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Dr.Moulaye Mohamed Laghdaf : «Le dialogue va démarrer bientôt et permettra de consolider l’unité nationale »

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Dans un long entretien avec le célèbre journal égyptien «Al Ahram», le ministre Secrétaire général de la Présidence de la République, Dr.Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, a déclaré que le dialogue entre les acteurs politiques en Mauritanie est imminent, promettant que ses résultats permettront de consolider l’unité nationale et de renforcer la démocratie.
Pour sa part le FNDU semble ne pas être partant pour un dialogue unilatéral dont les règles de base ne reposent sur aucun consensus. Dans une récente intervention télévisée, le président Mohamed Maouloud, président de l’Union des forces du progrès (UFP) et membre du FNDU a déclaré que le pouvoir qui était en pourparler avancé avec l’opposition a brusquement rompu ses contacts, soulignant la sortie surprise du Dr Ould Laghdaf lors d’une conférence de presse annonciatrice du dialogue imminent sans aucune concertation avec ses partenaires politiques. Le front de l’opposition se dirige ainsi vers un boycott du prochain dialogue par rapport auquel le RFD d’Ahmed Ould Daddah s’était déclaré déjà non partant.
Assez pour faire dire à Abdessalam Ould Horma, président du parti Sawab et l’un des dialogueurs en puissance au sein de l’autre aile modérée de l’opposition, que tout dialogue non consensuel est voué à l’échec. Il a souligné que son parti réclame un dialogue franc et sérieux et qu’un dialogue auquel le FNDU ne prend pas part est voué une perte de temps, rappelant toutes les expériences passées. Pour Ould Horma, l’échec de tous les processus de dialogue jusque-là initiés est partagé entre l’ensemble des acteurs politiques avec une grande part de responsabilité qui revient au pouvoir en place. Il est mieux placé que quiconque, selon lui, pour faire des concessions et mettre en place un climat de confiance entre les acteurs de la scène politique.
Certains observateurs ont fustigé la politique de fuite en avant adoptée par le pouvoir en place qui semble faire fi des expériences passées où les dialogues passés sans l’opposition se sont achevés par des fiascos. «Ils vont organiser encore un dialogue politique, celui des applaudisseurs et rien n’en sortira, sauf les millions de la collectivité qui seront gaspillés. Dans une année ou deux, le président Aziz va sortir de nouveau pour parler de dialogue, Moulaye Mohamed Laghdaf va promettre encore à l’opposition sans accorder de concession, et ainsi de suite, dans une quadrature du cercle qui maintiendra le pays dans une longue spirale de crise sans fin » regrette un observateur local.


6ème édition de la TICAD : la Mauritanie compte tirer son marron du feu

Ticad

30 milliards de dollars US ! C’est l’enveloppe que le Japon met dans la cagnotte de sa coopération avec l’Afrique. Le président Mohamed Abdel Aziz a dépêché dans ce cadre son ministre des Finances pour tailler une bonne part de cette manne pour la Mauritanie. La foire d’empoigne de cet important marché d’investissement s’est déroulée à Nairobi, dans la capitale kenyane en présence de plusieurs chefs d’Etat africain.

Mokhtar Ould Djay, le ministre mauritanien des Finances était aux premières loges de la 6ème édition de la TICAD (Conférence internationale de Tokyo pour le développement de l’Afrique) qui a eu lieu dans la capitale kenyane, Naïrobi. La Mauritanie qui a inauguré avec le Japon une fructueuse coopération dans plusieurs domaines, dont la pêche, la santé et la formation, compte ainsi tirer son épingle du jeu. L’enveloppe dégagée par Tokyo pour cette 6 ème édition est importante. Il s’agit de la bagatelle de 30 milliards de dollars US d’investissement pour la période 2016-2018 destinée entièrement au développement de l’Afrique. Le tiers de ce montant, selon le Premier ministre japonais Shinzo Abe à l’ouverture de la conférence est destiné à la construction et l’amélioration des infrastructures.
La TICAD est conjointement organisée par l’ONU, l’Union Africaine, la Banque mondiale et le Japon et vise à attirer les capitaux japonais en Afrique pour accélérer son développement. C’est une arme de concurrence efficace de Tokyo sur le marché du vieux continent, terrain sur lequel une rude bataille l’oppose à la Chine.
Une trentaine de Chefs d’Etat africain ont pris part à cette rencontre pour superviser la signature de plus de 70 protocoles divers et accords commerciaux. L’intérêt du Japon pour l’Afrique est d’autant plus crucial que pour la première fois la TICAD est organisée sur le Continent plutôt qu’à Tokyo comme il l’a toujours été depuis 1993. Les trois axes visés par la TICAD sont le développement industriel, la diversification de l’économie africaine et l’amélioration des soins de santé.
Avec la Mauritanie, la coopération avec le Japon s’est beaucoup intensifiée  dans plusieurs domaines. Lors de la revue annuelle de la coopération mauritano-nippone du 21 juillet 2016, une évaluation rapide des investissements accordés par le Japon à la Mauritanie durant ces dernières années a permis de constater un accroissement consistant des investissements japonais en Mauritanie, notamment dans le domaine de la santé, de l’éducation, du déminage, des pêches et de l’économie maritime et dans le domaine de la formation.
Aujourd’hui, le Japon se situe en peloton de tête des partenaires de la Mauritanie en matière de coopération bilatérale. Parmi les domaines d’intervention du Japon en Mauritanie, le programme de déminage et de désamorçage d’engins explosifs notamment au Nord du pays, à Nouadhibou. Dans le domaine maritime, le Japon a financé l’extension de l’Ecole nationale d’enseignement maritime et de pêche (ENEMP), l’extension du Port artisanal à Nouadhibou avec une enveloppe de 3,35 milliards UM, la construction navale et la réfection de navires océanographiques.


Axe Gargarat-Legouera : La poudrière qui risque d’enflammer le Nord

Gargarat

La Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara Occidental (MINURSO) a anticipé il y a peu de jours la confrontation qui allait opposer Marocains et Sahraouis dans la zone dite «Gargarat » frontalière de la Mauritanie. Cette  région nord du pays reste selon plusieurs observateurs une poudrière qui risque de s’enflammer à tout instant, face aux velléités du Maroc à sécuriser une zone qualifiée de non droit et au refus du Front Polisario qui  y voit une violation du cessez-le-feu signé le 6 septembre 1991. En toile de fond, le sort de la ville de Legouera occupée par l’armée mauritanienne en attendant le règlement du conflit qui oppose ses deux voisin et que le Maroc considère comme partie intégrante de ses possessions sud.

La MINURSO a massé ses forces internationales à Gargarat, zone tampon située à la frontière entre le Maroc et la Mauritanie. Ces lieux, démilitarisés depuis les accords du cessez-le-feu du 6 septembre 1991 entre le Maroc et le Polisario, ont failli devenir le théâtre d’opérations militaires aux conséquences imprévisibles. En effet, l’armée marocaine avait entamé il y a quelques jours des opérations de génies militaires pour sécuriser et aménager «une zone de non droit, point de passage des terroristes et des contrebandiers » selon son entendement. Ce que le Front Polisario considéra comme une violation des accords qui la lient au Royaume du Maroc et une volonté d’élargir ses «colonies » dans une zone démilitarisée. Assez suffisant pour provoquer un mouvement de ses troupes vers le point de Gargarat pour stopper les Marocains. Auparavant, les responsables du Front Polisario avaient saisi la MINURSO pour lui faire part de la présence sur les lieux d’unités militaires marocaines au sol appuyées par l’aviation, considérant cette offensive de dangereuses pour la paix dans la région.
La tension reste cependant vive dans ces contrées que la plupart des observateurs considèrent comme une véritable poudrière. Le tout sous le regard de l’armée mauritanienne qui suivait les travaux que le génie militaire marocain opérait sur cette bande de 3,5 kilomètres qui la sépare du premier mur de démarcation.
La Mauritanie reste toutefois vigilante sur ce qui se trame à ses frontières nord, objet d’escalades qui tantôt l’interpellent. Ce fut le cas il y a quelques semaines au plus fort de la tension avec le Maroc à propos de la ville de Legouera. Cette portion du Sahara, objet de litige, les accords de cessez-le-feu de 1991 l’avaient placé sous tutelle mauritanienne en attendant le règlement définitif de la question sahraouie. Les Marocains n’avaient pas en effet apprécié le drapeau mauritanien hissée sur les lieux, ni les mouvements massifs de l’armée mauritanienne dans les régions Nord du pays. Certaines informations avaient même évoqué le déplacement dans la zone des missiles que la Mauritanie aurait massé auparavant sur les rives du Fleuve Sénégal depuis les évènements de 1989.
N’empêche, jamais la question du Sahara Occidental dont le règlement tarde à se dénouer depuis plus de quatre décennies, n’a aussi exacerbé la patience des belligérants. Le passage il y a quelques mois du Secrétaire général des Nations Unies dans la région, loin d’avoir fait baisser les tensions, n’aurait fait que les attiser, notamment avec le Maroc qui n’avait pas apprécié certaines déclarations. Tous les Envoyés Spéciaux des Nations Unies qui se sont succédé pour le règlement du conflit du Sahara Occidental ont échoué, de James Baker à Dénis Ross. Le Maroc qui continue de considérer le Sahara Occidental comme partie intégrante de son territoire a toutefois accordé une concession, celle d’une autonomie au sein du Royaume. Ce que le Front Polisario a rejeté, réclamant un référendum d’autodétermination que le Maroc refuse jusqu’à nos jours.
Mais la question de Legouera restera toujours posée. En cas de règlement définitif de la question du Sahara, la Mauritanie consentira-t-elle à céder ce bout de territoire située à 2 kilomètres de Nouadhibou ?


Sit-in à l’ambassade du Sénégal en Mauritanie : «La situation des Sénégalais en Mauritanie ne peut pas continuer comme ça ! »

Sitin SénégalaisLa police mauritanienne a dispersé pacifiquement ce lundi 29 août 2016, une centaine de manifestants sénégalais qui réclamaient devant la représentation de leur pays à Nouakchott le départ de leur ambassadeur, SEM Mamadou Tall. Ils l’accusent d’inertie face aux difficultés récurrentes des ressortissants sénégalais vivant en Mauritanie, «comme si cela ne le concernait pas » fit remarquer un jeune manifestant en colère.

«Nous sommes pourchassés jour et nuit, nos enfants sont traumatisés et nos femmes ont peur d’aller au marché » rouspète Ousmane Faye, maçon résidant à Nouakchott depuis 15 ans. Brandissant des banderoles où se détachaient «Nous ne voulons plus de cet ambassadeur » les Sénégalais de Mauritanie estiment que leur diplomate ne s’est jamais déplacé dans un commissariat de police pour s’enquérir de la situation de ses compatriotes détenus souvent dans des conditions atroces pour n’avoir pas de carte de séjour. «Il y a un prisonnier sénégalais qui a entamé une grève de la faim et notre ambassadeur n’a même pas levé le plus petit doigt pour s’enquérir de sa situation ou exiger à ce qu’il soit refoulé chez lui » rouspète Dame Gning, un Thiéssois, menuisier dans le 5ème arrondissement.
Et les greffes contre le diplomate sénégalais de pleuvoir comme des grêles, «il ne s’enquiert jamais de la situation de la colonie, pas de service social, pas de facilités pour le transport de nos morts décédés en Mauritanie, pas de solidarité avec les ressortissants, un diplomate-climatiseur… »
Très tôt ce matin du lundi 29 août, ils étaient ainsi des dizaines à se lever au petit jour. Foule surexcitée mais disciplinée. C’est une colonie sénégalaise qui était là, masse indignée par une colère collective face aux exactions dont ils se disent victimes de la part des services de sécurité mauritanienne qui les interpellent chaque jour  dans la rue, dans leur domicile, dans leur lieu de travail. Le sit-in devant l’ambassade du Sénégal répondait au mot d’ordre lancé par Assane Gaye, président des Fédérations et Associations des ressortissants sénégalais en Mauritanie qui regroupe plusieurs dizaines d’organisations et des milliers d’adhérents. La police mauritanienne harnachée et prêt à toute éventualité était déjà sur place, empêchant les manifestants de prendre d’assaut les locaux de l’ambassade. Il y avait de l’électricité dans l’air, mais policiers et manifestants avaient chacun respecté ses limites en évitant soigneusement toute friction. Les forces de l’ordre, alignées devant le bâtiment où flottait fièrement un drapeau rouge jaune vert étoilé de l’ambassade du Sénégal, protégeaient les lieux. De leur côté, les manifestants s’étaient contentés de brandir haut leurs banderoles pour qu’ils soient vus, tout en haussant le ton, pour être entendu. Scandant des slogans hostiles à l’ambassadeur, ils ont prolongé leur sit-in pendant quelques heures avant de se disperser dans le calme. Peu d’incidents ont été signalés sinon une brève interpellation du responsable des fédérations et associations sénégalaises qui a été aussitôt relâché.
Auparavant, le porte-parole des Sénégalais en Mauritanie, Souleymane NDiaye avait déclaré sur les ondes de RFM à la veille de la manifestation, qu’ils «prévoyaient de perturber le fonctionnement des services de l’ambassade pendant des heures ».
C’est à partir du 1er juin 2012, que les autorités mauritaniennes avaient institué la carte de séjour obligatoire pour tout étranger résidant en Mauritanie. L’Etat mauritanien avait invoqué pour expliquer cette mesure la lutte contre le terrorisme et le crime organisé qui l’avait poussé auparavant à biométriser l’ensemble de son état-civil. Le ministre mauritanien des Affaires étrangères en instruisit aussitôt toutes les chancelleries présentes en Mauritanie. Une campagne de sensibilisation était sensée avoir été menée par les représentants des colonies étrangères alors qu’un bureau spécial s’ouvrait à cet effet au commissariat de Tevragh-Zeina 1.
Tout étranger résidant en Mauritanie devait ainsi fournir un dossier comprenant un passeport en cours de validité ou une carte d’identité pour les Sénégalais, les Maliens et les Gambiens.
Seulement, les ressortissants étrangers, notamment les Ouest-africains ont toujours déploré les conditions imposées par la nouvelle règlementation, poussant des «ouvriers sénégalais vivant dans des conditions précaires, à crier leur colère face aux redevances jugées élevées, 30.000 UM par personne ». D’autres rouspètent contre des documents exigés et parfois impossibles à trouver comme «les certificats de mariage pour les femmes, comme si toutes les Sénégalaises résidant en Mauritanie étaient mariées » rouspètent Alioune Badara, un restaurateur à l’arrêt bus du 6ème arrondissement. D’autres documents sont exigés comme le casier judiciaire, un contrat de travail, un certificat médical. «Même nos cartes d’identité ne sont plus valables à leurs yeux, puisqu’ils exigent des cartes ayant au moins 15 mois de validité, or le Sénégal ne confectionne plus de nouvelles cartes » rouspète Moussa Demb, plombier.
Les griefs contre le corps diplomatique sénégalais en Mauritanie sont en réalité de vieilles histoires, aussi anciennes que le début du calvaire des ressortissants sénégalais en Mauritanie. Les ouvriers n’ont cessé d’interpeller aussi bien les responsables de la chancellerie que leurs propres autorités. Pour eux, «l’ambassadeur du Mali connaît tous ses ressortissants car il leur rend visite, moi, notre ambassadeur je ne le connais même pas » s’indigne Ibra Fall, un chauffeur en chômage.