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Arrestation de Mohamed Ould Dellahi, un large mouvement populaire pour sa libération

De retour d’un voyage à l’étranger, l’activiste et homme politique, Mohamed Ould Dellahi, président du Parti Mauritanien pour le Développement et l’Environnement (PMDE), est arrêté le 9 mai 2023 à l’aéroport Oum Tounsy de Nouakchott. Depuis une semaine, sa famille, ses amis et ses nombreux partisans réclament sa libération et dénoncent une arrestation sans motif légal.

Mohamed Dellahi

Pétitions et marches de protestation sont devenues presque le quotidien de centaines de personnes, amis, familles et partisans de l’homme politique, Mohamed Ould Dellahi, arrêté sans motif déclaré le 9 mai 2023 à l’aéroport de Nouakchott, alors qu’il revenait d’un voyage à l’étranger. Une plateforme numérique sur les groupes WhatsApp lui est d’ailleurs dédiée où plusieurs sympathisants se relaient en permanence pour demander sa libération et dénoncer une violation flagrante de la liberté d’expression et d’opinion dont il est victime.

Partout en Europe et aux Etats-Unis, des organisations de défense des droits de l’homme dirigées par des membres de la diaspora mauritanienne appellent son élargissement et dénoncent son arrestation. La communauté internationale a même été interpellée pour la cause.

Pris dans les nasses de la campagne électorale et des élections générales qui ont couvert le mois de mai 2023, les médias mauritaniens ont peu relayé l’information relative à l’arrestation de Mohamed Ould Dellahi.

Un adversaire têtu du pouvoir actuel

Connu pour sa verve et son franc parlé, Mohamed Ould Dellahi, a toujours été dans le collimateur des différents détenteurs du pouvoir qui se sont succédés depuis la dernière décennie.

Homme politique chevronné, défenseur invétéré des justes causes, selon ses partisans, Mohamed Ould Dellahi a toujours défendu les victimes d’injustices, de racisme et de discrimination, allant jusqu’à attaquer frontalement le pouvoir actuel dirigé par Mohamed Cheikh Ghazouani, et avant lui celui de son cousin, Mohamed Ould Abdel Aziz.

Mohamed Dellahi

Selon les dernières informations, le pouvoir actuel reprocherait à Mohamed Ould Dellahi son farouche engagement dans les causes défendues par la communauté négro-mauritanienne et relative à ce que ces derniers considèrent comme le racisme d’Etat et leur exclusion.

En effet, Mohamed Ould Dellahi est l’un des rares leaders de la communauté maure qui ne cesse, selon les Négro-mauritaniens, de dénoncer sans relâche le « Passif humanitaire », générique qui désigne la déportation massive des noirs de Mauritanie au Sénégal et au Mali en 1989, ainsi que les pogroms qui ont visé des soldats de la même communauté entre 1990 et 1991.

Sur le règne de l’actuel chef de l’Etat, Ghazouani, et celui de son prédécesseur Ould Abdel Aziz, il disait dans les colonnes du site « Le Calame », « la décennie d’Ould Abdel Aziz est reconnue par tout le monde comme un malheur et une catastrophe pour le pays. J’aimerais ici expliquer qu’il n’y a pas de différence entre cette décennie et les deux années de Ghazouani. Le système est resté le même. ».

Selon lui, les deux régimes se ressemblent. « Ils sont pareils, tous deux sont responsables de la destruction de notre pays. Ce système composé des barons de l’UPR, de certains généraux et oulémas qui gouvernaient hier avec Ould Abdel Aziz et actuellement avec Ghazouani sont responsables de la spoliation des biens de notre nation et de son isolement du monde extérieur » a-t-il poursuivi dans la même interview.

Sur le bilan de l’actuel Chef de l’Etat, il soutient qu’il s’agit d’un échec total, qualifiant l’équipe au pouvoir de médiocre. Pour lui, « Ghazouani a déçu toute la classe politique, même ses partenaires politiques sont déçus. Il n’a pas ni la force ni la capacité de diriger ce pays. Il est faible et nous demandons sa démission ».

Un rapprochement « suspect » avec les Négro-mauritaniens

Son dernier déplacement au Sénégal pour participer au tournage d’un film sur le « Passif humanitaire » serait la goutte d’eau qui a fait déborder la vase des récriminations que lui voue le pouvoir actuel. S’ajoutent à cela, ses attaques incessantes contre les figures emblématiques du système politique en place, ses cadres, ses généraux et ses thuriféraires.

Il n’en fallait pas plus pour placer ce révolutionnaire rétif dans le collimateur d’un pouvoir politique qui ne tolère pas souvent les dérapages verbaux et les opinions qui menacent son emprise sur le pays.

En effet, le discours de Mohamed Ould Dellahi jugé de violent par certains observateurs, ainsi que son caractère très osé sur des questions aussi sensibles que l’esclavage, les déportations et les massacres des années de braise, dérangent au plus haut point les dirigeants actuels.

Ainsi, selon l’aveu de certains de ses partisans, son arrestation après ses déplacements au Maroc et au Congo, était prévisible.

En attendant, Mohamed Dellahi qui souffre de problèmes cardiaques a eu deux malaises, dont l’un qui a forcé ses geôliers à le conduire à l’hôpital cardiologique de Nouakchott puis à le transférer dans un endroit plus ou moins plus confortable. Son avocat suit de près son dossier et déclare n’avoir pas eu encore des explications sur les motifs d’arrestation de son client.

Sa famille a lancé un cri de détresse pour ameuter l’opinion nationale et internationale sur ce qu’elle qualifie de séquestration extra-judiciaire, exigeant sa libération, et invoquant son état de santé fragile.

Cheikh Aïdara


Elections 2023, dernier baroud d’honneur de la Coalition de l’alternance à Nouadhibou et Rosso

Après une tournée réussie dans toutes les régions de la Mauritanie, selon ses partisans, la Coalition de l’Alternance amenée par Birame Dah Abeid sous les couleurs du parti SAWAB, ont parachevé jeudi 11 mai 2023, leur campagne électorale par deux régions symboles, Nouadhibou et Rosso.

Meeting de Nouadhibou – Crédit Aidara

Arrivée mardi 10 mai de Kaédi et d’Aleg, ultimes étapes d’une tournée dans les régions de l’Est, celles de la Vallée et du Brakna, la Coalition de l’Alternance conduite par son leader, Birame Dah Abeid, s’est rendue à Nouadhibou, la capitale économique, puis à Rosso où il a clôturé sa campagne électorale, le jeudi 11 mai.

Nouadhibou, la reddition

A Nouadhibou où le candidat Birame Dah Abeid avait battu Ould Ghazouani lors de la présidentielle de 2019, le réveil des troupes ne fut pas chose difficile, selon plusieurs observateurs. La foule était impressionnante au point de faire oublier le rassemblement monstre de Kiffa qui avait ébranlé la coordination locale du parti au pouvoir INSAF. Le Coordinateur du parti-Etat dans la région de l’Assaba, Ould Bouna et son équipe de campagne, avaient en effet reconnu avoir été surpris par la popularité de Birame, alors qu’ils l’avaient exclu de la compétition au niveau de la région.

Discours de Birame à Nouadhibou – Crédit Aidara

A Nouadhibou, la Coalition de l’Alternance avait pratiquement rappelé aux ténors de la majorité qu’il fallait compter avec le poids électoral de Birame Dah Abeid dans leurs calculs au niveau local.

Los du gigantesque meeting organisé mercredi 10 mai 2023, plusieurs orateurs se sont succédés au micro pour galvaniser la troupe et réchauffer le plateau avant l’entrée en lice de celui que toute la population massée à ses pieds attendait avec ferveur.

En effet, la montée de Birame Dah Abeid sur scène a été accompagnée d’une salve de sifflements d’honneur, d’applaudissements et de cris hystériques.

Comme à son habitude, l’attaque fut frontale, contre les tenants du pouvoir et leur gestion catastrophique de Nouadhibou. Birame a touché du doigt, selon l’aveu de plusieurs participants, les maux dont souffre la population, le manque d’eau, le chômage des jeunes, le bradage des ressources halieutiques et minières au profit des multinationales. Attaque frontale aussi contre l’homme fort de la commune, Mohamed Vall Ould Bellal qui brigue un énième mandat, malgré la longue confrontation avec le pouvoir de Mohamed Abdel Aziz d’abord, puis celle de l’actuel président Mohamed Cheikh Ghazouani.

Vue partielle de la foule à Nouadhibou – Crédit Aidara

Mais pour Birame, Ould Bellal et le parti qu’il représente, le parti Karama, ne sont que l’autre face du parti INSAF au pouvoir. Selon lui, les deux formations de la majorité présidentielle sont complices de la mal gouvernance qui ronge le pays. Pour preuve, le procès en cours de l’ancien président Ould Abdel Aziz de la part de ces ex-compagnons aujourd’hui aux rennes du pouvoir, dévoile, selon lui, l’ampleur de la complicité qui a prévalu et qui continue de prévaloir au cœur de l’Etat mauritanien.

Il a promis de restituer les richesses volées au pays, pour soulager les souffrances d’un peuple acculé jusque dans son dernier souffle de vie. La faim, la pauvreté, la disparition du poisson, l’inaccessibilité des prix de consommation, est aujourd’hui son lot, dira-t-il en substance.

Selon lui, la coalition a déjà dépensé dans sa campagne, 32,5 millions d’ouguiyas limpides, soit moins de 3 millions par région, là où le parti INSAF a dépensé plusieurs milliards d’ouguiyas issus de l’argent sale.  Il a déclaré que sa coalition présente des candidats propres de tout soupçon, là où de l’autre côté, le parti-Etat présente des candidats au passé douteux.

L’accueil à Chami

Il faut noter que la délégation de la Coalition de l’Alternance avait, tard dans la nuit, observé un arrêt dans la ville de Chami sur son chemin de retour en provenance de Nouadhibou vers Rosso. La délégation a reçu, malgré l’heure très tardive, un accueil chaleureux de la part de la population, notamment les nombreux orpailleurs qui ont exprimé leurs souffrances face à l’esclavage dont ils sont victimes de la part de la société aurifère canadienne Taziast et ses armées de tâcherons, avec la complicité de l’Etat mauritanien.

A Chami à côté du candidat maire – Crédit Aidara

Se sont succédé au micro pour l’occasion plusieurs orateurs parmi lesquels, le candidat à la députation Zayed El Mouslimine Ould Maalainine et le candidat à la mairie Hamed Ould Sidi Lemine Ould El Vadhi.

Un discours galvaniseur de Birame qui a insufflé une véritable levée de boucliers contre les candidats locaux du parti INSAF et une salve à l’encontre du système politique en vigueur

Rosso et la restitution des terres spoliées

La population de Rosso avait rendez-vous durant la soirée du jeudi 11 mai 2023, ultime virage avant l’extinction des feux de la campagne, avec les candidats de la Coalition de l’Alternance et le discours enflammé de son leader.

Birame et à sa droite le candidat au Conseil Régional du Trarza – Crédit Aidara

La capitale du Trarza, fief de Birame Dah Abeid, a eu en effet l’honneur d’accueillir le meeting de clôture de la coalition Sawab-RAG, après quinze jours d’intenses tournées dans les quatre coins du pays. Rosso reste dans ce cadre une des citadelles de résistance où Birame, selon ses partisans, avait battu à plate-couture Aziz et Ghazouani lors de la présidentielle de 2019.

Durant cette soirée de clôture, les candidats de la coalition au Trarza ont ainsi défilé devant le micro, notamment les deux députés, Dame Fall et Hacen Taleb Khyarna, le maire de Rosso, Moussa Keîta et le président du Conseil régional, Hamoud Magha, ainsi que la chevronnée militante du mouvement IRA, Jemal Achour.

La foule à Rosso – Crédit Aidara

Dans son discours, Birame a donné à la population de Rosso une leçon sur la démocratie et sa finalité, qui est de changer les gouvernants qui ne satisfont pas les attentes du peuple. Il les a mis en garde contre la vente des consciences, soulignant que la carte d’électeur est la force qu’ils détiennent pour punir et chasser leurs mauvais élus, tels ceux qui se sont succédé à la tête de Rosso et du Trarza sans jamais avoir réalisé les attentes de la population et ses aspirations.

Il est temps, selon lui, de mettre fin à l’emprise des thuriféraires locaux, à l’image de Hacen Ould El hadj et de mettre fin à la spoliation des terres agricoles, au point où les paysans du Trarza n’ont plus de terre de culture. Leurs champs ont été distribués selon lui à la mafia locale et celle venant de Nouakchott, rappelant les douloureux calvaires des habitants de PK 10 et de Djeuk.

L’accueil à Tiguint – Crédit Aidara

Il a cité parmi les injustices subies par les populations, les concours à caractère raciste, mettant en exergue le racisme ancré dans les consciences qui empêchent ainsi les tribus auxquels appartiennent par exemple ses deux candidats, Hacen Taleb et Ould MBoukhoukha, de venir les soutenir, au lieu de s’afficher dans les rangs du pouvoir par peur des représailles et des punitions collectives.

Il a attaqué le parti Massar qui n’existe pas, selon lui, hors du Trarza et n’a été créé que pour le combattre, dans une guerre par procuration dans laquelle des harratines sont utilisés pour l’abattre.

Arrêt à Tiguint – Crédit Aidara

Pour Birame, la véritable bataille est celle de la présidentielle de 2024, soulignant que les candidats de la coalition sont connus pour leur virginité politique et leurs mains propres. Il a précisé que Ghazouani n’est pas fait pour la présidence et qu’il est mal entouré. Il a promis aux populations de Rosso et du Trarza, la restitution de leurs terres de culture au détours d’une véritable révolution agricole qu’il compte conduire s’il prend le pouvoir.

Il a ajouté que les héritiers du pouvoir de 1978 ne pensent qu’à eux-mêmes et à se reproduire au pouvoir, soulignant que chaque président qui vient crée sa propre classe d’hommes d’affaires, dont les ambitions se limitent à leur enrichissement personnel, quitte à détourner l’argent des projets d’infrastructures, telles les routes mal conçues, à gonfler les factures, à déverser sur le marché des médicaments falsifiés et des produits alimentaires périmés qui sèment la mort et la désolation.

C’est par ce discours qui a attiré plusieurs centaines de personnes que s’est achevé la campagne électorale de la coalition de l’Alternance.

Il faut noter que sur sa route vers Rosso, la délégation de la coalition a effectué un arrêt à Tiguint, 90 Km de Nouakchott où un accueil populaire et chaleureux lui a été réservé.

Samedi 13 mai sera le jour du verdict des urnes et la coalition espère en tirer un grand profit.

Cheikh Aïdara


Coalition de l’Alternance, une campagne sous le sceau de la censure

Sélibaby, Kaédi, Aleg. La campagne de la Coalition de l’Alternance menée à coups de course par son icône, Birame Dah Abeid, candidat pour la députation sous le drapeau du parti Sawab et sous la houlette de la Coalition de l’Alternance qui compte un certain nombre de mouvements ainsi que le parti non encore reconnu RAG, a été ponctuée de censures sur la tranche gratuite offerte par les médias publics. Un bras-de-fer avec la Haute Autorité de la Presse et de l’Audiovisuel (HAPA), gendarme de la communication, sur les « ce qu’il ne faut pas dire » que le leader abolitionniste se refuse à respecter.

Soirée à Kaédi – Crédit Aidara

De Néma à Aleg, en passant par Aïoun, Kiffa, Sélibaby et Kaédi, la campagne de la Coalition de l’Alternance, au discours frontal sur le champ de la compétition électorale contre le parti au pouvoir, INSAF, l’a privé des tranches d’antennes gratuites sur les médias publics, notamment la télévision nationale.

Après l’incident d’Atar où le micro de la télévision Mouritaniya a été littéralement arrachée des mains du leader de la Coalition de l’Alternance, Birame Dah Abeid, après un discours centré sur la communauté harratine, la censure a également frappé les discours de Kiffa, Sélibaby et Aleg, avec chaque fois, une montée d’un cran sur l’échelle de la provocation, selon la cotation établie par la HAPA.

Kiffa et la virulente attaque politique

A Kiffa et face à une marée humaine, Birame Dah Abeid a prononcé le discours le plus virulent contre le pouvoir du Président Ould Ghazouani et son entourage qu’il a qualifié de détourneurs de biens publics et de fossoyeurs de la démocratie.

Halte de Mbout – Crédit Aidara

A Kiffa où pas moins de sept membres du gouvernement mènent une campagne électorale sans commune mesure, le challenge est d’autant plus crucial pour le parti INSAF qu’il s’agit là de la région d’origine du président Ghazouani et de plusieurs de ses ministres.

S’attaquer au fief traditionnel des icônes de la région, Lemrabott Ould Benahi, ministre du Commerce, et Kaba Ould Elwa, l’un des dinosaures du système de Maaouiya Ould Taya, semble relever de la gageure de prime abord, tant ces deux hommes y mènent depuis des lustres la pluie et le bon temps. C’est pour avoir nommément cité ces personnalités, d’avoir décrit leur mainmise politique dans la région comme étant d’essence tribale, et d’y avoir associé le président de la HAPA, que ce discours a été censuré.

Ici, Birame Dah Abeid a ouvertement défié l’autorité politique du président Ghazouani, celle de son pouvoir et de ses partisans, leur promettant une défaite magistrale à l’issue du scrutin du 13 mai prochain et lors de la présidentielle de 2024.

Sélibaby et le syndrome de 1989

Dans la capitale du Guidimagha où le meeting de la Coalition de l’Alternance a connu une affluence monstre, Birame Dah Abeid, a rappelé les douloureux évènements de 1989 et le rôle joué par l’actuel président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Dah Ould Abdel Jelil, alors gouverneur de la région.

Meeting de Sélibaby – Crédit Aidara

Birame a repris les accusations contre Dah Ould Abdel Jelil relatives au rôle qu’il aurait joué dans les pogromes qui s’étaient déroulées au Guidimagha à cette époque, et les exactions qui y ont été commises sur plusieurs personnes, dont plusieurs ont perdu la vie, tandis que la grande majorité a été déportée, dépossédée et spoliée de son identité, de ses troupeaux de bétail et de ses biens.

Devant son refus d’enlever le nom de Dah Ould Abdel Jelil dans cette séquence, la HAPA a censuré le discours du leader abolitionniste et de sa non diffusion sur les médias publics.

Kaédi et le général Meguet

Troisième censure de la tranche d’antenne du parti Sawab à Kaédi où le nom du général Meguet a été mentionné. Ancien directeur de la Sûreté Nationale, ancien Chef d’Etat-major des armées, aujourd’hui recyclé en homme politique comme probable président de la prochaine Assemblée Nationale en tant que tête de liste pour la députation sur la liste nationale du parti INSAF, Ould Meguett est poursuivi par des accusations de génocidaire lors des évènements de 89-91, alors qu’il était encore jeune capitaine. L’affaire de l’officier Tambedou dont la mort à Inal serait amputée au général Meguett a été citée à titre d’exemple.

Meeting de Kaédi – Crédit Aidara

Le général Ould Meguet a beau démenti ces accusations, mais des soupçons nourris par plusieurs témoignages de rescapés continuent de peser sur lui. C’est pour avoir soulevé cette question lors du discours prononcé à Kaédi, capitale du Gorgol, que Birame Dah Abeid, a été de nouveau censuré.

Aleg et l’armée

A Aleg, capitale de la Wilaya du Brakna, lors du meeting organisé à la tribune centrale, Birame Dah Abeid a de nouveau mis les petits plats sur les grands. Cette fois, il s’est évertué à laver le blason terni de l’armée par ses officiers qui ont selon lui enfreint la règle sacro-sainte de la non implication des militaires actifs dans les affaires politiques.

Il soutient que l’armée doit respecter son droit de réserve et se tenir à équidistance des joutes politiques, déplorant l’implication explicite de plusieurs généraux et officiers supérieurs dans la campagne actuelle et dans les campagnes qui l’ont précédée au profit du parti au pouvoir, comme le parti INSAF.

Aleg et le meeting de la coalition – Crédit Aidara

Revenant sur les évènements de 1989 et la fameuse loi d’amnistie de 1993 qu’il considère comme un aveu de culpabilité, Birame a déclaré que les officiers cités et sur lesquels continuent de peser des soiupçons, à l’image de Ould Meguet, doivent s’affranchir de cette loi et déclarer leur disponibilité à répondre à toute plainte déposée contre eux devant les juridictions nationales. C’est à ce prix seulement, selon lui, qu’ils pourront enfin s’affranchir des soupçons qui continuent de les poursuivre.

Il ne s’est pas épargné cette fois encore de rappeler l’implication de l’ancien Wali du Guidimagha et actuel président de la CENI dans les évènements de 1989 et les soupçons de massacre qui pèsent sur le général Ould Meuguet, l’un de ses adversaires politiques dans la présente compétition électorale. Pour avoir nommément cité ces personnalités, le discours de Birame ne pouvait pas passer dans les médias publics selon la HAPA.

Le méga meeting de Nouakchott sera-t-il censuré ?

A Nouakchott, le pool de l’alternance a organisé mardi 9 mai un méga meeting qui a réuni près d’un millier de personnes au siège du parti IRA à l’ilot K. Un meeting qui a réuni les principaux leaders de la coalition, Abdessalam Horma, président du parti Sawab, Oumar Ould Yali, président du parti RAG en gestation et plusieurs de leurs cadres.

Discours de Birame à Nouakchott – Crédit Aidara

Plusieurs orateurs se sont succédé sur le micro pour galvaniser la foule et lui rappeler son devoir le 13 mai prochain, c’est-à-dire voter utile et pour l’alternance au pouvoir ;

Le président du parti Sawab, Abdessalam Ould Horma, a salué dans son intervention toute cette jeunesse venue répondre à l’appel de l’alternance, rappelant que contrairement à d’autres partis comme le parti INSAF, elle n’a pas été soudoyée, ni corrompue, ni mue par un quelconque sentiment tribal pour être là. Il a rappelé également le raz-de-marée humain qui a ponctué la tournée de la coalition dans toutes les régions du pays, mettant en garde la CENI contre toute passivité devant la fraude électorale.

meeting Nouakchott – Crédit Aidara

Dans son intervention phare, Birame Dah Abeid, est revenu sur ses attaques millimétrés contre le pouvoir, avec un rappel de la trilogie des trois Mohamed, Ould Abdel Aziz, Ould Bouamatou et Ould Ghazouani, trois anciens élèves du système Taayiste qui se sont partagés, selon la, la richesse et le pouvoir, avant que l’inimitié ne dénoue leurs liens d’amitié.

Abdessalam Horma – Crédit Aidara

Il a déclaré que ces élections communales, régionales et parlementaires ne sont que le prélude d’une bataille plus décisive, celle de la présidentielle de 2024. Selon lui, la véritable confrontation actuelle oppose deux clans, celui du système destructeur héritier du pouvoir militaire qui dirige le pays depuis 1978 et qui s’appuie sur un système bâti sur la gabegie, le mensonge et l’hypocrisie et celui d’un clan aux mains propres et qui œuvre pour la refondation d’une Mauritanie nouvelle qui aspire au développement du pays et au bien-être de sa population.

Il a déclaré que tous ses candidats sont issus du bas peuple, la fille d’un martyr d’Inal, une ancienne esclave, des fils et filles de pauvres. Il a promis qu’il les fera entrer tous dans l’hémicycle du Parlement, à la tête des communes du pays et des conseils régionaux.

Vu que Birame n’a pas dérogé à la règle de l’indexation, en citant notamment des noms, celui de Ghazouani, du Premier ministre, du ministre de l’Intérieur, Ould Houerthi, du Directeur de cabinet de Ghazouani, Ismaël Cheikh Ahmed, celui du ministre de l’Elevage Ould waghef, le meeting de Nouakchott pourrait être soumis à la guillotine de la HAPA. En attendant de voir le meeting de Nouadhibou prévu ce mercredi 10 mai et celui de Rosso pour la clôture le 11 mai.

Cheikh Aïdara


Communication sur les risques et l’engagement communautaire (CREC), un nouveau regard sur le système sanitaire

Nouakchott a abrité du 2 au 6 mai 2023 un atelier sur les Fondamentaux de la Communication sur les risques et l’engagement communautaire (CREC) et le Règlement Sanitaire International (RSI). Cette formation de haut niveau organisée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et le Ministère de la Santé a regroupé les directeurs centraux et les directeurs régionaux, ainsi que quelques journalistes.

Aperçu d’une partir de l’audience – Crédit Aidara

Du 2 au 6 mai 2023, plus d’une trentaine de participants, en majorité cadres au Ministère de la Santé dont les directeurs régionaux à l’action sanitaires (DRAS) de plusieurs Wilayas, personnels de la cellule Education Pour la Santé (EPS) et responsables centraux, ont suivi une formation de haut niveau sur la Communication sur les risques et l’engagement communautaire (CREC).

Il s’agit d’une nouvelle approche qui s’articule autour de cinq axes : le système de communication sur les risques et l’engagement communautaire, la coordination de la communication interne et celle des partenaires, la communication publique, l’engagement communautaire et le travail avec les communautés affectées, et enfin, la perception, la gestion de la désinformation et des rumeurs.

Le rôle de la communication sur les risques

Avant l’entame de l’atelier, regard sur l’agenda – Crédit Aidara

Les participants ont été sensibilisés sur l’importance de la communication sur les risques pendant les épidémies, une fois la prise en charge améliorée, la recherche enclenchée pendant les flambées, de nouveaux vaccins introduits et le diagnostic établi. Ainsi, la communication sur les risques fait référence à l’échange d’informations, de conseils et d’opinions en temps réel entre des experts ou des responsables et des personnes confrontées à un danger (une menace) pour leur survie, leur santé ou leur bien-être économique et social. Elle comprend plusieurs étapes : la gestion de l’indignation, la communication de crise, les recommandations sanitaires et les relations avec les acteurs, le plaidoyer de précaution et la prévention.

Même si les flambées ne peuvent être évitables, la prévention des épidémies est possible, selon les experts. Pour cela, il faut détecter et répondre rapidement pour éviter l’amplification, engager les partenaires et les communautés, en prenant en compte les aspects culturels non pas pour les changer mais pour les adapter d’une manière négociée. C’est en cela que la CREC bat en brèche les approches antécédentes de la communication, telles que la communication pour le changement de comportement (CCC) ou encore la Communication pour le changement (C4D).

Robert Kalingo et la séance des travaux de groupes – Crédit Aidara

Il faudrait ensuite mettre en place des équipes pluridisciplinaires avec des anthropologues et des experts des sciences sociales.

Les approches stratégiques pour un engagement communautaire reposent sur un certain nombre de principes, dont les échanges et les conversations avec les communautés à qui il ne faut pas dicter ce qu’ils doivent faire. Il faut ainsi créer une communication bidirectionnelle par le dialogue au lieu d’utiliser des messages pour communiquer avec elles. Il s’agit aussi d’écouter leurs préoccupations pour établir la confiance et faciliter la compréhension des conseils.

La santé telle que nous devons l’appréhender

A suivre les experts, les ministères de la Santé en Afrique sont en réalité des ministères de la maladie dans leur grande majorité, car ne prenant pas en compte tous les éléments constitutifs de la santé, à savoir l’environnement, la santé animale, l’agriculture, le transport, le commerce, etc. D’où « la stagnation des indicateurs de santé et l’effondrement de la confiance entre le système de santé et les populations ainsi que les autres parties prenantes » déclarent les experts. Car selon ces derniers, « toute maladie a deux causes, une pathologique et l’autre politique ». D’où l’importance de reconsidérer le tandem Santé-Maladie, car en définitive, la santé, ce n’est pas qu’une affaire de soins, mais c’est l’ensemble des déterminants de la santé.

Etablir la confiance par une maitrise des gestes médicaux

Or, les principaux groupes des déterminants de la santé comprennent les déterminants biologiques, les habitudes de vie et de comportements, l’environnement, et le système de santé qui ne représente que 10%. La majorité des déterminants de la santé ont ainsi une dimension sociale, donc hors du système de santé.

Cette confusion au sein des ministères de santé des pays surtout francophones d’Afrique, qui continuent de parler d’assurance maladie, alors qu’il est temps d’évoluer vers l’assurance santé, plus usité dans les pays anglo-saxons, dénote ainsi de la mauvaise compréhension de la dimension santé dans ces pays. « Nous ne vaincrons ni le SIDA, ni la tuberculose, ni le paludisme, ni aucune autre maladie infectieuse qui frappe les pays en développement, avant d’avoir gagné le combat de l’eau potable, de l’assainissement et des soins de santé de base » avait déclaré Koffi Annan, ancien Secrétaire Général des Nations Unies.

Les rumeurs, une arme fatale à désamorcer

Parmi les principaux ennemis des départements de la santé, les rumeurs, telles celles qui s’étaient répandues en République Démocratique du Congo (RDC) lors de la crise Ebola. « Ils pulvérisent Ebola dans le marché et font des expérimentations sur nous ». Cette rumeur répandue dans la population contre le personnel de santé avait provoqué la mort de médecins et de personnels de l’OMS sur le terrain.

Utilisation des médias sociaux

« Lorsque le corps n’est pas lavé, le mort n’entrera pas au Paradis ». C’est une autre rumeur qui s’était aussi répandue en RDC, où les corps des victimes d’Ebola n’étaient pas lavés par peur de la contamination.

Parce qu’elles sont nocivement chargées, les rumeurs peuvent contrecarrer les efforts du Ministère de la Santé et produire des effets catastrophiques pour les communautés et les organisations. En situation d’urgence, elles peuvent menacer des vies. Par exemple, en Guinée, l’ignorance autour de la maladie Ebola avait provoqué la mort de 8 personnes et au moins 21 blessés. C’est pourquoi, le Ministère de la Santé doit mettre en place un système de veille pour surveiller les médias traditionnels, les médias sociaux, comme facebook qui concentre 70% des audiences, mener des enquêtes et installer un numéro vert.

Dans ce cadre, les participants ont été formés dans l’élaboration des messages, un travail qui requiert l’intervention d’une équipe pluridisciplinaire. L’élaboration d’un message est régie par les 3C (Contenu, Contexte, Connexion (relations)).

La RSI, normes de l’OMS

Le Règlement Sanitaire International (RSI) dans sa dernière version de 2005 est le moyen commun établi par l’OMS pour assurer la protection de la population mondiale contre les menaces qui pèsent sur la santé publique. Ainsi, les Etats sont tenus de notifier à l’OMS une gamme potentielle étendue d’évènements, prenant en compte le concept une seule santé. Les maladies à potentiel épidémique peuvent être d’origine humaine, animale ou provenir de l’environnement.

L’engagement communautaire

Le RSI a pour but de réduire ou d’éliminer les sources de propagation de l’infection, d’améliorer la surveillance sanitaire et la réponse aux urgences sanitaires dans les ports et aéroports et autour de ceux-ci, prévenir la dissémination des vecteurs, entraver le moins possible les voyages et les échanges internationaux.

Les principales obligations des Etats signataires imposées par le RSI sont ainsi, désigner un Point Focal National chargé en permanence d’assurer les échanges d’informations avec l’OMS, évaluer les évènements de santé publique, répondre aux sollicitations de l’OMS, développer, renforcer et maintenir les capacités nationales dans la détection, l’évaluation et la réponse contre les risques.

Dans le RSI, la CREC occupe la 10ème place avec trois indicateurs et un système de cotation de la capacité nationale, à savoir, le système CREC en situation d’urgence, la coordination pour le RSI dans les fonctions du point focal national et la promotion du RSI, la participation communautaire. La dernière évaluation du RSI en Mauritanie date de février 2023 lors d’un atelier à Nouakchott.

De G. à Dr. Kalingo, Houeto et Barry (OMS Dakar), Dr. Luigi et Kissima (OMS Mauritanie) – Crédit Aidara
Mme la Représentante de l’OMS Mauritanie et le Directeur Adjoint de la Santé Publique – Crédit Direction Education Santé

Il faut souligner que la formation sur la CREC a été assurée par une équipe d’experts de l’OMS, basé à Dakar, Rodrigue Barry, ancien journaliste, Responsable de la CREC au niveau du Hub des urgences de l’OMS, Pr. David Houeto, médecin et consultant, Professeur titulaire à l’Université Parakou (Bénin), le seul africain spécialiste d’un cours spécial dénommé « Promotion de la Santé » et Robert Kalingo, chargé de communication.

La clôture de l’atelier a été marquée par la présence de la Représentante résidente de l’OMS en Mauritanie, Dr. Ndiaye Charlotte Faty et du Dr. Abdallahi Bouhabib, Directeur adjoint de la Santé Publique.

Cheikh Aïdara
Avec le REMAPSEN (Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement)