aidara

Mauritanie : plateforme de lutte contre les violences basées sur le genre à Atar, le drame des femmes victimes d’abandon conjugal

Chaque Wilaya (administration territoriale) a ses spécificités en termes de violences basées sur le genre. A Atar, ce sont les abandons conjugaux qui causent plus de préjudices psychologiques aux femmes et aux jeunes filles, selon les experts locaux. D’où l’engouement constaté autour de la Plateforme multisectorielle de lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles, que le Ministère des Affaires Sociales, de l’Enfance et de la Famille, avec l’appui du Fonds des Nations Unies pour la Population, a mis en place, lundi 23 août 2021.

Photo de groupe des participants – Crédit Aïdara

A Nouakchott, dans le célèbre quartier de MBarka Wa Amara, à quelques pas de la célèbre « Dayira » du défunt saint, Ely Cheikh Ould Moma, vit Teslem, 45 ans, avec ses deux grandes filles et ses sept filleuls. Elle est mariée depuis l’âge de 16 ans à un homme qu’elle n’a pas vu depuis trois ans. « Avant, on ne le voyait qu’une ou deux fois par an, parce-qu’il vit à quelques 500 Km d’ici ».

Le cas de Teslem, victime d’abandon par son mari, n’est pas isolé. Ce phénomène serait même très répandu dans l’Adrar. Ce serait la violence la plus récurrente dans la région, loin devant toutes les autres, y compris le viol, selon les activistes.

Mise en place officielle de la plateforme d’Atar

C’est dans ce contexte particulier que le Conseiller du Wali de l’Adrar, chargé des Affaires Sociales, M. Cheikh Ould Bilal, a annoncé solennellement, le lundi 23 août 2021, la mise en place de la Plateforme multisectorielle de lutte contre les violences basées sur le genre.

Le Conseiller du Wali (au milieu costume noir) installe la plateforme d’Atar – Crédit Aïdara

A l’instar de plusieurs autres régions du pays, Atar vient ainsi de bénéficier d’un cadre de coordination pour la prévention et la prise en charge des victimes et survivants de violences basées sur le genre (VBG). L’installation des plateformes multisectorielles de lutte contre les VBG est lancée depuis quelques temps par le Ministère des Affaires Sociales, de l’Enfance et de la Famille (MASEF) avec l’appui du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA).

Dans son mot d’ouverture, M. Cheikh Ould Bilal a déclaré que le respect des droits de l’homme est un des principes clés de la religion musulmane, non sans constater l’ampleur de plus en plus grande des violences, en particulier celles visant les femmes et les jeunes filles. Il a salué l’initiative prise par le MASEF de créer cette plateforme de lutte contre les VBG, qui va constituer selon lui, un cadre de concertation et de coordination pour la prise en charge des cas de violence qui seront signalés. « J’espère qu’à travers ce mécanisme, nous mettrons fin à toutes ces déviances et à tous ces actes criminels qui menacent la quiétude sociale, la vie et l’honneur de nos femmes et de nos filles » a-t-il précisé, avant d’annoncer la mise en place officielle de la plateforme d’Atar.

Mme Khadijetou Cheikh Lô, Chargée de Programme Genre au sein de l’UNFPA Mauritanie, a tenu à remercier dans son intervention, au nom du Représentant résident, M. Saidou Kaboré, le gouvernement mauritanien, en particulier le MASEF, pour la franche collaboration avec son institution dans tous les programmes dédiés à la protection du droit des femmes. « Je rappelle que l’installation de ces plateformes correspond à un programme prioritaire du gouvernement qui s’inscrit en droite ligne dans le programme politique de Son Excellence, le Président de la République, M. Mohamed Cheikh Ghazouani, qui a appelé clairement à la protection du droit des femmes, à travers l’adoption de textes et la mise en place d’outils qui permettent de protéger, de prévenir et de prendre en charge toutes les personnes vulnérables » a-t-elle déclaré. Parmi ces outils, a-t-elle ajouté en substance, figure la mise en place des 15 plateformes multisectorielles de lutte contre les VBG.

Elle a rappelé aussi que c’est en 2019 qu’a commencé l’installation des plateformes pilotes dans 5 régions du pays. « En 2021, le gouvernement a pris la décision de mettre l’expérience à plus grande échelle et d’installer les plateformes au niveau de toutes les Wilayas » a-t-elle précisé.

C’est dans ce cadre, dira-t-elle en substance, que s’inscrit la mise en place de la présente plateforme multisectorielle de lutte contre les VBG d’Atar. « Nous comptons beaucoup sur les 15 membres de la plateforme représentants ici les différents acteurs, dont la société civile, pour suivre avec intérêt les enseignements qui leur seront dispensés pendant deux jours par une experte du MASEF » a-t-elle ajouté.

Formation des membres de la plateforme

Du 23 au 24 août 2021, les membres de la plateforme, composés de cadres du MASEF, des représentants du Ministère des Affaires Islamiques, de l’Education Nationale, de la Santé, de la Justice, de la Police, de la Gendarmerie, en plus de quelques associations de la société civile, ont pris part à une formation sur les VBG, sur la composition, le rôle et la mission de la plateforme, la prise en charge psychosociale et clinique des victimes ainsi que des survivants des VBG.

Vue partielle des participants – Crédit Aïdara

Au cours des travaux de groupe, les participants ont travaillé sur les pratiques habituelles et les orientations. « Ce qui sera nouveau pour vous, c’est la collaboration et la coordination entre vos différentes structures pour toute décision à prendre face à un cas avéré de violences basées sur le genre, avec comme référence de toutes vos activités, le directeur régional à l’Action Sociale, qui coiffe la plateforme » a insisté la formatrice du MASEF, Mme Neya Mint Hally.

Par la suite, un prototype de canevas de Plan d’actions a été présenté aux participants, qui devront se réunir tous les mois, avec productions de rapports mensuels, et une grande réunion par trimestre.

A préciser que le préfet central d’Atar, M. Mohamed Ahmed Cheikhna et le Maire adjoint de la Commune d’Atar, Cheikh Mélaïnine Cheikh Saad Bouh, ainsi que le directeur régional à l’Action Sociale de l’Adrar, avaient pris part à l’ouverture de la cérémonie de lancement de la plateforme multisectorielle de lutte contre les VBG à Atar. La délégation du MASEF était conduite par Mme Lebneik Mint Soulé, Directrice de la Promotion de la Famille, de la Femme et du Genre.

Cheikh Aïdara

Témoignage
Mme Vatimetou Moma, membre de la plateforme, présidente de l’Association nationale pour la protection des orphelins, des enfants et des veuves, ONG créée en 2011 à Atar

« L’association prend en charge depuis des années le cas de Teslem. Nous respectons sa décision de ne pas porter plainte contre son mari. Notre association lui apporte une aide matérielle et psychologique, aide ses petits-enfants dans leur scolarisation, ses filles à elle n’ayant pas eu la chance de fréquenter l’école. Je crois que la mise en place de cette plateforme va permettre certainement, de réduire considérablement le traumatisme des femmes abandonnées par leur mari, et qui vivent l’une des pires violences, la violence psychologique qui peut mener à la folie. Ici en Adrar, il n’y a pratiquement pas de cas de viol. Les principaux problèmes posés sont liés aux conflits conjugaux, notamment l’abandon des épouses par les hommes qui refusent de les divorcer »

Visite de courtoisie chez le Wali de l’Adrar


Akjoujt, mise en place de la Plateforme multisectorielle de lutte contre les violences basées sur le genre

La Wilaya de l’Inchiri dispose désormais de sa Plateforme multisectorielle de lutte contre les violences basées sur le genre. Un dispositif mis en place lundi 20 août 2021 par le Ministère des Affaires Sociales, de l’Enfance et de la Famille, avec l’appui du Fonds des Nations Unies pour la Population.

Photo de famille regroupant les autorités, les membres de la Plateformes – Crédit Aidara

« Nous ne disposons pas de chiffres à notre niveau, mais l’ampleur des violences basées sur le genre dans la région de l’Inchiri, en particulier à Akjoujt, est telle que la création d’un mécanisme de lutte contre ce fléau, comme cette plateforme qui vient d’être mise en place, est une nécessité absolue ! »

De G. à Dr. maire d’Akjoujt, le Hakem, le Conseiller du Wali et le Commandant de la Garde – Cheikh Aidara

Cette déclaration de l’imam Mohamed Ali Ould El Boukhary, directeur régional des Affaires Islamiques et président de deux associations locales, celle des Ulémas et celle des Imams, a été cueillie en marge d’un atelier de trois jours, qui a suivi l’installation officielle de la Plateforme multisectorielle de lutte contre les violences basées sur le genre (VBG) en Inchiri. La cérémonie de lancement de ce mécanisme, le 20 août 2021, a été présidée par le Conseiller du Wali Chargé des Affaires Economiques, M. Sayid Ould Sam, en présence du Hakem d’Akjoujt, M. Mohamed Cheikh Ould El Ghowth et du maire de la commune, M. Ahmed Yacoub Ould Chia.

Mise en place officielle de la plateforme

M. Sayid Ould Sam – Crédit Aidara

Ouvrant les travaux de l’atelier de mise en place de la Plateforme de lutte contre les VBG dans la wilaya de l’Inchiri, le représentant du Wali a rappelé que le respect des droits humains est un principe de base de l’Islam. Il a cependant mis en exergue les transformations sociales qui ont entraîné une perversion des mœurs, sous l’effet conjugué de la mondialisation et de l’introduction massive des produits psychotropes. Cela a abouti, selon lui, à la recrudescence des violences, notamment celles faites aux femmes et aux filles. « Cette situation exige que nous unissions nos forces pour faire face à ce phénomène, à travers la mise en place d’outils ou de mécanismes efficaces comme cette plateforme, en droite ligne avec les instructions du Chef de l’Etat, M. Mohamed Cheikh Ghazouani qui accorde une importance particulière aux franges les plus vulnérables, notamment les femmes et les jeunes filles » a-t-il signalé.

Le maire de la commune d’Akjoujt, M. Ahmed Yacoub Chia a abondé dans le même sens, saluant l’initiative d’une telle plateforme qui constitue selon lui, une demande pressante de la part des autorités et des populations locales.

Mme Lebneike Mint Soulé-Crédit Aidara

S’exprimant au nom de la Ministre des Affaires Sociales, de l’Enfance et de la Famille (MASEF), la Directrice de la Promotion de la Famille, de la Femme et du Genre, Mme Lebneik Mint Soulé a déclaré que la mise en place des plateformes multisectorielles de lutte contre les violences basées sur le genre sur l’ensemble du territoire, dont celle en cours à Akjoujt, répond à une situation d’urgence au moment où les violences contre les femmes et les filles prennent de l’ampleur dans le pays. « L’objectif du présent atelier est de réunir dans une plateforme les principaux acteurs qui détiennent une certaine expertise dans ce domaine, parmi les agents de l’Etat et les activistes de la société civile, afin d’assurer la sensibilisation et la coordination pour prévenir et prendre en charge les cas de VBG » a-t-elle précisé. Elle a remercié au passage l’UNFPA pour ses appuis constants aux actions du département des affaires sociales.

Mme Khadijetou Lô-Crédit Aidara

Mme Khadijetou Lô, Chargée du Programme Genre au sein du Bureau UNFPA Mauritanie, a remercié au nom du Représentant résident, M. Saidou Kaboré, le gouvernement mauritanien pour avoir mis dans ses priorités la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles, citant au passage l’intérêt que lui accorde le Président de de la République, M. Mohamed Cheikh Ghazouani dans son programme politique. « C’est dans ce cadre que l’UNFPA vient en appui au MASEF dans la mise en œuvre de ce vaste programme à travers l’installation des plateformes multisectorielles de lutte contre les VBG dans les quinze régions du pays, et en particulier l’évènement qui nous réunit aujourd’hui dans la capitale de l’Inchiri » a-t-elle souligné. Elle a précisé que cette plateforme qui réunit tous les acteurs intervenants dans le domaine de la lutte contre les violences basées sur le genre, est un cadre de coordination, de référence et de contre-référence pour la gestion des cas et l’accompagnement des survivantes.

Formation des acteurs

Pendant trois jours, du 20 au 22 août 2021, sous la houlette de la Direction régionale à l’Action Sociale à Akjoujt, les 15 membres de la Plateforme multisectorielle de lutte contre les VBG, qui regroupe des représentants du Ministère de l’Education Nationale, des Affaires Islamiques, de la Justice, de la Santé, des forces de sécurité (Police, Gendarmerie, Garde), de la commune, ainsi que plusieurs organisations de la société civile, ont suivi plusieurs communications au cours d’une formation de renforcement de capacités.

Vue partielle de la salle lors de l’ouverture – Crédit Aidara

Ils ont été édifiés, en tant que point focal de leur structure au sein de la plateforme, sur le rôle qu’ils doivent jouer en tant que cadre de coordination, de mobilisation de ressources, de sensibilisation de la communauté pour un changement social et de comportement, de référencement et de contre-référencement, de collecte de données, de productions de rapports et de suivi des cas de violences. Outre les réunions mensuelles, les membres de la plateforme doivent également faire le point une fois par trimestre.

Beaucoup de notions leur ont été transmises, comme le concept de VBG, les quatre principes directeurs (sécurité, confidentialité, respect de la dignité des survivants et non-discrimination), la prise en charge psychosociale et médicale des survivants.

Le denier jour, les participants se sont scindés en deux groupes de travail sur deux thèmes : la prise en charge psychosociale et la prise en charge clinique des survivants des VBG.

A rappeler que c’est le mercredi 21 avril 2021 que le Secrétaire général du MASEF et le Représentant résident de l’UNFPA avaient lancé la mise en place des plateformes multisectorielles de lutte contre les VBG dans les quinze Wilayas du pays en commençant par l’équipement des trois Wilayas de Nouakchott.

Ces plateformes sont composées de 15 unités informatiques complètes, 15 imprimantes laser, 15 armoires de rangement, 300 chaises visiteurs, 15 multiprises 10 mètres, 30 onduleurs, 15 cartons rame de papier, 30 recharges imprimantes, 30 produits hygiène, plus un lot d’eau de javel et de détergent, ainsi que 45 classeurs chemises.

Cheikh Aïdara

Témoignages

Mohamed Ali Ould El Boukhari, Directeur régional des Affaires Islamiques

« Cette plateforme est importante si elle va jouer son rôle dans le rétablissement de la justice, comme le veut l’Islam qui bannit toute forme d’injustice. Quelle que soit la victime, homme, femme ou jeune fille. En tant qu’imam, j’ai réglé beaucoup de problèmes de violences, certaines conjugales, d’autres relatifs à des agressions sexuelles. En tant qu’ancien directeur du secondaire, je sais qu’il y a beaucoup d’abus en milieu scolaire. Il faut surtout retenir que la ville d’Akjoujt, en sa qualité de cité industrielle, est un carrefour qui attire beaucoup de monde, des gens venant de toutes les régions du pays et de l’étranger, avec la présence de stupéfiants. On y compte beaucoup de crimes sexuels. Les agressions sexuelles ont cependant beaucoup diminué, mais nous comptons cependant, un à deux cas par semaine devant les juridictions. D’où l’importance d’un mécanisme de coordination comme la plateforme qui vient d’être mise en place ».

Oumoukelthoum Hamady NGaïdé, ONG « Assistance aux démunis »

« Nous faisons face chaque jour à toutes les formes de violence. Le dernier cas que nous avons accompagné est celle d’une jeune fille de 15 ans, violée par un cambrioleur. Son agresseur croupit actuellement en prison. L’autre cas, celle d’une femme mariée d’une trentaine d’année, qui a subi elle aussi une agression dans les jardins. L’auteur du viol est quelqu’un de connu. Le cas de cette femme a été aussi pris en charge par notre ONG et l’auteur a été incarcéré. Pour vous dire l’importance de la plateforme car Akjoujt est une ville très dangereuse pour les femmes et les filles. Une vingtaine d’élèves ont ainsi été enceintée. La situation est explosive. Nous fondons beaucoup d’espoir sur la plateforme, car l’essentiel de sa mission doit porter sur la sensibilisation, surtout en milieu scolaire ».

Bâ Zeynabou, Sage-femme, Chef de service santé reproductive au Centre de santé d’Akjoujt

« Avec la drogue et la délinquance juvénile, nous sommes souvent confrontés aux cas de viol et d’agressions sexuelles. Cette plateforme peut beaucoup apporter à la lutte contre les violences, d’autant qu’elle regroupe tous les acteurs impliqués dans la lutte contre ce phénomène. Les autorités ont toujours réagi rapidement à cette situation, et l’apport de la plateforme sera cruciale pour apporter une plus-value à l’offensive contre le fléau des violences qui, il faut le dire, ont pris parfois des ampleurs démesurées à Akjoujt ».

El Mami Ould Brahim, président de la Plateforme de la Société Civile dans la Wilaya de l’Inchiri

« En tant que participant à cet atelier, représentant la Plateforme régionale de la société civile mise récemment en place par le Commissariat aux Droits de l’homme, nous ne pouvons que nous féliciter de l’installation de cette plateforme multisectorielle de lutte contre les VBG qui est venue à point nommé pour mettre fin à ces crimes contre les femmes et les filles. Au niveau de la région, nous ferons en sorte que ce phénomène perde de l’ampleur. Nous suivrons les cas que l’on signalera et nous ferons tout notre possible pour accompagner les survivants et prendre leur cas en charge. Je connais chacun des quinze membres de la plateforme et je confirme que les personnes qui ont été choisies font partie des meilleurs dans leur secteur d’activités, ce qui me pousse à accorder beaucoup de confiance au travail qui sera abattu dans ce domaine ».


Entreprenariat féminin et Planification Familiale, l’exemple des femmes restauratrices de Ouagadougou

Grâce à la planification familiale, la présidente Mme Kargougou Ouedraogo Mamouna et les 230 adhérentes du Collectif des Associations de Restauratrices et Transformatrices de Produits Locaux à Ouagadougou ont pu assurer leur autonomisation et imposer leur leadership.

« J’ai la cinquantaine, mais tout le monde me donne à peu près trente ans ! » lance avec un grand sourire, Mme Kargougou Ouedraogo Mamouna, présidente du Collectif des Associations de Restauratrices et Transformatrices de Produits Locaux (CARTPL) de Ouagadougou (Burkina Faso). Le collectif regroupe 93 associations de femmes et 230 adhérentes.

Le secret de Mme Kargougou ? L’adoption du Norplan, une méthode contraceptive moderne, qu’elle adopte depuis plus de vingt ans. « Mon dernier enfant a aujourd’hui 24 ans. J’ai quatre enfants, dont deux jumeaux. Dans nos traditions, quand tu as des jumeaux, tu es obligée de les faire suivre par un autre enfant. Mais le 5ème, c’est moi d’en décider », poursuit-elle, avec plein d’énergie.

Situé dans le 11ème arrondissement de Ouagadougou, le siège du CARTPL accueillait ce jeudi 12 août 2021 un groupe de journalistes venus des pays membres du Partenariat de Ouagadougou, une organisation créée en 2011 dans la capitale burkinabé et qui regroupe, outre le Burkina Faso, le Bénin, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal et le Togo. Son objectif, assurer l’accès facile à la planification familiale de qualité pour la survie des mères et des nouveau-nés et pour l’amélioration des conditions de vie des femmes et des jeunes en vue d’assurer le bien-être familial et garantir le développement durable.

Tour à tour, présidentes d’associations membres du collectif, jeunes animatrices et membres adhérentes se sont exprimées sur leurs activités, dont un pan important consacré à la sensibilisation sur la contraception. Si la moyenne d’âge des membres du collectif tourne autour de la quarantaine, toutes ont salué les bienfaits qu’elles ont tiré de la planification familiale.

« N’ayant pas d’enfants en bas âge, j’ai pu voyager pendant ces vingt dernières années à mon aise, assister à des réunions, et consacré l’essentiel de mon temps à mes affaires grâce à la planification familiale » affirme Ouedraogo Salamata, présidente de l’association « Pagb Zoodo », membre du CARTPL. Toutes les femmes du collectif partagent la même expérience. Elles sont dans la restauration ou la transformation de produits agroalimentaires qu’elles commercialisent au niveau du Burkina Faso et dans les pays limitrophes, voire à l’extérieur. Des sucreries, des produits en poudre, des boissons, des aliments, sous emballages ou dans des bouteilles, fabriquées à base de produits de l’agriculture ou des arbres locaux. De véritables installations industrielles, avec des entrepôts, des laboratoires et des salles de transformation qui font travailler des centaines de personnes.

« La pandémie Covid-19 a beaucoup impacté nos activités au début de la crise en 2020, mais nous avons vite surmonté la crise » souligne Marguerite Ouedraogo, présidente de l’association « Bas Yiré » et membre du bureau exécutif du CARTPL.

Véritables entrepreneurs, les femmes du CARTPL de Ouagadougou sont débordantes d’énergie et démontrent par leur réussite, que l’autonomisation des femmes et la réalisation de leur plein potentiel passent par l’adoption d’une méthode contraceptive moderne.

En appui à leurs activités productrices, le collectif gère une mutuelle de santé dénommée « Laafi Beolgo » qui offre une gamme de services de santé, dont l’hospitalisation, la référence des malades et le service d’ambulance, sans compter les consultations, les accouchements, etc. La mutuelle a noué un partenariat avec la commune et le ministère de la santé. Elle est appuyée par d’autres partenaires comme l’ONG ASMADE et Solidarité Socialiste de Belgique.

A la fin des exposés et la visite des produits fabriqués par les femmes de l’association, les invités ont eu droit à la dégustation de plats de la gastronomie burkinabé confectionnés à base de produits locaux.

Cheikh Aïdara


Planification familiale, les journalistes du Partenariat de Ouagadougou rechargent leurs batteries

Réunie à Ouagadougou (Burkina Faso) du 11 au 12 août 2021, une quarantaine de journalistes issue des neuf pays membres du Partenariat de Ouagadougou ont participé à un atelier d’orientation sur la santé de la reproduction et la planification familiale.

Photo de groupe avec au 1er plan le ministre de la Santé – Crédit Aidara

La capitale burkinabé, Ouagadougou, a accueilli du 11 au 12 août 2021, un atelier régional d’orientation des journalistes sur la santé de la reproduction et la planification familiale (SR/PF). Cette rencontre, organisée par l’Unité de Coordination du Partenariat de Ouagadougou (UCPO) et Population Council, a ciblé les acteurs des médias issus des neuf pays membres du partenariat, Burkina Faso, Bénin, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal et Togo. Sur la soixantaine de participants à l’atelier, figurent des journalistes, des présidents d’association de presse, des bloggeurs et des points focaux jeunes.

La rencontre a été marquée par un échange de discours entre le Ministre de la Santé du Burkina Faso, Pr. Charlemagne Ouedraogo, le Secrétaire général du Ministère de la Communication, M. Rabankhi Abubakr Zida et Mme Marie Bâ, Directrice de l’UCPO.

De Dr. à G. Fatou MBow (Population Council), SG Ministre Communication (Burkina), Ministre Santé (Burkina), Marie Bâ (UCPO), Aidara – Crédit Aidara

Il s’agit du troisième atelier du genre organisé à l’intention des journalistes, après Dakar en 2014 et Bamako en 2017.  Objectif, booster la contribution des journalistes pour accélérer les progrès dans l’utilisation de la planification familiale dans leurs pays respectifs.

L’occasion pour la directrice de l’UCPO de se féliciter des avancées enregistrées ces dernières années, soulignant qu’en 2011, lors du lancement du Partenariat de Ouagadougou, rares étaient les pays qui avaient une prévalence contraceptive supérieure à 10%. « Aujourd’hui, la prévalence est à deux chiffres dans tous les pays » s’est-elle réjouie.

Nouvelle stratégie

Présentant la Stratégie 2021-2030 de l’UCPO, Mme Marie Ba a indiqué que l’objectif est de recruter 13 millions de nouvelles utilisatrices de méthodes de contraception moderne, avec un focus sur les jeunes et la société civile, le renforcement du volet changement social et de comportement, une meilleure coordination avec les partenaires et des échanges plus renforcés entre pays.

Vue des participants – Crédit Aidara

La nouvelle vision de l’UCPO sera ainsi davantage portée, selon elle, sur le suivi des objectifs, une meilleure gestion des données, une voix plus puissante donnée aux jeunes, la priorité accordée à l’action régionale et l’intérêt plus poussé aux pays pris individuellement.

Les défis restent cependant prégnants, a-t-elle fait remarquer, citant l’extrême jeunesse des populations des pays du Partenariat (65%), les insuffisances dans les politiques et programmes, la crise humanitaire, sécuritaire et sociale qui limite l’accès à la planification familiale, ainsi que sa lente progression.

Communications

Les participants ont suivi pendant trois jours plusieurs communications, notamment les dix ans du Partenariat de Ouagadougou, l’implication de la société civile dans l’atteinte des objectifs 2030, les ados et les jeunes, les normes sociales, la disponibilité des services de santé de reproduction, la délégation des tâches, la planification familiale en situation de crise humanitaire.

Le ministre de la Santé face à la presse – Crédit Aidara

Il a été également question de la mobilisation des ressources domestiques, l’impact de la pandémie Covid-19 sur les politiques et programmes SR/PF, le dividende démographique et la planification familiale, les pratiques à haut impact au Burkina.

Concours et visites

Une journée entière a été consacrée au concours d’excellence sur les meilleures productions médiatiques (objectifs, bilan et perspectives). D’une vingtaine de participants en 2011 lors de la première édition, le concours du Partenariat de Ouagadougou a connu un bond quantitatif et qualitatif, avec 59 participants lors de la cinquième et dernière édition. A la veille de la 6ème édition du concours, dont la clôture est prévue le 30 septembre 2021, un appel pressant a été lancé lors de l’atelier pour une participation plus massive à ce concours dont les têtes de listes des lauréats sont dominées jusque-là par les journalistes béninois et burkinabés.

La dernière journée de l’atelier a été consacrée à une visite de terrain. Les participants se sont ainsi scindés en groupes. Les uns se sont rendus au Centre Jeunes (ABBEF), les autres au Centre de Santé et de Promotion Sociale avec un focus sur la délégation des tâches, et enfin, d’autres sont allés au siège du Collectif des Associations de Restauratrices et Transformatrices de Produits Locaux.

Innovation jeune

La journée du 12 août, coïncidant avec la Journée internationale de la Jeunesse, il a été question de l’innovation chez les jeunes du Partenariat avec un appel en leur faveur, pour les appuyer et les accompagner. Un aperçu de ces talents jeunes avec le projet « BILLI NOW NOW » initié par une soixantaine de jeunes burkinabé, qui ont mis en place un programme d’engagement pour le leadership des jeunes. Ils ont créé une application qui leur permet avec des smartphones et des ordinateurs de générer des comptes numérisés sur la SR/PF. Ils ont pu ainsi, entre février et août 2021, référer digitalement quelques 4.000 jeunes (15-24 ans) auprès d’une cinquantaine de prestataires qui disposent de la même application et qui officient dans des structures de santé partenaires.

Cheikh Aïdara