ha était en état de grossesse, il a voulu la marier à un berger appelé Youba, esclave des Lech’yakh ; ainsi, Vouyah souhaitait se soustraire à sa paternité. Cependant, Youba refusa car, il s’est rendu compte que Selek’ha portait un enfant naturel. Après, Vouyah a commencé à nous gronder et nous injurier sous prétexte que nous travaillions mal…
Un jour, il nous appela, Selek’ha et moi et nous mit à bord d’une voiture roulant à une vitesse vertigineuse sur une déviation ; Nous avons été exposées à toutes les secousses imaginables ; cela avait suscité un grand malaise à Selek’ha et des douleurs atroces, l’a rendue malade et entrainé son avortement dans l’hôpital d’Atar.
Vouyah m’utilisait toutes les fois qu’il avait besoin de moi et me ramenait au village pour m’y abandonner quand je n’étais plus utile. Ainsi, se comportait-il avec moi. Cette fois-ci, le 7 février au soir, lorsqu’il est venu me prendre, alors que j’étais dans le champ, j’ai refusé de partir avec lui. Alors, il a embarqué mes enfants dans sa voiture. Le lendemain mon frère Mbareck Ould Mahmoud s’est adressé à des éléments de SOS-Esclaves qui sont venus me voir et m’ont conduite à la mairie de Aïn Ehl Taya le 9 février ; le maire informa le Hakem de la Moughataa d’Atar.
Ce dernier ordonne à la commune de m’envoyer à la gendarmerie de Rass Tarf. Arrivée, le chef de brigade dénommé Ahmeda Ould Hamdinou vint me voir et renvoya les éléments de SOS-Esclaves qui m’accompagnaient. Il me demanda ce que je voulais ; je lui répondis que je voulais mes enfants et mes têtes de caprin. Il m’objecta : Vouyah est notre supérieur et nous ne pouvons rien. Il me redemanda ce que je cherchais, je lui ai répondu que je voulais avoir mes enfants et me proposa d’aller chez Vouyah pour le supplier car, tu es de la tribu des Oulad Ghaylane qui sont ses oncles. S’il répond favorablement, c’est bien sinon, reviens nous voir…Nous interviendrons. J’ai répondu ne pas oser venir le voir parce que je crains qu’il me tue par balles. Le gendarme me proposa une voiture pour me ramener au village. J’ai refusé d’y retourner de crainte que Vouyah ne passe me voir, préférant descendre à Ain Ehl Taya. Finalement, l’on me conduisit à Atar ou le chef de la gendarmerie accompagné de Vouyah apportèrent mes enfants. Le chef me demanda ce que je voulais au juste. J’ai répondu que je veux reprendre mes enfants et mes animaux.
Les enfants se trouvaient dans la voiture de Vouyah mais ont été empêchés par celui-ci de nous saluer, mon frère et moi. C’est le chef de la gendarmerie qui va me les emmener avant que l’on nous embarque, cependant sans ma fille Selek’ha que Vouyah a emportée, dans son véhicule. La gendarmerie nous débarquera à Aïn Ehl Taya où je suis restée jusqu’à l’arrivée de mon frère Mbareck Ould Mahmoud avec lequel je suis partie à Nouakchott.
Je suis venue à Nouakchott le 15 février pour réclamer mes droits. L’on m’a informée que ma fille Selek’ha s’était mariée sans que je le sache. Ce mariage est pour moi nul et non avenu pour plusieurs raisons : d’abord, parce qu’il s’est fait sans tuteur légal ; ensuite, la fille est encore mineure, enfin, j’ai le droit de connaître son mari et c’est à moi de l’accepter ou non.
Cette union a eu lieu, comme je l’ai déjà signalé, pour couvrir les agissements de Vouyah Ould Maayouf. C’est un mariage forcé, contracté sous les agissements et conformément aux intérêts de Vouyah Ould Maayouf et son intimidation. Aujourd’hui, je dépose une plainte contre Mohamed Ould Abdallahi Ould Boulemsak d’abord et réclame les dédommagements de tous mes jours passés, dans sa famille en servitude, depuis mon enfance.
Je me plains également de Vouyah Ould Maayouf et cherche compensation pour mes enfants et moi, tout au long de deux années et demie d’exploitation, sous la contrainte sans aucune rémunération. Je cherche aussi à récupérer mes têtes d’animaux et ma fille qui sont toujours en sa possession.
Je demande à tous les mauritaniens et aux bonnes personnes sur cette terre de me soutenir. Je veux seulement ma part de justice et pouvoir vivre avec mes enfants, en toute liberté, à la sueur de mon front.

Cette affaire n’a jamais connu de suite à ce jour du 27 août 2016.