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Pour Salah Cissé, réfugié malien en Mauritanie, le chômage perdure malgré son diplôme

Seul garçon d’une famille de 7 filles, Salah Cissé, 24 ans, réfugié malien au Camp Mberra en Mauritanie, diplômé en Sociologie de l’Université de Bamako, est obnubilé par la recherche d’un emploi. Et l’attente perdure.

Salah Cissé – Crédit Aïdara

« En tant qu’unique homme de ma famille, il est impératif que je trouve du travail, n’importe quoi, pour aider mes parents et mes sœurs. » C’est l’idée fixe qui hante l’esprit de Salah Cissé, un jeune réfugié dont les parents vivent au camp de Mberra en Mauritanie. Ils font partie des 66.000 réfugiés maliens qui ont fui la guerre au Nord du pays, depuis l’invasion djihadiste.

C’est en 2012 que la famille Cissé a quitté en extrême urgence Léré, à 70 kilomètres de la frontière mauritanienne, sans rien apporter avec elle, face à l’avancée des Islamistes qui avaient pris le contrôle de Tombouctou, plus de 100 kilomètres plus au Nord.

Entre deux séjours à Mberra, Salah Cissé est parvenu à suivre ses études au Mali, entre Léré, sa commune natale, et le cercle de Diré dans la région de Tombouctou.

Après avoir décroché son baccalauréat en 2015, il s’est inscrit à l’Université de Bamako où il a obtenu en 2019, une licence en sociologie. « Depuis, je suis à la recherche d’un emploi, après un stage de deux mois passé à la Direction nationale de protection de l’enfant et de la famille dans la capitale malienne », lâche-t-il.

Derrière sa silhouette de jeune à peine sorti de l’adolescence, Salah soupire, le regard lointain. « J’ai tenté à deux reprises d’intégrer l’Ecole Normale Supérieur (ENS) de Bamako, sans succès. Mon ambition était de devenir professeur en sociologie dans le secondaire », soutient-il.

A Mberra, Salah Cissé a poursuivi ses démarches pour décrocher un emploi auprès des nombreuses agences des Nations Unies et les organisations internationales opérant sur les lieux.

« J’attends et cela perdure. Mais je garde espoir de trouver une réponse positive après mes démarches, auprès du bureau d’enregistrement du camp de Mberra et le Centre d’accueil et de placement familial à Bamako », lâche-t-il avec tristesse.

Selon Saleh Cissé, « l’espoir est plus grand de décrocher un boulot à Mberra qu’au Mali, puisqu’ici il y a plus d’opportunités avec les nombreuses agences et organisations qui y travaillent ».

Mais, un jeune sociologue, sans expériences, a-t-il des chances de trouver du travail avec les grandes institutions ? Salah Cissé reste optimiste. « Les agences et organisations internationales qui travaillent dans le domaine social et humanitaire notamment, ont besoin d’un personnel haut qualifié pour des enquêtes sociologiques. » se défend-t-il.

Pour le moment, sa seule référence, ce sont les résultats d’un Mémoire de soutenance sur le mariage forcé à Léré, ou sa petite expérience de deux mois, dans une direction chargée de l’enfance et de la famille au Mali.

En attendant, Salah Cissé ne rejette aucune opportunité, ni type de boulot. « J’accepterai de faire n’importe quel travail honnête, l’essentiel étant de subvenir aux besoins de ma famille ». L’existence d’un centre de formation professionnel à Mberra, géré par le Bureau International du Travail, type « chantier-école » ou projet PECOBAT, pourrait être pour lui, un passage obligé vers un métier plus sollicité sur le marché du travail au niveau local.

Cheikh Aïdara


G5 Sahel, les droits de l’homme et du travail au cœur des multinationales

Un atelier de quatre jours s’est ouvert lundi 14 juin 2021 à Nouakchott sous le thème : « comment réaliser le travail décent pour tous ». Il entre dans le cadre de la dissémination de la Déclaration de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) sur les entreprises multinationales, concomitamment en Mauritanie et au Niger.

Vue partielle des participants – Crédit Aidara

Du 14 au 17 juin 2021, autorités chargées du travail, employeurs et employés, vont partager les 7 modules qui seront présentés sur la base de la Déclaration de l’OIT sur les entreprises multinationales, sur la politique sociale et sur les pratiques inclusives, responsables et durables dans le monde du travail. Ce document de base est le seul instrument international qui traite des relations de travail au sein des entreprises multinationales. Il a été élaboré et adopté par les acteurs du travail (gouvernement, employeurs et travailleurs) du monde entier.

L’atelier qui s’est ouvert, concomitamment à Nouakchott et à Niamey, est organisé par le Projet RBSA G5 Sahel, avec le concours du Centre International de Formation basé à Turin et l’Unité Entreprise du BIT à Genève.

Il vise à renforcer la capacité des pays du G5 Sahel et les engager dans une réponse dynamique à la crise actuelle par la mise en œuvre d’initiatives axées sur l’emploi et le travail décent.

Il est surtout destiné aux représentants du Secrétariat du G5 Sahel, ainsi que les représentants mauritaniens et nigériens incluant, les membres du gouvernement, des organisations d’employeurs et de travailleurs au sein des institutions nationales de dialogue social des deux pays.

Il s’agit notamment des représentants du ministère chargé du Travail et autres départements impliqués dans les discussions avec les entreprises multinationales. Mais aussi, des représentants d’employeurs et de travailleurs impliqués dans les questions liées aux activités des multinationales, dans celles liées à la responsabilité sociale et aux investissements directs étrangers. Il est destiné également au Secrétariat de la structure nationale de dialogue social.

Au sortir de l’atelier, les participants devront contribuer à l’élaboration d’une feuille de route détaillant les prochaines étapes pour la promotion de la Déclaration de l’OIT sur les entreprises multinationales dans les deux pays respectifs.

Vue partielle des travaux – Crédit Aidara

A noter que l’atelier a pour principal objectif, de familiariser les acteurs nationaux clés en Mauritanie et au Niger, sur cette déclaration afin de leur permettre d’approfondir leurs connaissances sur ses approches, ses principes et ses outils opérationnels.

Cette rencontre permettra surtout aux différents acteurs du travail, d’entamer un dialogue et de réfléchir sur les moyens de promouvoir la responsabilité sociale des entreprises multinationales dans le travail décent. Dans le contexte national, il s’agira d’examiner comment la Déclaration sur les multinationales et ses principes pourraient être utiles aux différents acteurs nationaux pour faire respecter les règles de l’emploi et du travail décent.

Cheikh Aïdara


G5 Sahel : respect des droits humains et du droit international humanitaire

Le Haut-commissariat des Droits de l’Homme (HCDH) lance un programme de renforcement de capacités des Forces de Sécurité Intérieure en République islamique de Mauritanie.

Mohamed Salem Merzoug

Nouakchott, 14 juin 2021 : SE M. Mohamed Salem Ould Merzoug, Ministre de l’intérieur et de la décentralisation de la République islamique de Mauritanie, a présidé la cérémonie de lancement du projet de renforcement des capacités des forces de sécurité intérieure (FSI), financé par l’Union Européenne.

La cérémonie s’est déroulée en présence du Ministre de la Défense, de la Ministre de l’Action sociale, de l’enfance et de la famille, du Commissaire aux Droits de l’Homme, à l’Action Humanitaire et aux Relations avec la Société Civile, du Président de la CNDH, de la Présidente du MNP, de plusieurs chefs de corps, ainsi que des représentants de la société civile.

Le Coordinateur Résident du Système des Nations Unies en Mauritanie, Mr. Anthony Ohenmeng-Boamah, Monsieur l’Ambassadeur de l’Union Européenne Giacomo Durazzo ainsi que le Représentant du HCDH en Mauritanie, Mr. Laurent Meillan ont intervenu.

Le programme qui concerne trois pays du G5 Sahel dont le Tchad, le Niger et la Mauritanie, est une initiative du bureau du Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme.

Dans son allocution, le Représentant du HCDH en Mauritanie, Mr. Laurent Meillan a rappelé l’objectif du projet qui : « vise principalement à promouvoir le respect des droits humains et du droit international humanitaire afin de prévenir et de réduire les violations des droits humains, dans l’espace G5 Sahel, et ce à travers le renforcement des capacités des forces de sécurité intérieure, et le renforcement de la confiance entre les forces de sécurité et les communautés. »

Le programme de renforcement de capacités des Forces de Sécurité Intérieure en République islamique de Mauritanie permettra aussi de sensibiliser tous les partenaires sur les standards internationaux qui gouvernent la protection des droits des femmes et des filles.

Ainsi, le projet réalisé avec le concours de l’Union Européenne œuvrera également au renforcement des capacités des autorités administratives, judiciaires, des institutions nationales des droits humains, y compris la Commission Nationale des Droits de l’Homme et le Mécanisme National de Prévention de la torture, ainsi que de la société civile.

Il part du constat que les forces de sécurité intérieure (FSI) ainsi que tous les acteurs de la société civile et des institutions nationales œuvrant dans le cadre de la promotion et de la protection des droits humains contribuent aux actions engagées au niveau international pour assurer la sécurité des pays du G5 Sahel et lutter contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée.

 Le Coordinateur Résident du Système des Nations Unies, Mr. Anthony Ohenmeng-Boamah a accentué son allocution sur la conformité du Projet FSI aux orientations de la rencontre de concertation entre les responsables du G5 Sahel et des Nations Unies qui s’est tenue à Dakar du 20 au 21 Mai 2021.

Selon lui « Au terme de cette cinquième concertation autour de la Coopération au Développement, la Gouvernance, la Paix et la Sécurité au Sahel, une déclaration a été adoptée par le G5 Sahel et le Système des Nations Unies réaffirmant l’exigence d’une amélioration de la mise en œuvre des actions communes en droite ligne avec la Stratégie de Développement et de Sécurité du G5 Sahel ; et la Stratégie Intégrée des Nations Unies pour le Sahel (SINUS). »

En effet, dans un contexte régional plus que fragilisé, la mise en œuvre de ce projet témoigne de l’importance de contribuer et ce de façon complémentaire, aux agendas sécuritaires des pays du G5 Sahel pour lutter contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée.

SE M. Mohamed Salem Ould Merzoug, Ministre de l’intérieur et de la décentralisation de la République islamique de Mauritanie a pour sa part marqué la valeur ajoutée du projet : « qui permettra sans nul doute d’acquérir de nouvelles connaissances et de découvrir de nouvelles pratiques en matière de respect des droits de l’homme. »

Contact Média : Khadidia Ba, kba@ohchr.org, +222 28 88 61 89


Obstacles à l’accès à la protection sociale en Mauritanie, les acteurs du travail débattent sur une étude

Les acteurs du travail, ministère de la Fonction Publique, syndicats et société civile, en plus des partenaires, BIT et UNICEF, ont échangé sur l’étude sur les barrières et les défis de l’accès à la protection sociale, en particulier dans le secteur socioprofessionnel de l’élevage au Guidimagha. C’était au cours d’un atelier organisé à Nouakchott le 8 juin 2021.

Photo de famille des participants

Le Ministère de la Fonction Publique et du Travail a organisé le 8 juin 2021, un atelier sur une étude portant sur les barrières et les défis de l’accès à la protection sociale, en particulier au Guidimagha dans le secteur de l’élevage. Cet atelier a été initié avec l’appui du Ministère des Affaires Economiques et de la Promotion des Secteurs Productifs, qui assure la présidence du Comité de Pilotage du projet « Développement d’un modèle de protection sociale intégrée dans la région du Guidimagha » financé par le SDG FUND, et l’appui du Bureau International du Travail (BIT) Mauritanie.

Vue partielle des participants

Les participants issus des départements du Travail, notamment les directions centrales, la Caisse nationale de sécurité sociale, la Caisse d’assurance maladie, mais aussi du département des Affaires économiques, des syndicats, des employeurs et des travailleurs, ainsi que de la société civile et les partenaires, BIT et UNICEF, ont débattu durant toute une journée autour de la situation actuelle de la protection sociale en Mauritanie.

Ils ont procédé ensuite à l’identification des acteurs et de leur niveau d’intervention. Ils ont passé au peigne fin le panorama des systèmes de couverture sociale à proposer, des prestations et conditions d’ouverture des droits pour en bénéficier, le groupe de populations à couvrir, les obstacles et entraves à l’extension de la protection sociale aux travailleurs de l’informel.

Il est établi que la Mauritanie fait partie des pays ayant un taux faible de couverture de sa population par des dispositions de protection sociale, malgré l’existence de dispositifs nationaux.

Trois régimes de sécurité sociale existent en Mauritanie, celui géré par la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) qui couvre les travailleurs salariés du Code du Travail et du Code de la Marine Marchande, celui géré par la Caisse des Retraités de l’Etat en faveur des fonctionnaires et celui de l’assurance maladie gérée par la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) dont bénéficient les fonctionnaires, les militaires, les parlementaires, avec une extension progressive au secteur privé et aux citoyens mauritaniens.

La Mauritanie avait adopté dans ce sens en 2020 une stratégie nationale de protection sociale. Son objectif est de contribuer à l’atténuation de la vulnérabilité des groupes défavorisés et d’aider les populations à faire face aux risques de la vie.

L’objectif est de contribuer à la lutte contre l’insécurité alimentaire et nutritionnelle, à réduire les barrières liées à l’accès aux services de santé et de l’éducation, à renforcer la sécurité sociale et promouvoir le travail et l’emploi décent, améliorer le cadre de vie à travers l’accès équitable aux infrastructures sociales de base, développer les programmes d’assistance sociale et de promotion des groupes vulnérables.

Pour booster l’agenda social, le Premier ministre avait également annoncé lors de la Déclaration de Politique Générale du Gouvernement, le 4 août 2020, la redynamisation de la Stratégie Nationale de la Protection Sociale (SNPS) qui devra, entre autres, inclure les nouveaux changements intervenus dans le dispositif national de protection sociale. Notamment la création en 2019 de l’agence TAAZOUR pour la solidarité nationale et la lutte contre l’exclusion.

A côté de cette institution centrale dans la lutte contre les inégalités, s’est développée depuis 2013 une série d’outils et de programmes de protection sociale, comme les filets sociaux de transferts en espèce, TEKAVOUL et EL MAOUNA, ainsi que le projet EMEL, entre autres.

Cheikh Aïdara