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Dialogue Pouvoir-Opposition : L’éternelle boîte à Pandore

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Bien plus qu’une démarche salvatrice  qui viserait à décrisper une situation de crise jugée inextricable, le dialogue politique que le pouvoir sort par intermittence depuis plusieurs années se révèle de plus en plus comme un moyen de déstabiliser le FNDU, selon quelques analystes. Alors que des sources évoquent l’imminence d’une large concertation politique, le feu des dissensions semble déjà miner le camp de l’opposition dite radicale.

Il est déjà loin le fameux discours de Néma du 3 mai 2016. Bien entendu, le délai de quatre semaines lancé à cette occasion par le Président Mohamed Abdel Aziz comme ultimatum adressé aux partis politiques, notamment ceux du FNDU, n’a pas tenu sa promesse. Trois mois après cet appel de Néma, aucune date n’est encore retenue pour ce fameux dialogue qui ressemble de pus en plus à un attrape-nigaud, une sorte de boîte à Pandore destinée apparemment à saper la cohésion du camp adverse plus qu’à rechercher des solutions politiques à la crise qui sévit depuis les Accords de Dakar de 2009.
Dans les méandres de ces concertations politiques, transformées de jour en jour en mirages politiques, se dessinent de mystérieuses et obscures toiles d’araignées. Pour la énième fois en effet, le Ministre Secrétaire Général de la Présidence de la République, Moulaye Mohamed Laghdaf vient d’ouvrir les enchères du marronnier. En contactant Salah Ould Hanana, président en exercice du FNDU (principal coalition de partis de l’opposition radicale), il avait rouvert les débats pour se retrouver face aux mêmes intransigeances de ses interlocuteurs. «Pas de dialogue conçu et préparé d’une manière unilatérale » vient de répondre Ould Hanana. L’opposition veut s’asseoir avec le pouvoir autour d’une table pour discuter des termes de référence du dialogue envisagé. Elle déclare ne plus accepter de propositiont-maison servie à domicile. Les débats en sont là, alors que la majorité au pouvoir a déjà désigné son équipe, toute sûre que sa main tendue pour le dialogue n’allait souffrir d’aucun préalable.
Certains analystes croient qu’en mettant le FNDU devant le fait accompli et sous l’effet de l’usure, cette dernière allait finalement accepte d’oublier ses exigences antérieures, notamment la réponse écrite à sa plateforme de janvier 2015 et plusieurs autres préalables qui ne seraient plus à l’ordre du jour. Ainsi, le pouvoir compte beaucoup sur les dissensions qu’il ne manquerait pas de provoquer au sein du camp adverse.
Ainsi, la foire aux manœuvres politiciennes semble s’être ouverte, avec d’un côté, un pouvoir qui tente par le ciblage individuel de diviser le FNDU et de l’autre, une opposition qui cherchera sûrement à accentuer la pression sur le régime par le biais de manifs populaires de grande ampleur. L’opposition compte ainsi profiter des erreurs du pouvoir dans sa gestion des affaires, avec cette vague de répressions contre les libertés, la grogne sociale qui monte, pour l’acculer. Dans cette guerre d’usure où tous les coups sont permis, chaque camp essaie de gagner des points. Ces coups de poing politique se prolongent ainsi jusque sur les plateaux de télévision, dans les studios de radios et sur les pages des journaux et des sites Internet..
Dans un débat télévisé récent, Beïtoullah Ould Ahmed Eswad, éminent cadre du parti au pouvoir, l’UPR, soutenait que «le FNDU ne dispose d’aucun agenda pour le dialogue» contrairement au pouvoir qui est fin prêt, rappelant les efforts inlassables du président Mohamed Abdel Aziz en faveur du dialogue et les refus répétés et incompréhensibles de l’opposition dite radicale.
De son côté, le président du parti Tawassoul, Mohamed Jemil Mansour considère que le pouvoir ne fait rien pour installer une ambiance propice à un dialogue national, eu égard à ses dérives sur le plan sécuritaire, la restriction accélérée des champs de libertés, la répression tout azimut contre les défenseurs des droits de l’homme, la dégradation accélérée des conditions de vie des populations, l’ampleur de la corruption et des malversations économiques…
Seulement, le pouvoir n’a pas seulement que le FNDU comme adversaire. Si cette coalition d’opposants accepte le principe du dialogue politique mais avec des conditions, une nouvelle coalition encore plus radicale est née. Celle-là refuse toute main tendue du pouvoir et considère que Mohamed Abdel Aziz n’a qu’à achever son dernier mandat dont la fin est prévue en 2019 et qu’il s’en aille. Ce nouveau front de l’hyper radicalité est constitué du RFD d’Ahmed Ould Daddah et de l’ancien président du CMJD, Ely Ould Mohamed Vall. Les deux hommes qui accumulent à eux seuls un capital de confiance inégalé auprès des partenaires internationaux de la Mauritanie et dont les avis comptent sur la balance de la géopolitique régionale considèrent que la solution aux crises multiformes dont souffre le pays réside dans le départ de Mohamed Abdel Aziz du pouvoir.


Abdallah Sidya Ebnou , un écrivain captivant

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Un très beau texte de Ahmed Mahmoud Mohamed Ahmedou dit Jemal, ancien chef des services des Domaines, de l’Enregistrement et du Timbre de Dakhlet-Nouadhibou, sur l’ouvrage écrit par Abdallah Sidya Ebnou, un ancien administrateur dans lequel ce dernier relate ses quarante ans de service dans l’administration mauritanienne

J’ai lu  avec  intérêt << Quarante ans au service de l’Etat mauritanien (bribes de souvenirs, ça et là)  1960-2000 d’Abdallah Sidya Ebnou. Dans son récit, l’auteur lègue aux générations actuelles et futures son autobiographie, son expérience professionnelle, ses brouilles, ses désaccords, ses échecs et ses succès. Même,  si la narration des faits << n’a pas tourné au règlement de comptes >>, comme le note le professeur Abdel Wedoud Ould Cheikh, l’auteur, il faut l’avouer Abdallah Sidya Ebnou (A.S.E) n’avait pas sa langue dans la poche. Il a été, quelques fois, mordant et sans états d’âmes vis-à-vis des personnages croisés dans sa vie active. Quant au traitement réservé aux protagonistes qu’il a, parfois, délibérément  souhaité anonymes, A.S.E est sorti de ses gonds.

Pas si surprenant, si l’on tient compte que certaines remueurs présentent A.S.E  comme un  administrateur, suffisant,  autoritaire  et aux propos directs et sans fards.

Dans son ouvrage, de bonne plume, d’un style débordant, A.S.E, tassé par le temps, restitue certains faits, sa moisson d’informations  et  << ses souvenirs de fonctionnaire, certes fondés, mais non exempts d’inexactitudes et oublis inhérents à tout document, reconstitué à partir de la seule mémoire d’une  personne >>.  Dixit A.S.E.

Justement, en évoquant ces  <<inexactitudes>>,  nous souhaitons,  à travers ses lignes, en tant que témoin de l’une des étapes abordées par A.S.E, celle de Dakhlet-Nouadhibou, relever une inexactitude, parmi d’autres, dans l’ouvrage et, relativiser certaines informations qui ne rendent pas justice  à l’action de ses prédécesseurs. Ils sont légion. Pour la mémoire, A.S.E  a été précédé à la tête de la circonscription administrative de la Wilaya de Dakhla- Nouadhibou par six commandants de cercles, dix huit gouverneurs, un délégué régional et succédé par un Waly.  Une mine d’informations utile qui pouvait alimenter  et enrichir le récit d’un << anthropologue de l’administration mauritanienne >>.

Cette contribution s’intéresse à un fait précis, relatif à l’attribution de terrains à usage d’habitation, que l’auteur s’est attribué à tort en revendiquant sa <<paternité>>.

A.S.E, profitant d’un lotissement qui venait de s’achever, décida selon ses termes, de procéder à une distribution de terrains à usage d’habitation <<en corrigeant les injustices chroniques dont souffraient les autochtones. >>  Et d’ajouter, que << c’est pour la première fois que ces autochtones bénéficiaient d’attributions de parcelles dans des conditions équitables. >>.

C’est le lieu de rafraichir la mémoire du gouverneur qui a rompu le silence,  pour rappeler, que le premier  développement du plan directeur urbain de la ville de Nouadhibou, fut initié par l’un de ses prédécesseurs. C’était en 1985. A cette date là,  la ville de Nouadhibou était limitée au Nord par le Château d’eau. Le Fort Le Rumeur, actuel camp de la garde nationale, l’aéroport et les infrastructures de l’ASECNA constituaient l’extrémité  Nord- est de la ville.  Toutes les surfaces habitables de la baie du lévrier étaient occupées illégalement par des bidonvilles formés de baraques précaires en tôles ondulées.

Des tentatives de lotir et  de morceler les zones occupées par les baraques eurent lieu sous l’autorité administrative du gouverneur, le regretté commandant Diallo Mohamed, en 1979 et, en 1980,  durant le passage du gouverneur, le regretté Mohamed Ould Boubacar.  La plus part des bénéficiaires des attributions de terrains à cette époque n’ont jamais pu jouir de leur concession provisoire, en raison du fait que ces lotissements n’ont jamais été  intégrés au plan directeur de la ville et déclarés d’utilité publique en Conseil de Ministres. En jargon urbanistique, ces zones n’ont jamais été officiellement bornées. Cela, a crée une situation de litiges inextricables à laquelle aucune solution de compensation n’a été trouvée malgré les opportunités  d’agrandissement urbain de la ville intervenues  et de distributions de terrains effectuées par les gouverneurs qui se sont succédé.

Sur le plan des infrastructures routières, il n’existait que deux voies bitumées : le Boulevard médian et le boulevard maritime. Le mérite  du projet de l’extension de la voirie  de Nouadhibou revient au remarquable administrateur, le regretté Bamba Ould El Yezid, un autre prédécesseur du gouverneur A.S.E. Sous l’autorité administrative du gouverneur Bamba, une route bitumée prolongeant le boulevard médian d’environ 7 km fut  construite en 1984.

 

Au-delà,  du camp de la garde nationale, se situe l’Agueguer,  terrain très accidenté, sablonneux et caillouteux  prisé par les chacals. C’était un véritable no man‘s land  qui finissait à l’embouchure de la zone << Bouchon>> célèbre par sa ceinture de mines explosives, dernière trace de la guerre du Sahara.

Ce sinistre état des lieux est à l’origine de la première et plus grande opération d’aménagement, de lotissement et de recasement des populations qu’a connu la ville de Nouadhibou. Les Quartiers de l’ilot A, ext P1, P2, P3, P4  communément connus sous les patronymes de robinet ou bornes fontaines, 1,2, 3, 4,5 sont crées.

Les autorités administratives d’antan sous la houlette d’un administrateur sage, un homme de Dieu et des lois, Dah Ould Cheikh, avaient procédé au déplacement des habitations précaires au site des zones nouvellement aménagées, tout en respectant les soucis d’équité et de justice sociale. De mémoire de stéphanois, l’opération s’était déroulée en toute  transparence. C’était le premier début d’un réel habitat évolutif de la ville de Nouadhibou.

Cette action de grande envergure fut poursuivie par son successeur  l’administrateur d’obédience souffiste, le regretté Sidi Mohamed Ould Mohamed Lemine disparu au cours de son deuxième séjour à Nouadhibou dans un avion militaire en 1992, en partance pour Zouerate, son nouveau lieu d’affectation. S.M.M.LEMINE continua, en étroite collaboration avec la commune le projet d’agrandissement de la ville et ses infrastructures routières. Au moment  de l’achèvement technique de l’opération de l’extension du lotissement, S.M.M.Lemine quittait son poste sans pouvoir  procéder à une attribution de terrains.

La seconde plus grande opération fut prise en charge par le successeur d’A.S.E, le regretté administrateur civil Abderrahmane Ould Dah. Le Wali Abderrahmane Ould Dah procéda à la désignation d’une commission consultative présidée par le jovial administrateur civil Abellahi Salem Ould Haye, Hakem de la Moughata de Nouadhibou, chargée de proposer une liste de bénéficiaires de terrain dans la zone à habitat évolutif. Une standardisation des adresses fut effectuée grâce à la collaboration d’un bureau d’études de la place financée par la commune qui a permis de regrouper les demandeurs suivant leur type d’activités. Sur la base de 14522 demandes, des quotas ont été codifiés et retenus pour chaque groupe. Une marge de 10 % a été réservée aux règlements des litiges. Aussi, un traitement particulier a été donné à la demande officielle du personnel de la SNIM-SEM omis des distributions antérieures.  Les quotas retenus ont visé l’objectif de 6000 lots disponibles.  Il est à rappeler que la SNIM-SEM avait collaboré à la finalisation du lotissement par le prêt d’un appareil Dystomat et la mise à la disposition d’un technicien qualifié au profit de l’administration pour les besoins de l’opération.

Etant donné que l’administration est une continuité ; que tout successeur peut s’approprier dans l’intérêt public toute action antérieure ;  que toute  activité publique est un acquis qu’il faut préserver et améliorer dans l’intérêt général ; n’est-il pas légitime de se poser des questions sur cette partie du bilan que le Gouverneur A.S.E s’est approprié ?

Est- ce une raison de dénigrer  le mérite  de ses prédécesseurs et ses successeurs ?

Est-ce bien possible pour un administrateur, quelques soient ses compétences et ses moyens, de  réaliser un  tel actif, en un  temps aussi bref (moins de six mois) et de surcroît, s’affrontant à une situation conflictuelle   ?

Le récit invoqué de cette étape, de l’itinéraire riche, de l’administrateur,  comporte quelques << inexactitudes>>. L’opération de distribution de terrains effectuée était entachée d’irrégularité et n’avait pas été exempt des <<pratiques antérieures faisant du domaine public un fonds de commerce et de publicité>> telles  que décriées par le Gouverneur A .S.E .

Malgré cela,   l’administrateur A.S.E, écrivain captivant, de vaste culture, traditionnelle et moderne, a assuré son devoir de restitution, en mettant du sel dans son écrit. Mais il a aussi, par moments, mis du  vinaigre.

Du reste, comme l’a si bien dit l’analyste Mohamed Yehdih Ould Breideleil , en guise de témoignage : << on peut ne pas partager certaines appréciations ou certaines remarques, mais cela n’enlève en rien l’objectivité, en tant que disposition de l’esprit qui enveloppe le texte. >>

Un adage pertinent nous enseigne que chaque page qu’écrit un auteur est une nouvelle leçon dans l’art d’écrire…. Abdallah Sidya Ebnou est un écrivain de grande qualité, désopilant par son humour ravageur. Son ouvrage qui restitue sa mémoire et sa vaste expérience doit donner l’exemple et ouvrir la voie à d’autres, qui ont également tant de choses à raconter.

Quarante ans au service de la Mauritanie, est loin d’être une petite promenade, c’est un long voyage dans l’histoire, en dents de scie, de l’administration mauritanienne, de l’indépendance à nos jours, que tout administrateur doit revisiter….

Rejoignons l’appel du regretté Mohamed Saïd Hamody : Au suivant !


Journée de lutte contre la malnutrition : « assurer aux enfants un bon départ dans la vie ! »

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«Assurer aux enfants un bon départ dans la vie ! », alors que s’ouvre à Rio de Janeiro les Jeux Olympiques, cette maxime aurait pu inspirer la journée consacrée à la lutte contre la malnutrition qui a été célébrée le 5 août dernier par la société civile mauritanienne dans les locaux de l’ONG AMAMI, à Bouhdida. En pleine période des JO nous pourrions dire qu’un enfant bien nourri aujourd’hui fera un bon athlète demain !

«Mobilisation de la société civile pour des engagements politiques forts en faveur de la nutrition» : tel est le thème choisi en cette journée du  5 août 2016 consacrée à la lutte contre la malnutrition par la coalition des ONG mauritaniennes formant le mouvement SUN-Mauritanie. Une conférence de presse a été organisée à cet effet, présidée par Moulaye El Mehdi Ould Moulaye Zeine, en présence des partenaires engagés dans la thématique de la nutrition, notamment ACF et World Vision, ainsi que le président de la Plateforme de la société civile, Mohamedou Ould Sidi et quelques activistes.

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La société civile mauritanienne s’est engagée au cours de cette journée à renforcer le plaidoyer pour une plus grande allocation budgétaire à la nutrition (moins de 1% du budget de l’Etat actuellement), conformément aux obligations internationales auxquelles l’Etat mauritanien est astreint. Il s’agit en particulier de l’Appel de Dakar du 4 mai 2016, lancé par la société civile dans dix pays d’Afrique de l’Ouest (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée, Libéria, Mali, Mauritanie, Niger, Nigéria, Sénégal et Sierra Leone) en plus du Tchad et de Madagascar.
Parmi les 8 points sur lesquels la société civile africaine s’est engagée, la création d’espaces de dialogue multi-acteurs d’ici 2018, le suivi budgétaire de la nutrition, la mobilisation des ressources, la mise en place d’un comité de veille citoyen pour le respect de engagements de l’Etat en faveur de la nutrition d’ici 2018, le lancement d’une campagne plaidoyer dans les 11 pays de la sous-région.

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Les participants à la rencontre se sont cependant alarmés de la situation catastrophique de la malnutrition en Mauritanie, appelant le gouvernement à renforcer ses mécanismes de lutte. S’ils se sont félicités de l’engagement politique des autorités à améliorer la situation nutritionnelle à travers, notamment, l’examen en cours du Plan de réponse stratégique à caractère humanitaire pour la période 2014-2016, ils ne s’en sont pas moins inquiétés face à l’absence d’une volonté financière de l’Etat. D’où l’ambition de la société civile à impliquer davantage l’ensemble des acteurs nationaux, en particulier les parlementaires et les médias. Dans la foulée, l’Association des journalistes mauritaniens en Santé-Nutrition a été créée au cours de cette rencontre, son objectif global est de participer à l’élan de plaidoyer lancé pour lutter contre les problèmes de santé et de malnutrition. Il faut rappeler que la journée organisée par la société civile s’est déroulé en présence du Directeur régional à l’Action Sociale et Sanitaire (DRASS) de Nouakchott-Nord et du Directeur adjoint chargé des relations avec la société civile, en présence des partenaires internationaux, «Action Contre la Faim (ACF)» et World Vision notamment.
Pour une population de 3, 3 millions d’habitants, la Mauritanie est classée parmi les pays où la malnutrition dans ses différentes formes et degrés (malnutrition aigüe et malnutrition sévère) est la plus élevée. En effet, 0,53 millions de Mauritaniens dépendent d’une aide alimentaire, soit 16% de la population totale, avec 141.000 de malnutris et 190.000 personnes en situation d’insécurité alimentaire (selon les dernières enquêtes : SMART 2013 et SMS 2013). Plus alarmant, 20% des enfants mauritaniens de moins de 5 ans sont malnutris, dépassant ainsi les seuils fixés par l’OMS. Plus de 180 millions de dollars U.S devront ainsi être mobilisés, selon les partenaires, pour venir à bout de ce fléau.

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Il est établi que la malnutrition constitue un fardeau social qui pèse lourd dans les économies des pays en développement. Selon les experts, un enfant malnutri a peu de chances de réussir dans les études,  il aura aussi de grandes difficultés à contribuer, une fois adulte, au développement de son pays. Il peut, moins encore, devenir un bon athlète, à l’heure où les pays rivalisent de performances physiques. Les J.O de Rio de Janeiro qui se sont ouverts le 5 août offrent aux différentes nations du monde l’opportunité d’assurer à leur jeunesse un bon départ dans la vie !


Mauritanie-Israël : l’impossible amour ?

 

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«Netanyahou n’est habile que dans la tuerie, la manipulation et le mensonge». Ce témoignage sévère du président Mohamed Abdel Aziz sur le Premier ministre israélien, livré dans une interview publiée par le célèbre périodique égyptien «Al Ahram» en marge du Sommet Arabe de Nouakchott le 25 juillet dernier, pourrait démentir les rumeurs d’une relation secrète entre la Mauritanie et Israël entretenues par certains milieux. Cette attitude des autorités mauritaniennes tranche cependant avec celle d’un monde arabe de plus en plus porté vers un rapprochement avec Tel-Aviv. Pour des considérations géopolitiques, surtout sécuritaires et économiques, la Mauritanie ne pourrait-elle pas de nouveau succomber aux charmes de la normalisation ?

C’est le 5 mars 2009 que l’ambassade d’Israël à Nouakchott avait fermé définitivement ses portes, après un ultimatum de 48 heures lancé par les autorités mauritaniennes à son personnel de quitter le territoire. La décision sera confirmée par le Ministre israélien des Affaires étrangères à l’AFP, après la mesure prise le 16 janvier 2009 par la Mauritanie de suspendre ses relations avec Israël. Ainsi prenaient fin dix ans de relations diplomatiques controversées et désapprouvées aussi biens par la rue mauritanienne que par le monde islamique.
A l’époque, le nouveau pouvoir à Nouakchott, soumis à un embargo international après le coup d’état contre le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, aurait cherché par cette décision à se venger, d’une part, des Etats-Unis et de l’Europe, mais aussi d’Israël, qui s’étaient particulièrement distingués dans leur condamnation du putsch, et d’autre part, rompre l’isolement de la Mauritanie au sein de la Ligue Arabe. Il y a ceux qui ont évoqué la pression du guide libyen Mouammar Kadafi dont la visite programmée en Mauritanie, avec dans ses valises des projets faramineux et des milliards de dollars, aurait été considérée comme incompatible avec la présence d’une ambassade israélienne à Nouakchott. Celle-ci a d’ailleurs été rasée peu de jours avant son arrivée. Sur le plan national, cette décision a eu l’avantage pour le nouveau pouvoir de desserrer l’étau de la contestation populaire après le putsch qu’il venait de perpétrer «contre un président démocratiquement élu » et qui servira pendant plusieurs moins de turboréacteur aux forces de l’opposition. D’où l’hypothèse que la rupture avec Israël répondait surtout à des visées électoralistes pour la légitimation d’un pouvoir confisqué par les armes et qu’on se préparait à blanchir par le scrutin présidentiel de juillet 2009. Pour le président Ely Ould Mohamed Vall et les câbles de WikiLeaks, «le président Mohamed Abdel Aziz, a rompu ses relations avec Israël pas pour l’intérêt de la Mauritanie, mais pour des considérations personnelles ». Selon ses deux sources «il voulait simplement renforcer son régime et sortir de la crise politiquée née du putsch du 6 août 2008 ».
Certes, la Mauritanie de Mohamed Abdel Aziz avait estimé que ces relations tissées dans le sillage des Accords d’Oslo en  1999 et signées en Espagne, n’avaient pas permis d’obtenir des avancées sur le dossier palestinien et n’avaient rien apporté à la Mauritanie, ni sur le plan économique, politique ou diplomatique, hormis un centre d’oncologie à moitié achevé et l’expertise israélienne dans certains domaines limités comme la santé et l’agriculture.
Mais entre 2009 et 2016, la situation des relations internationales a beaucoup changé et les dissensions régionales imposent de nouvelles règles de jeu. La question palestinienne n’est plus centrale dans la conception actuelle des rapports de force au Moyen-Orient. Le curseur des hostilités a beaucoup bougé. Israël n’est plus l’ennemi désigné du monde arabe, mais le péril iranien. D’où certains rapprochements encore inimaginables il y a quelques années, comme ceux qui sont en train de naître entre Riadh, capitale du monde islamique et pivot du monde arabe avec Israël. Les relations secrètes entre les deux capitales sur le plan du renseignement et de la coopération sécuritaire tendent ainsi de plus en plus à sortir au grand jour. En juin 2015, l’ancien conseiller du gouvernement saoudien, Anwar Eshki apparaît pendant un évènement avec Dore Gold, quelques jours avant que ce dernier ne prenne la direction générale du Ministère israélien des Affaires étrangères. En mai 2016, l’ancien conseiller à la sécurité nationale de Netanyahou, Yaakov Amidror, avait discuté des sujets régionaux avec le prince saoudien Turki al Faiçal, ancien chef des renseignements du régime, lors d’une rencontre à l’Institut de Washington pour la politique du Proche-Orient.
Ce rapprochement entre l’Arabie Saoudite et Israël a été d’ailleurs récemment fortement critiqué par Hassane Nasrallah, le leader du Hezbollah libanais, qui qualifie de «catastrophe » une normalisation entre Israël et l’Arabie.
Aujourd’hui, pratiquement toutes les capitales arabes entretiennent des relations plus ou moins secrètes de coopération avec Israël, notamment dans la guerre en Syrie et au Yémen. La menace de l’Iran Chiite semble pour le moment primer sur l’hostilité arabo-israélienne. Mais la Mauritanie semble encore s’accrocher aux antiques schémas populistes à l’heure où les enjeux transcendent le nationalisme sentimental, selon un observateur qui estime que l’hostilité envers Israël, principal allié des Etats-Unis et de l’Europe, dessert davantage le pouvoir mauritanien. D’ailleurs, le président Mohamed Abdel Aziz l’a reconnu dans l’interview accordée à «Al Ahram». Il attribue ainsi l’offensive faite contre son régime dans le domaine des droits de l’homme comme une conséquence de cette rupture diplomatique avec Israël. D’autres y ajoutent l’embargo économique non déclaré contre la Mauritanie, à travers certains médias internationaux qui décrivent le pays comme peu sûr sur le plan sécuritaire, pour décourager le tourisme et l’arrivée d’investisseurs.
Les rapports tendus avec le Maroc voisin n’arrangent pas les choses, si l’on constate les relations de plus en plus dynamiques entre Rabat et Tel-Aviv. Le Mossad israélien, classé comme premier service de renseignement au monde, est surtout connu pour sa puissance déstabilisatrice. Mais selon plusieurs analystes, ni les Etats-Unis encore moins l’Europe ne chercheront à déstabiliser la Mauritanie, eu égard au rôle central qu’elle joue dans la lutte contre le péril terroriste au Sahel. Une Mauritanie déstabilisée et contrôlée par les forces terroristes, équivaudrait à livrer toute l’Afrique de l’Ouest aux extrémistes islamistes. Un scénario catastrophe qui constitue selon beaucoup d’observateurs l’arme de dissuasion dont dispose la Mauritanie pour repousser toute action internationale subversive. Dans cette perspective, le renseignement israélien continuerait toujours, selon quelques sources, à flirter avec à son homologue…mauritanien, via de secrets briefings dans la capitale sénégalaise.