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Coalition de l’Alternance, une campagne sous le sceau de la censure

Sélibaby, Kaédi, Aleg. La campagne de la Coalition de l’Alternance menée à coups de course par son icône, Birame Dah Abeid, candidat pour la députation sous le drapeau du parti Sawab et sous la houlette de la Coalition de l’Alternance qui compte un certain nombre de mouvements ainsi que le parti non encore reconnu RAG, a été ponctuée de censures sur la tranche gratuite offerte par les médias publics. Un bras-de-fer avec la Haute Autorité de la Presse et de l’Audiovisuel (HAPA), gendarme de la communication, sur les « ce qu’il ne faut pas dire » que le leader abolitionniste se refuse à respecter.

Soirée à Kaédi – Crédit Aidara

De Néma à Aleg, en passant par Aïoun, Kiffa, Sélibaby et Kaédi, la campagne de la Coalition de l’Alternance, au discours frontal sur le champ de la compétition électorale contre le parti au pouvoir, INSAF, l’a privé des tranches d’antennes gratuites sur les médias publics, notamment la télévision nationale.

Après l’incident d’Atar où le micro de la télévision Mouritaniya a été littéralement arrachée des mains du leader de la Coalition de l’Alternance, Birame Dah Abeid, après un discours centré sur la communauté harratine, la censure a également frappé les discours de Kiffa, Sélibaby et Aleg, avec chaque fois, une montée d’un cran sur l’échelle de la provocation, selon la cotation établie par la HAPA.

Kiffa et la virulente attaque politique

A Kiffa et face à une marée humaine, Birame Dah Abeid a prononcé le discours le plus virulent contre le pouvoir du Président Ould Ghazouani et son entourage qu’il a qualifié de détourneurs de biens publics et de fossoyeurs de la démocratie.

Halte de Mbout – Crédit Aidara

A Kiffa où pas moins de sept membres du gouvernement mènent une campagne électorale sans commune mesure, le challenge est d’autant plus crucial pour le parti INSAF qu’il s’agit là de la région d’origine du président Ghazouani et de plusieurs de ses ministres.

S’attaquer au fief traditionnel des icônes de la région, Lemrabott Ould Benahi, ministre du Commerce, et Kaba Ould Elwa, l’un des dinosaures du système de Maaouiya Ould Taya, semble relever de la gageure de prime abord, tant ces deux hommes y mènent depuis des lustres la pluie et le bon temps. C’est pour avoir nommément cité ces personnalités, d’avoir décrit leur mainmise politique dans la région comme étant d’essence tribale, et d’y avoir associé le président de la HAPA, que ce discours a été censuré.

Ici, Birame Dah Abeid a ouvertement défié l’autorité politique du président Ghazouani, celle de son pouvoir et de ses partisans, leur promettant une défaite magistrale à l’issue du scrutin du 13 mai prochain et lors de la présidentielle de 2024.

Sélibaby et le syndrome de 1989

Dans la capitale du Guidimagha où le meeting de la Coalition de l’Alternance a connu une affluence monstre, Birame Dah Abeid, a rappelé les douloureux évènements de 1989 et le rôle joué par l’actuel président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Dah Ould Abdel Jelil, alors gouverneur de la région.

Meeting de Sélibaby – Crédit Aidara

Birame a repris les accusations contre Dah Ould Abdel Jelil relatives au rôle qu’il aurait joué dans les pogromes qui s’étaient déroulées au Guidimagha à cette époque, et les exactions qui y ont été commises sur plusieurs personnes, dont plusieurs ont perdu la vie, tandis que la grande majorité a été déportée, dépossédée et spoliée de son identité, de ses troupeaux de bétail et de ses biens.

Devant son refus d’enlever le nom de Dah Ould Abdel Jelil dans cette séquence, la HAPA a censuré le discours du leader abolitionniste et de sa non diffusion sur les médias publics.

Kaédi et le général Meguet

Troisième censure de la tranche d’antenne du parti Sawab à Kaédi où le nom du général Meguet a été mentionné. Ancien directeur de la Sûreté Nationale, ancien Chef d’Etat-major des armées, aujourd’hui recyclé en homme politique comme probable président de la prochaine Assemblée Nationale en tant que tête de liste pour la députation sur la liste nationale du parti INSAF, Ould Meguett est poursuivi par des accusations de génocidaire lors des évènements de 89-91, alors qu’il était encore jeune capitaine. L’affaire de l’officier Tambedou dont la mort à Inal serait amputée au général Meguett a été citée à titre d’exemple.

Meeting de Kaédi – Crédit Aidara

Le général Ould Meguet a beau démenti ces accusations, mais des soupçons nourris par plusieurs témoignages de rescapés continuent de peser sur lui. C’est pour avoir soulevé cette question lors du discours prononcé à Kaédi, capitale du Gorgol, que Birame Dah Abeid, a été de nouveau censuré.

Aleg et l’armée

A Aleg, capitale de la Wilaya du Brakna, lors du meeting organisé à la tribune centrale, Birame Dah Abeid a de nouveau mis les petits plats sur les grands. Cette fois, il s’est évertué à laver le blason terni de l’armée par ses officiers qui ont selon lui enfreint la règle sacro-sainte de la non implication des militaires actifs dans les affaires politiques.

Il soutient que l’armée doit respecter son droit de réserve et se tenir à équidistance des joutes politiques, déplorant l’implication explicite de plusieurs généraux et officiers supérieurs dans la campagne actuelle et dans les campagnes qui l’ont précédée au profit du parti au pouvoir, comme le parti INSAF.

Aleg et le meeting de la coalition – Crédit Aidara

Revenant sur les évènements de 1989 et la fameuse loi d’amnistie de 1993 qu’il considère comme un aveu de culpabilité, Birame a déclaré que les officiers cités et sur lesquels continuent de peser des soiupçons, à l’image de Ould Meguet, doivent s’affranchir de cette loi et déclarer leur disponibilité à répondre à toute plainte déposée contre eux devant les juridictions nationales. C’est à ce prix seulement, selon lui, qu’ils pourront enfin s’affranchir des soupçons qui continuent de les poursuivre.

Il ne s’est pas épargné cette fois encore de rappeler l’implication de l’ancien Wali du Guidimagha et actuel président de la CENI dans les évènements de 1989 et les soupçons de massacre qui pèsent sur le général Ould Meuguet, l’un de ses adversaires politiques dans la présente compétition électorale. Pour avoir nommément cité ces personnalités, le discours de Birame ne pouvait pas passer dans les médias publics selon la HAPA.

Le méga meeting de Nouakchott sera-t-il censuré ?

A Nouakchott, le pool de l’alternance a organisé mardi 9 mai un méga meeting qui a réuni près d’un millier de personnes au siège du parti IRA à l’ilot K. Un meeting qui a réuni les principaux leaders de la coalition, Abdessalam Horma, président du parti Sawab, Oumar Ould Yali, président du parti RAG en gestation et plusieurs de leurs cadres.

Discours de Birame à Nouakchott – Crédit Aidara

Plusieurs orateurs se sont succédé sur le micro pour galvaniser la foule et lui rappeler son devoir le 13 mai prochain, c’est-à-dire voter utile et pour l’alternance au pouvoir ;

Le président du parti Sawab, Abdessalam Ould Horma, a salué dans son intervention toute cette jeunesse venue répondre à l’appel de l’alternance, rappelant que contrairement à d’autres partis comme le parti INSAF, elle n’a pas été soudoyée, ni corrompue, ni mue par un quelconque sentiment tribal pour être là. Il a rappelé également le raz-de-marée humain qui a ponctué la tournée de la coalition dans toutes les régions du pays, mettant en garde la CENI contre toute passivité devant la fraude électorale.

meeting Nouakchott – Crédit Aidara

Dans son intervention phare, Birame Dah Abeid, est revenu sur ses attaques millimétrés contre le pouvoir, avec un rappel de la trilogie des trois Mohamed, Ould Abdel Aziz, Ould Bouamatou et Ould Ghazouani, trois anciens élèves du système Taayiste qui se sont partagés, selon la, la richesse et le pouvoir, avant que l’inimitié ne dénoue leurs liens d’amitié.

Abdessalam Horma – Crédit Aidara

Il a déclaré que ces élections communales, régionales et parlementaires ne sont que le prélude d’une bataille plus décisive, celle de la présidentielle de 2024. Selon lui, la véritable confrontation actuelle oppose deux clans, celui du système destructeur héritier du pouvoir militaire qui dirige le pays depuis 1978 et qui s’appuie sur un système bâti sur la gabegie, le mensonge et l’hypocrisie et celui d’un clan aux mains propres et qui œuvre pour la refondation d’une Mauritanie nouvelle qui aspire au développement du pays et au bien-être de sa population.

Il a déclaré que tous ses candidats sont issus du bas peuple, la fille d’un martyr d’Inal, une ancienne esclave, des fils et filles de pauvres. Il a promis qu’il les fera entrer tous dans l’hémicycle du Parlement, à la tête des communes du pays et des conseils régionaux.

Vu que Birame n’a pas dérogé à la règle de l’indexation, en citant notamment des noms, celui de Ghazouani, du Premier ministre, du ministre de l’Intérieur, Ould Houerthi, du Directeur de cabinet de Ghazouani, Ismaël Cheikh Ahmed, celui du ministre de l’Elevage Ould waghef, le meeting de Nouakchott pourrait être soumis à la guillotine de la HAPA. En attendant de voir le meeting de Nouadhibou prévu ce mercredi 10 mai et celui de Rosso pour la clôture le 11 mai.

Cheikh Aïdara


Communication sur les risques et l’engagement communautaire (CREC), un nouveau regard sur le système sanitaire

Nouakchott a abrité du 2 au 6 mai 2023 un atelier sur les Fondamentaux de la Communication sur les risques et l’engagement communautaire (CREC) et le Règlement Sanitaire International (RSI). Cette formation de haut niveau organisée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et le Ministère de la Santé a regroupé les directeurs centraux et les directeurs régionaux, ainsi que quelques journalistes.

Aperçu d’une partir de l’audience – Crédit Aidara

Du 2 au 6 mai 2023, plus d’une trentaine de participants, en majorité cadres au Ministère de la Santé dont les directeurs régionaux à l’action sanitaires (DRAS) de plusieurs Wilayas, personnels de la cellule Education Pour la Santé (EPS) et responsables centraux, ont suivi une formation de haut niveau sur la Communication sur les risques et l’engagement communautaire (CREC).

Il s’agit d’une nouvelle approche qui s’articule autour de cinq axes : le système de communication sur les risques et l’engagement communautaire, la coordination de la communication interne et celle des partenaires, la communication publique, l’engagement communautaire et le travail avec les communautés affectées, et enfin, la perception, la gestion de la désinformation et des rumeurs.

Le rôle de la communication sur les risques

Avant l’entame de l’atelier, regard sur l’agenda – Crédit Aidara

Les participants ont été sensibilisés sur l’importance de la communication sur les risques pendant les épidémies, une fois la prise en charge améliorée, la recherche enclenchée pendant les flambées, de nouveaux vaccins introduits et le diagnostic établi. Ainsi, la communication sur les risques fait référence à l’échange d’informations, de conseils et d’opinions en temps réel entre des experts ou des responsables et des personnes confrontées à un danger (une menace) pour leur survie, leur santé ou leur bien-être économique et social. Elle comprend plusieurs étapes : la gestion de l’indignation, la communication de crise, les recommandations sanitaires et les relations avec les acteurs, le plaidoyer de précaution et la prévention.

Même si les flambées ne peuvent être évitables, la prévention des épidémies est possible, selon les experts. Pour cela, il faut détecter et répondre rapidement pour éviter l’amplification, engager les partenaires et les communautés, en prenant en compte les aspects culturels non pas pour les changer mais pour les adapter d’une manière négociée. C’est en cela que la CREC bat en brèche les approches antécédentes de la communication, telles que la communication pour le changement de comportement (CCC) ou encore la Communication pour le changement (C4D).

Robert Kalingo et la séance des travaux de groupes – Crédit Aidara

Il faudrait ensuite mettre en place des équipes pluridisciplinaires avec des anthropologues et des experts des sciences sociales.

Les approches stratégiques pour un engagement communautaire reposent sur un certain nombre de principes, dont les échanges et les conversations avec les communautés à qui il ne faut pas dicter ce qu’ils doivent faire. Il faut ainsi créer une communication bidirectionnelle par le dialogue au lieu d’utiliser des messages pour communiquer avec elles. Il s’agit aussi d’écouter leurs préoccupations pour établir la confiance et faciliter la compréhension des conseils.

La santé telle que nous devons l’appréhender

A suivre les experts, les ministères de la Santé en Afrique sont en réalité des ministères de la maladie dans leur grande majorité, car ne prenant pas en compte tous les éléments constitutifs de la santé, à savoir l’environnement, la santé animale, l’agriculture, le transport, le commerce, etc. D’où « la stagnation des indicateurs de santé et l’effondrement de la confiance entre le système de santé et les populations ainsi que les autres parties prenantes » déclarent les experts. Car selon ces derniers, « toute maladie a deux causes, une pathologique et l’autre politique ». D’où l’importance de reconsidérer le tandem Santé-Maladie, car en définitive, la santé, ce n’est pas qu’une affaire de soins, mais c’est l’ensemble des déterminants de la santé.

Etablir la confiance par une maitrise des gestes médicaux

Or, les principaux groupes des déterminants de la santé comprennent les déterminants biologiques, les habitudes de vie et de comportements, l’environnement, et le système de santé qui ne représente que 10%. La majorité des déterminants de la santé ont ainsi une dimension sociale, donc hors du système de santé.

Cette confusion au sein des ministères de santé des pays surtout francophones d’Afrique, qui continuent de parler d’assurance maladie, alors qu’il est temps d’évoluer vers l’assurance santé, plus usité dans les pays anglo-saxons, dénote ainsi de la mauvaise compréhension de la dimension santé dans ces pays. « Nous ne vaincrons ni le SIDA, ni la tuberculose, ni le paludisme, ni aucune autre maladie infectieuse qui frappe les pays en développement, avant d’avoir gagné le combat de l’eau potable, de l’assainissement et des soins de santé de base » avait déclaré Koffi Annan, ancien Secrétaire Général des Nations Unies.

Les rumeurs, une arme fatale à désamorcer

Parmi les principaux ennemis des départements de la santé, les rumeurs, telles celles qui s’étaient répandues en République Démocratique du Congo (RDC) lors de la crise Ebola. « Ils pulvérisent Ebola dans le marché et font des expérimentations sur nous ». Cette rumeur répandue dans la population contre le personnel de santé avait provoqué la mort de médecins et de personnels de l’OMS sur le terrain.

Utilisation des médias sociaux

« Lorsque le corps n’est pas lavé, le mort n’entrera pas au Paradis ». C’est une autre rumeur qui s’était aussi répandue en RDC, où les corps des victimes d’Ebola n’étaient pas lavés par peur de la contamination.

Parce qu’elles sont nocivement chargées, les rumeurs peuvent contrecarrer les efforts du Ministère de la Santé et produire des effets catastrophiques pour les communautés et les organisations. En situation d’urgence, elles peuvent menacer des vies. Par exemple, en Guinée, l’ignorance autour de la maladie Ebola avait provoqué la mort de 8 personnes et au moins 21 blessés. C’est pourquoi, le Ministère de la Santé doit mettre en place un système de veille pour surveiller les médias traditionnels, les médias sociaux, comme facebook qui concentre 70% des audiences, mener des enquêtes et installer un numéro vert.

Dans ce cadre, les participants ont été formés dans l’élaboration des messages, un travail qui requiert l’intervention d’une équipe pluridisciplinaire. L’élaboration d’un message est régie par les 3C (Contenu, Contexte, Connexion (relations)).

La RSI, normes de l’OMS

Le Règlement Sanitaire International (RSI) dans sa dernière version de 2005 est le moyen commun établi par l’OMS pour assurer la protection de la population mondiale contre les menaces qui pèsent sur la santé publique. Ainsi, les Etats sont tenus de notifier à l’OMS une gamme potentielle étendue d’évènements, prenant en compte le concept une seule santé. Les maladies à potentiel épidémique peuvent être d’origine humaine, animale ou provenir de l’environnement.

L’engagement communautaire

Le RSI a pour but de réduire ou d’éliminer les sources de propagation de l’infection, d’améliorer la surveillance sanitaire et la réponse aux urgences sanitaires dans les ports et aéroports et autour de ceux-ci, prévenir la dissémination des vecteurs, entraver le moins possible les voyages et les échanges internationaux.

Les principales obligations des Etats signataires imposées par le RSI sont ainsi, désigner un Point Focal National chargé en permanence d’assurer les échanges d’informations avec l’OMS, évaluer les évènements de santé publique, répondre aux sollicitations de l’OMS, développer, renforcer et maintenir les capacités nationales dans la détection, l’évaluation et la réponse contre les risques.

Dans le RSI, la CREC occupe la 10ème place avec trois indicateurs et un système de cotation de la capacité nationale, à savoir, le système CREC en situation d’urgence, la coordination pour le RSI dans les fonctions du point focal national et la promotion du RSI, la participation communautaire. La dernière évaluation du RSI en Mauritanie date de février 2023 lors d’un atelier à Nouakchott.

De G. à Dr. Kalingo, Houeto et Barry (OMS Dakar), Dr. Luigi et Kissima (OMS Mauritanie) – Crédit Aidara
Mme la Représentante de l’OMS Mauritanie et le Directeur Adjoint de la Santé Publique – Crédit Direction Education Santé

Il faut souligner que la formation sur la CREC a été assurée par une équipe d’experts de l’OMS, basé à Dakar, Rodrigue Barry, ancien journaliste, Responsable de la CREC au niveau du Hub des urgences de l’OMS, Pr. David Houeto, médecin et consultant, Professeur titulaire à l’Université Parakou (Bénin), le seul africain spécialiste d’un cours spécial dénommé « Promotion de la Santé » et Robert Kalingo, chargé de communication.

La clôture de l’atelier a été marquée par la présence de la Représentante résidente de l’OMS en Mauritanie, Dr. Ndiaye Charlotte Faty et du Dr. Abdallahi Bouhabib, Directeur adjoint de la Santé Publique.

Cheikh Aïdara
Avec le REMAPSEN (Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement)


Elections : Kamara Samba Dawo, de la Banque Africaine de Développement à la députation à Sélibaby

Né d’un père, Hadietou Kamara, ancien officier de l’armée et ancien aide de camp pendant six ans du premier Président de la République Islamique de Mauritanie, Me Mokhtar Ould Daddah, Kamara Samba Dawo brigue la députation au niveau de Sélibaby, sous les drapeaux du parti Union pour la Démocratie et le Progrès (UDP).

Malgré 25 ans d’éloignement de sa ville natale, Sélibaby (mais il y va à différentes occasions), à cause de ses fonctions qui l’ont conduit d’un pays africain à un autre, Kamara Samba n’a jamais rompu les amarres avec sa famille, ses amis d’enfance et ses voisins. L’encrage, il y a toujours tenu. A l’image de ce qu’incarnait sa mère, Magou Kamara.

Sélibaby, la ville natale

Samba Kamara se souvient encore de ses anciens camarades de classes à l’école primaire de Bambradougou, Gaye Silly Soumaré, aujourd’hui fonctionnaire à l’OMVS, Harouna Camara, opérateur économique en France, Sidi Ould Derdech, enseignant, Sidi Ould Deuf, cadre à la Direction des Domaines, Diouma Gangué, présidente d’ONG, ou encore Aïchetou Thiam, opératrice économique. Il se rappelle même de certains de ses enseignants, à l’image de Youssouf Kouyaté, ou des défunts Gaoussou Traoré et Yatéra Yassa. Autant de personnalités, d’amitiés et formateurs qui ont accompagné ses joyeuses années.

Né au milieu des années 60 à Rosso, où son père était affecté, le jeune Kamara Samba débarque à Sélibaby à l’âge de six ans, après la démission de son père de l’armée.

Etudes primaires, secondaires et supérieures

Entre 1978 et 1981, Samba Kamara fréquente le collège de Sélibaby, puis le Lycée National de Nouakchott de 1981 à 1985. Le Baccalauréat en poche, son père prend en charge toutes ses études supérieures en France où il décroche en 1989 une maîtrise en Gestion économique à l’Université Paris X, puis un doctorat en économie des transports à Aix-en-Provence. Malgré les opportunités qui s’offraient à lui, en France, son ambition a toujours été de servir le continent africain et son pays, la Mauritanie qu’il regagne en 1990 les études terminées.

L’opérateur en herbe

Dès son retour, Samba Kamara est engagé par la compagnie Air Mauritanie. De 1990 à 1996, il y occupe divers postes, dont le dernier est celui de directeur commercial. A son départ, Kamara Samba créé une entreprise de pêche, qu’il gère de 1996 à 1998 avant d’intégrer sur concours la Banque Africaine de Développement (BAD). Ce qui, comme spécialiste des transports, le conduit au siège central de l’institution à Abidjan, en Côte-d’Ivoire.

Une carrière dans les finances

Commence alors une longue carrière dans le domaine du développement, notamment le transport, les aéroports, les routes et l’harmonisation du transport dans la région ouest-africaine, du Cameroun au Burkina Faso, en passant par le Nigéria, la Guinée, le Cap-Vert, le Togo et le Mali. Aucun de ces pays n’aura de secret pour l’ambitieux et travailleur reconnu des pairs.

Entre 2009 et 2013, Samba Kamara est nommé Représentant de la BAD au Mali. A la fin de cette mission, il retourne à Abidjan où il s’occupe de la programmation pour les pays d’Afrique de l’Ouest (14 sous sa gestion, exceptés le Nigéria et la Mauritanie). Il s’occupera, entre autres de la mobilisation des ressources pour le financement des projets, dont le Pont de Rosso.

Samba Kamara a aussi aidé à la mobilisation des ressources pour l’interconnexion entre le Niger et le Nigéria, entre le Bénin et le Burkina Faso, la Guinée et le Mali, mais aussi la construction de la route entre le Burkina Faso et le Mali. 

Au total, ce sont une vingtaine de projets d’infrastructures que Samba Kamara aura réalisé au sein de la BAD pour la bagatelle d’environ 3 milliards de dollars U.S au profit de plus d’une dizaine de pays.

L’opérateur économique

A la croisée de plusieurs expériences, mais toujours plus ambitieux pour son continent, Samba Kamara décide d’explorer d’autres champs d’investissements. C’est ainsi qu’il quitte, en 2023, la BAD pour se mettre de nouveau à son propre compte comme entrepreneur dans son pays, la Mauritanie.

Il crée alors à Nouakchott l’hôtel Djalali, un joyau inauguré le 28 novembre 2022 par le ministre des Affaires Economiques et de la Promotion des Secteurs Productifs, Kane Ousmane, et un haut cadre du Ministère du Tourisme, en l’absence du ministre de tutelle en déplacement.

Cet hôtel est composé de 60 chambres, 5 salles de réunions, 3 restaurants, pour une valeur totale de 1,4 milliards d’ouguiyas sur prêt de plusieurs banques, dont la Banque Al Amana. L’hôtel a permis de créer plus d’une dizaine d’emplois permanents.

« Cet hôtel, c’est aussi dit-il pour offrir de l’emploi. Nous avons ici différents profils. Et sommes très attentifs aux étudiants sortant des universités ou instituts et en quête d’un premier emploi, de stage ou autre. Le pays a besoin d’employer ses ressources. Surtout les jeunes ».

Le député et ses ambitions pour Sélibaby

Ce sont toutes ces expériences amassées au cours de sa vie, mais aussi ses réseaux de partenaires internationaux, que Samba Kamara veut mettre au service de sa ville natale, Sélibaby. Comme tous les gens de sa génération, Samba parle le Soninké, sa langue maternelle, mais aussi le Poular et le Hassaniya, en plus du français et de l’anglais. Il a toujours ambitionné de vivre dans son pays et de servir ses concitoyens dans ce long chemin vers le développement. C’est surtout Sélibaby, sa ville natale, où il garde encore ses racines et ses amis avec qui il n’a jamais coupé les ponts, qu’il voudrait loyalement servir.

Cet homme qui n’a jamais fait carrière dans la politique aura en face de lui des dinosaures de la région du Guidimakha à l’image de Sidney Sokhona, plusieurs fois ministre et vice-président de l’Assemblée nationale sortante, candidat ayant derrière lui le puissant parti-état, INSAV.

Samba Kamara estime qu’il est temps qu’il se mette au service de sa cité, et de ses populations auxquelles il veut offrir son savoir-faire en matière de développement. Entre autres défis, il souligne l’absence d’infrastructures, de routes, d’électricité, d’eau notamment.

Il pense qu’au prétoire de l’Assemblée Nationale, il saura davantage attirer l’attention de l’Etat mauritanien sur tous ces gaps qui entravent le développement de Sélibaby, une ville qui n’a dû son salut, selon lui, que grâce aux efforts de sa diaspora qui investit chaque année des milliards d’ouguiyas en écoles, mosquées, structures de santé, sans compter les dépenses quotidiennes pour des milliers de familles dont la survie est intimement liée aux envoies mensuels de leurs enfants émigrés.

Passions et goûts

Samba Kamara a pour passion : le développement. Il est cependant très engagé dans le domaine culturel. Lors du Festival international soninké (FISO) tenu en février dernier à Nouakchott, il a mis gratuitement son hôtel au service des festivaliers, avec toutes les commodités. « La culture est aussi ce qui nous permet de nous regarder, confie-t-il. Elle est l’identité qui accompagne notre développement, notre vivre ensemble également avec d’autres communautés par lesquelles nous sommes liés par le destin ».

Féru de musique traditionnelle, il est le premier à avoir introduit à la BAD la tenue vestimentaire de tradition soninké. Ce qui avait heurté au début certains européens habitués aux costumes cravates, a fini par devenir une mode admise au sein de ce temple de la haute finance africaine. En fait, Samba Kamara aime tout ce qui respire africain, et avoue raffoler de sa cuisine, des plats à base de condiments, comme les mets ivoiriens, togolais, maliens, nigérians, sans renier bien sûr toutefois les menus mauritanien et sénégalais.

Sur l’idéologie africaniste

Samba Kamara fustige ceux qui s’en prennent aujourd’hui à la France, sous la poussée de l’idéologie africaniste en vogue. Surtout ce sentiment anti-français qui se répand. Selon lui, la France n’est pas responsable de nos malheurs, mais ce sont les Africains eux-mêmes qui sont responsables des différentes situations qu’ils vivent. Pour lui, Paris n’a rien à voir avec nos maux. « C’est à nous, martèle-il, de définir nos intérêts et de savoir où est-ce qu’on veut aller ».

En cela, Samba Kamara dit que la Mauritanie dispose d’une excellente stratégie qu’il faudra tout juste mettre à l’œuvre. Il considère que la Stratégie de Croissance Accélérée et de Prospérité Partagée (SCAPP) 2016-2030 et ses trois piliers, Gouvernance, Infrastructures et le Vivre ensemble, sont suffisamment étayés pour tracer le chemin vers un développement socio-économique et politique harmonieux.

Paroles d’un financier et acteur du développement qui ambitionne de porter son savoir-faire sur le terrain ! A la députation de Sélibaby, Samba Dawo Kamara a comme colistier de l’UDP Oumar Séga Soumaré, un ami de la même génération, Chargé de mission au Ministère de l’Education nationale et de la Réforme du Système éducatif. Un duo très proche de sa jeunesse et un pont entre toutes les générations.

                                                                                                         Cheikh Aïdara


Coalition de l’Alternance, après Zouerate, Atar fait le plein et enregistre un premier incident fâcheux

La Coalition de l’Alternance constituée entre autres du parti Refondation pour une Action Globale (RAG) et son charismatique leader Birame Dah Abeid et le mouvement Mithaq Harratine sous la bannière du parti SAWAB a organisé la soirée du lundi 1er mai 2023 un rassemblement monstre à la place centrale d’Atar. Après le succès des meetings à Chami, Akjoujt, Nouadhibou et à Zouerate, la Coalition est partie pour une bonne représentativité dans les régions du Nord avant d’attaquer les bastions inexpugnables du Chargh (régions de l’Est). Seulement à Atar, un incident est venu perturber la sérénité jusque-là absorbée.

A Zouerate, les photos de Birame brandis par les partisans – Crédit Aidara

Dernière étape de la 6ème journée de la campagne électorale qui bat son plein, la ville d’Atar a accueilli la délégation de la Coalition de l’Alternance enrôlée sous la bannière du parti Sawab. 

Micro arraché des mains d’un candidat

Tout semblait pourtant se dérouler dans la sérénité jusqu’à l’incident provoqué par un journaliste de la télévision nationale. Celui-ci, après un bref échange téléphonique est venu arracher le micro de la chaîne des mains du leader Birame Dah Abeid à l’entame de son discours.

Un geste qui a été différemment interprété et que tous s’accordent cependant à qualifier de provocateur et d’incident inédit dans le déroulement de la campagne.  

Birame a mis en index, dans un vocal largement diffusé sur les réseaux sociaux, le président de la Haute Autorité de la Presse et de l’Audiovisuel (HAPA), gendarme de la communication dans cette opération électorale et le ministre de l’Intérieur. Selon lui, cet incident a été provoqué expressément pour réagir contre lui si =le journaliste en question avait reçu le moindre coup de la part de ces partisans. Pour lui, cette entourloupette des tenants du pouvoir dénote d’un comportement déloyal de la part d’un pouvoir qui ne sait plus comment éliminer un adversaire politique et un concurrent de taille.

SAWAB dénoncer l’incident d’Atar

Dans la soirée, le président du parti SAWAB, Abdessalam Ould Horma, a animé une conférence de presse à Nouakchott pour dénoncer cet acte irrespectueux envers l’un des représentants du parti, et non des moindres, dénonçant ce qu’il appelle une atteinte grave à la liberté d’expression et à l’esprit démocratique qui doit prévaloir. Il a requis dans ce cadre la solidarité de l’opposition et des hommes de bonne conscience qu’il a invité à dénoncer de tels comportements.

Pour l’heure, aucun parti politique ni de l’opposition ni de la majorité n’a dénoncé l’incident d’Atar, alors que les organisations de presse et les journalistes sont restés muets face à cette agression.

Poursuite de la tournée

Revenant sur la tournée de la Coalition de l’Alternance qui se poursuit dans les régions de l’Est, après Tijikja, son passage dans les régions du Nord restent encore dans les esprits.

En effet, le discours politique des leaders de la Coalition de l’Alternance dans les régions industrielles du Nord, le cuivre à Zouerate, l’or à Chami, la pêche à Nouadhibou et le fer à Zouerate, a porté sur les contextes sociopolitiques et économiques de ces régions.

Il s’est agi d’attaques en règle des politiques du pouvoir actuel qui selon, Birame Dah Abeid, s’est adossé sur l’enrichissement illicite de ses barons sur le dos des populations et des travailleurs.

A Zouerate, Birame a surtout fustigé le système de tâcheronnat qui suce selon lui les travailleurs par la spoliation de leurs droits et leur maintien dans une précarité au bénéfice de ceux qu’il appelle « les moutons engraissés » du régime en place.

Réponse au parti au pouvoir

Birame s’est attaqué à l’ancien ministre des Finances, Mokhtar Ould Diaye, dépêché à Zouerate pour le vote en faveur du parti INSAF au pouvoir. Il l’a attaqué pour ses propos selon lesquels Sawa et RAG ne sont pas des partis qu’il faut suivre. Birame lui a répondu que si on enlève Sawab, RAG et Tawassoul de la scène politique qu’est ce qui reste, rappelant sa trahison lui et les autres caciques du pouvoir envers le président Mohamed Abdel Aziz qui les a créés de néant. Selon lui, INSAF, comme tous les fantomatiques partis au pouvoir n’est qu’une émanation qui disparaîtra avec le président du moment, comme le PRDS de Maaouiya et l’UPR de Aziz dont il est l’héritier.

Il est revenu sur la présidentielle de 2019 et sa victoire volée et récusée à force de renforts militaires et de leur arsenal de guerre.

C’est pratiquement la même verve contre les tenants du pouvoir actuel qui a dominé les meetings de la Coalition depuis le début de la campagne, qui a été lancée le 28 avril 2023 à la Foire de Nouakchott, puis repris durant son périple dans le Trarza et à Rosso, la capitale régionale.

Cheikh Aïdara