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Sit-in à l’ambassade du Sénégal en Mauritanie : «La situation des Sénégalais en Mauritanie ne peut pas continuer comme ça ! »

Sitin SénégalaisLa police mauritanienne a dispersé pacifiquement ce lundi 29 août 2016, une centaine de manifestants sénégalais qui réclamaient devant la représentation de leur pays à Nouakchott le départ de leur ambassadeur, SEM Mamadou Tall. Ils l’accusent d’inertie face aux difficultés récurrentes des ressortissants sénégalais vivant en Mauritanie, «comme si cela ne le concernait pas » fit remarquer un jeune manifestant en colère.

«Nous sommes pourchassés jour et nuit, nos enfants sont traumatisés et nos femmes ont peur d’aller au marché » rouspète Ousmane Faye, maçon résidant à Nouakchott depuis 15 ans. Brandissant des banderoles où se détachaient «Nous ne voulons plus de cet ambassadeur » les Sénégalais de Mauritanie estiment que leur diplomate ne s’est jamais déplacé dans un commissariat de police pour s’enquérir de la situation de ses compatriotes détenus souvent dans des conditions atroces pour n’avoir pas de carte de séjour. «Il y a un prisonnier sénégalais qui a entamé une grève de la faim et notre ambassadeur n’a même pas levé le plus petit doigt pour s’enquérir de sa situation ou exiger à ce qu’il soit refoulé chez lui » rouspète Dame Gning, un Thiéssois, menuisier dans le 5ème arrondissement.
Et les greffes contre le diplomate sénégalais de pleuvoir comme des grêles, «il ne s’enquiert jamais de la situation de la colonie, pas de service social, pas de facilités pour le transport de nos morts décédés en Mauritanie, pas de solidarité avec les ressortissants, un diplomate-climatiseur… »
Très tôt ce matin du lundi 29 août, ils étaient ainsi des dizaines à se lever au petit jour. Foule surexcitée mais disciplinée. C’est une colonie sénégalaise qui était là, masse indignée par une colère collective face aux exactions dont ils se disent victimes de la part des services de sécurité mauritanienne qui les interpellent chaque jour  dans la rue, dans leur domicile, dans leur lieu de travail. Le sit-in devant l’ambassade du Sénégal répondait au mot d’ordre lancé par Assane Gaye, président des Fédérations et Associations des ressortissants sénégalais en Mauritanie qui regroupe plusieurs dizaines d’organisations et des milliers d’adhérents. La police mauritanienne harnachée et prêt à toute éventualité était déjà sur place, empêchant les manifestants de prendre d’assaut les locaux de l’ambassade. Il y avait de l’électricité dans l’air, mais policiers et manifestants avaient chacun respecté ses limites en évitant soigneusement toute friction. Les forces de l’ordre, alignées devant le bâtiment où flottait fièrement un drapeau rouge jaune vert étoilé de l’ambassade du Sénégal, protégeaient les lieux. De leur côté, les manifestants s’étaient contentés de brandir haut leurs banderoles pour qu’ils soient vus, tout en haussant le ton, pour être entendu. Scandant des slogans hostiles à l’ambassadeur, ils ont prolongé leur sit-in pendant quelques heures avant de se disperser dans le calme. Peu d’incidents ont été signalés sinon une brève interpellation du responsable des fédérations et associations sénégalaises qui a été aussitôt relâché.
Auparavant, le porte-parole des Sénégalais en Mauritanie, Souleymane NDiaye avait déclaré sur les ondes de RFM à la veille de la manifestation, qu’ils «prévoyaient de perturber le fonctionnement des services de l’ambassade pendant des heures ».
C’est à partir du 1er juin 2012, que les autorités mauritaniennes avaient institué la carte de séjour obligatoire pour tout étranger résidant en Mauritanie. L’Etat mauritanien avait invoqué pour expliquer cette mesure la lutte contre le terrorisme et le crime organisé qui l’avait poussé auparavant à biométriser l’ensemble de son état-civil. Le ministre mauritanien des Affaires étrangères en instruisit aussitôt toutes les chancelleries présentes en Mauritanie. Une campagne de sensibilisation était sensée avoir été menée par les représentants des colonies étrangères alors qu’un bureau spécial s’ouvrait à cet effet au commissariat de Tevragh-Zeina 1.
Tout étranger résidant en Mauritanie devait ainsi fournir un dossier comprenant un passeport en cours de validité ou une carte d’identité pour les Sénégalais, les Maliens et les Gambiens.
Seulement, les ressortissants étrangers, notamment les Ouest-africains ont toujours déploré les conditions imposées par la nouvelle règlementation, poussant des «ouvriers sénégalais vivant dans des conditions précaires, à crier leur colère face aux redevances jugées élevées, 30.000 UM par personne ». D’autres rouspètent contre des documents exigés et parfois impossibles à trouver comme «les certificats de mariage pour les femmes, comme si toutes les Sénégalaises résidant en Mauritanie étaient mariées » rouspètent Alioune Badara, un restaurateur à l’arrêt bus du 6ème arrondissement. D’autres documents sont exigés comme le casier judiciaire, un contrat de travail, un certificat médical. «Même nos cartes d’identité ne sont plus valables à leurs yeux, puisqu’ils exigent des cartes ayant au moins 15 mois de validité, or le Sénégal ne confectionne plus de nouvelles cartes » rouspète Moussa Demb, plombier.
Les griefs contre le corps diplomatique sénégalais en Mauritanie sont en réalité de vieilles histoires, aussi anciennes que le début du calvaire des ressortissants sénégalais en Mauritanie. Les ouvriers n’ont cessé d’interpeller aussi bien les responsables de la chancellerie que leurs propres autorités. Pour eux, «l’ambassadeur du Mali connaît tous ses ressortissants car il leur rend visite, moi, notre ambassadeur je ne le connais même pas » s’indigne Ibra Fall, un chauffeur en chômage.


Procès des militants d’IRA : Pourquoi l’absence de Birame ?

IRA en IMAGE

C’est le 2 août dernier que Birame Ould Dah Ould Abeid, président de IRA, en tournée aux États unis d’Amérique, devait regagner Nouakchott pour assister le lendemain, au procès de ses 13 camarades accusés entre autres, de «troubles à l’ordre public, d’appartenance à une organisation non reconnue, de violence sur des éléments des forces de l’ordre ». Le leader de l’IRA n’effectuera pas le déplacement prévu, préférant prolonger son absence hors du pays et rater le procès de ses camarades qui a duré près de trois semaines !

Finalement, Birame Ould Dah Ould Abdeid, président de l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), n’est pas revenu à Nouakchott le 2 août dernier comme prévu. Par conséquent, il a raté le procès de ses treize camarades arrêtés suite aux affrontements entre les forces de l’ordre et des populations déguerpies de la zone dite Bouamattou. Partant, il n’a pas pu les soutenir, par sa présence aux assises. Se prononçant à propos, le dissident de l’IRA, Saad Ould Louleid, s’est dit incapable de s’expliquer cette absence, d’autant plus que « ceux-là qui faisaient face à la justice, ont été depuis toujours aux côtés de leur leader quand, lui, avait maille à partir avec la justice ». Pour Saad Ould Louleid, «il s’agit tout simplement d’une trahison doublée d’une traitrise, qui plus, ont été menées au moment où les mis en cause avaient le plus besoin d’aide et de solidarité ». Pour ses partisans, «la présence de Birame n’aurait rien changé au sort déjà scellé de ses camarades » et que «son appui moral, plus le lobbying international qu’il est en train de mener sur le plan international, était plus efficace pour leur cause ».
En fait, l’arrivée de Birame à Nouakchott avait bien été arrêtée pour le 2 août 2016. Au programme des activités qu’il devait tantôt mener à Nouakchott, des conférences de presse, des sit-in, des meetings et surtout sa présence aux assises, en soutien à ses camarades qui devaient être jugés. En réalité, et selon certaines sources, c’est le 1er août que Biram Ould Abeid a revu son programme de voyage, laissant son adjoint, Brahim Ould Bilal effectuer seul le voyage retour sur Nouakchott. Une fois à l’aéroport Oum Tounsi, ce dernier devait remarquer l’impressionnant déploiement des forces de la gendarmerie sur place. Était-ce pour intercepter Birame Ould Abeid après son arrivée sur place ? Nul ne sait. Ce que d’aucuns savent en tout cas, est que Biram était bel et bien attendu à l’aéroport de Nouakchott, ce jour-là comme pendant les jours qui suivront. Pourquoi ? Son nom allait-il être ajouté à la liste des personnes accusées dans le cadre des affrontements entre civils et forces de l’ordre à la place Bouamattou ? Peut-être bien quand on sait que nombre de militants d’IRA, absents de Nouakchott au moment des faits incriminés, ont été tenus comme responsables ! Alors, Birame, se savait-il d’avance accusé et certainement conduit devant le Parquet immédiatement après son arrivée ? Peut-être bien…, c’est du moins, ce que font courir les Renseignements généraux.  Ce qui est en tout cas sûr, c’est que l’homme est connu pour son courage et sa forte témérité. Partant, ce n’est certainement pas pour éviter une interpellation devant la justice qu’il a changé de programme. Son attitude relèverait d’un programme dressé à la dernière minute par IRA qui a décidé de procéder à une vaste campagne africaine d’implantation de Bureaux de l’organisation dans les pays africains. C’est ce qui explique le périple de Birame qui l’a déjà conduit en Afrique de l’ouest et qui devrait le mener en Afrique Australe, puis au Maghreb

 


Procès en Appel d’une affaire de drogue : Le Parquet demande la tête de Sidi Mohamed Haïdalla

palais de justice

Après une première condamnation à 15 ans de prison fermes pour trafic de drogue, Sidi Mohamed Haïdalla devait faire face à de nouveaux juges, suite à l’Appel du Parquet, peu satisfait des verdicts prononcés en première instance devant la cour criminelle du Tribunal de Nouakchott-Ouest. Cette fois, il a réclamé la tête de Ould Haidalla fils.

Les proches et amis de Sidi Mohamed Haidalla attendent avec impatience le verdict de la Cour d’Appel pour être fixé sur son sort. Le Parquet avait demandé jeudi 17 août 2016 à la fin de son réquisitoire la peine capitale contre le prévenu. Il a également demandé à la cour l’annulation des non-lieux accordés aux autres personnes qui étaient impliquées dans le dossier.
Lors du jugement en 1ère instance de l’affaire de drogue dans laquelle Sidi Mohamed Haidalla et treize autres personnes étaient inculpées, la Cour criminelle du Tribunal de Nouakchott-Ouest avait condamné le fils de l’ancien Chef de l’Etat des années 80, Mohamed Khouna Ould Haidalla, à 15 ans de prison fermes.
Loin de méduser une assistance aux trois quart féminine qui occupait les quelques chaises de la salle d’audience au milieu d’une absence notoire du public, retenu devant le Palais de justice par un impressionnant cordon policier, la requête du représentant du Parquet semblait démesurément exagérée. Elle était pourtant prévisible, selon certains observateurs, qui ont rappelé le mécontentement du pouvoir face aux peines jugées complaisantes prononcées par le juge de la cour criminelle. Ce magistrat sera d’ailleurs soumis, juste après le verdict qu’il avait prononcé, au contrôle des inspecteurs du ministère de la Justice. Le Parquet donnera d’ailleurs des ordres pour l’arrestation des personnes qui ont été acquittées par ses soins, avant de faire appel aux verdicts prononcés en première instance.
D’autres incidents avaient émaillé ce dossier, dont la réaction du juge Ahmed Ould Baba, président de la cour pénale près de la cour d’Appel qui avait demandé à ce qu’on le dessaisisse du dossier 101/2016 relative à l’affaire de drogue dans laquelle sont impliquées Sidi Mohamed Haidalla et son frère, ainsi que d’autres personnes. Le juge protestait ainsi contre l’Inspection que le ministère de la Justice lui avait envoyée pour le punir de n’avoir pas suivi les instructions de l’Exécutif dans ce dossier. Ce qui démontre l’inféodation actuelle de l’appareil judiciaire et l’indépendance usurpée des juges en Mauritanie, selon les observateurs.
A noter qu’aucune suite n’a été donnée à la requête formulée par les détenus qui avaient dénoncé des tortures et autres actes inhumains dégradants durant leurs interrogatoires. Même le président de la cour semble peu se soucier du sort qui a été réservée à sa demande pour l’ouverture d’une enquête judiciaire sur ces allégations.


Pression sur les opposants : quand le pouvoir politique sert d’arme de dissuasion

tawassoul

Jamais, le pouvoir politique n’a été utilisé d’une manière aussi ostentatoire que de nos jours, selon l’avis de plusieurs opposants qui dénoncent les nombreuses dérives du régime. C’est sans doute ce qui a poussé le vice-président du parti Tawassoul, Mohamed Ghoulam Ould Hadj Cheikh, abattu par la démission forcée d’un des députés islamiste, à demander la démission collective de l’ensemble des instances du parti. Si les opposants sont ainsi contraints d’abdiquer pour se sauver d’une faillite par le pouvoir du Prince, que dire alors des acteurs économiques que les lois ne protègent plus ?

Tonitruante fut la démission du député de Tintane, Mohamed Mahmoud Ould Sidi, qui vient de claquer la porte de Tawassoul. Ses camarades évoquent les lourdes pressions exercées sur lui, ainsi que sur tous les autres ténors du parti islamiste. Particulièrement visés par les limiers du fisc qui ne leur laissent aucun répit, contrairement aux autres acteurs économiques rangés sous la bannière du pouvoir, déboutés des marchés publics, les hommes d’affaires et les membres des professions libérales actifs au sein de l’opposition d’une manière générale sont combattus par le moyen de l’arme économique. Les plus vaillants acceptent la faillite de leurs entreprises sans abdiquer, mais la majeure partie préfère se rendre avec armes et bagages pour sauver leurs affaires. C’est ce qui serait arrivé au député islamiste de Tintane, qui militait jusque-là au sein du parti Tawassoul et qui vient de présenter sa démission. «Cette démission n’est pas objectivement motivée » confie un membre influent du parti.
Pourtant, dans sa lettre de démission adressée au président du parti, Mohamed Jemil Mansour, le député démissionnaire qui a été élu deux fois à la tête de la Moughtaa de Tintane pour le compte de Tawassoul, a bien donné ses raisons. Selon lui, sa décision survient après moult tentatives de sa part, d’attirer l’attention du parti sur des dérapages nuisibles à ses intérêts. Mais selon plusieurs observateurs, la démission de Mohamed Mahmoud Ould Sidi, qui est considéré comme l’un des plus puissants bras nourriciers du parti, ne serait dû que par le fort recul du parti Tawassoul au niveau local. Dans une première réaction sur son compte Tweeter, le président du parti, Mohamed Jemil Mansour, s’est dit opposé à une telle démission qui survient au moment où Tawassoul, l’un des plus grands partis de l’opposition démocratique représenté au sein du Parlement, accueillait un millier d’adhérents originaires de l’Est du pays.
Face à cette guerre, jugée par les Islamistes de déloyale, de la part d’un régime qui utilise le pouvoir politique pour régler ses comptes à ses opposants, le cri de rage du vice-président de Tawassoul, Mohamed Ghoulam Ould El Hadj Cheikh. Celui-ci a en effet demandé à tous les députés de Tawassoul, aux militants et aux cadres du parti, à présenter leur démission collective face aux manœuvres d’un régime qui a mis tous les moyens de l’Etat au service de sa guerre contre ses opposants politiques.
Ces manœuvres qui appartiendraient à de vieilles pratiques des «militaires » qui ont pris le pouvoir en Mauritanie depuis près de quatre décennies, ne seraient que le remake de ce qui était des faits usuels sous le régime de Maaouyia Sid’Ahmed Taya. Tous les cadres et fonctionnaires de l’Etat, qui militent au sein de l’opposition seraient ainsi voués à un chômage technique, bannis de toute fonction et réduits à leur salaire net. Ils sont ainsi écartés des nominations et de toutes missions. «Il s’agit pour le pouvoir de les acculer sur le plan économique, et les pousser à rejoindre ses rangs ou mourir dans la misère » commente l’un d’entre eux.
Mais la guerre prend des ampleurs encore plus surréalistes contre tous ceux qui osent dénoncer, même avec vérité, les actes du pouvoir en place. Le cas du président du Patronat, Ould Ezizi serait édifiant sur ce plan. Après avoir tenté de faire pression sur les membres du patronat pour le destituer afin de mettre à sa place un ancien général à la retraite, son accréditation en tant que consul d’Italie en Mauritanie lui fut simplement retirée, par le biais du ministère mauritanien des Affaires étrangères et l’immixtion flagrante du Premier ministre dans cette affaire.
Plus inquiétant est ce qui vient de se passer au Port Autonome de Nouakchott où 18 sociétés de transit, qui exerçaient pour la plupart depuis plus d’une vingtaine d’années, ont été obligées de disparaître, pour faire place nette à quatre nouvelles sociétés dont les propriétaires, selon des sources d’information, appartiendraient au cercle rapproché du pouvoir en place.
La pression n’épargne pas les défenseurs des droits de l’homme, mis au pas ou aux fers, à l’image de la décapitation du mouvement IRA, par l’emprisonnement de l’ensemble de son Bureau Exécutif. Le président Birame Dah Abeid, leader d’IRA, attendu de pieds fermes, selon certaines sources par le pouvoir pour l’envoyer rejoindre ses amis au cachot, n’est pas toujours rentré en Mauritanie, forcé de prolonger son séjour à l’étranger.