aidara

Visite du Directeur Général de l’AFD en Mauritanie, plusieurs contrats de financement ont été signés

Une délégation conduite par M. Rémy Rioux, directeur général de l’Agence française de développement (AFD), accompagné d’Alain Joyandet, Sénateur de la Haute-Saône, administrateur de l’AFD et ancien secrétaire d’Etat chargé de la Coopération et de la Francophonie, s’est rendue en Mauritanie du 30 au 31 mars 2023. C’était en compagnie de l’ambassadeur de France en Mauritanie, M. Alexandre Garcia.

Le Directeur général de l’AFD (au milieu) en compagnie du Ministre des Affaires Economiques (à droite) et de l’Ambassade de France-Crédit Ambassade de France (autorisé)

Partenaire de la Mauritanie depuis près de 45 ans, le groupe AFD accompagne le pays pour répondre aux priorités du gouvernement en matière de cohésion sociale, d’accès aux services essentiels et de croissance partagée.

L’action du groupe AFD en Mauritanie s’inscrit également dans le cadre de l’Alliance Sahel qui fédère l’action des acteurs institutionnels de la coopération internationale intervenant au Sahel. L’Approche Territoriale Intégrée (ATI) dans le Hodh Ech Chargui permet de renforcer le rôle des autorités déconcentrées et décentralisées.

Signature de la Convention dans le cadre du PROPARCO Crédit Ambassade de France (autorisé)

Le groupe AFD, à travers sa filiale PROPARCO dédiée au secteur privé, a conclu à l’occasion de cette visite un accord avec la Banque Populaire de Mauritanie (BPM). Ce partenariat permettra de soutenir la croissance de la banque mauritanienne, en renforçant son programme de Trade Finance qui jouit déjà d’une réputation solide chez de nombreuses banques partenaires de l’institution. En garantissant à hauteur de 15 Million de dollars US les instruments de Trade Finance émis par BPM pendant une durée de 2 ans, PROPARCO permet à la banque d’accroître cette activité et favorise ainsi l’importation de biens essentiels à l’économie du pays, notamment des denrées alimentaires agricoles et des équipements médicaux et industriels.

Visite du Centre national de Transfusion sanguine (CNTS) appuyé par Expertise France à travers le projet Temeyouz

Le Directeur général de l’AFD en visite au CNTSCrédit Ambassade de France (autorisé)

En Mauritanie, la couverture des besoins en sang est estimée à 50%, alors même que les hémorragies pré et post-partum représentent 24% des causes de mortalité maternelle. Les rapports annuels du Centre National de Transfusion Sanguine (CNTS) font ressortir un taux assez faible de donneurs de sang parmi la population. Pour parvenir à mieux répondre aux besoins en sang, le CNTS doit se doter de moyens efficaces pour susciter le don de sang au sein de la population : augmenter et améliorer les infrastructures et les ressources humaines qualifiées, se doter d’une législation et d’instruments réglementaires quant à la sécurité et la qualité des produits sanguins, harmoniser les méthodes de collecte des données notamment au niveau régional et plus généralement financer dans la durée la transfusion sanguine puisque l’octroi de sang est gratuit pour les patients.

Le CNTS est l’un des deux établissements publics appuyés dans le cadre du projet Temeyouz. L’appui technique fourni par Expertise France, filiale du groupe AFD, se focalise essentiellement sur la construction à venir du CNTS et l’équipement du Centre Régional de Kiffa de Transfusion Sanguine, l’organisation de formations pour le personnel du CNTS, auprès du Centre National de Transfusion Sanguine et Hémovigilance (CNTSH) du Maroc et de l’Etablissement Français du Sang (EFS) ; le renforcement de la démarche qualité par la mise à disposition d’un expert technique international et la production d’études sur le cadre règlementaire et institutionnel de la transfusion sanguine, sur les déterminants du don du sang ou encore sur le prix des produits sanguins. 

Dialogue autour de l’hydraulique, secteur historique du groupe AFD en Mauritanie

Le secteur de l’eau et de l’assainissement est l’un des principaux secteurs d’intervention de l’AFD en Mauritanie. L’engagement de l’AFD dans ce secteur se traduit par un portefeuille significatif de projets d’envergure. Après les projets Aftout Ech Chargui, aux côtés de la BID et du FADES, et 5 wilayas, signés en 2012, ayant permis de mobiliser les eaux du barrage de Foum Gleita pour fournir un accès à de l’eau potable à 605 000 personnes dans 200 localités, ce sont aujourd’hui trois projets qui sont en cours d’exécution pour un montant global d’environ 40 millions d’euros (1,4 Milliards d’Ouguiyas). Il s’agit du projet G5 2 Hodhs signé en 2019 – 12 Millions d’euros de l’AFD et 1,2 Million d’euros du gouvernement mauritanien (accès à l’eau et assainissement) ; du Projet PIVRE signé en 2021 – 13 Millions d’euros de l’AFD et 1,56 Million d’euros du gouvernement mauritanien (barrages et mini-réseaux) et du Projet 2HAT signé en 2022 – 14 Millions d’euros de l’AFD et 2 Millions d’euros du gouvernement mauritanien (accès à l’eau et assainissement).

Soutien à l’initiative Grande Muraille Verte

Lors de la visite à la Grande Muraille Verte de Nouakchott Crédit Ambassade de France (autorisé)

Dans le cadre du One Planet Summit de 2021 et de l’Accélérateur de la Grande Muraille Verte, l’AFD a lancé l’initiative « Climate Resilience for Rural Africa » visant à renforcer la résilience des territoires ruraux, à promouvoir l’agroécologie et à gérer durablement les ressources naturelles dans les régions du Sahel, du Golfe de Guinée et de la Corne de l’Afrique.

L’AFD a été sollicitée par le ministère de l’Environnement et du Développement Durable mauritanien afin d’appuyer la mise en œuvre d’un financement visant à contribuer à la lutte contre le changement climatique et l’amélioration de la gestion des ressources naturelles en Mauritanie, dans les régions du Brakna, de l’Assaba, du Hodh El Gharbi et du Hodh Ech Chargui. 

A l’occasion de son déplacement, le directeur général du groupe AFD a signé une convention de financement d’un montant de 8 Millions d’euros contribuant à cette initiative d’envergure. Ce financement permettra de mettre en place des actions concrètes de restauration des écosystèmes fragiles, de gestion des ressources naturelles et de développement des filières agropastorales. 

Participation à la première édition du Forum national pour la promotion de l’entrepreneuriat féminin en Mauritanie

Au Forum National de l’Entreprenariat Féminin avec le Directeur général de l’AFD entouré du Ministre de l’Emploi et de l’Ambaxssadeur de France Crédit Ambassade de France (autorisé)

La situation de l’emploi des jeunes en Mauritanie constitue l’une des préoccupations majeures des pouvoirs publics et de leurs partenaires au développement. En effet, 60% de la population mauritanienne a moins de 25 ans et 42% d’entre eux sont sans emploi. Les femmes font face à des contraintes plus fortes pour entreprendre et avoir une autonomie économique : contraintes familiales, contraintes de temps, distance, inégal accès au crédit et aux accompagnements d’entreprise. C’est à l’ensemble de ces questions et enjeux que se propose de répondre le Forum pour la promotion de l’entrepreneuriat féminin qui a été ouvert le 28 mars.

Ce Forum s’inscrit dans l’appui de l’AFD au dispositif « Mon Projet Mon Avenir (MPMA) » dont l’ambition est de mobiliser les acteurs de l’écosystème de l’entrepreneuriat féminin pour une meilleure prise en charge des besoins et contraintes qui empêchent les femmes d’entreprendre. Durant trois jours, jusqu’au 30 mars, ce forum a réuni des décideurs politiques, les femmes entrepreneures à travers leurs organisations, le patronat, la Caisse de Dépôt et Développement (CDD), les acteurs de la microfinance, la Fédération des banques, les chambres consulaires ainsi que les partenaires techniques et financiers.

La France, à travers l’AFD, contribue au dispositif national d’appui à l’entrepreneuriat « Mon projet Mon avenir » à hauteur de 9 millions d’euros. Ce dispositif vise la création de plus de 5 000 entreprises, chacune créatrice de 3 emplois à minima, soit près de 15 000 emplois crées en 5 ans. À travers un fonds de prêt logé à la Caisse des Dépôts et de Développement (CDD) et à l’IMF PROCAPEC (fédération de coopératives de crédits), les entreprises sélectionnées par appel à candidatures devront bénéficier d’un crédit pour créer ou développer leur entreprise ainsi que l’accompagnement technique nécessaire pour que le projet soit une réussite, créé la richesse et les emplois escomptés.

Chez l’artiste plastistitienne Amy SowCrédit Ambassade de France (autorisé)

Un montant additionnel d’environ 9 millions d’euros (autour de 330 millions de MRU-nouvelles ouguiyas) sera également mobilisé par l’Union européenne pour accompagner ce dispositif. L’Equipe Europe, composée de l’Union européenne et des agences bilatérales européennes telles que l’AFD, accompagne le secteur privé en Mauritanie depuis plusieurs années à travers notamment les programmes IPAS, SAFIRE, RIMFIL, PACAO, PROMOPECHE, lesquels ont inclus des composantes de financement et d’accompagnement à l’entrepreneuriat et la consolidation des entreprises. L’autonomie financière des femmes a été ciblée en particulier.

A noter que pendant son séjour en Mauritanie, le Directeur Général de l’AFD a eu des entretiens avec le président de la République et le Premier Ministre. Il a rencontré également plusieurs membres du gouvernement et de hauts responsables de l’Etat, dont le Ministre des Affaires Economiques et ses homologues de l’Emploi, de l’Hydraulique et de l’Environnement, ainsi que le Directeur Général de la Grande Muraille Verte et le staff de l’Agence Panafricaine de la Grande Muraille Verte. Il a aussi rencontré la Directrice du CNTS et son équipe, le Directeur de la CDD, la Directrice de l’Agence pour la Promotion de l’Investissement en Mauritanie (APIM).

Le Directeur Général de l’AFD a aussi visité au Stade Olympique de Nouakchott, les stands de micro-entrepreneurs lors du forum de l’entreprenariat féminin du Programme national « Mon Projet Mon Avenir » auquel l’AFD a contribué via une subvention de 9 millions d’euros.

Il a également rendu visite à l’Alliance Sahel et à l’espace culturel de l’artiste mauritanienne Amy Sow, « Art Gallé », situé à la Cité Plage à Nouakchott.


Les membres du syndicat des agriculteurs initiés sur les questions d’état-civil, le foncier et l’assurance maladie

En marge du 2ème Congrès du Syndicat des Agriculteurs de Mauritanie (SAM) qui regroupe les paysans issus des classes victimes des séquelles de l’esclavage, des explications ont été fournies par les experts du Bureau International du Travail (BIT), de la Banque Mondiale et de Save The Children, les principaux partenaires du SAM, sur les questions liées à l’état-civil, au foncier et à l’assurance maladie. C’était au cours d’un atelier organisé le 31 mars et le 1er avril 2023 à Nouakchott.

Table officielle à l’ouverture de l’atelier – Crédit Aidara

Le 2ème congrès du Syndicat des Agriculteurs de Mauritanie (SAM) s’est achevé le 31 mars et le 1er avril 2023 par un atelier de sensibilisation des membres sur l’accès à la propriété foncière, à l’état-civil et à aux soins de santé par le biais de la Caisse Nationale de Solidarité en santé (CNASS), un régime d’assurance maladie volontaire, initié par les pouvoirs publics il y’a environ six mois et dont la direction a été confiée à l’ancienne ministre de l’Enseignement Supérieur, Amal Mint Cheikh Abdallahi.

Vue partielle des participants

L’ouverture de l’atelier a été marquée par un échange de discours entre le Secrétaire général du SAM, le représentant du Point Focal du BIT, celui du FAO, de la CNASS et de Save The Children.

Dawa Moustahdi – Crédit Aidara

Après avoir remercié les partenaires internationaux qui soutiennent sa structure dans l’amélioration des conditions de vie et de travail de ses camarades, le Secrétaire général du SAM, qui a été reconduit dans ses fonctions lors du congrès, M. Dawa Ould Moustahdi, a exhorté les membres à plus d’engagement et d’abnégation.

Promouvoir une définition appliquée de l’Emploi Rural Décent (ERD)

Dans son allocution, Mark Ninerola, Coordinateur du Projet BRIDGE du BIT, a mis en exergue la complexité et la sensibilité pour la plupart des professions rurales de bénéficier des avantages du travail décent, notamment les petits producteurs et les travailleurs rurales indépendants, qui ne sont pas couverts par la législation nationale.

Mark Ninerola-Crédit Aidara

Il considère d’une part, que l’application du travail décent est complexe et ambitieuse pour être appliquée dans le contexte rural et que d’autre part, des structures comme le SAM, sont conscientes de la place centrale qu’occupe la qualité des emplois dans le développement rural durable.

En d’autres termes, Mark Ninerola estime que « l’absence de définition concertée de l’emploi décent en milieu rural risque de conduire à des objectifs peu ambitieux et difficiles à mesurer ainsi qu’à un faible niveau de responsabilité ».

Vue partielle des participants – Crédit Aidara

Mark Ninerola a mis l’accent sur les six dimensions prioritaires de l’emploi décent, citant la Convention 141 de 1975 sur les organisations des travailleurs ruraux. Selon lui, le SAM doit engager un plaidoyer pour étendre la législation du travail à l’agriculture et aux professions rurales informelles, et en second lieu, introduire des solutions innovantes pour promouvoir le travail décent dans la pratique aux bénéfices de ses affiliés.

Travailler avec les partenaires

Diallo Mamadou – Crédit Aidara

Diallo Mamadou de la FAO s’est étendu sur des éléments de connaissance sur son organisation et ses relations étroites avec le monde rural et la paysannerie en particulier. Il déclare que la FAO travaille avec le SAM sur les questions liées au foncier, à la protection sociale et à l’état-civil.

L’objectif de la FAO dans ce cadre consiste, selon lui, à promouvoir le travail décent dans le monde rural, avec l’aide de tous les partenaires.

Assurer une garantie médicale aux paysans

 Abordant la question liée à la couverture médicale volontaire, principal objectif de la CNASS dont il assure la coordination technique, Malal Diop, a mis en exergue l’engagement de sa structure à œuvrer avec les autres partenaires et les groupements organisés comme le SAM, selon des modalités précises pour étendre l’accès universel aux soins.

Malal Diop – Crédit Aidara

Malal Diop a mis en exergue le sous-financement de la santé dans le budget de l’Etat (6 à 7%), la faible qualité et l’iniquité dans l’accès aux soins. Selon lui, la CNASS est venue réparer un dysfonctionnement, car 53% des dépenses totales en santé sont supportées par les ménages au moment où 70% d’entre eux ont peu accès à la santé à cause des barrières financières.

Pendant que seuls 12% de la population travaillant dans le secteur formel (public et privé) et 18% des indigents bénéficient de la couverture médicale universelle, 70% des travailleurs du secteur informel sont exclus de ce système. C’est dans ce cadre qu’intervient la CNASS pour protéger la population du secteur informel contre le risque maladie à travers un régime social d’assurance maladie volontaire et contributif.

Vue de la salle – Crédit Aidara

A travers ce modèle, les ménages versent une cotisation annuelle de 250 MRU (minimum de 6 personnes) et l’Etat verse le reste, 450 MRU, soit un total de 700 MRU par personne et par an.

Pour le moment, la CNASS n’est présente qu’à Nouakchott et au Brakna, avec un projet d’extension progressive vers les autres villes et localités du pays.

L’avenir de la Mauritanie dépend de sa réforme foncière

Selon Manuel Mane, Consultant indépendant auprès de la Banque Mondiale, engagé dans la nouvelle réforme foncière en cours, « l’avenir de la Mauritanie dépend de sa réforme foncière ».

Manuel Mané – Crédit Aidara

Il a évoqué le travail en cours avec le Ministère des Finances, notamment la Direction des Domaines, sur une méthodologie basée sur les relations avec les autorités locales et à travers la législation foncière mauritanienne pour faciliter l’accès aux terres de culture en milieu rural.

Le travail consiste dans sa phase pilote, dans la clarification et la sécurisation foncière, pour résoudre l’un des problèmes les plus récurrent auxquels font face les petits producteurs agricoles, c’est-à-dire l’accès à la propriété foncière.

L’accès à l’état-civil, un cauchemar pour les familles pauvres

« L’obtention des actes d’état-civil est l’une des questions les plus difficiles auxquelles sont confrontés les enfants en Mauritanie, surtout à l’intérieur du pays, en raison d’un certain nombre de facteurs… ». C’est le constat fait par Aïssata Bâ, chargée de protection auprès de Save The Children, lors de la rencontre. Selon elle, un consultant a été recruté pour assurer l’objectif fixé d’enrôler plus de 450 enfants dans les différentes zones d’intervention de son organisation.

Aïssata Bâ – Crédit AIdara

La mission du consultant s’est déroulée entre le 10 janvier et le 21 mars 2023 et a englobé toutes les régions du pays, avec comme objectif d’examiner sur le terrain les obstacles qui empêchent les enfants d’obtenir leurs papiers d’état-civil. Il s’agit surtout de la méconnaissance de l’importance des documents, le manque de moyens pour l’accès aux tribunaux et centres d’état-civil, la complexité des procédures, entre autres.

Cheikh Aïdara


Fâchés sur Toute le Ligne

Ces deux figures du monde mauritanien des affaires, actionnaires de l’opérateur Mattel, se livrent un combat acharné. Ce qui inquiète leur partenaire Tunisie Telecom, et même le Palais.

Bouamatou (à gauche) et Béchir ( à droite) – La Dépêche

Il y a quelques mois encore, la scène aurait paru surréaliste à Nouakchott. D’abord, parce que les puissants préfèrent régler discrètement leurs comptes, mais aussi parce que Mohamed Ould Bouamatou (MOB) et Béchir El Hassen sont intimement liés. Et ce, de longue date.

Le 1er mars, c’est pourtant devant les journalistes que le premier a demandé à ses avocats d’exposer publiquement les griefs qu’il nourrit à l’égard du second. D’après ses conseils, trois sociétés contrôlées par Béchir El Hassen et sa famille auraient fait défaut sur des remboursements dus à la Générale de banque de Mauritanie (GBM, propriété de Bouamatou), pour un montant total de 200 millions d’ouguiyas (5,5 millions de dollars). Une dette que les mis en cause contestent.

En octobre 2022, le patron de Bouamatou SA (BSA) avait déjà déposé plainte contre Béchir El Hassen pour des opérations financières liées à Mattel, dont ils sont actionnaires à hauteur de 24,5 % chacun. Surtout, il avait obtenu que son partenaire soit arrêté, le 13 octobre, alors qu’aucune enquête n’avait été encore menée. Après avoir passé près de vingt-quatre heures dans les locaux de la Sûreté nationale, El Hassen avait recouvré la liberté, lui aussi grâce à ses relations. Issu d’une grande famille impliquée en politique de longue date, Béchir El Hassen est une figure du monde des affaires. Actif dans les secteurs de l’assurance, de la pêche, des télécoms, du BTP, il représente aussi des marques internationales.

Derrière ce conflit certains devinent les ambitions du patron de BSA, qui, après avoir souhaité sortir du capital de l’opérateur Mattel, veut maintenant en racheter la majorité des parts. Mise en vente depuis plus de dix-huit mois, la société, dont Tunisie Telecom détient 51 % du capital, est également convoitée par Sonatel, la filiale sénégalaise d’Orange. En difficulté pendant plusieurs années, Mattel a retrouvé une bonne santé financière. En 2021, sa valeur a été estimée à 100 millions de dollars. Bouamatou y voit l’occasion de regagner une partie du pouvoir économique et de l’influence qu’il avait perdus au cours de ses dix années d’exil, lorsque ses relations avec Mohamed Ould Abdelaziz, alors chef de l’État, s’étaient dégradées.

Réfugié en 2010 à Marrakech, celui que l’on présente à l’époque comme l’homme le plus riche de Mauritanie finit par partir pour Bruxelles à la demande du Maroc. Durant cette période, il vend certains de ses intérêts en Mauritanie, notamment dans le secteur du ciment, tout en dénonçant l’acharnement du pouvoir contre lui. En représailles, il consacre une partie de sa fortune à alimenter une guérilla médiatique contre Mohamed Ould Abdelaziz.

À cette époque, ses liens avec Béchir El Hassen (dont le frère était marié à sa fille aînée) sont déjà distendus. Véritable chef de clan, Bouamatou n’aurait pas digéré que son partenaire chez Mattel soit parvenu à rester à Nouakchott et à échapper à la colère du président. Tunisie Telecom, l’actionnaire majoritaire de l’opérateur, se félicite, lui, d’avoir conservé un canal de discussion avec le pouvoir. Quand, en 2015, l’État réclame 60 millions de dollars pour renouveler la licence 2G, El Hassen obtient que la facture soit divisée par quatre et évite ainsi une cessation d’activité.

Si lui et Bouamatou sont aujourd’hui coactionnaires de cet opérateur, ils le doivent au père de Béchir El Hassen, Moulaye, qui a été l’un des principaux mentors de MOB dans le monde des affaires. Dans les années 1990, il l’a fait entre autres entrer au conseil d’administration de la Banque mauritanienne pour le commerce international (BMCI).

Profitant du lobbying du chef de l’État sénégalais Macky Sall en faveur de Moustapha Ould Limam Chafi, opposant mauritanien, ex-éminence grise du Burkinabè Blaise Compaoré et actuel conseiller du Nigérien Mohamed Bazoum, Bouamatou finit par rentrer à Nouakchott en 2020 avec l’accord du président Ghazouani. En contrepartie, le Palais attend de lui un minimum de discrétion. Mais MOB n’entend pas jouer les seconds rôles. Il réclame que les comptes des entreprises publiques soient de nouveau domiciliés au sein de sa banque, et demande une compensation financière pour son exil orcé. En 2021, il tente aussi de faire élire sa fille à la tête de la Fédération des institutions financières.

Le Palais s’est gardé jusque-là de toute intervention, mais l’affrontement des actionnaires de Mattel ne le laisse pas indifférent au moment où le pays veut s’ouvrir à de nouveaux investisseurs. À Tunisie Telecom aussi, la situation provoque un certain embarras, les deux parties n’hésitant pas à faire pression pour imposer chacune leur solution.

Bouamatou milite pour racheter les parts de Tunisie Telecom ; Béchir El Hassen, lui, exige de pouvoir sortir du capital et promet qu’il sollicitera un arbitrage s’il n’est pas entendu.

L’hypothèse d’une issue négociée reste incertaine. Au-delà de la plainte qu’il a déposée contre El Hassen, Bouamatou a remis en cause la répartition de leurs avantages respectifs. Ainsi, la GBM accueillait les comptes de l’opérateur, et une autre entreprise de MOB assurait ses personnels, pendant que Béchir El Hassen couvrait les risques liés aux équipements. Ce n’est plus le cas depuis la fin de 2022. Avec l’accord de Tunisie Telecom, les sociétés de Bouamatou ont en effet récupéré l’ensemble des contrats d’assurance, mettant un peu plus El Hassen sur la touche

Julien Clemençot
Jeune Afrique


Le syndicat des agriculteurs mauritaniens tient son 2ème congrès et renouvelle ses instances au milieu d’importants défis

La salle de réunion de la Mairie de Teyarett (Nouakchott-Nord) a abrité, le 29 mars 2023, le 2ème Congrès du Syndicat des Agriculteurs de Mauritanie (SAM), avec l’appui de plusieurs partenaires, dont le Bureau International du Travail (BIT), Save The Children et Via Campesina (voix des paysans). Au cours de cette rencontre de quatre jours, les instances dirigeantes ont été élues avec la reconduction du Secrétaire général du syndicat, Dawa Ould Moustahdi.

Cadres du SAM et partenaires à l’ouverture du congrès – Crédit Aïdara

Elles sont venues de toutes les régions du pays, masses compactes d’hommes et de femmes dont l’écrasante majorité vient des classes serviles. C’est la deuxième fois, au cours du congrès ordinaire qui s’est ouvert mercredi 29 mars 2023 à Nouakchott, que les membres du Syndicat des Agriculteurs de Mauritanie (SAM) choisissent leurs instances dirigeantes, à travers l’élection d’un nouveau Secrétaire Général, d’un nouveau Conseil Général et d’un nouveau Comité Exécutif. Une commission de désignation présidée par Mohamed Ould Ahmed Deya a supervisé le scrutin qui s’est déroulé dans une atmosphère calme et sereine.

Le Secrétaire générale lors de sa prise de parole – Crédit Aïdara

Le 2ème congrès ordinaire du SAM a été marqué par la présentation du Rapport moral du Secrétaire général sortant, en présence de Marc Ninerola, représentant du Point Focal du BIT et Aboubekry Dieng, Coordinateur du Projet MAP 16 au BIT, Aïssata Bâ de Save The Children et Malal Diop, de la Caisse Nationale de Solidarité en Santé (CNASS), entre autres.

Lutte pour les droits

Le Secrétaire Général présente son rapport moral – Crédit Aïdara

Dans son rapport, le Secrétaire Général du Syndicat, Dawa Ould Moustahdi, a énuméré les activités menées par son organisation depuis la première réunion de Kaédi en fin juillet 2016. Il a rappelé les différents combats que le syndicat a mené pour préserver les intérêts de ses membres, citant l’affaire de l’homme d’affaires qui a voulu léser les paysans de Dar-El Barka dans la Moughataa de Boghé au Brakna, le problème de Daghveg dans la Moughataa de Barkéol en Assaba lorsqu’un administrateur tenta de clôturer une partie des terres agricoles des habitants et le problème similaire dont ont failli être les victimes les populations de Maghta-Lahjar au Brakna.

L’esclavage au cœur du combat

Des congressistes venus de toutes les Wilayas – Crédit Aïdara

Il surtout mis en exergue les appuis dont le syndicat a bénéficié auprès de certains partenaires, dont le BIT, notamment dans le domaine de la lutte contre l’esclavage, et l’apport important apporté dans ce cadre par SOS Esclaves et Save The Children.

Il a mentionné ainsi les ateliers de formation et de sensibilisation que le BIT a dispensée aux membres du syndicat, en février 2021 à Kaédi et à Kiffa, puis en avril 2021 à Kaédi, sur la résolution des conflits fonciers, l’enrôlement des enfants et la situation des femmes rurales.

L’art comme arme de libération

Ambiance détendue lors du Congrès – Crédit Aïdara

Le Secrétaire général a cité l’art comme vecteur de prise de conscience et de creuset culturel, mais surtout d’arme de lutte qui a été utilisée selon lui dans les années 80 pour éduquer les agriculteurs dans la lutte pour la conquête de leurs droits. En 2016, souligne-t-il en substance, deux ateliers ont été organisés dans ce cadre à Timbedra et à Koubenni, pour échanges d’expériences en partant de la lutte menée au niveau de l’Aftout, de Leegueylatt et des deux Hodhs.

Les femmes rurales au cœur des défis

Forte mobilisation des femmes rurales – Crédit Aïdara

Il a évoqué la visite effectuée par les partenaires du projet et le Ministère des Affaires Sociales pour des actions ciblant les femmes rurales issues d’anciennes classes serviles, notamment leur insertion et leur autonomisation économique. Des projets de développement ont été proposés, comme la filière couscous à Bousteila (Hodh Charghi), la clôture du barrage d’Atrid (Hodh Gharbi), la constitution de groupes de vigilance contre l’esclavage, entre le syndicat et SOS Esclaves, des formations sur la loi 031-2015 criminalisant l’esclavage, la prise en charge des survivants de cette pratique, l’identification des cas et leur libération.

Intenses campagnes d’adhésion

Les paysans fortement mobilisés – Crédit Aïdara

Selon le Secrétaire général, la campagne d’implantation menée en 2022 a permis de fortes adhésions dans plusieurs Wilayas, notamment au Gorgol, Brakna, Guidimagha, Assaba, le Tagant et les deux Hodhs. La campagne d’affiliation se poursuit selon lui dans la Wilaya du Trarza, en particulier à Tékane.

L’occasion a été saisie pour rendre hommage au premier Secrétaire Général du Syndicat, le défunt Mohamed Yenge Ould Sidi Ahmed, qui aurait effectué la première campagne d’adhésion à pied.

L’objectif du SAM est d’inclure, selon le Secrétaire général, tous les paysans du pays, de diversifier les adhérents afin qu’il puisse englober toutes les composantes, encourager la participation des jeunes et des femmes dans les instances de prise de décision.

L’état-civil, l’un des principaux problèmes

Une congressiste pose les problèmes des paysannes – Crédit Aïdara

A ce jour, dira le Secrétaire Général, le syndicat a permis l’enrôlement de 446 enfants qui ne disposaient pas de papiers d’état-civil et de 147 femmes qui n’en avaient pas à cause de leur pauvreté et de leur situation antérieure d’esclave.

Aujourd’hui, le Syndicat des Agriculteurs de Mauritanie, compte 19.650 adhérents issus de plusieurs régions du pays.

Via Campesina, ou la paysannerie mondiale

Le représentant de Via Via Campesina en vidéoconférence – Crédit Aïdara

Les congressistes ont suivi la brève allocution prononcée via vidéoconférence par Hatem El Oueni, au nom de Via Campesina (Voix du Paysan), l’organisation internationale de la paysannerie. Hatem Oueini a félicité les congressistes et rappelé le rôle important qu’ils jouent dans la vie socioéconomique du pays. Il a surtout rappelé les jours qu’il a passés en Mauritanie et sa satisfaction par rapport aux activités menées par le SAM au profit du monde rural dans le pays.

Les congressistes posent leurs problèmes

Un paysan énumère les défis du monde rural – Crédit Aïdara

Des échanges ont ponctué la journée. Plusieurs hommes et femmes se sont ainsi exprimés pour poser les problèmes auxquels ils sont confrontés. Les ennemis de l’agriculture, les maladies qui affectent les plantes, le manque d’eau, les animaux errants face à l’absence de clôture grillagée pour protéger les cultures, le manque d’outils modernes de travail, les problèmes fonciers, le non accès aux crédits, l’absence de papiers d’état-civil et la non scolarisation des enfants…Autant de défis qui ont été posés par les différents intervenants, Aïchetou Bâ du Gorgol, Fatimetou Samba de Foum Gleïta (Gorgol), Breïk Ould Daoud de Moït (Gorgol), Oumar Ousmane Dia de Boghé (Brakna), Mohamed Hafedh de Moudjéria (Tagant), Moustapha Ely de Kiffa (Assaba), Ghaber Ould Cheikhna de Jeïgui à Amourj (Hodh Charghi), Ezze Mint Breïk de Maghta-Lahja (Brakna)…

Elections de nouvelles instances

Amadou Dia de Boghé pose les problèmes des agriculteurs dans sa région – Crédit Aïdara

Le deuxième jour du congrès ordinaire du SAM a été marqué par les travaux en commissions et l’adoption des résolutions issues des discussions suivies de formulation d’un certain nombre de recommandations.

Après adoption en plénière des différentes résolutions, les congressistes ont élu leurs nouvelles instances avec la présence d’une seule femme au Bureau Exécutif. Le Secrétaire Général sortant, Dawa Ould Moustahdi a été reconduit dans ses fonctions.

Cheikh Aïdara