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DECLARATION DE LA COORDINATION REGIONALE DES OSC GFF-GUIDIMAKHA SUR L’ENTRAVE DES DROITS FONDAMENTAUX DES ENFANTS AU GUIDIMAKHA : LA MENDICITE DES ENFANTS TALIBES

La Coordination Régionale des OSC-GFF-Guidimakha a été saisie par Zeinabou  Mohamed MAHMOUD, Présidente de l’ONG SAWAB, et membre de la Coordination au sujet de la mendicité des enfants talibés au Guidimakha.

Suite à cette interpellation, la Coordination a conduit des enquêtes au niveau des quartiers de la ville de Sélibaby. Les investigations effectuées dans ces quartiers nous ont permis de collecter un certain nombre d’information :

  1. Identification de centaines d’enfants talibés dans tous les quartiers de Sélibaby ;
  2. La moyenne d’âge de ces enfants varie entre 8 et 14 ans ;
  3. La plupart de ces enfants  sont localisés dans le quartier Collège ; Ils dorment dans la rue
  4. Ces enfants sont déscolarisés ;
  5. Ils sont mal habillés et ne portent pas de chaussures ;
  6. Certains d’entre eux ont des plaies et souffrent des maladies non traitées ;
  7. Ils se nourrissent d’aliments quémandés dans différentes maisons ;
  8. Ils sont sans abri et dorment parfois dans la rue ;
  9. Ils sont obligés de rapporter quotidiennement une somme d’argent fixée par leur maitre coranique.

Par ailleurs, ces enfants mendiants sont par ailleurs exposés à toutes formes d’atteinte à leur intégrité physique et morale et sont en permanence en situation de vulnérabilité.

N’ayant pas les moyens de les nourrir, la pauvreté serait donc la cause première de cette situation. Ceux qui sont censés les protéger et subvenir à leurs besoins les exploitent en réalité, car  l’argent perçu  est donné par ces enfants au maître d’école coranique auquel ils ont été confiés par leur famille.

Cette évolution de la mendicité infantile est donc en relation avec le déclin des conditions de vie socio-économiques des populations. L’enquête conduite montre que ces enfants talibés pour la plupart proviennent des régions pauvres du Sénégal et migrent avec leur maître. Cette situation s’est amplifiée depuis que le Sénégal a banni cette pratique que l’on peut considérer comme une forme contemporaine de traite des enfants. Il est inadmissible que la mendicité soit prohibée au Sénégal et tolérée en Mauritanie.

En effet, l’Article 4 de la Déclaration des Droits de l’Enfant de 1959 stipule que « l’enfant doit bénéficier de la sécurité sociale, il doit pouvoir grandir et se développer d’une façon saine (…). L’enfant a droit à une alimentation, à un logement, à des loisirs et à des soins médicaux adéquats» (Assemblée Générale des Nations Unies). La mendicité met à mal tous ces droits, qui sont indispensables pour le développement physique et mental d’un enfant.

La mendicité est une forme nouvelle d’esclavage humain que la société semble admettre et tolérer au nom d’une religion en principe très protectrice des droits fondamentaux de l’être humain.

La Coordination Régionale des OSC lance un appel vibrant à l’État Mauritanien pour mettre fin à cette situation dramatique qui nuit à son image de marque en rapatriant les maitres et leurs talibés dans leurs pays d’origine et en s’occupant des enfants mauritaniens vivant en situation difficile.

Sélibaby, 29/05/2022


Analyse et suivi budgétaire en matière nutritionnelle, l’ONG AMAMI partage son étude avec la société civile

L’Association Mauritanienne d’Aide aux Malades Indigents (AMAMI) a organisé samedi 28 mai 2022 dans ses locaux à Nouakchott, un atelier de restitution d’une étude qu’elle a réalisée, avec l’appui du Global Fund Financement (GFF), portant sur l’analyse et le suivi budgétaire des dépenses en matière nutritionnelle.

Le président de AMAMI (debout) à l’ouverture de l’atelier – Crédit Aidara

Plusieurs responsables d’associations de la société civile actifs dans le domaine de la nutrition, de la santé et du développement, se sont réunis samedi 28 mai 2022 à Nouakchott, sur invitation de l’ONG AMAMI qui tenait à partager avec eux une étude qu’elle a réalisée sur l’analyse et le suivi budgétaire des dépenses allouées à la nutrition en Mauritanie.

L’étude menée par un bureau de consultants indépendant a porté sur l’état de financement de la nutrition en Mauritanie entre 2019 et 2022. L’étude commence par un rappel des principaux documents stratégiques adoptés, notamment le plan stratégique multisectoriel sur la nutrition qui remplace le Plan d’action intégré de la nutrition qui était en vigueur. L’étude a porté sur les zones prioritaires et les principaux groupes cibles, notamment les enfants de moins de 5 ans, les femmes enceintes et les femmes en âge de procréer, les adolescentes en particulier.

Vue partielle des participants en présence du vice-président du GFF (extrême droite) – Crédit Aidara

Parmi les documents de référence, le consultant a également cité la Feuille de route 2016-2020 du mouvement SUN, les ODD, les directives de l’assemblée nationale mondiale de la santé de 2012, la Stratégie de croissance accélérée et de prospérité partagée (SCAPP) 2016-2030 et enfin, la Stratégie africaine de la nutrition 2015-2025.

Par la suite, le consultant a présenté le cadre commun des résultats, avec ses six axes stratégiques, ses effets et les institutions de mise en œuvre. Il a fait remarquer que les dépenses liées à la nutrition représentent moins de 1% du PIB, avec des chutes d’année en année, alors que l’Etat mauritanien s’était engagé sur le plan international, à l’instar de tous les pays, à maintenir la nutrition à 5% du PIB. Depuis quelques années, les acteurs déclarent avoir constaté un regain d’intérêt des autorités mauritaniennes par rapport aux questions liées à la nutrition, bien que le niveau des dépenses reste encore timide, selon eux.

De là, le constat tiré par les acteurs sur la nécessité de déployer un plaidoyer fort et renforcé auprès des autorités concernées par la problématique, en particulier le Ministère de la Santé.

C’est dans ce cadre qu’un groupe d’ONGs mené par AMAMI, sous financement du GFF, compte lancer des « Journées Portes Ouvertes » en direction des députés de l’Assemblée Nationale, tout en prenant conscience que le plaidoyer doit débuter dès les prémisses de la préparation du budget, notamment au niveau de la préparation macro.

Le consultant (Abd Dayem) présentant l’étude – Crédit Aidara

Moulaye Mehdi Moulaye Zeine, président de l’ONG AMAMI et de la Plateforme SUN de la société civile a expliqué qu’il y a un fort engagement du gouvernement de la Mauritanie par l’achat des ATP (alimentation thérapeutique). En effet, 95% des ATP sont prise en charge par l’Agence Taazour pour la Solidarité Nationale et la lutte contre l’Exclusion. Cette initiative peut encore être améliorée, selon lui, soulignant que les partenaires y compris GFF sont disponible pour l’accompagnement. Les OSC devraient veiller à ce que les engagements de la Mauritanie soient concrètement mis en pratique .

A l’issue de l’atelier, les participants ont décidé de créer un comité restreint ad-hoc qui se chargera du plaidoyer auprès du Ministère de la Santé et des parties prenantes. Ils se sont réjouis cependant du fait que la Mauritanie va lancer en 2023, un budget programme qui permettra un suivi plus facile des dépenses par rubrique clairement identifiée.

A noter que l’ONG AMAMI a lancé une série de formations sur la nutrition à l’intérieur du pays. Celle-ci se poursuivra au niveau de Nouakchott en direction de la société civile et inclura des séances de sensibilisations auprès des parlementaires.

Avaient assisté à la rencontre sur la restitution de l’étude sur l’état de financement de la nutrition, le vice-président de la coalition GFF Mauritanie et quelques responsables d’ONGs nationales et internationale actifs dans le domaine de la santé, de la nutrition et du développement.

Cheikh Aïdara


Esclavage moderne, l’Association de Lutte Contre la Dépendance et Free The Slaves forment des acteurs publics et gouvernementaux

Pendant trois jours, du 27 au 29 mai 2022, l’Association de Lutte Contre la Dépendance (ALCD), en partenariat avec l’ONG américaine, Free The Slaves (FTS), a formé une quinzaine d’acteurs du secteur public ainsi que des agents du gouvernement dans la compréhension de l’esclavage moderne, sa définition, ses conséquences, l’arsenal juridique national et les instruments juridiques internationaux qui l’incriminent.

A l’ouverture de l’atelier – Crédit Aidara

Qu’est-ce que l’esclavage moderne, quelles sont ses causes profondes, et comment évaluer les forces et faiblesses des réponses pour y mettre fin ? C’est autour de ces questions sur les pratiques de l’esclavage moderne qu’une quinzaine d’acteurs publics ont été formés, du 27 au 29 mai 2022 à Nouakchott, par des experts de l’ALCD et de FTS.

Ouvrant les travaux de l’atelier, Toutou Mint Ahmed Jiddou a remercié son partenaire, FTS pour l’accompagnement dans la meilleure diffusion des textes incriminant les pratiques esclavagistes qu’ils soient modernes ou hérités. Elle a évoqué l’importance du thème dans un contexte marqué sur le marché du travail par l’ampleur du travail forcé et les abus au travail. Tout en souhaitant une bonne formation pour les participants, elle a déclaré ouvert les travaux de l’atelier.

Toutou Ahmed Jidou ( à gauche) et Dame Bâ- Crédit Aidara

A son tour, Dame Bâ, Coordonnateur national du FTS en Mauritanie, a procédé à une brève présentation de son organisation qui opère sur le plan international contre la pratique de l’esclavage moderne dans le monde.

Les participants ont par la suite suivi plusieurs présentations, notamment la situation de l’esclavage dans le monde et ses différentes formes. Répartis en travaux de groupe, ils ont été invités à donner des exemples d’esclavage moderne en Mauritanie, leurs causes, leurs liens avec l’inégalité et l’exclusion sociale, les efforts déployés pour y mettre fin, que cela soit de la part des autorités que de la société civile.

Le consultant Horma a par la suite évoqué les engagements de la Mauritanie dans la lutte contre l’esclavage moderne, à travers notamment le Pacte international sur les droits civils et politiques de 1966 qu’elle a ratifié, la Loi de 2007 puis celle de 2015 incriminant l’esclavage et réprimant les pratiques esclavagistes, et ce que l’état mauritanien a fait dans l’application de ces différents traités et lois. A été aussi évoqué l’Alliance 8.7 des ODD relatif au travail forcé et au travail décent et qui promeut la lutte contre la discrimination et la marginalisation qui alimentent l’esclavage moderne.

Il a été également question au fil des présentations, de la responsabilité de l’état et de l’accès à la justice. Les participants ont été invités dans ce cadre à identifier, à travers des travaux de groupe, cinq objectifs et à proposer un calendrier d’exécution que l’Etat mauritanien doit réaliser pour respecter ses engagements nationaux et internationaux dans la lutte contre l’esclavage moderne.

Enfin, les participants ont été familiarisés avec la notion d’Etat de droit et les facteurs de son renforcement, en particulier le rôle et les responsabilités des acteurs et agences publiques dans les solutions immédiates pour l’éradication de l’esclavage moderne.

Cheikh Aïdara


Mauritanie : du deux poids, deux mesures à l’instigation de la discorde

Note du mouvement IRA du 17 mai 2022 sur l’arrestation d’un jeune qui aurait répondu à une vidéo que beaucoup considèrent comme provocatrice.

1. Depuis une semaine, une vidéo circule sur les réseaux sociaux où un sieur Khattri Ould Djé, réclame l’emprisonnement du député Biram Dah Abeid et de monsieur Samba Thiam, leader des Forces progressistes du changement (Fpc), ex- Forces de libération africaines de Mauritanie (Flam). La séquence, très provocatrice, suscite l’indignation dans les milieux défavorisés, en particulier les descendants d’esclaves noirs, d’origine subsaharienne. Beaucoup de jeunes issus de ce terreau réagissent mal au discours car l’auteur y humilie la communauté des Hratine, qu’il prétend soigner, nourrir et préserver du règlement de la Diya, la compensation légale de l’homicide.

2. C’est dans ce contexte de libération de la parole réactionnaire, que Mohamed Yislem, né en 1985 à Rosso, réagira aux déclarations du susdit, non sans en démentir les allégations, arguments, accusations et incitations à la violence de caste. Le samedi 14 mai 2022, à 10 h, Mohamed Yislim est capturé par des policiers du commissariat de Elmina 3 (commune populaire de la capitale), en uniforme. Il y reste 24 heures, avant le transfert vers un lieu non identifié, selon son père qui le cherchait, partout.

3. Le dimanche 15 mai, le détenu, sur injonction des ravisseurs, appelle son géniteur et l’informe de sa présence au commissariat de police 1 de Tevragh Zeina (commune résidentielle de Nouakchott) ; il demande, aux siens, de lui apporter son téléphone (sous réquisition des Renseignements) et des vêtements de rechange. D’emblée, les agents de faction refusent la rencontre des deux puis se ravisent et décident d’assister à l’entrevue. Quand le père revient porteur de la nourriture au fils, ses interlocuteurs refusent de réceptionner le repas.

4. Mohamed Yislim, rejeton de famille servile croupit en prison, à cause de ses idées et rêves d’émancipation tandis que son contradicteur, fils de famille féodale, reste à l’abri des poursuites, malgré la virulence de ses mots. En Mauritanie, il semble que la définition de l’extrémisme et de l’appel à la haine n’inclut que les propos imputables aux cadets sociaux. Le reste de la population se considère à l’abri et au-dessus des lois contre la discrimination et la stigmatisation. D’ici-peu, si la tendance se confirme, la contestation de l’esclavage et du racisme deviendrait un délit, en soi.

5. Face au regain de tension, entretenu de l’intérieur des factions suprématistes du pouvoir, l’apaisement et l’ouverture prônées par le Président de la République depuis l’alternance de 2019, se trouvent désormais en situation de péril. La cohésion du pays ne cesse de se dégrader, alors que l’insécurité et l’instabilité régionales mettent en danger, nos citoyens, y compris aux frontières nord et est. Tant d’amateurisme des politiques publiques, de faux diplômes, de nominations complaisantes et d’attributions de marchés à des notables sans assise saine, ont nourri et entretenu l’arrogance de la médiocratie installée au cœur de l’Etat. Pour durer, s’enraciner et même prétendre à quelque utilité, la classe redoutée des dirigeants de la Mauritanie, sous l’injonction des moyens-passables-incompétents, a besoin d’attiser les tensions, sur la base de l’identité. Ainsi, prend-elle en otage le sommet de l’administration, ses échelons subalternes et une fraction conséquente de l’opinion. Il n’est pas exclu que les forces obscures préparent une déstabilisation à grande échelle, d’où la présente alerte, à l’attention du Président de la République et de ses proches collaborateurs. La mise en garde s’adresse, également, à l’ensemble des députés et aux organisations de la société civile.

Nouakchott le 17 mai 202
Le Bureau Exécutif