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Journée du 8 mars, l’occasion du lancement de la campagne contre le cancer du col de l’utérus

La journée internationale de lutte pour les droits des femmes a été célébrée ce 8 mars 2021 dans la ville de Nouadhibou. Elle a été organisée par le Ministère des Affaires Sociales, de l’Enfance et de la Famille, avec l’appui du Fonds des Nations Unies pour la Population. Cette journée coïncide avec le lancement de la première campagne de sensibilisation sur le vaccin contre les HPV, le cancer du col de l’utérus.
Photo de famille des participants – Crédit Aidara

La ville de Nouadhibou s’est parée de ses plus beaux atours pour accueillir la cérémonie marquant la célébration de la Journée Internationale de Lutte pour les droits des femmes, ce 8 mars 2021. Organisée par le Ministère des Affaires Sociales, de l’Enfance et de la Famille (MASEF), avec l’appui du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA), la journée a été célébrée cette année sous le thème « Leadership féminin, pour un futur égalitaire dans le monde de la Covid-19 ».

Mme la Ministre des Affaires Sociales remettant une enveloppe – Crédit Aidara

L’ouverture a été marquée par la lecture de versets du Coran, la prestation de la troupe musicale des aveugles et la décoration de certaines personnes pour leur rôle dans la promotion des droits des femmes. Des actions lucratives ont également eu lieu, telle la distribution de prix à 10 filles lauréates de Nouadhibou. Ou encore la remise de subventions aux 21 jardins d’enfants privés qui accueillent 416 enfants issus de familles pauvres, et la remise d’un financement au profit d’un projet collectif promu par des femmes handicapées à Nouadhibou.

M. Kaboré remettant un prix – Crédit Aidara

Les évènements phares de cette journée restent cependant le lancement de la campagne de sensibilisation autour de la vaccination contre les HPV, le cancer du col de l’utérus, et les échanges de discours officiels entre la ministre des Affaires Sociales, le Représentant résident de l’UNFPA et le maire de Nouadhibou.

Prémunir les filles de 9 à 14 ans contre le cancer du col

« La Mauritanie fait partie des 100 pays au monde qui offrent le vaccin contre le Papillomavirus Humain (HPV) » a expliqué Vatimetou Moulaye du Ministère de la Santé au cours d’un exposé largement suivi. Selon elle, le cancer du col de l’utérus frappe 22,8% de femmes en Mauritanie, à côté du cancer du sein (18%), le cancer de l’endomètre (7%) et le cancer de l’ovaire et de la peau. « Il est l’une des principales causes de décès des femmes chez nous » a-t-elle poursuivi. 

Mme Fatimetou Moulaye lors de sa présentation – Crédit Aidara

Le vaccin, dont la campagne de sensibilisation vient d’être lancée, cible les filles de 9 à 14 ans, à raison de deux doses à intervalle de six mois. Un comité de pilotage composé du Ministère de la Santé, le MASEF, le ministère de l’Education Nationale et le ministère des Affaires Islamiques, est déjà sur pieds pour superviser la campagne de vaccination. Son démarrage est fixé au 29 mars 2021. Les partenaires techniques et financiers d’accompagnement sont l’OMS, l’UNFPA et l’UNICEF.

Leadership des femmes en période Covid-19

Ouvrant les activités commémorant la journée, la Ministre des Affaires Sociales, Mme Naha Mint Haroune Ould Cheikh Sidiya, a tenu à souligner le rôle central que jouent les femmes dans le développement. Ce rôle a été davantage valorisé, selon elle, par la place centrale que lui donne le chef de l’Etat dans ses deux programmes, « Mes Engagements » et « Mon Programme Elargi », mais surtout dans son tweet datant du 7 mars.

Elle a par la suite cité une longue liste de réalisations de son département, dans le domaine de la petite enfance, des handicapés, de l’appui social, de la formation, de financements de groupements féminins et d’activités génératrices de revenus. Le tout pour la bagatelle de plus d’un milliard d’anciennes ouguiyas au profit de 600 coopératives féminines, 2.000 handicapées, 10.000 familles pauvres, 150 jardins d’enfants et 530 filles en formation professionnelle.

Sur le plan institutionnel, elle a cité la création de plusieurs plateformes, dont dix plateformes multisectorielles de lutte contre les violences basées sur le genre, la création d’un Observatoire des femmes et de la Banque de la Famille. Elle s’est félicité de la participation politique des femmes, avec 20% de quota à l’Assemblée Nationale et 35% dans les conseils municipaux.

Auparavant, le Représentant résident de l’UNFPA en Mauritanie, SEM. Saidou Kaboré avait mis l’accent sur le rôle des femmes dirigeantes de Mauritanie qui « ont œuvré efficacement dans la réponse à la pandémie Covid-19 ». Cette édition célèbre, selon lui, les incroyables efforts déployés par les femmes et les filles pour façonner un futur plus égalitaire suite à cette crise sanitaire. « Les femmes dirigeantes ont fait montre historiquement de leur compétence et de leur efficacité, et cela s’est confirmé face à la Covid-19 » a-t-il insisté. Il a donné en exemple, l’Association mauritanienne pour la santé de la mère et de l’enfant et l’Association mauritanienne pour la promotion de la famille, parmi d’autres organisations de femmes qui ont contribué à la promotion et à la protection des droits des femmes en Mauritanie.

SEM. Saidou Kaboré a salué les efforts du gouvernement mauritanien pour « avoir mis en priorité l’autonomisation des femmes, y inclus la promotion de l’entreprenariat féminin dans son plan national de lutte contre la Covid-19 », citant le discours du Président Ghazouani lors de son investiture.

Le Maire de Nouadhibou, El Ghassem Ould Bellal, s’est félicité pour sa part du choix porté sur sa ville pour abriter la célébration cette année de la fête internationale de la femme. Il a salué cet exemple de coopération entre les autorités centrales et les entités décentralisées, mettant en exergue la vision de la nouvelle ministre des Affaires Sociales. Celle-ci n’a pas hésité, selon lui, à apporter un appui fort aux jardins d’enfants et aux associations d’handicapés que la mairie de Nouadhibou gérait jusque-là toute seule.

Cheikh Aïdara


Le Commissariat aux droits de l’Homme, partie civile dans les cas d’esclavage

La Journée nationale de lutte contre les pratiques esclavagistes, organisée par le commissariat aux Droits de l’Homme, avec l’appui du projet Bridge du BIT, a été célébrée le 6 mars 2021 à Zouerate. Nouveauté, le Commissariat aux droits de l’Homme peut désormais ester en justice et se porter partie civile dans les cas d’esclavage et de traite des personnes.

M. Hassena Ould Boukhreiss ouvrant les travaux de la journée – Crédit Aidara

La capitale du Tiris-Zemmour, Zouerate, a abrité samedi 6 mars 2021, la commémoration de la journée nationale de lutte contre les pratiques esclavagistes. Sous le slogan « Ensemble, luttons contre le travail forcé », l’évènement a été marqué par la déclaration des partenaires sociaux et de la société civile ficelée à l’issue de la journée préparatoire du vendredi 5 mars à la Nouvelle Maison des Jeunes.

Plusieurs recommandations ont été formulées à l’intention du département du Pétrole, des Mines et de l’Energie et celui de la fonction publique, dans le domaine de l’orpaillage, de la sous-traitance et des travailleurs domestiques. Il s’agit notamment de la couverture santé, de la mise en place de mécanismes de suivi et de contrôle des droits des travailleurs, de la conduite d’un dialogue entre les partenaires sociaux, et la mise à niveau de l’Arrêté 1797 portant sur les emplois domestiques, entre autres.

Vue partielle de l’assistance – Crédit Aidara

Un exposé des lois contre l’esclavagisme

Les participants, organisations des droits de l’homme, syndicats de travailleurs et employeurs, ont suivi trois communications. La première, présentée par le directeur des droits de l’Homme, Sidi Mohamed Ould Cheikhna, a porté sur la loi 2020-017, relative à la prévention et la répression de la traite des personnes. Le directeur adjoint aux droits de l’Homme a ensuite présenté un exposé comparatif. Enfin, le directeur des Affaires Pénales et de l’Administration pénitentiaire, le magistrat Moulaye Abdallah Ould Baba, s’est longuement attardé sur les outils nationaux de lutte contre l’esclavage et la traite des personnes.

M. Hassena Ould Boukhreiss

A l’ouverture officielle de la journée, le commissaire aux Droits de l’Homme, à l’Action humanitaire et aux Relations avec la Société Civile, M. Hassena Ould Boukhreiss, a rappelé l’importance de cette journée. Pour lui, il s’agit de « l’engagement du gouvernement à poursuivre ses efforts dans l’éradication des séquelles de l’esclavage et de ses formes contemporaines« .

Une étude sociologique en cours

Il a évoqué l’adoption par le gouvernement de la loi relative à la prévention et la répression de la traite des personnes ainsi que son plan d’action élaboré par son département, qui viennent consolider selon lui l’arsenal juridique et institutionnel dans le domaine de la lutte contre la traite des personnes et la protection des droits humains. Une étude sociologique est en cours, a-t-il souligné, pour renseigner l’ampleur du phénomène en Mauritanie, ses causes et ses manifestations, afin de dégager des solutions pour son éradication. Enfin, il a évoqué une autre mission que vient de lui conférer le gouvernement, dans la protection, la réception et le traitement des plaintes, mais aussi de se constituer partie civile dans les affaires d’esclavage, de traite des personnes et des migrants.

M. Laurent Meillane

Auparavant, le représentant du bureau du Haut-commissariat des Nations Unies pour les Droits de l’Homme en Mauritanie, M. Laurent Meillane, avait souligné que « le travail forcé, qui est considéré comme une forme d’esclavage, affecte 24 millions de personnes à travers le monde, selon le BIT« . Parlant de la Mauritanie, il a souligné que la lutte contre le travail forcé est importante, parce que le pays a déployé des efforts législatifs et institutionnels de grande envergure pour mettre fin à l’esclavage.

L’adjoint du maire de Zouerate, Bowba Ould Sidi, avait souhaité la bienvenue aux invités, saluant l’organisation de cette journée dans sa commune.

Cheikh Aïdara


Gestion clinique des viols : les survivants ont besoin d’une bonne qualité de prise en charge médicale

Pendant cinq jours, du 22 au 26 février 2021, une dizaine de prestataires de services de santé du Trarza, du Guidimagha et de Nouakchott, ont suivi une formation sur la prise en charge des survivants de violences sexuelles. Cette session organisée par le Ministère de la Santé, avec l’appui du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) a été animée par des experts de haut niveau.

Table officielle à l’ouverture de l’atelier – Crédit Aïdara

Après la formation des assistantes sociales des régions sinistrées par les inondations de septembre 2020, notamment le Trarza et le Guidimagha, et la formation sur la prise en charge psychosociale des violences basées sur le genre (VBG) qui s’est déroulée du 15 au 17 février 2021, le Ministère de la Santé a enchaîné sur une troisième formation. Avec l’appui de l’UNFPA, celle-ci a ciblé les prestataires de santé, notamment médecins et sages-femmes des mêmes régions, le Trarza et le Guidimagha, en plus de Nouakchott, sur la gestion clinique des viols. Elle s’est déroulée du 22 au 26 février 2021. Ces deux formations sont un prélude au déploiement des cliniques mobiles dans les régions touchées.

La formation vise à améliorer la qualité de l’offre de services de gestion clinique des cas de viols et autres violences basées sur le genre. Elle a pour objectif de renforcer les capacités des soignants en matière de prévention et de prise en charge des survivant.e.s de violences sexuelles, à travers l’intégration d’autres services, comme l’appui psychosocial, l’appui légal, la réintégration socio-économique des victimes.

Des prestataires mieux outillés

Les aspects les plus importants de la formation sur la gestion clinique des viols ont été développés par deux formateurs. Il s’agit de M. Mathias Gakwerere, expert formateur en santé de reproduction, consultant à l’UNFPA et par Mme Aminetou MBourou Kamara, facilitatrice et sage-femme à la Direction mère et enfant (service de santé de la reproduction, mortalité maternelle, infantile et adolescent (SRMNIA)), du Ministère de la Santé.

Vue partielle des participants – Crédit Aïdara

La formation a porté sur la préparation et l’examen médical des survivant.e.s de violences sexuelles, et la connaissance des outils pour l’anamnèse, c’est-à-dire les antécédents médicaux et l’historique de la victime. Elle a aussi porté sur les directives à suivre pendant l’examen physique et la création du dossier médical. L’accent a surtout été mis sur les consignes pour recueillir les preuves médico-légales lors de l’examen médical et les consignes de rédaction du certificat médical. Les formateurs ont beaucoup insisté sur ces points, avec à l’appui des vidéos de présentation et des discussions engagées au cours de la session.

La gestion du choc et du stress post-traumatique

La préparation psychologique des victimes, en général sous le choc traumatique de l’agression, est jugée cruciale dans la prise en charge. Cette préparation doit permettre de recueillir le consentement écrit de la survivant.e, et l’examen médical doit être minutieux et précis.

Vue partielle des participants – Crédit Aidara

L’intervention via vidéo du psychologue Brahim Khlil est venue éclaircir des aspects psychiques et neuropsychologiques des survivant.e.s. Ces derniers sont souvent soumis, selon lui, à un stress post-traumatique, qui fait l’objet d’une prise en charge. Il a également évoqué les risques de grossesse et d’infections et maladies sexuellement transmissibles (IST). D’où l’urgence, selon lui, de la prise en charge médicale et préventive des survivant.e.s de viol.

Pour le cas spécifique des enfants, Brahim Khlil souligne, « ce qu’il faut savoir avant de développer le protocole, c’est l’obligation de rapporter les cas d’abus, de détenir un exemplaire du protocole, de connaître les lois spécifiques aux violences sexuelles, ainsi que les aspects liés au corps et à la croissance de l’enfant, mais surtout les techniques d’entretien avec les enfants. » Dans les cas d’abus répétitifs, « il faut identifier l’auteur et voir les autres enfants à risque dans la famille », explique-t-il.

Le dispositif minimum d’urgence (DMU)

Le dispositif minimum d’urgence (DMU) est celui qui s’applique aux victimes de catastrophes ou de drames causés par l’homme ou par la nature, tels que les conflits armés, les catastrophes naturelles. Selon Mathias, les violences basées sur le genre, notamment les violences sexuelles, augmentent considérablement dans de pareilles circonstances.

Exercice pratique sur mannequin – Crédit Aidara

D’où la disponibilité à cet effet de kits selon les niveaux d’intervention. Ainsi, le DMU en situation de crise vise cinq objectifs :

  • la mise en place d’une coordination d’urgence,
  • la prévention des violences basées sur le genre,
  • la réduction des risques de transmission contre les IST/VIH
  • la discussion sur la PPE (prophylaxie postexposition),
  • la prévention contre la mortalité maternelle, néonatale et infantile, la planification de services de santé sexuelle et reproductive (SSR)

Ce qui suppose, selon Mathias, la mise à disposition d’une base de données sur les services de santé disponibles et sur la planification de la SSR.

Il a ensuite développé les types de kits prévus à chaque niveau de la chaîne sanitaire, du poste de santé à l’hôpital régional, en passant par les centres de santé et les hôpitaux départementaux.

SEM. Saidou Kaboré remettant son certificat à une participante – Crédit Aidara

TEMOIGNAGES

Mathias Gakwerere, Expert et formateur en Santé de la Reproduction, Consultant UNFPA

« La formation a porté sur la gestion clinique des viols. Cette formation a abordé le rôle que jouent les services de santé en tant que porte d’entrée pour la prise en charge holistique de survivant.e.s des viols. Cela implique le mécanisme de référencement vers les autres services dont les survivants auront besoin. Par exemple, certains auront besoin d’assistance légale, une assistance psychosociale et/ou un appui économique pour assurer une bonne résilience et une meilleure réintégration dans la société. Tout doit se faire dans le respect du choix des survivants et une bonne collaboration entre tous les intervenants selon les cas. Nous espérons que les prestataires qui ont été formés durant cette session vont servir comme de bons catalyseurs pour l’amélioration de la qualité de prise en charge de viols en Mauritanie ».

Aminetou MBourou Kamara, sage-femme à la Direction Santé Mère et Enfant (Ministère de la Santé), service SRMNIA

« Je suis facilitatrice dans cette formation sur la gestion clinique des viols. Nous avons pu mener cette formation avec un groupe très motivé à acquérir de nouvelles connaissances sur les violences sexuelles. La transmission du savoir, grâce au formateur principal, M. Mathias s’est bien déroulée. J’avoue qu’il s’agit d’une problématique qui mérite d’être combattue. Les viols qui se répandent dans notre pays, n’épargnent personne. De la fillette de 2 ans à la vieille de 70 ans, ces victimes méritent une prise en charge sérieuse. J’invite le ministère de la Santé et ses partenaires à conjuguer leurs efforts afin que ce fléau des viols soit éradiqué. Heureusement, le pays s’est doté d’un protocole national de prise en charge des violences basées sur le genre depuis 2019 et d’un protocole de la loi nationale sur les anti-reproductifs dans laquelle sont condamnés les auteurs de violences faites aux femmes ».

Marième Diop, sage-femme d’Etat, surveillante à la maternité du Centre hospitalier de Rosso (Trarza)

« Il s’agit d’une formation très importante qui va renforcer nos capacités, surtout la prise en charge des survivants des VBG. Nous ne recevons pas beaucoup de cas, parce que nous sommes à l’Hôpital régional de Rosso. C’est la dernière chaîne du processus. Mais nous avons demandé à ce qu’il y ait un protocole standardisé de prise en charge des VBG dans toute la région. C’est notre souhait ».

Seyide Mint El Khalil, sage-femme d’Etat, cellule de prise en charge des VBG, Hôpital Mère et Enfant de Nouakchott

« Cette formation a amélioré mes compétences dans la prise en charge des VBG, surtout les survivants des violences sexuelles. Concrètement, ce que j’ai appris c’est l’accueil, la patience dans la collecte de l’information et toutes les subtilités de l’entretien avec les survivants. Sans précipitation et avec empathie. C’est donc en gros, tous les outils nécessaires pour la mise en confiance des survivants de manière à ce qu’ils soient disposés à donner leur consentement et à raconter avec aisance leur drame ».

Daly Sall, sage-femme d’Etat et point focal SR DRAS de Sélibaby (Guidimagha)

« Cette formation a été vraiment au top. Nous avons acquéri beaucoup de connaissances que moi personnellement je vais mettre en application une fois sur le terrain. Ce que j’ai surtout appris c’est la prise en charge et la prévention des VBG, surtout les cas de viol. En tant qu’employée à la Direction régionale à l’action sanitaire (DRAS) je suis moins en contact avec ces cas de viol. Mais cette formation va me servir dans l’appui aux autres collègues qui sont confrontés souvent à ces cas. Nous disposons de cartes que l’on distribue aux différentes structures. Cela qui nous permet de coordonner avec le personnel de santé et faciliter le référencement des cas de ce genre »

Wade Maïmouna, sage-femme d’Etat, Centre de santé de Ghabou (Guidimagha)

« J’ai acquis beaucoup d’expérience avec cette formation. Maintenant, arrivée au centre de santé où j’exerce, je pourrai prendre en charge les survivants de viols. Nous sommes toujours confrontés à ce genre de situation dans nos pratiques de tous les jours. J’ai appris beaucoup sur la prise en charge des survivants de violences sexuelles, notamment l’écoute et le suivi des cas».

Cheikh Aïdara

REPORTAGE PHOTOS

Photo des participants et du staff du Ministère de la Santé et de ‘l’UNFPA – Crédit Aidara
Dr. Boutou remettant son certificat à une participante – Crédit Aidara


Biram Dah Abeid : « nous sommes en train de normaliser nos relations avec le pouvoir et ses rapports avec toutes les autres communauté »

Cette interview a été accordée par le leader antiesclavagiste et président de l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), le député Birame Dah Abeid au journal « Le Rénovateur »

Le Rénovateur : Après les élections présidentielles de 2019, votre mouvement continue-t-il sur la même dynamique de contestation et de dénonciation des violations des droits de l’homme en Mauritanie ?

Biram Dah Abeid : Je vous remercie infiniment. En effet , notre mouvement IRA -MAURITANIE est toujours animé des mêmes objectifs et de manière inlassable, objectifs qui sont : la fin du racisme domestique et d’ Etat, la fin de l’esclavage , la rupture avec les violations de droits de l’homme et avec tous les anachronismes, tous les restes de l’arbitraire au sein de l’appareil d’Etat mauritanien. Donc nous restons sur cet objectif, sur ce programme, sur cette ligne. Néanmoins, le pouvoir a changé de fusil d’épaule. Comment le pouvoir a changé de fusil d’épaule ? : Du temps d’Aziz c’était l’attaque frontale, la violente physique morale politique et sociologique contre les défenseurs des droits de l’homme que nous sommes, contre le parti Rag.
Depuis son arrivée au pouvoir, le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a adopté une nouvelle approche dans ses rapports avec nous. Il dit mettre fin aux campagnes de diabolisation dont son prédécesseur faisait tous azimuts contre IRA et contre le parti Rag. IRA n’est plus traité dans le discours officiel comme ennemi de la République, de l’islam, de la nation, un valet des juifs et des impies, comme 5ème colonne de l’occident. IRA et le parti Rag , leurs dirigeants et leurs militants ne sont plus traités et considérés comme des pyromanes , des racistes, des violents, des criminels, dans le discours officiel . Il l’a été mis fin aux arrestations, aux harcèlements, à la torture des gens de IRA du moins jusqu’à présent, jusqu’à preuve du contraire. Il a été mis fin à la privation de IRA, du parti Rag, et de leurs militants de se réunir , du droit de contact avec leurs partisans à Nouakchott et à l’intérieur du pays. Comme vous le savez, nous étions interdits de déplacement à l’intérieur du pays sous l’ancien régime, sauf pendant les moments d’élections. Maintenant IRA et le parti RAG se réunissent au grand jour , tiennent leurs conférences de presse au grand jour où ils veulent et quand il veulent ; ceci tranche beaucoup avec le temps de l’arbitraire ; Et aussi nous sommes entrés dans une phase de règlement des tares de la gouvernance démocratique et en concertation avec le pouvoir. C’est pourquoi on a discuté avec le pouvoir et on a réussi à obtenir le système déclaratif pour les associations. Désormais il n’y aura plus d’organisations non reconnues dès que cette loi qui a déjà passé par le parlement, entre en vigueur. Avec la même démarche, on va apporter au régime des partis politiques la même dose et le même apport pour normalise la situation de tous les groupes et mouvements politiques et des droits de l’homme. Donc cette phase va inaugurer le règlement et la normalisation de la situation de tous les partis et mouvements qui étaient interdits ou non autorisés ou non reconnus.

Le Rénovateur : Par rapport à ce que vous venez dire au sujet de cette reconnaissance dont vous vous réjouissez, est ce qu’on a espoir que bientôt IRA , Rag et toutes les autres organisations politiques , associations non reconnues pourront l’être très bientôt ?

BDA : Ah oui très bientôt, avec le système déclaratif qui a été voté en faveur des associations, IRA, ne touche pas à ma nationalité et toutes les autres associations des veuves, des rescapés, d’orphelins vont profiter de cette reconnaissance de fait et vivre désormais dans un cadre cadre légal. Et après cette phase, on va attaquer une autre phase de discussions avec le pouvoir sur le règlement de la situation des partis politiques comme le Rag et le FPC et d’autres pour qu’ils trouvent aussi dans cette nouvelle phase de gouvernance plus démocratique, sous ce nouveau régime législatif, une nouvelle vie dans l’apport militant et la compétition politique. Dans ce cadre de normalisation de l’Etat de droit, notre situation qui n’est plus une situation de confrontation physique et juridique avec le pouvoir. Le pouvoir d’avant Ould Ghazouani était dans une logique de confrontation physique et juridique avec nous, maintenant la situation tant vers l’apaisement, la concertation et le respect réciproque. Avant on n’avait pas le droit de se réunir, c’est la répression de toutes les réunions, de toutes les manifestations, la tendance même à éradiquer notre existence physique. Et maintenant ce n’est plus le cas. Notre confrontation avec le pouvoir en place, s’inscrit dans une confrontation d’idées et de programme politique comme en toute démocratie; Mais il faut dire que sur les questions de fond , le pouvoir actuel n’a pas encore bougé sur les questions de l’esclavage , du racisme domestique et d’Etat sur le passif humanitaire , la situation des déportés au Sénégal, au Mali , l’état de la diaspora mauritanienne constituée surtout de negro-mauritaniens qui ont quitté la Mauritanie sous le poids des pesanteurs, contraintes et menaces du racisme d’Etat pendant les années de braise et d’exclusion. Ces situations requièrent l’application des remèdes importants proposés dans notre programme politique, dans notre projet de société pour la Mauritanie de demain.
Donc sur la question de la forme de la démocratie nous sommes en train de normaliser nos relations avec le pouvoir et ses rapports toutes les autres communautés politiques et des droits de l’homme qui étaient en conflit avec le régime précédent et dont les droits d’existence étaient mis en cause , de même que leur sécurité.

LR : Tout récemment certains milieux politiques ont prêté au Président Mohamed Ould Cheikh El-Ghazouani une offre de dialogue social au lieu d’un dialogue politique. Si oui, pensez vous que le jeu en vaut la chandelle ?

BDA : Ecoutez, une voix autorisée du pouvoir du président Mohamed Ahmed Cheikh El Ghazouani a récusé ce terme de dialogue social en se défendant que le régime en est l’instigateur de cette formule. Néanmoins le président avait évoqué avec nous un dialogue par thématique, une concertation thématique plutôt. Il récuse le mot dialogue … Pour notre part , on n’y voit pas d’inconvénients dès lors que toutes les thématiques importantes et déterminantes soient inclues telle que la thématique de l’unité nationale, à savoir l’esclavage et ses séquelles, la cohabitation et le passif humanitaire y compris la question des déportations, les disparitions forcées, les expropriations des biens notamment terriens …
On peut néanmoins escompter de manière imminente selon les échanges que j’ai eus avec les hautes autorités politiques du pays qu’il y aura une proposition de dialogue et de concertation par thématique qui inclut non seulement la gouvernance démocratique : c’est a dire le recensement, la liste électorale , le code électoral, le découpage électoral , la commission électorale nationale indépendante etc… Mais aussi une autre thématique qui concerne l’unité nationale, la question des passifs et actifs lourds, constitués des disparations forcées , des déportations , des expropriations des terres, de la problématiques des langues etc, il y aura aussi des thématiques sur l’indépendance de la justice, sur l’environnement, l’écologie , les industries extractives , les richesses du pays , l’extraction et la distribution des richesses . Bientôt de manière très imminente, dis- je, dans moins d’une semaine il y aura le déclenchement d’une proposition en ce sens.

LR : Combien de fois aviez été reçu par le président de la République depuis son arrivée au pouvoir et sur quoi ont porté vos discutions ?

BDA : J’ai été reçu trois fois par le président Mohamed Cheikh Ould Ghazouani. La première fois après son installation, deux ou trois mois après son investiture je me rappelle bien avoir fait une conférence de presse pour rendre compte aux médias. Mais après cette rencontre, (le chat échaudé craint le froid), j’ai cru déceler la continuité de la même gouvernance arbitraire exclusionniste raciste, sectariste anti-droit de « l’hommiste » et anti-démocratique. C’est pourquoi les 17 et 18 février 2020 à Genève lorsque je recevais le prix du courage de la conférence de Genève sur les droits de l’homme et la démocratie, j’ai attaqué de manière acerbe le pouvoir et son développement à mes yeux qui représentaient un redéploiement du racisme d’Etat qui se conjuguent avec l’apartheid. Après cette véhémente sortie qui vient du cœur, sans calcul, le contact a été renoué entre le Président de la République et moi. On s’est beaucoup expliqué et le Président m’a démontré qu’il veut faire des pas en avant concernant la déconstruction de l’arbitraire dans le domaine démocratique. Evidemment, ma principale revendication n’est pas que le président Ghazouani substitue mon projet de société au sien. Loin s’en faut ! Ma revendication majeure est que la compétition démocratique entre nous et eux , entre nous en tant qu’opposition de principe , opposition de programme à ce pouvoir soit garantie pour que nous ayons aussi des partis et des organisations reconnues qui peuvent competir légalement, mais aussi que les institutions d’arbitrage de la démocratie soient revues et refondées comme le recensement des populations, le recensement électoral, le code électoral, la CENI, le conseil constitutionnel le découpage électoral … Si on obtient à refonder tous ces paliers sur lesquels se greffe l’arbitraire démocratique, si on réussit à lessiver tous ces niveaux de la chaine de l’arbitrage démocratique, pour en faire de véritables institutions d’arbitrage, personnellement, je pense que dans une compétition légale et démocratique, nous allons gagné et nous allons prendre le pouvoir de manière démocratique par les urnes. Donc c’est sur ces points que nous nous sommes focalisés dans nos échanges et nos négociations avec le pouvoir au lieu de se focaliser sur les questions des programmes politiques des uns ou des autres. De toutes les façons notre programme et le leur sont opposés et sommes sûrs que le notre aura la victoire si on fait une compétition sur un terrain de neutralité démocratique ouvert. En prenant l’exemple de Mandela qui a exigé du pouvoir de l’Apartheid d’accepter d’introduire un principe majeur :« un homme une voix », l’ANC balaya le pouvoir ségrégationniste sans coup férir.

LR : Tout dernièrement vous avez qualifié de non événement la dissidence d’un groupe au sein de votre mouvement pourquoi une telle qualification ?

BDA : En vérité ça ne constitue pas un événement au sein de IRA parce que vous pouvez bien vous rappeler en tant que journaliste que le premier président du parti Rag a fait défection avec son secrétaire général en 2014. Est- ce que cela a diminué les forces d’IRA dans les compétitions démocratiques qui ont suivi ?
Plusieurs présidents , vice –présidents de IRA, dans l’histoire militante de notre mouvement, ont fait défection et ont apporté de l’eau au moulin de Aziz dans les temps forts de sa compétition avec nous, de son acharnement contre nous. Vous pouvez les compter ils sont plus de 4 ou 5. Est ce que ça a diminué la force de IRA? son rayonnement à l’intérieur et à l’extérieur ? où jusqu’ en 2020 chaque année IRA récolte un ou deux grands prix internationaux! et en 2019 la mouvance IRA/RAG a battu toutes les coalitions des partis dans la consultation électorale présidentielle . Imaginez vous le parti Tawassoul, un parti d’envergure au parlement avec toute son audience nationale et internationale. Vous savez que le candidat du partit RAG et de IRA ont battu à plate couture tous les candidats des différentes coalitions de l’opposition et mis en échec le candidat du pouvoir!!! Des coalitions qui sont soutenues par les plus grands argentiers du pays, par tous les mouvements de gauche, les mouvements identitaires ou de revendications citoyennes comme, Elhor, Flam, Touche-Pas-Ma-Nationnalite, le Manifeste Hratin, les grands partis politiques historiques: Rfd, Ufp, App, Ajd-Mr, toutes ces grandes coalitions ont été dépassées et parfois de très loin par la force charismatique, populaire et organisationnelle de Ira-Rag! Donc il est ridicule que nous nous attardions à répondre à de petites manigances insignifiantes d’un argentier ivre de de soif du pouvoir et de maladresses juvéniles mortelles. Est ce que les tâtonnements amateurs de Bouamatou peuvent constituer un événement plus que les coups fourrés de son cousin Aziz ?quand les départs de IRA se comptent par dizaines, de grands dirigeants ? C’est moins et plus maigre que du déjà vu , c’est un non événement.

LR : Aujourd’hui est-ce vous pensez que la bipolarisation politique, c’est-à-dire le pouvoir contre l’opposition, l’opposition contre le pouvoir, s’est effritée depuis l’arrivée du président Ghazouani ?

BDA : Moi je considère que c’est une veillée d’arme. Je pense qu’il y a partis d’opposition et partis d’opposition donc les oppositions ne sont pas les mêmes; Il y a des partis qui étaient d’opposition mais opposition par rapport à quoi ? Beaucoup de partis d’oppositions ne sont pas des ’oppositions de programme politique. J’avais toujours dit que la majeure parti des formations d’opposition sont des cousins germains du parti au pouvoir parce que leur opposition est une opposition dans le système mais ce n’est pas une opposition contre et en dehors du système. Nous et peut être un autre courant, nous sommes une opposition contre le système et en dehors du système. Mais la majorité des partis d’opposition épousent les mêmes principes, les mêmes dogmes que le système. Par exemple cette opposition qui n’est pas contre l’esclavage, qui ne sent pas qu’il y a du racisme en Mauritanie, une opposition qui s’émeut de l’incinération des livres comme s’en émeut le pouvoir. Une opposition qui considère le discours anti-esclavagiste et le discours anti-raciste comme un appel a la guerre comme un appel au racisme comme de l’extrémisme gratuit. Donc cette dernière opposition qui est cousine germine du pouvoir elle s’est effritée bien sûr parce qu’elle ne dira pas mieux que ce que dira Ould Gazouwani et les gens qui sont avec lui. C’est pourquoi elle n’est plus une opposition. Mais notre opposition à nous et l’opposition de notre courant sont des oppositions de principe, d’idées, de programme, de vision opposés au pouvoir en place. Je considère que nous sommes dans une veillée d’armes, dans une période de concertation et d’accord sur les questions de la démocratie et de la forme de la démocratie. Nous nous concertons avec le pouvoir, sur les outils l’arbitrage démocratique. Mais quand on revient aux questions de fond, il y aura une confrontation politique entre nous et le pouvoir en place, parce que nous sommes pas d’accord sur les questions de fond .

LR : Vous pensez qu’aujourd’hui comme vous venez de le dire le pouvoir ne s’est pas encore réellement attaqué a ces questions de fond l’esclavage, avec tout l’arsenal juridique qui est mis en place , le racisme , les inégalités dans l’emploi , les disparités sociales ….toutes ces questions demeurent entières ?

BDA : Toutes ces questions de fond comme la question de l’esclavage et de ses séquelles, la question du racisme et du passif humanitaire, la question des disparités sociales, la question de l’injustice sociale, la question de l’exclusion économique, l’exclusion de l’emploi. Ces questions restent en l’Etat sauf de légères avancées dans la question de l’emploi des jeunes déshérités qui commencent à bouger. D’ailleurs avec nos incessantes demandes et propositions et nos incessants appels et tentatives d’avancer. Sur ce point, il y a de légères avancée sur la question de l’emploi des jeunes des communautés exclues mais toutes les autres grandes questions restent en l’Etat .Je pense que le pouvoir ne s’est pas encore attaqué à ça et je doute que le pouvoir va exceller dans le règlement de ces questions. Mais le fait d’ouvrir le champ de la compétition démocratique nous permettra de prendre le pouvoir et de les régler.

LR : une certaines opinion dit que ces derniers temps vous n’êtes pas trop loquace vous ne parlez pas beaucoup, vous ne voyagez pas beaucoup, qu’en est-il ?

BDA : C’est vrai que je ne voyage pas beaucoup notamment à cause du covid 19 et la difficulté des déplacements des voyages internationaux, la fermeture des aéroports internationaux. Mais ce qui est en jeu maintenant est une situation qui requiert de l’avancement sur le chantier de la reconstruction de la confiance entre les partis, entre les différents segments politiques du pays qu’ils soient celui du pouvoir ou celui de l’opposition et je pense qu’à notre niveau, nous sommes en perpétuelles échanges et discussions avec les autorités du pays. Donc nous devrions être ici dans le pays pour suivre et pour pousser les choses à l’avant par notre présence, par nos interventions par les discussions que nous animions avec les autres, Euh, je pense aussi que cette période est une période d’expérimentation d’une autre posture qui n’est pas la posture de confrontation systématique avec le pouvoir pendant la décennie passée. IRA et RAG et nous-mêmes, avons excellé dans la confrontation systématique avec le pouvoir jusqu’a ce que les mauvaises langues disaient : « les gens de IRA ne peuvent être utiles que dans le domaine de la confrontation. » Dans le cadre de l’apaisement ils n’ont pas d’idées ils sont limités. Des mauvaises langues, c’est- à- dire toutes ces personnes qui sont en échec toujours dans leur vie et qui sont incapables de créer eux- mêmes autour d’eux une existence politique , une existence publique réelle et qui s’adonnent aux ragots et aux médisances, aux critiques, ils ont déjà avancé a plusieurs reprises cette critique. Et Bien, nous, nous sommes capables de bien vivre et de bien tiré notre épingle du jeu dans toutes les postures que ce soit dans la posture de la confrontation parce que nous somme courageux, nous sommes déterminés et nous sommes animés de l’esprit de sacrifice nécessaire. Nous pouvons aussi tirer notre épingle du jeu dans les situations d’apaisement et de dialogue, parce que nous sommes intelligents parce que nous sommes subtiles, nous avons les idées, l’esprit de création et l’esprit de proposition.

LR : Autrement c’est un changement de stratégie ?

BDA : C’est un changement de stratégie face aux stratégies du pouvoir. Nous ne pouvons pas rester dans le carreau, le pouvoir ne peut pas être subtil et élégant devant une opinion publique nationale et internationale, et nous, nous restons, et nous démontrons notre idiotie et notre manque de créativité ! Il faut à chaque situation, sa réponse qui lui est conforme.

LR : Si vous avez à comparer Ghazouani et Aziz, quels sont les critères sur lesquels vous allez vous fonder pour établir cette comparaison ?

BDA : Je pense que Aziz était un dictateur il ne donne le pouvoir ni a la police ni aux juges ni aux ministres ni aux directeurs des sociétés d’Etat, il intervenait dans tout, décidait de tout à tous les échelons ; je pense que Ghazouani est tout a fait le contraire. Il laisse à tout un chacun dans chaque secteur, qu’il soit ministre ou autre fonctionnaire, il leurs laisse la liberté de gérer, de décider et d’agir. Et c’est la une différence fondamentale. L’autre différence est qu’Aziz utilisait dans sa gestion quotidienne le principe que celui qui n’est pas soumis à moi est contre moi et je suis contre lui ; je vais le charger et l’enfoncer. C’est pourquoi Aziz passait tout son temps à charger tout le monde, à mettre les bâtons dans les roues pour tout le monde. Il se créait des ennemis partout ; il ne peut pas souffrir qu’il a un adversaire et que cet adversaire n’est pas un ennemi. Aziz ne peut pas souffrir ça, il ne peut pas supporter ça. Contrairement à Aziz, Ghazouani pense que ses adversaires ne sont pas ses ennemis. Il pense que ses adversaires politiques n’ont aucun problème personnel contre lui et il n’a aucun problème personnel contre eux, Il n’a pas à se venger d’eux…

Propos recueillis par Hawa Oumar Dém et CTD