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Révision constitutionnelle : mieux incruster la crise politique

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«Décision unilatérale !» Tel est l’avis de l’opposition par rapport au projet de révision constitutionnelle qui vient d’être adopté par le dernier conseil des ministres, en prélude au référendum populaire prévu en décembre prochain, alors que couve une crise multiforme, nourrie par les dissensions politiques, la grogne des Sénateurs et la colère sociale.

«C’est cela les vrais soubassements du dialogue non inclusif que le régime en place avait convoqué et que l’opposition avait boycotté : faire passer l’agenda unilatéral du pouvoir ! » C’est en ces termes que plusieurs cadres militants du FNDU (opposition radicale boycottiste) ressassent le projet de révision constitutionnelle, adopté lors du dernier conseil des ministres, et qui touchera à la configuration du Parlement, par la suppression du Sénat, la distribution des pouvoirs et le changement du drapeau et de l’hymne national, entre autres.
D’ores et déjà, les constitutionnalistes mettent le gouvernement en garde contre tout forcing qui tomberait dans le déni du droit. En effet, ils trouvent anti-juridique, les visées de l’Exécutif visant à la suppression du Sénat sans l’avis préalable des deux tiers au moins du parlement mauritanien. C’est l’avis du Dr.Mohamed Lemine Ould Dahi, professeur de droit constitutionnel, qui considère comme obligatoire le passage devant les députés et les sénateurs du projet de révision constitutionnel avant tout référendum. Le texte doit, selon lui, être approuvé par les deux tiers du parlement sous peine de nullité. Il considère d’ailleurs que la suppression du Sénat constitue un recul dangereux de la démocratie, estimant que les régimes parlementaires à une chambre sont en général l’apanage des régimes dictatoriaux.
De leur côté, les Sénateurs sont résolus à barrer la route à toute suppression de leur chambre sans l’avis du Parlement. Une commission spéciale chargée de suivre l’évolution de ce dossier a été d’ailleurs mise sur pied, après le passage du ministre de la Défense lors de la conférence de presse d’après-conseil des ministres, au cours de laquelle il a confirmé la volonté du gouvernement à soumettre la révision constitutionnelle au référendum populaire direct.
Par ailleurs, un autre débat divise les Mauritaniens. Il s’agit du drapeau et de l’hymne national dont le changement sera soumis au peuple au cours du référendum envisagé. Alors que certains considèrent que ces deux symboles de la souveraineté nationale doivent rester intacts, d’autres trouvent qu’ils ne reflètent pas les réalités historiques et patriotiques de la Mauritanie.
Certains analystes ont vu derrière la démarche du pouvoir actuel à changer le drapeau et l’hymne national, une volonté tacite de faire table rase du passé, notamment celui de la Mauritanie des Daddah et des Cheikh Sidya. Avec en toile de fond, un règlement de compte d’anciens contentieux tribaux, entre «Gens du Nord » et «Gens du Sud » autour de la colonisation et de sa résistance supposée.
Par delà le débat qui enfle autour de la révision constitutionnelle, se pose pour le FNDU, l’inopportunité d’une telle démarche à l’heure où les dissensions politiques sapent les fondamentaux du consensus national. D’où la contre-offensive qui s’annonce pour déjouer l’unilatéralisme du régime en place dans sa gestion des affaires communes de l’Etat. Ce qui augure d’un approfondissement de la crise politique née des Accords de Dakar en 2009 et l’élargissement du fossé social.
Très éloigné de cette guerre de l’élite autour du pouvoir et de sa dévolution, le petit peuple est tout accaparé à gérer un quotidien de plus en plus difficile, écartelé entre le chômage endémique des jeunes, la précarité de l’emploi et des salaires d’une part, et de l’autre, une vie économique presque à l’arrêt et un coût de vie à la limite de l’insupportable.


De Nouakchott à Harare : Plus de jours dans les airs que sur terre

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Parti de Nouakchott pour participer à l’Assemblée générale d’Arterial Network, qui a eu lieu les 28-29 octobre 2016 à Harare (Zimbabwe), j’ai passé les 26, 27 et 28 dans les airs, puis toujours dans les airs, le 30 et le 31 octobre. De Harare, où j’ai passé une journée et demie, je n’ai vu que l’aéroport avec sa tour de contrôle en forme d’alvéole, habitat traditionnel local, l’hôtel Holiday Inn de type british où était logée la délégation, la Galerie Nationale où se sont déroulées toutes les séances de l’A.G, et le Théâtre In Park, dans Park Lane. Ce gigantesque parc, fleurie et très boisée, était en fait destiné aux artistes zimbabwéens. Aujourd’hui, il est colonisé par les hommes politiques qui y font des harangues et des évangélistes qui y consacrent leur tapage nocturne. Les artistes locaux sont actuellement en guerre pour reprendre leur espace.

A propos d’évangélistes, au cours de la séance de clôture de nos activités le 29 octobre dans Théâtre In Park, nous avions eu droit au Chimurenga et au Mbira, deux expressions musicales zimbabwéennes, avec la belle voix d’Edith Wu Utonga. A quelques mètres,  la chorale d’une église protestant en plein air, battait son tempo, dans un tintamarre assourdissant. Nos oreilles souffraient le martyr. Le prêtre de service criait avec une voix étranglée de stentor, se balançant en avant et en arrière en dansant, repris dans ses trémoussements par un chœur aussi bruyant que la musique qui fusait de temps en temps. J’ai pensé un instant m’avancer vers ces énergumènes, les bras en l’air, tout en criant, «Allahou Akbar ! » Mais je me suis ravisé, car je me suis rendu compte que c’était là un geste tout à fait suicidaire, car j’allais sans aucun doute provoquer un sauve-qui peu, avec beaucoup de chance de prendre une balle si par hasard, un policier passait dans le coin. Ce cri de glorification divine, honteusement escroqué par les deux forces du mal que sont Aqmi et Daech, étant considéré désormais comme les signes annonciateurs d’un attentat par kamikaze interposé. Une fois qu’on m’aurait refroidi, on daignera ensuite vérifier si je suis réellement un terroriste qui allait actionner sa charge ou un simple fou.

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A part ça, j’ai remarqué qu’au Zimbabwe, on roule à gauche et naturellement, toutes les voitures ont le volant à droite. Chaque fois que j’essayais de monter sur le siège passager (chez nous), je me retrouvais sous le volant. Du reste, les taxis zimbabwéens sont d’un luxe insolent. Rien n’à voir avec nos tacots. J’ai pu faire le parallèle, le jour de mon arrivée à l’aéroport Oum Tounsy. Une 409 jaune et vert m’avait abordé pour une course jusqu’en ville à 10.000 UM, à prendre ou à laisser. Pour un tas de ferraille, cabossé et déglingué, je me suis dit que c’est vraiment une honte qu’on puisse admettre ce genre de guimbarde dans un aéroport aussi huppé. Ce n’était pas tout. Notre mendiante nationale, cette grosse maman balèze qui traînait déjà à l’ancien aéroport avait suivi les déménageurs. Je me suis demandé comment fait-elle pour continuer son tapin, à 10.000 UM de transport. Elle était là, poursuivant chaque voyageur qui débarquait ou embarquait, la main tendue et le voile traînant derrière elle.

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Remarque, j’ai fais quand même le spectacle durant ce périple, avec ma tenue mauritanienne que j’ai trimballé de Nouakchott jusqu’à Harare. Déjà, à l’aéroport d’Addis-Abeba, cet accoutrement m’a valu l’amitié d’un diplomate sahraoui en poste à Harare. Il m’a filé son numéro de téléphone, m’invita à une séance de thé que je ne pus hélas honorer, par manque de temps. Le lendemain, il s’est amené avec un autre collègue. Je me réjouis quand même de leur avoir permis de découvrir les opportunités qu’offre Arterial à leurs artistes et acteurs culturels. Je les ai même aidés à se procurer les contacts qu’il faut en les présentant aux personnes indiquées, notamment, le représentant d’Arterial au Zimbabwe et le Président du Comité de pilotage, le Malien Mamadou Daffé.

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Mon bref passage à Addis-Abeba, m’a permis de découvrir la compagnie Ethiopian. Une belle compagnie aérienne, avec des dizaines d’aéronefs, qui semble dominer les cieux, de l’Afrique de l’Ouest jusqu’en Afrique Australe et du Centre. La nuit que j’ai passée dans cette capitale qui abrite le siège de l’Union Africaine, à l’hôtel Churchill m’a permis de découvrir quelques avenues aux noms évocateurs, Meskel Square, Namibia Street. C’est surtout l’aéroport d’Addis-Abeba, ce gigantesque temple du voyage qui m’a le plus impressionné. Des centaines de personnes, de toutes les couleurs et de toutes les nationalités, de tous les âges et de tous les sexes. J’y ai même vus, des Ecossais, longues chevelures au vent, jupes serrées et muscles en l’air. Il ne leur manquait que la cornebuse. J’ai surtout vu, des centaines de jeunes Ethiopiennes, entre 9 et 14 ans, emmitouflées dans des djellabas, voiles noires, certaines en pantalons ou en tenues locales, parquées dans un coin en attendant le vol Emirates. Elles semblaient enthousiasmées, serrant entre leurs mains, passeports et billets d’avion, prêtes à l’embarquement. Elles étaient seules, sans aucun accompagnateur majeur. Qu’allaient-elles faire à Dubaï ? me suis-je demandé.
Enfin Dakar et ses rabatteurs qui vous happent à la sortie de l’aéroport de Dakar et ne vous lâchent plus, «tu cherches un taxi, tu veux des devises, tu veux un hôtel, une voiture à louer ? » Et l’arnaque au bout des sourires enjoliveurs. «Non merci » J’avais tout fait à Nouakchott, devises en Cfa et en dollars auprès d’un Cambiste de la BMD, réservation en ligne pour nuitée dans une résidence à la Patte d’Oie par «e-booking». J’ai redécouvert Dakar, qui n’est plus le même Dakar que  j’avais connu. Cette chaleur humaine qui faisait son charme, cette spontanéité toute naturelle, ce Dakar de la joie…Tout cela avait disparu pour laisser place à une populace aigrie, blasée et lasse, perdue dans des débats politiques stériles, écartelés entre les Makistes et les Wadistes, arc-boutés sur la gestion du pétrole et sur la médiocrité de leurs gouvernants.

 

Qu’est ce que le réseau Arterial Network?

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A propos d’Arterial Network, il s’agit d’un réseau panafricain dynamique de la société civile qui regroupe des artistes, des organisations et des institutions engagées dans le secteur créatif africain. Menant des activités sur la majorité du continent africain, Arterial Network est dirigé par un Comité de Pilotage qui représente les cinq régions d’Afrique avec un Secrétariat Continental basé au Cap, en Afrique du Sud.

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Arterial Network est représenté au niveau de chaque pays par un Chapitre National. Ce Chapitre National regroupe en principe tous les acteurs culturels au niveau local. Ce chapitre a été mis en place en 2011 à Nouakchott. Au départ, il y a eu beaucoup de monde. Un premier bureau a été créé avec comme président Abderrahmane Ahmed Salem. Puis, une fois élu président de la  Zone Nord (Mauritanie, Algérie, Maroc, Tunisie), une autre élection a porté à sa tête, Limame Kane dit Monza. Mais au fil des réunions, les nombres des participants ont diminué. Toutes les tentatives pour regrouper les acteurs culturels autour du Réseau des Acteurs Culturels et Opérateurs en Mauritanie (RACOMI) ont échoué, comme toute tentative de regroupement en Mauritanie, là où d’autres pays ont réussi comme au Mali avec Kya, le Sénégal avec Adafest. Aussi, avons-nous plusieurs plate-formes d’ONG, plusieurs partis politiques, plusieurs associations de presse, etc. Comme tous les autres acteurs de la société civile mauritanienne, regrouper les artistes autour d’une seule structure va s’avérer tâche impossible. Il y eut plusieurs autres tentatives, en vain. La Mauritanie allait être exclu d’Arterial n’eût été le travail remarquable de Monza, fort de sa place au sein du Comité de Pilotage. A défaut d’éliminer la Mauritanie pour cause de Chapitre national inactif, le Comité de Pilotage d’Arterial Network a décidé de prendre comme point d’ancrage le Festival Assalamalekum qui est devenu depuis juin 2016 son interface au niveau local. Secrétaire général du Chapitre National depuis 2011, j’ai été choisi par Monza pour l’épauler dans cette tâche, car de par ma position, et en toute modestie, je suis l’un des rares à n’avoir jamais lâché prise pour que la Mauritanie reste présente au sein de cette structure continentale, conscient que les acteurs nationaux pourront en tirer des bénéfices, en termes d’ancrage dans le monde culturel africain, d’échanges d’expériences, de synergie, de renforcement de capacité et d’accès au marché africain et mondial de l’art.
A rappeler qu’en plus d’être journaliste-culturel membre du Réseau des journalistes culturels africains (JOCAR), je suis également critique d’art, suite à deux solides formations dans ce domaine au Burkina Faso.

 

 

La vision d’Arterial Network est celle d’un secteur créatif africain de la société civile en plein essor, dynamique, et durable engagé dans une pratique qualitative dans le domaine artistique de plein droit, de sorte à contribuer au développement, aux droits humains et la démocratie, et à l’éradication de la pauvreté sur le sol africain.

MISSION

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Le réseau a eu pour objectif principal d’effectuer des partenariats au sein de la société civile, au-delà des frontières nationales et entre partenaires africains et internationaux afin de développer un secteur créatif durable. L’avis d’Arterial Network est maintenant souvent sollicité sur des sujets relatifs aux arts, à la culture et au développement au sein de plateformes internationales d’envergure. Le réseau joue donc un rôle clé pour propulser l’agenda créatif africain sur la scène mondiale.

Arterial Network est né avec une intime conviction, exprimée par plusieurs acteurs culturels et de la société civile africaine, que mettre la culture au coeur des politiques publiques du développement de nos pays est une condition sine qua non pour un développement équitable et perenne du continent Africain.

OBJECTIFS

  1. Développer des réseaux pour mener à bien une stratégie de lobbying au nom du secteur créatif en Afrique aux niveaux national, continental et international.
  2. Recueillir et diffuser des informations pour renforcer la société civile dans les pays africains et lui permettre de prendre des mesures adaptées à ses intérêts propres.
  3. Faciliter les débats sur les arts, la culture et les industries créatives et développer positions africaines sur ces sujets à travers ses dirigeants.
  4.  Aider à développer de nouveaux marches et circuits pour distribuer les biens et services culturels africains et permettre aux artistes d’exposer leurs créations et de générer un revenu grâce à leur production créative.
  5. Renforcer les capacités et le leadership dans le secteur créatif africain à travers des programmes de formation, de parrainage, des résidence.
  6. Mobiliser les ressources pour soutenir le développement, la promotion et la distribution des biens et services créatifs africains.

ADHESION

L’adhésion complète est ouverte à tout artiste africain ou ONG culturelle, ainsi qu’aux entreprises basées en Afrique dans la mesure où elles partagent les objectifs d’Arterial Network et s’engagent à respecter ses principes. Les demandes d’adhésion peuvent être remplies en ligne ici. L’adhésion est gratuite. L’adhésion honoraire est destinée aux partenaires et aux Africains vivant au-delà du continent.

Les membres d’Arterial Network représentent toutes les disciplines a travers le continent.


Respect de la Constitution : Mohamed Abdel Aziz renvoie dos à dos ses partisans et ses opposants

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Abdallahi Sarr

En réitérant sa ferme volonté de respecter le principe de l’alternance pacifique au pouvoir en Mauritanie, le président Mohamed Abdel Aziz a surpris tout le monde. En fin tacticien, il a gardé le silence, tout en observant la scène politique se perdre en conjectures pendant toute la durée du dialogue et même bien avant. Entre ses partisans, qui faisaient monter les enchères en brandissant le troisième mandat, et la levée des verrous limitant le mandat présidentiel d’un côté, et ses opposants qui ont cherché à construire une popularité perdue sur le scénario d’un supposé parjure doublé d’un coup d’état constitutionnel imaginaire de l’autre côté, le président Mohamed Abdel Aziz a laissé la sauce mijoter en attendant le moment opportun pour abattre ses cartes. Pour un coup d’essai politique, son discours clôturant le dialogue national inclusif fut un véritable coup de maître. En annonçant qu’il n’avait jamais eu l’intention de briguer un troisième mandat et qu’il n’avait nullement l’intention de toucher à l’article 28 de la Constitution fixant la durée du mandat du président de la République, renouvelable une seule fois, il a en réalité coupé l’herbe sous le pied des deux camps, ses partisans comme ses opposants les plus radicaux, notamment le FNDU.

Ces derniers, désarmés et désarçonnés par le stratagème du Président Aziz, semblent aujourd’hui  perdus. Ils vivent un véritable dilemme qui menace de briser leur entente sacrée. En effet, la planche sur laquelle le FNDU et le RFD surfaient jusque-là, projetant d’en faire leur cheval de bataille lors de la fameuse marche de protestation qu’ils prévoyaient d’organiser le 29 octobre, s’est désormais brisé en mille morceaux. De là à se demander l’entêtement à maintenir une telle manifestation qui a perdu son principal slogan de campagne, à savoir l’intention de Mohamed Abdel Aziz à se maintenir au pouvoir, l’histoire d’un homme que la honte contraint à s’entêter dans son erreur, en donne une parfaite illustration.

En réalité, Mohamed Abdel Aziz a libéré tout un peuple, délié toutes les appréhensions et démontré que l’intérêt de la Mauritanie et de sa démocratie passent avant toute considération. Si les plus sceptiques de ses partenaires politiques, notamment une partie de l’opposition dialoguiste, en doutaient, l’évidence de ses propos a contribué à briser les barrières d’à-priori qui s’étaient dressées et à calmer tous les faux préjugés. Mais en décidant de lâcher le pouvoir en 2019, conformément à la Constitution, Mohamed Abdel Aziz a décidé également d’entraîner avec lui, ceux que la Constitution oblige à une retraite politique. Exit Messaoud Ould Boulkheïr et Ahmed Daddah notamment, qui auront largement dépassé la limite d’âge, prévue à 75 ans, en 2019. S’ouvrent ainsi, aux termes du dialogue qui vient de s’achever, la perspective d’un renouvellement assuré de la classe politique et le maintien de la Mauritanie dans la dynamique qu’elle avait entamée en 2005, lorsque pour la première fois de leur histoire, les Mauritaniens s’accordèrent, au sortir d’une longue crise politique, à asseoir un texte fondamental qui fixe désormais, et de façon pérenne, le principe de l’alternance pacifique au pouvoir. Aujourd’hui, la Mauritanie redevient un exemple de démocratie aussi bien en Afrique que dans le monde arabe. Le témoignage de l’ambassadeur américain à Nouakchott, SEM Larry André, exprime ainsi le satisfecit des Etats-Unis face à l’évolution politique de la Mauritanie.

 


La révision constitutionnelle et la responsabilité de l’élite au pouvoir

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Le dialogue politique qui bat son plein depuis le 29 septembre 2016 au Palais des Congrès de Nouakchott semble buter sur la question fondamentale de la révision constitutionnelle qui pourrait déboucher sur un texte taillé sur mesure. Une perspective qui classerait la Mauritanie dans la tendance négative des pays africains amateurs de renouvellement ou de l’allongement du mandat présidentiel arrivé à terme au bout de deux mandats successifs. Une porte ouverte à toutes les dérives comme c’est le cas dans plusieurs Etats africains, Burundi, RD Congo, Congo Brazzaville, etc. L’élite mauritanienne serait-elle à la croisée des chemins ?

Prévu pour dix jours, le dialogue politique qui se poursuit depuis le 29 septembre dernier au Palais des Congrès de Nouakchott semble n’avoir pas de date limite, tant qu’un minimum de consensus ne se dégagerait pas des débats houleux qui secouent les quatre ateliers mis en place, autour du renforcement de l’Etat de droit et de la justice sociale, la problématique politique et électorale, les réformes constitutionnelles et enfin, la gouvernance économique et financière.

La discorde constitutionnelle
C’est surtout le projet de révision constitutionnelle dans ses aspects relatifs au mandat présidentiel, à l’hymne et au drapeau national, à la suppression du Sénat et surtout, au 3ème mandat pour le président Aziz qui fait chauffer les esprits. Nonobstant, la sortie du président du parti El Wiam, Boïdiel Ould Houmeid, qui a rapporté, après sa dernière entrevue avec le président Mohamed Abdel Aziz, l’intention de ce dernier à ne pas briguer un mandat supplémentaire, les déclarations de son camp, y compris celui du ministre porte-parole du gouvernement, continuent de semer des doutes. Déjà, lors d’une première sortie, il avait déclaré publiquement et d’une manière officielle que la question du mandat présidentiel est bien un point à l’ordre du jour du dialogue politique, alors qu’il n’était pas programmé dans la feuille de route établie par les acteurs, y compris, les partis de la majorité. Vive protestation sanctionnée par des communiqués de presse de la part de l’opposition, aussi bien la boycottiste que la dialoguiste. Pour le parti El Wiam, le porte-parole du gouvernement «y est allé tellement fort qu’il est tombé sous le coup du code pénal mauritanien qui dispose en ses articles 111 et 112 que tout fonctionnaire public qui aura ordonné ou fait un acte attentatoire à la liberté individuelle des citoyen ou à la constitution sera condamné à la dégradation civique, et si c’est un ministre, il sera puni des travaux forcés à temps ». Le président Boïdiel serait même allé porter ses ressentiments à Mohamed Abdel Aziz. Qu’à cela ne tienne. Non seulement, le ministre porte-parole ne retire pas ses propos ni ne s’excuse, mais enfonce le clou, en y allant encore plus fort. En effet, une semaine après la levée de boucliers suscitée par sa première sortie, il déclare lors de la traditionnelle conférence de presse d’après conseil des ministres qu’il «n’existe pas d’articles qui soient en mesure d’immuniser la constitution contre le peuple », que «la volonté du peuple est au-dessus de toutes les lois fondamentales », que «l’alternance pacifique au pouvoir demeure les urnes, les élections transparences, la CENI et le conseil constitutionnel transparents ». Cette fois, le parti Alliance Populaire Progressiste (APP) de Messaoud Ould Boumlkheïr, l’un des plus grands opposants dialoguistes, claque la porte et suspend temporairement sa participation au dialogue tant que le ministre n’aurait pas publiquement présenté ses excuses. Certaines mauvaises langues voient dans ce retrait de l’APP au dernier moment, une subtile tactique pour obtenir des concessions, comme un gouvernement élargi, la révision de l’âge pour la candidature à la magistrature suprême  (fixé à 75 ans par la présente Constitution qui le disqualifie), tout en maintenant les autres constantes du texte fondamental. Ainsi, l’APP craindrait aussi bien la réussite que l’échec du dialogue. Dans le premier cas, il ne serait qu’un numéro parmi une vingtaine de partis politiques participationnistes qui réclameraient certainement des élections législatives anticipées qui pourraient bien révéler le recul populaire de l’APP comme en 2013. Dans le deuxième cas, la position de Messaoud face au pouvoir sera affaiblie par rapport à un FNDU qui n’attend que cette opportunité pour lui lancer à lui et à l’opposition dialoguiste «nous avions raison lorsque nous vous avions dis que le régime n’est pas un partenaire sérieux pour le dialogue ». Une crainte ressentie tout aussi bien par le pouvoir en place, d’où la délégation que le parti-état, l’UPR, aurait dépêché auprès du leader de l’APP pour lui faire changer d’avis, mais surtout cette rescousse lancée à des acteurs jugés jusque-là comme non fréquentables, comme les Flams et Touche pas à ma nationalité, et la reconnaissance précipitée de deux nouveaux partis politiques, taxés d’extrémistes et d’antipatriotiques.

Dans la trame des régimes africains
Citée comme un exemple de démocratie durant la période 2005-2007, avec une Constitution qui institutionnalisait pour la première fois la limitation du mandat présidentiel, la Mauritanie est en train de replonger dans le Jurassic Park des sociétés politiques anachroniques, avec un retour au régime présidentiel à vie. D’ailleurs, plusieurs analystes trouvent non opportunes la révision de la Constitution, la dernière ne datant que de dix ans et la dernière modification seulement de quatre ans. En effet, le pays ne sort pas d’un trauma constitutionnel comme en 2005 et ne connaît pas un lendemain d’après guerre civile comme en Côte d’Ivoire. D’ailleurs, plusieurs observateurs voient dans l’exemple de la Constitution ivoirienne de 2000, notamment en son article 35 sur l’Ivoiriété, le danger inhérent aux Constitutions taillées sur mesure au profit ou au dépend d’un individu. En Côte d’Ivoire, cela avait débouché sur une guerre civile qui a duré plus d’une décennie avec les conséquences dramatiques que tout le monde connaît. Aussi, est-il regrettable d’entendre certains politiques affirmer qu’en 2005, les Mauritaniens sortaient d’un traumatisme né d’un régime dictatorial qui a duré plus de vingt ans et que maintenant cet état d’esprit étant dépassé, revenons à l’ouverture des mandats, comme s’il souhaite transmettre aux générations futures, dans vingt ou trente ans, le trauma qui résulterait du régime dont il appelle aujourd’hui à sa pérennisation. Comme ailleurs en Afrique, la révision constitutionnelle dont certains s’érigent en chantre aura nécessairement un caractère conjoncturel dont le seul objectif est l’accroissement des pouvoirs des dirigeants et ajouter à l’inflation révisionniste qui souffle sur le continent africain, depuis 2015. Ainsi, l’élite mauritanienne qui s’inscrit dans cette tendance, utilise la Constitution comme un instrument au service de la conservation du pouvoir et non comme un instrument de limitation du pouvoir politique. Tout le monde sait que pérenniser l’actuel pouvoir, c’est consolider la mainmise de l’armée sur les affaires de l’Etat car personne n’est dupe, le régime qui avait pris le pouvoir en 1978 est le même qui se perpétue aujourd’hui. La bataille présidentielle de 2019 constitue ainsi un tournant décisif dans l’histoire de la Mauritanie et pourrait consacrer le retour définitif à un régime civil. D’où le rôle important de l’élite intellectuelle du pays, tous bords confondus, dans la construction d’une Mauritanie nouvelle qui pourra reprendre l’intermède abrégée de 2007-2008, lorsqu’aux termes de la première élection transparente et démocratique dans l’histoire du pays, les Mauritaniens portèrent pour la toute première fois un président civil à la tête de l’Etat.

 

ENCADRE 1 : Les «Initiatives pour le 3ème mandat » bientôt florès !

Les partisans du 3ème mandat se sont fait entendre avec fracas lors des débats en cours au Palais des Congrès de Nouakchott pendant ces deux semaines de dialogue dont l’issue reste encore incertaine. Certaines sources de presse parlent déjà de vastes campagnes en gestation et d’instructions données pour le lancement des «Initiatives populaires en faveur du 3ème mandat » qui fuseront de toutes les régions, départements, localités, hameaux, tribus, clans, ethnies, du pays.
Ces campagnes seraient soutenues par des proches du Président de la République, des membres du gouvernement, des généraux de l’armée et par un grand nombre de chefs de tribus et de religieux. Le Top d’une telle campagne serait déjà donné par le département de Moudjéria au Tagant. Telle une épidémie, elle pourrait s’étendre dans les journées à venir dans les quatre coins du pays.
L’objectif est de faire pression sur le président Mohamed Abdel Aziz pour le mettre devant le fait accompli, celui d’une «demande populaire » destinée à le maintenir au pouvoir. D’ailleurs, dans les propositions faites par l’UPR dans le cadre d’une révision constitutionnelle, il lui est attribué la prérogative de convoquer quand il le désire un référendum constitutionnel. Ajouté à cela, le terrain lui est déjà balisé par d’éminents constitutionnalistes,  à l’image de l’éminent professeur Vadili Ould Raïss (un des rédacteurs de la présente constitution) qui trouve anticonstitutionnel, le serment par lequel le président Mohamed Abdel Aziz a juré qu’il n’aidera ni directement ni indirectement à tout changement de la Constitution. D’autres juristes se seraient aussi lancé dans des interprétations sur la fragilité des verrous, que certains d’entre aux avaient pourtant aidé à mettre en place, pour rendre possible l’alternance pacifique au pouvoir.

ENCADRE 2 : APP claque la porte du dialogue

« Nous demandons des clarifications de la part du Gouvernement par rapport aux propos réitérés par le porte-parole du Gouvernement sur la question des mandats », a expliqué à Cridem Ethman Bidiel, membre de l’Alliance Populaire Progressiste (APP).
M. Bidiel soupçonne également, UPR (Union pour la République, parti au pouvoir), de brouiller le dialogue notamment en ce qui concerne la question de la limitation des mandats.
« Il y’a un document de l’UPR qui est en train de circuler qui n’a pas été soumis à la commission préparatoire du dialogue national inclusif. Un document dont personne n’avait jusqu’ici pris connaissance. Ce document parle du changement de mandat. Or, nous nous sommes entendus sur une feuille de route. C’est par rapport à tout ça, que nous avons décidé de nous retirer des ateliers du dialogue », a ajouté Ethmane Bidiel.
L’APP avertit le gouvernement qu’elle claquerait la porte si le Gouvernement ne prenait pas sa responsabilité. « On est aujourd’hui à la première étape. La deuxième étape, ce sera le retrait total et définitif du dialogue », prévient Ould Bidiel.