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Lourdes condamnations pour les leaders d’IRA : «Une parodie de justice taillée sur mesure politique»

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Le verdict des activistes d’IRA est tombé  ce soir, jeudi 18 août 2016, au moment où le collectif de leurs avocats animait une conférence de presse au FONADH. La justice qui a rendu son libellé, en l’absence des avocats des prévenus et dans un procès qualifié de mascarade, n’y est pas allée de main morte. Les peines prononcées vont de 3 à 15 ans de réclusion ferme. «Nous croyions que ce genre de procès n’était plus de mise en Mauritanie. Hélas, nous nous rendons compte à présent que nous rééditons les mêmes mascarades que nous avions connus dans les années 80 et 90, sous les régimes d’exception» a remarqué Me Brahim Ould Ebetty.

En entamant la conférence de presse qu’il animait dans les locaux du FONADH, ce jeudi 18 août 2016, le collectif des avocats de défense des détenus d’IRA s’attendait certes à des condamnations, mais pas de cette ampleur. La composante négro-africaine d’IRA, en l’occurrence Diop Amadou Tijane, Moussa Birame et Abdalla Sow ont écopé des plus lourdes peines, 15 ans de prison fermes. Les autres détenus ont écopé entre 3 et 5 ans de réclusion. «Que les condamnations aient été d’un jour ou de vingt ans ne change rien, car nous avions affaire à un procès politique dont la finalité est connue, mater le mouvement IRA par justice interposé » dira Me El Id, l’un des avocats défenseurs.

Des lois pour la consommation extérieure
Me Brahim Ebetty dira dès l’entame de la conférence de presse, que deux violations flagrantes de la loi et des procédures ont servi d’emblée d’avertissement aux avocats et à l’opinion publique, que le procès des activistes d’IRA qui s’ouvrait n’en serait pas un. Ces deux violations provoqueront la sortie des avocats de la défense et leur boycotte des audiences suivantes. Il s’agit d’abord, selon Me Ebetty, du refus de la cour de connaître des actes de tortures dénoncés par les prévenus qui ont déclaré avoir été soumis à toutes sortes de traitements cruels et dégradants durant leur interrogatoire à la police. Le juge a même refusé, selon les avocats, d’engager les procédures requises suite à la plainte dûment formulée par les prévenus contre leurs tortionnaires (2 commissaires de police, 1 inspecteur de police, deux brigadiers chefs, 1 brigadier et deux agents nommément cités). Elle s’est dite incompétente, alors que selon Me Lô Gourmo, «les magistrats mauritaniens sont tenus par la force de la loi locale et des conventions sur la torture à se saisir de toute allégation de torture dénoncée par un prévenu ».Cela est d’autant plus flagrant, dira le collectif des avocats, que la Mauritanie est le seul pays au monde à avoir relevé la torture dans son texte fondamental, la Constitution, en crime contre l’humanité. «Mais il est clair que cette disposition est prise juste pour la consommation extérieure et non pour protéger les citoyens mauritaniens » fera remarquer Me Gourmo. Il trouve d’ailleurs la dérive de la justice et son instrumentalisation par le pouvoir Exécutif de dangereux car «plus aucun citoyen ou résidant en Mauritanie n’est à l’abri d’une injustice judiciaire » ajoutera-t-il.

Procès cinéma
Deuxième violation, cette fois sans équivoque selon les avocats, l’autorisation donnée au Procureur de la République de diffuser  un film, alors que l’article 278 du Code de procédure pénale mauritanien, interdit toute diffusion sonore ou audiovisuel dans les tribunaux. Cette pièce en outre, selon les avocats n’avait pas été versée dans le dossier ni communiquée aux avocats avant l’audience, selon les principes juridiques.
«Vu que la seule base de débat entre les avocats et les magistrats dans une cour de justice, repose sur le respect de la loi, les premiers ne peuvent en aucun cautionner un procès où cette dernière est piétinée sans vergogne par ceux-là qui doivent dire le droit et rien  que le droit » dira Me Brahim Ould Ebetty. Assez suffisant selon lui, pour que le collectif sur la demande de leurs clients se retire de «cette mascarade de justice ». Les avocats diront que la cour ne s’est même pas gênée, heureuse de s’être débarrassé de témoins peu amènes, pour «faire leurs affaires aux détenus d’IRA ». Dans une lettre adressée au président de la Cour, les détenus d’IRA ont affirmé avoir été à l’origine du retrait du collectif des avocats qui assuraient leur défense. «C’est bien nous qui leur avons demandé de ne pas nous défendre si la loi n’était pas respectée. Or, l’article 278 du Code de procédures pénales a été clairement violé. Nous ne craignons absolument pas le visionnage de ce grossier montage, mais nous tenons  à ce que la loi, toute la loi et rien que la loi soit respectée » ont-ils écrit. Ils ont refusé par la même occasion toute autre défense qui leur serait imposée par la Cour avant de conclure : «nous n’avons plus confiance en cette cour qui a refusé de prendre en compte notre plainte pour les faits de torture dont nous fûmes victimes. Pourtant, nous voyions en votre formation une chance qui nous était offerte pour que justice nous soit rendue ».
Autre fait inédit relevé par les avocats à la suite des verdicts prononcés dans cette affaire qui est allée de report en report d’audience depuis le 3 août dernier, le fait que «les dix personnes des familles déguerpies de la Gazra Bouamatou, prises pourtant en flagrant délit pendant les évènements incriminés, soient acquittées et que ceux qui avaient été cueillis individuellement à leur domicile soient lourdement condamnés».

Les avocats en ont vue d’autres
Pour Me Brahim Ebetty, le combat du collectif continue. «Nous disposons de plusieurs recours et de plusieurs moyens pour faire rétablir le droit. C’est notre combat mais aussi celui de chaque Mauritanien ». Le doyen des avocats rappelle que des procès pareils, il en a vu de pire, dans les années 80 et 90, notamment avec le procès des Baathistes. «Ce n’est pas la première fois que nous boycottons des mascarades de procès que nous gagnons par la suite » dira-t-il. Selon lui, «ce qui vient de se passer dans le procès dit de la Gazra Bouamatou est clair, on a cherché les militants d’IRA » Certains observateurs sont allés plus loin. Pour eux «c’est l’élément négro-africain du mouvement qui était le plus visé, pour opérer la cassure avec l’élément haratine ». D’autres ont carrément ironisé en parlant de «Verdicts de Saad » par allusion à un billet que ce dissident d’IRA, accusé d’être derrière cette machination, avait écrit il y a quelques jours et où il demandait l’acquittement pour les dix personnes de la Gazra de Bouamatou.
Le vice-président d’IRA, Brahim Bilal Ramadan avait assisté à la conférence de presse, tout comme le président de SOS Esclaves et membre du Mécanisme national de prévention contre la torture, Boubacar Ould Messaoud. «Parmi tous les membres de ce mécanisme, c’est le seul qui a cherché à faire son travail, mais seul il ne pouvait rien faire » dira Me Brahim Ebetty qui a déploré l’incurie du président de cette structure créée durant la visite en Mauritanie du Rapporteur Spécial des Nations Unies chargées de la Torture. «Dans une déclaration récente, le président du Mécanisme national de prévention contre la Torture a déclaré ne pas être au courant d’aucun acte de torture et de n’avoir reçu aucune plainte, alors que sa mission est de dénicher tout soupçon, toute rumeur de torture et non pas d’attendre qu’on les lui apport sur un plateau d’argent » a fait remarquer un avocat.
Comble d’ironie rapporte Me Fatimata MBaye, le greffier de la cour pénale aurait refusé d’enregistrer la demande d’Appel formulé par les avocats de la défense, une première dans les annales des greffes, dira Me Gourmo.
Enfin, les avocats se sont également interrogés sur la politique de deux poids deux mesures dans le traitement des détenus d’IRA. «Alors que la Cour d’Appel vient de demander l’ouverture d’une enquête pour tortures sur plainte de prévenus dans une affaire de drogue (les Haidalla fils), on refuse la même requête pour des détenus d’opinion ». Pour le collectif des avocats, le procès des détenus d’IRA a été de bout en bout un procès politique où les magistrats du siège ont suivi le parquet et le ministère public dans toutes ses requêtes, allant jusqu’à mettre de côté la loi et le droit. «Si dans les années 80 et 90, notamment le procès d’Ahmed Daddah et celui des Baathises et bien d’autres procès, le ministre de la Justice avait élu domicile dans le Palais de justice, dans celui des détenus d’IRA, il suivait les débats à la minute par son téléphone » a conclu Me Ebetty.
Il faut rappeler que tout a commencé le 29 juin 2016. Environ 500 familles haratines qui squattaient depuis plus de dix ans un vaste terrain au Ksar ont été prises d’assaut par plusieurs policiers accompagnés du préfet du Ksar. C’était à quelques jours de l’organisation du Sommet Arabe à Nouakchott et les autorités voulaient embellir la ville et la débarrasser de toute laideur. Les familles qui n’avaient pas de point de chute et se voyaient jeter dans la rue, refusent d’obtempérer. Les forces de police se chargèrent de les faire déguerpir et les engins amenés pour la circonstance commencèrent à détruire les habitats précaires faits de bois et de bande de tissus. Les jeunes de la Gazra ripostèrent à l’humiliation. Dans la confrontation, plusieurs policiers sont blessés et un car de la police brûlé.  Une dizaine de jeunes parmi les manifestants sont arrêtés. Les jours qui suivirent, la police procéda à l’arrestation de plusieurs leaders d’IRA, accusés d’avoir pris part aux manifestations. La justice les accusa de flagrance délit et retint contre eux plusieurs charges, dont «rébellion armée et non armée contre les forces de l’ordre, agression, appartenance à une organisation non reconnue… »

 LISTE DES DETENUS CONDAMNES D’IRA
15 ANS
DIOP AMADOU TIJANE
MOUSSA BIRAME
ABDALLAHI SOW

5 ANS
HAMADY LEHBOUSS
MOHAMED HAMAR VALL
BALLA TOURE

3 ANS
MOHAMED DATY
LO OUSMANE
MOHAMED JARALLAH
ANNE OUSMANE
ABDOULAYE ABOU DIOP
KHATTRY RAHEL
JEMAL BLEIL
ABDALLAHI MAATALLA

Seules deux personnes membres des familles de la Gazra sur les dix arrêtées sur les lieux des incidents ont été condamnées, l’une à 2 ans et l’autre à 3 ans. Les autres ont été acquittés.


Fin programmée de la presse indépendante en Mauritanie : Une victoire à la Pyrrhus

JOURNAUX

A l’an 280 avant Jésus-Christ, le roi Pyrrhus 1er d’Epire affronta les Romains à la bataille d’Héraclee en Italie. Il remporta la victoire mais son armée essuya des pertes irremplaçables. L’expression «Victoire à la Pyrrhus » désigna depuis ce jour toute victoire obtenue au prix de terribles pertes pour le vainqueur. Le régime actuel a vaincu la presse indépendante par l’arme financière mais au prix d’une perte incalculable, sa démocratie, car «il ne peut y avoir de démocratie sans une presse libre et indépendante ».

La volonté du pouvoir actuel d’en finir avec la presse indépendante n’a cessé de se manifester depuis un certain 6 août 2008, lorsqu’il décida, unilatéralement et sans l’avis de personne, de régner sur le destin du peuple. Mais est-ce la presse indépendante seulement qui était dans le viseur, si l’on voit aujourd’hui la clochardisation générale qui n’épargne ni roturier ni manant ? Hormis les hommes du sérail, ces nouveaux riches brassant des fortunes tirées de la collectivité laborieuse, ces nouveaux banquiers, ces nouveaux hommes d’affaires, ces nouveaux promus qui pillent à la hussarde les valeurs cultivées, les préséances héritées et les vertus enracinées, qui d’autre ne se trouve pas aujourd’hui sur la paille ?
Sans recettes, pour cause de méventes cumulées, sans publicité, sans abonnements et sans dons, lorsqu’un beau jour l’Inspection générale d’Etat dans une confusion de rôle et de prérogatives en décida ainsi, de quelle autre source peut s’alimenter la presse indépendante ?
Aujourd’hui, il n’existe plus de quotidiens dans un pays qui en comptait pourtant 13 en 2008. La quasi-totalité a été décimée et les mourants ne peuvent plus se rappeler aux bons souvenirs de leurs lecteurs que par parutions fantomatiques, une fois par semaine pour les plus téméraires, ceux qui refusent encore de passer réellement l’arme à gauche, et pour les autres, parfois une fois par mois ou après deux à trois mois d’agonie. Combien de titres ont disparu ? Les cimetières de la presse indépendante ont reçu en ces années de vaches malingres beaucoup de confrères, morts les armes à la main avec des montagnes de dettes irrécouvrables léguées à la postérité. La presse papier est devenue une rare provision pour les ramasseurs de la CUN, pour les vendeurs de couscous qui n’en trouvent plus pour emballer leur produit, pour les salles de peintures pour véhicules, encore moins pour l’ancienne génération qui aimait tant recevoir ses journaux avec sa tasse de café le matin.
Les radios et les télévisions privées créées dans l’euphorie d’une libéralisation trompeuse de l’audiovisuel se sont hélas tardivement rendu-compte de la mésaventure dans laquelle elles s’étaient engagées. Combien de radios ont disparu, combien sont dans l’antichambre de la mort ? Combien de journalistes en Mauritanie connaissent aujourd’hui la couleur d’une paye mensuelle ? Dans toutes les rédactions du pays, ils cumulent au minimum cinq à six mois, voire une année de travail sans salaire. Les plus robustes, avec des financiers derrière eux, ont réduit les salaires de leurs journalistes au SMIG. A prendre ou à laisser. Vous n’y croyez pas ? Alors faites votre propre enquête.
Mais le pouvoir et ces thuriféraires, s’écrieront «mais il y a le fonds d’aide à la presse ? ». Comme toutes les politiques du pouvoir actuel, le fonds d’aide à la presse n’est qu’une politique de diversion, un humour noir, un sourire au coin, une méprisante aumône. Car que représente 250 millions d’ouguiyas pour 10 chaines de télévision et radios, une soixantaine de journaux, une centaine de sites électroniques, une trentaine d’organisations socioprofessionnelles ? Vous savez la bonne ? 60% de l’enveloppe des 250 millions d’UM vont à l’impression et autres frais. Calculez pour voir le magot à partager. Les plus chanceux ne reçoivent que de quoi tenir une à deux semaines. Puis, c’est la galère pendant une année. Sans aucune recette. Le pire, l’Imprimerie nationale fait de bonnes économies sur le dos de la presse en lui offrant un service d’une si mauvaise qualité que chaque journal édité est un deuil pour les rédactions tellement le produit offert arrache des larmes de rage.
Le journaliste Ely Abdallah, ancien directeur de la rédaction à l’Agence mauritanienne d’information (AMI) vient de publier un billet dans lequel il se demande «pourquoi nos radios arrêtent de diffuser ?» suite à l’arrêt des programmes de Radio Nouakchott après celui de Radio Mauritanides. Il s’est demandé si ces arrêts ne sont pas dus à la situation financière catastrophique de ces antennes ou aux taxes exorbitantes imposées par la Société de télédiffusion, véritable sangsue pour les médias audiovisuels. Il s’est demandé surtout pourquoi le silence de l’autorité de régulation, la HAPA, face à l’inapplication des textes qui régissent le fonctionnement d’un secteur de l’audiovisuel transformé de plus en plus en un énorme bazar où les acteurs peuvent ouvrir boutique ou fermer à leur guise, sans cahier de charges à respecter. Quel destin pour ces dizaines de journalistes qui travaillaient dans ces radios et quel sort pour ces milliers d’auditeurs qui n’ont plus accès à leurs émissions habituelles ? Quel statut enfin pour la radio service public, ni privatisé ni étatisé et qui continue à recevoir des subventions publiques illégalement ?


Scandale de la Sonimex de Rosso : Quand des masques menacent de tomber

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Depuis la disparition de plusieurs tonnes d’engrais au niveau de la Sonimex de Rosso (on parle d’une valeur de 12 Milliards d’UM), des têtes couronnées sortent comme des lapins du chapeau des enquêteurs. Sont évoqués le nom de plusieurs hauts responsables de la société publique d’import-export, mais aussi d’importants hommes d’affaires.

Inspection générale d’Etat, Commissariat chargé des crimes économiques ou police nationale ? Personne ne savait exactement au départ qui s’occupait réellement de cet imbroglio devenu la casse du siècle, tant la confusion régnait. Il faut dire que le scandale est énorme : douze milliards d’ouguiyas d’engrais détournés des magasins de la Sonimex de Rosso, compromettant ainsi une campagne agricole dont le lancement venait d’être donné par le Chef d’Etat. En haut lieu, la colère le disputerait à l’indignation, sonnant l’halali d’un contrôle financier de tout le département chargé de l’Agriculture. «Comment de tels montants peuvent-ils être détournés ? » s’étonnent plusieurs observateurs.
Depuis en tout cas plusieurs semaines, les autorités policières aidées par la gendarmerie multiplient les investigations. Plusieurs tonnes d’engrais ont été saisies, des hommes d’affaires ainsi que de hauts responsables de la société auditionnés. Les enquêtes auraient ainsi porté sur plusieurs départements du Trarza jusqu’à la région du Gorgol voisine. Le champ des suspects s’élargit ainsi de jour en jour, découvrant de plus en plus de têtes couronnées.
L’enquête s’est surtout accélérée depuis que le directeur régional de la Sonimex de Rosso, s’est rendu à la police après s’être caché pendant plusieurs jours. La commission d’enquête constituée dans la foulée aurait déjà entendu une trentaine de suspects, dont le puissant homme d’affaires et proche du président Mohamed Abdel Aziz, Lemar Ould Wedadi, ainsi que le directeur commercial de la société, Mohamed Ould Sbeyi. Ce dernier, qui serait l’un des principaux suspects dans cette affaire, on l’aurait laissé filer pour raisons de santé. Arrêté par la police de l’aéroport alors qu’il voulait se rendre en France, il aurait finalement été relâché et a poursuivi son voyage, après une forte intervention. Pour dire, le laxisme dont ce scandale est géré, poussant certains à prédire la clôture du dossier sans que le moindre auteur de cette entourloupette ne puisse goûter aux  rudesses d’une prison ou que la collectivité ne soit remboursée.
Tous ces interrogatoires se dérouleraient actuellement dans les locaux du commissariat central de Rosso devant les membres de la commission d’enquête constituée du Directeur régional de la Sûreté, du commissaire central de police, du Directeur régional de la Douane et du commandant de brigade de la gendarmerie au niveau du Trarza. Le Directeur général de la Sonimex aurait ainsi été convoqué pour audition et certains parlent même de l’Administrateur directeur général de la SNIM en sa qualité d’ancien ministre du Développement Rural. Ce qui laisse à penser que le détournement découvert se serait accumulé en plusieurs années.
D’autres personnes pourraient aussi être entendues dans le cadre de cette enquête qui dévoile la fragilité du contrôle public malgré l’existence de dizaines de corps chargés de cette tâche


Situation sécuritaire au Sahel, la Mauritanie face à l’extrémisme religieux

Rouge Mauritanie


Les Emirats Arabes Unis ont conseillé récemment à leurs ressortissants de ne pas se rendre en Mauritanie. Ils viennent ainsi s’ajouter à la longue liste des pays occidentaux qui continuent de maintenir le pays « dans le rouge ». Les rumeurs persistantes sur les tentatives du groupuscule extrémiste Boko Haram à s’installer sur le sol mauritanien et l’avancée de l’Etat Islamique – fortement implanté en Libye – serviraient de toile de fond à ces mesures que d’aucuns considèrent infondées.

La Mauritanie est tombée dans la « black liste » des pays non sûrs, classification récente établie par les Emirats Arabes Unis. Ce pays du Moyen-Orient déconseille à ses ressortissants de se rendre dans de nombreux pays comme la Mauritanie, le Soudan, la Libye, l’Irak et le Liban, avec pour cause la situation sécuritaire instable dans ces pays. «La Mauritanie n’a aucune raison de figurer dans cette liste, le pays est calme et très sûr, aucun attentat terroriste n’y a été signalé depuis 2011 » font remarquer tous les analystes mauritaniens. Ces derniers trouvent que la Mauritanie souffre d’une absence totale de visibilité à l’extérieur, un déficit qui serait dû à la carence des diplomates mauritaniens à l’étranger, lesquels, au lieu de mieux faire connaître leur pays à l’étranger s’adonnent exclusivement à leur propre business. «Malgré plusieurs représentations diplomatiques éparpillées à travers le monde et un budget consistant alloué au Ministère des Affaires Etrangères, la Mauritanie reste l’un des pays les plus méconnus de la planète » soulignent-ils.
Si la Mauritanie est parvenue à bétonner ses frontières , grâce au relèvement considérable du budget de l’armée, qui s’est traduit par l’amélioration des armement, des recrutements massifs et le niveau de plus en plus élevé de la formation, des rumeurs persistantes continuent à véhiculer des images tronquées de la réalité nationale, estime-t-on dans les cercles du pouvoir.

Ainsi,  une rumeur de plus en plus persistante a évoqué il y a quelques jours les tentatives du groupe extrémiste Boko Haram à s’installer aux frontières Sud du pays. Cette rumeur est née dans le sillage de l’extradition au Sénégal d’un suspect soupçonné d’avoir des liens avec le mouvement et que les autorités mauritaniennes avaient livré il y a quelques semaines à leurs homologues sénégalais. Mais selon les spécialistes des questions terroristes, il n’y a aucun risque que Boko Haram puisse s’installer en Mauritanie, parce que ce groupe terroriste n’y dispose d’aucun potentiel foyer d’accueil. Tout cela se passe au moment où le groupuscule radical religieux implanté au Nigéria traverse une crise aigüe de leadership depuis son allégeance à l’Etat Islamique.Il semblerait que la forte contestation contre l’autorité d’Aboubacar Cheikhou, chef de Boko Haram, serait bien antérieure à cette allégeance et remonterait à 2015. Elle n’aurait cependant été évoquée qu’au détour d’une interview publiée par le journal de l’EI, «Nebe» de l’ex-porte-parole du mouvement, Abou Mous’ab Barnawi, devenu Emir de la région occidentale de l’Afrique, nom actuelle de Boko Haram depuis son allégeance.
Beaucoup pensent qu’une forte dissension divise ainsi le mouvement entre ceux qui refusent l’allégeance à l’EI, le camp de Mohamed Daoud, un ancien militaire, et ceux qui ont déjà entériné cet état de fait.