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Hamady Ould Lehbouss, chargé de communication de IRA : «Ma première fête sans Papa ! »

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La maison de Hamady Ould Lebhous, sise au Poteau 17 d’Arafat à Nouakchott, est triste en ce jour d’avant-fête d’El Id. La petite Mama, 4 ans, dernière née de la famille, est encore inconsciente du drame dans lequel est plongée la famille. En l’absence du père, la mère de famille, Mâame Mint Saleck, épouse de Hamady, tente d’égailler sa petite maisonnée. Malgré une joie feinte qu’elle tente de plaquer sur son visage, la tristesse se lit dans ses yeux. Son homme du moment, son aîné Lehbouss, 25 ans, «Papis » pour les intimes, lui sert en attendant de rempart contre l’angoisse qui l’étreigne. Pour Mama, la toute dernière, «c’est la première fête sans Papa ! ». Sa grande soeur, Oumoulkheïry dite Mamy, 22 ans, et son autre grand-frère, Birame, 18 ans, sont parfaitement au courant du sort qui a été réservé à leur père. Ils pensent qu’il est en prison pour une noble cause, «défendre les droits de l’homme en Mauritanie et libérer les esclaves encore sous le joug des maitres ».
Paradoxalement, c’est à la sortie d’une conférence de presse organisée par IRA pour demander la libération de leurs amis emprisonnés dans ce qu’il est convenu d’appeler «Affaire Gazra Ould Bouamatou » que Hamady Ould Lehbouss a été arrêté dans la rue par des policiers en civil. C’était le 3 juillet 2016. Soit six jours après les évènements qui avaient opposé des populations d’un squat à une force de police venue les déguerpir par la force.

La première arrestation
Hamady Ould Lehbouss  a été arrêté en même temps que Mohamed Ould Ahamdy, Trésorier de l’organisation, ainsi que Mohamed Jar. Le trio fut conduit au Commissariat de la Police Judiciaire (CSPJ) de Nouakchott. Jusqu’au 12 juillet, Hamady déclare avoir vécu le pire moment de sa vie. «Je ne pensais jamais qu’on pouvait nous traiter comme des criminels et nous faire dormir pendant des jours et des nuits dans des cellules nauséabondes, à même le sol, avec un trou comme toilettes à côté ! » témoigne-t-il.  Il croît que ce traitement s’inscrit dans la même logique que celle que l’Etat mauritanien a toujours adopté vis-à-vis des militants et cadres de l’IRA. «Nous rappeler constamment qu’en luttant contre l’esclavage, nous devenons pire que le commun des criminels, assassins, violeurs et autres malfrats, qui sont souvent mieux traités que nous » renchérit-il.
Comme Diop Amadou Tijane dans son témoignage, Hamady a dit toute son émotion, lorsqu’aux environs de 4 heures du matin du 12 juillet 2016, ils furent conduits au tribunal pour leur première audition. Ils y découvrirent leurs avocats, qu’ils rencontraient pour la première fois. «Pourtant, la législation mauritanienne, notamment la loi sur la torture, exige la présence de l’avocat et d’un membre de la famille dès les premiers instants de l’arrestation » indique-t-il. Une présence qui les a fortement réconfortés, dira-t-il en substance. Celle d’un groupe de défenseurs en robe noire, bénévolement engagés à défendre leur cause et celle du droit, et qui n’ont pas hésité à interrompre leur sommeil à l’appel du devoir.
C’est surtout le comportement des policiers, lors de leur arrestation et tout au long de leur séjour en garde-à-vue, d’ailleurs prolongé bien au-delà du délai légal, qui a frappé Hamady, selon sa déclaration. «Ils nous insultaient, nous traitaient de toutes les insanités, comme si nous avions commis un crime abominable alors qu’au début de notre arrestation, nous ne savions même pas ce qui nous était reproché » témoigne-t-il.
Les souvenirs de l’interrogatoire lui semblent encore plus surréalistes.  «Ils m’ont posé des questions sur les évènements de la gazra Bouamatou que je n’ai appris d’ailleurs que le soir en rentrant chez moi après le travail » a-t-il souligné. «Je suis écoeuré par tout ce faux et cette manipulation des faits pour nous faire porter le chapeau comme si enfin, l’heure de nous liquider en tant qu’organisation avait sonné » soupire-t-il.
Selon lui, malgré la perquisition opérée chez lui et dans son bureau, la saisie de ses trois ordinateurs, et de son téléphone portable, la fouille dans sa page facebook, son watsap et dans ses mails, la police n’a trouvé le moindre élément de compromission. «Alors, ils ont déclaré que je m’étais réuni la veille avec Balla Touré pour planifier les évènements du 29 juin 2016 ayant conduit aux terribles évènements, alors que je n’avais pas vu Balla depuis au moins une semaine » martèle-t-il. «Et quand je leur ai demandé de me donner la moindre preuve de leurs allégations, ils m’ont dit, que c’était comme ça et c’est tout ».
Il étai devenu clair pour Hamady et ses compagnons, que la police voulait coûte que coûte fabriquer un scénario pour les impliquer et leur faire porter la responsabilité de ce qui s’était passé dans ce squat du quartier Leksar à Nouakchott ;
«Au CSPJ, j’ai vu beaucoup de jeunes de la Gazra. Ceux qui acceptaient de coopérer avec la police et qui déclarent que c’est IRA qui a fomenté le coup était relâché et ceux qui refusaient de cautionner le faux était emprisonné, torturé et bastonné » a-t-il ajouté.
Pourtant,  fait remarquer Hamady, les jeunes de la Gazra qui avaient assisté aux évènements, qui avaient lancé des pierres, participé au lynchage des policiers et brûlé le bus de la police, ont été acquittés. Une plainte a été même déposée contre la plupart d’entre eux par les propriétaires de la Gazra. Mais un arrangement a eu lieu entre leurs familles et les plaignants et ils ont été relâchés. «Par contre nous, contre qui aucune plainte d’un tiers n’a été déposée et qui n’étions même pas présents sur les lieux, on nous colle des condamnations de 3 ans, 5 ans et 15 ans de prison ! »
Très amer, Hamady soutient que ses camarades et lui continueront à maintenir le moral au beau fixe, persuadés qu’ils sont qu’ils ont été emprisonnés pour la simple raison que leur mouvement dérange le pouvoir esclavagiste et raciste en place. «Ce qui nous réconforte davantage, c’est que nous ne nous sentons pas seuls, beaucoup de personnes de bonne volonté, des amis, des proches, tant à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur, des organisations nationales et internationales, des institutions, nous soutiennent dans notre combat».
Hamady Lehbouss s’est dit encore plus révolté quant au septième jour de sa détention, il a vue certains de ses amis, comme Moussa Birame et Abou Sow, portant encore les stigmates des tortures qui leur ont été infligées. «J’ai vu leurs corps zébrés, leur visage ravagé, et j’ai eu du mal à concevoir que malgré la ratification de la Convention contre la torture, cette pratique est encore récurrente en Mauritanie ».

L’enfant de Jidrel Mohguen
C’est à Rosso, capitale du Trarza, que Hamady Ould Lehbouss  a vu le jour, en 1964. Mais c’est à Jidrel Mohguen, là où se trouvent ses  véritables racines et le jardin de sa première enfance, qu’il grandira. Son père, Lehbouss, était commerçant dans la ville sénégalaise de Dagana, là où deux de ses filles fonderont plus tard leur foyer. Dernier né d’une fratrie de six enfants, quatre filles et deux garçons, Hamady perdra son unique frangin, mort à bas âge. Depuis, il était le seul garçon de la famille.
C’est dans ce fief reculé du Trarza, que Hamady et Birame Dah Abeid, celui qui deviendra plus tard son compagnon de lutte, grandiront ensemble. Ils avaient le même âge et partageaient déjà une profonde amitié et une indescriptible complicité. Même parcours scolaire, école primaire et collège de Jidrel Mohguen, puis Lycée de Rosso.
En 1984, Hamady opte pour l’enseignement. Après une formation à l’Ecole des Instituteurs de Nouakchott,  en 1987, il sert comme instituteur à Ouadane, puis dans plusieurs établissements scolaires à Nouakchott.  En 1999, il est affecté à l’Institut Pédagogique National (IPN) où il sert jusqu’aujourd’hui.

Un farouche opposant
Hamady Ould Lehbouss a adhéré très jeune aux mouvements politiques, mais toujours du côté de l’opposition avec laquelle il a partagé la plupart des combats, depuis la liste beige de Messaoud lors des municipales de 1986, en passant par le FDUC, l’ancêtre de l’UFD qui sera la première force de l’opposition réunie qui se battra contre Ould Taya lors de la première présidentielle de l’ère démocratique en 1992. Plus tard, Hamady, militera au sein du parti AC (Action pour le Changement) que Messaoud Ould Boulkheir fondera après la dissolution de l’UFD, longtemps tiraillé entre UFD/A et UFD/B. Et enfin le mouvement IRA en 2008.

IRA, un rêve de changer le monde
Membre fondateur de l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) et chargé de sa communication, Hamady Ould Lehbouss raconte que l’idée de créer un mouvement pour la lutte contre l’esclavage est née de longues discussions entre plusieurs cadres haratines. «A l’époque, moi je servais à l’IPN et Birame était à la Commission nationale des droits de l’homme » se rappelle-t-il. «Entre Birame et moi, c’était vraiment une convergence absolue de point de vue, quant à l’urgence de créer une organisation dont l’objectif principal est de déconstruire le système inique qui gouverne le pays » ajoute-t-il.
«J’ai vu naître, puis grandir IRA et j’ai vu beaucoup de personnalités le rejoindre, à l’image de Brahim Bilal Ramadan, Mohamed Jar, puis plus tard, Mohamed Amou Moustapha et bien d’autres » énumère-t-il. Par la suite, poursuit-il en substance, IRA est devenue cette grande tentacule populaire qui attire de plus en plus de masses, mais aussi une des forces qui fait l’actualité nationale et internationale depuis plusieurs années, par ses coups d’éclats, ses dénonciations, ses sit-in et marches, l’emprisonnement courant et permanent de ses militants et de ses leaders. Bref, selon Hamady  «IRA est aujourd’hui la seule force qui inquiète les tenants de l’ordre établi et qui sait faire bouger la rue et les lignes ».
Hamady Ould Lehbouss est décrit comme un homme affable, très peu porté vers l’ostentatoire, un homme qui n’aime pas s’afficher, dont la discrétion n’a d’égale que son efficacité dans la communication médiatique des activités du mouvement. Très effacé et peu bavard, il fait l’unanimité au sein de l’IRA. «Il s’entend avec tout le monde, surtout les jeunes, même les ennemis d’IRA, les dissidents en particulier continuent à lui vouer un grand respect. S’il y a des faucons à IRA, Hamady est la Colombe du mouvement » témoigne Alioune Sow, son compagnon de lutte.

«Le toutou de Birame »
Beaucoup reproche à Hamady Lehbouss son alignement quasi légendaire sur tous les faits et gestes de Birame. C’est la critique que lui adressent souvent ses détracteurs. Ces derniers n’hésitent pas d’ailleurs à le désigner comme le «toutou de Birame ». Hamady se défend énergiquement de cette accusation. Il reconnaît avoir une convergence totale de point de vue avec Birame sur la lutte que mène IRA. «Je discute beaucoup avec Birame et je n’y peux rien, si nos idées se recoupent » se rebiffe-t-il.
Mais le plus virulent adversaire de l’IRA, Dr.Saad Ould Louleid est allé plus loin dans son attaque personnelle contre Birame et son entourage. N’a-t-il pas qualifié Hamady Ould Lehbouss de «coursier fidèle de Birame », l’accusant de trafics illicites de migrants ?
Une accusation que beaucoup de personnes très proches de Hamady Ould Lehbouss ont repoussé d’un revers de main, soutenant qu’IRA n’a jamais trempé dans un quelconque trafic de quelque genre qu’il soit. « Saad est-il plus intelligent ou plus renseigné que la Sûreté d’Etat mauritanienne ou les chancelleries occidentales ? Si ce trafic existait, l’Etat mauritanien qui n’a cessé de fouiller et de farfouiller dans les affaires des militants d’IRA et de ses cadres n’auraient eu la moindre peine de le dévoiler puis de le brandir comme un trophée, ce qui lui aurait permis de décapiter en toute légalité le mouvement qui lui cause le plus de problèmes au monde » confie-t-on.
Hamady Ould Lehbouss est père de six enfants, quatre filles et deux garçons. Lui-même est issu d’une famille de six enfants, quatre filles et deux garçons. Quelle coïncidence attend encore Hamady dans sa longue quête d’une Mauritanie juste, où tous les enfants naîtront dans l’égalité ?


Moussa Bilal Biram dit Pape : « Affable et généreux dans l’effort ! »

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Par : THIAM MAMADOU

Du haut de ses 2 mètres, Moussa Ould Bilal Ould Biram (Pape pour les intimes, Senseï, selon ses disciples) ne laisse personne insensible. Sportif accompli, Moussa est d’un tempérament plutôt calme et posé, affable et généreux dans l’effort, et profondément religieux. Né en 1967 à Keur Macène, Moussa est ceinture noire 4ème dan. Ce père de famille (cinq enfants  – 4 filles et un garçon) qu’il prenait en charge, ne cessait aussi de régler, par-ci et par-là, discrètement, quelques petits problèmes dans son fief, à Sebkha. « Il s’est toujours rangé du coté des faibles  et n’a cessé de ‘casser’ les classes d’âges », indique Babou, jeune militant de IRA et membre de la section de Sebkha.

Apprécié aussi bien par les jeunes, les femmes que les vieux, Pape a su tisser dans les différents quartiers de la Sebkha, de relations fécondes bâties sur une amitié sincère, un respect mutuel. « C’est un homme pacifique, engagé et fin stratège », souligne Kaw, son compagnon de lutte.

Des années glorieuses où ses affaires faisaient florès, Pape aura été l’un des distributeurs automatiques  du mouvement IRA qui finira au bout du compte par tomber en faillite. La politique coûte cher et fait couler des initiatives privées. La grande salle de peinture du cinquième et dojo de karaté la nuit, symbole de réussite, lui fileront entre les doigts. Le dojo, fréquenté par de nombreux sportifs de la Sebkha, finira par fermer. Il sera combattu par les dirigeants de la Fédération mauritanienne de karaté qui entendaient lui faire payer son « orientation politique ». Des policiers et même un préfet du département lui notifieront les décisions de fermeture de son dojo non affilié à la Fédé avant de se raviser. Les rares fois qu’il aura accompagné la délégation officielle de budoka mauritanien, senseï Moussa n’en garda pas de bons souvenirs. En 2014 aux championnats d’Afrique, à Dakar, les athlètes mauritaniens ont du passer deux nuits à la belle étoile faute d’arriérés de cotisations. Pour avoir dénoncé cette situation, Moussa sera de nouveau combattu par ses propres congénères. Il sera mis encore sous embargo par la Fédé de karaté. Mais, il n’en a cure !

Que de souvenirs chagrinant ses anciens adeptes. Croyant au bien-fondé de la lutte pour l’émancipation de sa communauté et de la défense des opprimés, Moussa Ould Biram, loin d’être ébranlé par cette faillite, dépense sans compter. Lors de la présidentielle de juin 2014, il n’hésitera pas une seconde à vendre sa voiture, une Mercedes 190 acquise sur fonds propres, pour financer la campagne de son candidat Biram Dah Abeïd, dans le département de Sebkha. Loin d’être ébranlé par cette perte et la défaite de son candidat, Moussa continue son militantisme en prenant part à toutes les manifestations initiées pour la libération des leaders du mouvement et contre l’enrôlement sélectif des populations noires.

Connu pour son dévouement au travail, le vice président de la section IRA de Sebkha, deviendra plus tard taximan, activité qu’il mènera jusqu’à son arrestation.  « Persévérant, Pape ne se laisse pas abattre », renchérissent ses camarades. « Moussa a été forgé par la nature et a connu toutes les épreuves de la vie », font-ils remarquer. « C’est Moussa qui est le concepteur de nos slogans. Il a de l’imagination  », révèlent Kaw et Babou. Lors des tournées de précampagne et de campagne, Moussa sera un renfort de taille pour la garde rapprochée du candidat Biram Dah Abeïd.

Ayant pris l’habitude de s’enchaîner symboliquement à chaque manifestation de IRA, Moussa Biram a, se félicitent ses camarades, marqué les esprits et surtout celui du  Président de la République.

Lors de son  discours à Néma, Mohamed Ould Abdel Aziz avait laissé entendre que : « L’esclavage en tant que tel n’existe pas. Mais, il y a des gens qui s’enchaînent qui se font passer comme esclaves et postent ça sur le net  et les télévisions. Et on ne peut rien contre ces gens ».

Accusé d’avoir pris part activement aux affrontements du 29 juin et d’avoir incendié le bus de la police, Moussa a été condamné, le 18 août dernier, à 15 ans de réclusion criminelle. Acculé aussi bien  par le président de la cour criminelle que le procureur de la République, Moussa est resté flegmatique. Pape était dans la ligne de mire des autorités depuis un certain temps en attestent les conditions atroces de sa détention et les traitements cruels et dégradants dont il a été victime. On le soupçonne de former des combattants du mouvement abolitionniste aux techniques de combat dans l’optique de la mise en place d’une milice. « Il fallait qu’il en paie le tribut », souffle-t-on. Et ce fut cruel. A la barre, le budoka plaide non coupable et réfute les faits qui lui sont reprochés.

Relatant les conditions de son arrestation et de détention marquées, dit-il, par 72 heures de tortures affligeantes avec privation de nourriture et de possibilité d’aller aux toilettes.

Il avait nommément  cité  ses tortionnaires et évoqué non seulement le refus du procureur de la République de prendre en compte sa plainte contre ses bourreaux et de le faire bénéficier d’une réquisition, de manière à lui permettre d’être ausculté  par  un médecin.


LES PLUS GRANDS DOSSIERS D’ESCLAVAGE QUI ONT DÉFRAYÉ LA CHRONIQUE CES DERNIÈRES ANNÉES : AFFAIRE AÏN VARBA (HODH GHARBI)

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JANVIER 2012

Lutte contre l’esclavage : Heurts entre sympathisants de l’IRA et maîtres esclavagistes

La lutte contre l’esclavage menée par l’organisation non autorisée l’Ira connaît une nouvelle escalade inquiétante dans la capitale du Hodh El Gharbi où la détermination des autorités à traduire en justice les militants de cette organisation, en sit-in depuis plusieurs, avant d’être mis en garde à vue par la suite, en prélude de leur jugement, s’est terminée dimanche dernier par des violents heurts entre ces activistes et les proches des maîtres esclavagistes, qui se sont soldés par des blessés de part et d’autre, sans que la situation n’augure une accalmie pendant les prochains heures.
Evoquant ces altercations entre forces de l’ordre et ses militants, l’Ira indique dans un communiqué publié hier que ces activistes emprisonnés par la gendarmerie de Ain Farba avaient été transférés dimanche a Aioun. Objectif : être entendus par le procureur. A cet effet, l’Ira n’a pas tardé à dépêché un collectif de défense pour assister ses militants à Aioun composés de Me Zayed El Mislimine et Me Bah Ould Mbarek.
Selon cette organisation, les autorités sont toujours déterminées à détourner l’affaire de l’esclavage avéré, déclenché depuis la semaine dernière par cette organisation, vers une affaire qui oppose la gendarmerie a l’IRA, à l’instar de la première confrontation survenue il y a quelques mois à Arafat 2 à Nouakchott. L’Ira souligne également que les présumés esclavagistes ne sont pas inquiétés par cette évolution et qu’ils n’ont pas fait l’objet d’une enquête, déplorant le fait que la justice accorde une entière confiance à la gendarmerie, au lieu de déplacer ses agents experts en la matière pour situer les responsabilités et appliquer la loi.
Aux dernières nouvelles, on apprend auprès de l’Ira, que devant le tribunal d’Aioun, il y a eu une altercation entre les sympathisants de l’IRA et les parents des esclavagistes « venu fêter leur impunité garantie par le pouvoir » selon cette organisation. Quatre personnes auraient été blessées suite à ces accrochages entre des militants de l’IRA et deux jeunes, venus faire un acte de vente pour un véhicule au tribunal de la ville, a lors que se déroulait le procès des quatre détenus du mouvement abolitionniste IRA qui s’étaient rendus à Aïn Farba pour une affaire de présumé esclavagiste. « Les deux jeunes avaient provoqué les militants du mouvement IRA venus soutenir leurs amis qui sont déférés devant le parquet » selon des sources présentes sur place. Selon les dernières informations, les deux blessés de l’IRA sont encore détenus dans les locaux du commissariat de police d’Aïoun
L’Ira dénonce la torture des militants
Des photos parvenues hier aux journalistes montrent, ce qui s’apparente à des présumés actes de torture et de sévices immoraux (déshabillement), supposés exercés par les gendarmes contre les militants de l’Ira, détenus à Hodh Gharbi. Selon le mouvement IRA, ces photos ont été prises hier dimanche, lors du transfert des quatre détenus au parquet du tribunal d’Aïoun. Selon cette organisation, les militants sont arrêtés « pour avoir exigé, par un sit-in pacifique, l’application de la loi criminalisant l’esclavage ». Le principal chef d’inculpation est « l’appartenance à une organisation non reconnue » selon le mouvement.

Cas d’esclavage à Ain Farba: « Mes enfants étaient bien des esclaves d’Ehel Khanvour à Agharghar » dixit Mbarek, père des huit présumés esclaves.

lundi 23 janvier 2012

LE CALAME : Dans une déclaration aux défenseurs des droits de l’homme, notamment Boubacar Messaoud, président de SOS-Esclaves et Aminetou Mint El Moktar, présidente de l’Association des Femmes Chefs de Familles (l’AFCF) Mbarek, le père des neuf enfants esclaves dans l’affaire Ain Farba, rencontré à Aioun, a reconnu sans détours que ses enfants (quatre garçons : Mohamed Lemine, Taleb Jiddou, Mohamed El Moktar, Cheikh Oumar et quatre filles : Zeinebou , Ainna, Lveive, Aichatta ) sont bel et bien des esclaves comme leur mère Salka Mint Elemine de Lettou Mint Gardi Ould Taleb Ely dont le mari Mohamed Nouh Ould Khanvour est conseiller municipal dans la commune d’Ain Farba. Le père des enfants a déclaré aussi que les maîtres leur infligeaient, parfois devant lui, toute sorte de mauvais traitements. Aussi, Mbarek a rappelé qu’il a épousé Salka après avoir souscrit à la condition des maîtres de celle-ci, qu’elle ne rejoigne pas le domicile conjugal.

La mère des enfants Salka est devenue malade mentale à cause de leur séparation suscitée par les colportages et fausses informations. Pour les responsables des droits humains, cette histoire révèle bien un cas d’esclavage avéré pour au moins les quatre caractéristiques suivantes :

– Salka a été mariée à Mbarek par ses maîtres sur la base de conditions auxquelles il a souscrit dont principalement l’exigence de rester auprès d’eux dans le village d’Agharghar.

– Sa fille Zeinebou s’est mariée sans son consentement. Son tuteur est Mohamed Nouh Ould Khanvour, l’époux de Lettou Mint Gardi Ould Taleb Ely, la maîtresse de sa maman Salka. Son père ne connaît même pas le montant de sa dot.

– Salka, sa femme habitait dans un taudis à côté de ses maitres pour qui, elle travaillait sans contrepartie et ses enfants servaient à toutes autres occupations comme bergers, domestiques.

– Tentative de Mohamed Nouh Ould Khanvour de convaincre Mbarek de lui donner une procuration attestant que ses enfants ne sont à sa charge que pour leurs bienfaits en contrepartie d’un montant de 150.000 UM et d’aller avec lui le déclarer officiellement au Wali et de dessaisir son fils ainé Mohamed Lemine qui a porté l’affaire devant les tribunaux de cette question. Mbarek a porté plainte pour l’exploitation de ses enfants et de sa femme.

 

Conférence de presse

Faisant un retour sur la question de Ain Varba, Biram a indiqué qu’il s’agit d’un cas d’une importance capitale pour son organisation, à ceci qu’il symbolise la situation des esclaves en Mauritanie. « Cet officier sera jugé, tout comme le seront ceux qui, en 1991, ont tué de sang froid des centaines de négro-mauritaniens », a souligné Biram. Il s’agit explique-t-il, d’un engagement que nous prenons devant le peuple mauritanien.
Enfin, le président s’était réjoui de la liberté acquise par les neufs membres de la famille soumise à l’esclavage à Agharghar, aux environs de Ain Varb. Mais les coupables n’ont pas été traduits devant la justice comme l’exige la loi sur la criminalisant l’esclavage. Ici encore, l’impunité des maîtres a prévalu et ce sont les défenseurs des droits de l’homme, membres d’IRA et de SOS Esclaves, qui ont été emprisonnés, torturés et traînés devant les tribunaux.

Ce que Birame Dah Abeid, a déploré, notamment la détention de Cheikh Ould Vall, Alioun Ould M’Braek et Moctar Ould Merzou, respectivement militants d’IRA et de SOS esclaves, arrêtés à Aîoun sur fond de l’affaire de Aïn Farba


Diop Amadou Tijane devant la Cour criminelle : «Monsieur le président, aujourd’hui vous êtes devant Dieu et devant l’histoire. Votre conscience est vivement interpellée »

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Devant les magistrats de la cour criminelle de Nouakchott où il comparaissait ainsi que douze de ses compagnons entre le 3 et le 18 août 2016, Diop Amadou Tijane a plaidé non coupable et administré un mémorable réquisitoire devant le tribunal. Il fut condamné à 15 ans de prison pour sa présumée participation aux émeutes de la Gazra sise à l’hôpital Bouamatou de Nouakchott qui ont eu lieu le 29 juin 2016.

Après les procès interminables de 2010, 2011, 2012, 2013, 2014 ,2015 et 2016, nous sommes désormais convaincus que tous les militants de l’IRA sont des condamnés en sursis.

Chacun d’entre nous viendra un jour comparaitre devant la barre selon l’accusation qui lui sera concoctée. Cependant, par ma voix de vice président d’IRA, je réaffirme ici et maintenant que ni les tentatives d’intimidations, ni les répressions, ni les détentions encore moins les emprisonnements, ne pourront entraver l’engagement et la détermination de notre organisation à poursuivre ses actions, tant que séviront en Mauritanie le système de domination esclavagiste et le racisme d’Etat.

Aussi longtemps qu’il sera nécessaire, nous maintiendrons nos protestations tant quelles resteront conformes à l’esprit du droit et à l’exigence de la loi. Nous n’allons jamais interrompre cette lutte pacifique, avant de porter un jour à la magistrature suprême, dans le respect des règles et du jeu démocratique, un homme ou une femme.

Il importe peu qu’il soit Maure, Négro-africain, Harratine ou métisse ! Qu’il vienne du Nord, des hauteurs de l’Adrar, ou des confins du Fleuve nourricier. Cela importe peu. Pourvu qu’il soit capable de prendre en charge et de conduire contre vents et marrées, notre programme de salut national, expression de notre aspiration populaire. Un programme susceptible de créer les germes d’une réconciliation nationale pour enfin prétendre à la construction et à la réalisation de la Mauritanie de nos rêves. Cette Mauritanie amputée des tares sociales qui l’ont minée depuis les indépendances, compromettant dès le départ les fondements d’un Etat unitaire et fédérateur. Ces tares sont l’esclavage, la féodalité, le tribalisme, le régionalisme, mais aussi le racisme et l’exclusion entretenus par l’Etat.

Notre souhait est de tailler une place qui sied à notre chère Mauritanie dans le concert des Nations. Une Mauritanie, expression de notre fierté et matrice de l’effort collectif où le patriotisme se mesurera au sens de responsabilité de chacun de ses fils dans la prise en charge de la gestion des affaires de la cité. Que l’on soit avocat, juge, militant ou simple observateur.
Pour être efficace, cette caricature en miniature décrite à la dimension de la salle d’audience devrait être transposée à tous les niveaux puisqu’il s’agit de l’affaire de tous.

Aux avocats

Laissez moi vous dire que grande fut l’émotion qui nous a étreignis, mes camarades et moi, lorsque débarqués dans ce tribunal vers 4h du matin pour notre première audition, nous remarquâmes la présence de quelques hommes, des frères avant d’être des avocats défenseurs. Je veux citer Me Bah Ould Mbareck, Me Ahmed Ould Ely, Me Teyib Ould Mahmoud. Et au milieu de ces figures angéliques, la présence d’un homme tout de bleu vêtu, un homme vieillissant dont les traits laissaient transparaître des signes d’épuisement pour avoir été tiré de son sommeil à cette heure tardive de la nuit pour venir au secours de ses frères, malgré son âge avancé et la sagesse tapie derrière sa chevelure blanche. Cet avocat est à nos yeux le symbole et la fierté du barreau mauritanien. Je veux nommer, Me Brahim Ould Ebetty.

A travers lui et ses jeunes avocats, mais surtout à travers le Président de ce collectif, le bâtonnier Me Cheikh Ould Hindy, nous tenons à rendre hommage à votre collectif qui a prouvé aujourd’hui devant la Mauritanie toute entière et son peuple que le métier et la profession d’avocat est avant tout un acte humaniste, avant d’être une profession libérale à vocation lucrative. Non pas parce que vous êtes venus ici pour nous défendre, mais parce que vous êtes venus défendre la justice et honorer votre barreau. Vous vous êtes toujours acquittés de votre noble mission et vous avez livré un tel exercice sous tous les régimes. Nous sommes aussi honorés par la présence de certaines figures et légendes de la profession d’avocats, le doyen Me Moctar Ould Ely, Me Yarba Ould Mohamed Saleh, Me Lô Gourmo Abdoul, Me Brahim Ould Dy et naturellement, Me Fatimata MBaye dont le palmarès dans le domaine des droits de l’homme en fait une figure emblématique du barreau mauritanien.

Chers avocats, chers frères, chers amis, nous vous disons merci, sincèrement merci. Vous resterez à jamais encrés dans nos mémoires, mais aussi dans les annales du combat que mène IRA contre l’Injustice. Nous ne vous oublierons jamais. Qu’Allah nous offre un jour l’opportunité de vous traduire l’expression de notre sentiment de reconnaissance tant mérité. Amine !

Aux juges
Nous vous demandons d’œuvrer en toute conscience. Nous vous demandons d’apporter un contenu objectif quand à l’interprétation du droit, l’application et la mise en œuvre de la loi. Car c’est cela qui doit constamment qualifier le sens de votre responsabilité et déterminer la grandeur de votre âme et conscience, les seuls leviers qui dictent et commandent vos actes en pareille circonstance.

Monsieur le président, je vous prie de croire à l’expression de la sincérité de ma parole. Loin de moi toute intention de vous influencer, mais plutôt de vous demander de vous conformer à l’exigence de Dieu-Allah Soubahana Watalah qui recommande à tout musulman, lorsque cela est nécessaire, de prodiguer des conseils, de faire un rappel à tout autre musulman.

Monsieur le président, votre statut de juge face au prévenu que je suis ne compromet en rien les valeurs traditionnelles et historiques que nous avons héritées de notre culture islamique. Monsieur le président, je suis votre jeune frère et je vous prie d’accepter, comme l’exigent les circonstances, de vous prodiguer des conseils, de vous faire un rappel, mais surtout de vous dire la vérité.
Monsieur le président, vous serez un jour amené, comme tout un chacun d’ailleurs, qu’il soit musulman, chrétien ou athée, à être seul devant Vote Créateur, pour répondre de vos actes. Ce jour-là, Monsieur le président, ce ne seront pas des hommes en uniforme qui vous serviront de rempart et de force, mais plutôt l’usage que vous auriez fait de la lecture du droit face à un prévenu innocent. Bien sûr, lorsque les conditions de son innocence vous auraient été clairement démontrées.

Monsieur le président, je demande pour vous et pour tous les musulmans, que ce jour-là, vous soyez dans la grâce et la miséricorde d’Allah.

Monsieur le président, le moment est décisif tant pour vous que pour nous, prévenus. Je connais la délicatesse liée à l’exercice et à la fonction de juge, même lorsqu’il est réputé dire la vérité et appliqué la loi, dans un univers ou la controverse et la compromission de l’autonomie des institutions judiciaires ne font l’ombre d’aucun doute.

Mais je souhaite que vous mesuriez la gravité du moment, à l’heure où vous devez décider du sort à réserver à des prévenus dont la culpabilité n’est pas établie, des prévenus qui ont derrière eux chacun une famille et des enfants, certains orphelins, sans aucun moyen de subsistance autres que ce qu’ils leur procurent. Le contexte économique difficile de notre pays l’exige.

Monsieur le président, le monde entier a la Mauritanie dans ses rétroviseurs. La Mauritanie toute entière et son peuple attendent avec impatience votre verdict.

Monsieur le président, aujourd’hui vous êtes devant Dieu et devant l’histoire. Votre conscience est vivement interpellée.

Monsieur le président, nous venons tous d’Allah et à Allah nous retournerons.

Monsieur le président, à vous de choisir.
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Qu’est-ce qu’être accusé de flagrant de délit dans un acte criminel ?

Un acte criminel doit-il être qualifié suivant sa nature, acte prémédité ou spontané ?

Dans le premier cas, lorsque l’acte criminel est prémédité, il devient un processus soumis à plusieurs étapes, de la pensée première du criminel jusqu’à sa consommation complète de l’acte.

La première étape, c’est donc la pensée du criminel qui fonde sa première initiative, autrement dit la conception du projet criminel.
La deuxième étape correspond à l’organisation du crime. Elle consiste à ce que le criminel cherche à mettre a sa disposition les moyens matériels pour atteindre son objectif.

La troisième étape, est la planification par laquelle le criminel conçoit son projet dans le temps et dans l’espace.

La quatrième étape est l’exécution de l’acte criminel qui contient trois sous-étapes. C’est à ce niveau qu’intervient la théorie des tentatives punissables.

Toute rupture dans chacune de ces étapes compromet le processus et met en doute l’intention ou la préméditation. Alors, tant qu’il n’est pas possible d’établir un lien assorti de preuves matérielles entre la première étape et l’acte criminel, c’est-à-dire la dernière étape, on ne peut pas conclure à un acte criminel prémédité. Auquel cas, il s’agirait d’un acte isolé, c’est-à-dire non prémédité, inattendu, donc dicté par les circonstances et le contexte du lieu.

En réalité, ce qui s’est passé le 29 juin 2016 est une bataille qui avait opposé les habitants de la Gazra et les forces de l’ordre. Ni les premiers, encore moins les seconds, ne s’attendaient à ce que les événements prennent la tournure que l’on connait. Celle qui a amené des hommes en uniforme à fuir et à laisser derrière eux, un bus qui sera incendié par des populations en colère. Tout le monde connaît la contagion de foule.

L’esprit de la foule, disait Dr Morphy, l’un des plus grands psychologues américains, est contaminé par le geste de la première personne à commettre un acte. Tout ce qu’elle fait est répété, presqu’inconsciemment par les autres. Bref, il s’agit d’un événement circonstanciel tel que l’a affirmé l’homme d’affaire propriétaire des lieux qui a dit n’avoir jamais vu les militants de IRA, et que de son point de vu, aucune organisation ne pouvait être derrière cet événement.

Donc, lorsqu’un acte criminel est considéré comme isolé et non prémédité, aucune responsabilité ne peut être imputée à une personne, en dehors de la zone délimitée sur laquelle l’acte criminel a eu lieu. C’est ce qu’on appelle le champ du crime. Or, aucune des personnes condamnées aujourd’hui parmi les militants d’IRA n’a été interpellée sur le champ du crime