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Atelier sur la couverture médiatique des élections, formation de 30 journalistes sur les techniques de reporting électoral

Avec le concours de l’ambassade des États-Unis en Mauritanie, une trentaine de journalistes de la presse privée et publique mauritanienne ont suivi pendant 5 jours, une formation organisée par la Haute Autorité de la Presse et de l’Audiovisuel (HAPA) sur la couverture médiatique des élections.

En prélude à l’élection présidentielle prévue le 29 juin 2024, la HAPA, soutenue par l’ambassade des États-Unis d’Amérique en Mauritanie, a organisé une formation sur le reporting* électoral à l’intention d’une trentaine de journalistes de la presse publique et privée.

La clôture de l’atelier qui s’est déroulée vendredi 3 mai 2024 a été marquée par un échange de discours entre le président de la HAPA, Houceine Ould Meddou et le représentant de l’ambassade américaine, Peter P. Ils ont tous les deux magnifié l’excellente coopération qui les lie dans le domaine des médias et de la presse.

Photo de groupe – © Aidara

À la fin de la formation supervisée par Sarah Wachter, journaliste américaine et consultante internationale basée à Paris, des attestations ont été remises aux participants, lesquels, dans leur témoignage, ont mis l’accent sur la qualité des échanges et l’apport qu’ils en ont tirés.

En effet, pendant la durée de la formation, les participants ont été édifiés sur les meilleures pratiques de reporting sur les élections, à l’heure où quelques 4 milliards de citoyens à travers le monde vont voter au cours de l’année 2024.

Cette formation est venue surtout appeler les journalistes à la vigilance face aux multitudes de fake-news qui vont inonder avant, durant et après l’élection présidentielle les chaînes de radios et les télés numériques, mais aussi les sites, blogs et réseaux sociaux. Pour protéger le public et l’aider à démêler le faux du vrai, il a été rappelé aux hommes de média leur rôle premier, celui de rétablir les faits et de couper la route aux marchands de clics et de buzz.

Vue partielle des participants – © Aidara

Des techniques liées à la préparation des interviews aux candidats ont été aussi distillées, notamment à travers la rubrique « Agenda du citoyen », une sorte de catégorisation de la société afin de recueillir les appréhensions et les attentes de chacune des catégories par rapport aux programmes politiques proposées.

Il en va dans cette chasse à la désinformation, aux manipulations des opinions et aux fausses nouvelles le recours à des techniques de vérification des images, des audios et des vidéos, de plus en plus sophistiquées avec l’arrivée de l’intelligence artificielle. Et cela nonobstant la véracité des faits rapportés, si ces faits n’émanent pas de sources fiables et crédibles, ou s’ils ne répondent pas aux 5 W* ou si les informations données ne sont pas sourcées.

A rappeler que le lancement de l’atelier avait eu lieu le 29 avril 2024 à l’hôtel Mauricenter de Nouakchott, en présence de l’ambassadrice des États-Unis en Mauritanie, Cynthia Kierscht.

Cheikh Aïdara

*reporting : Le reporting permet de collecter des données à partir de différentes sources et de les présenter de la manière la plus claire et visuelle possible pour qu’elles soient prêtes à être analysées.

*5 W : « What (Quoi), Why (Pourquoi), Who (Qui), When (Quand), Where (Où). » Ce sont les questions auxquelles il faut répondre lors de l’écriture du début d’un article, notamment dans le chapô et le titre.


Liberté de presse, la Mauritanie premier pays africain et arabe dans le top mondial

En se classant 1er sur le plan africain et arabe dans le domaine de la liberté de presse, 33ème place mondiale, la Mauritanie se distingue dans le classement 2024 de Reporter Sans Frontière (RSF).

Page RSF 2024 @Crédit Aidara

Comme chaque année, et à la même date, la Mauritanie a célébré le 3 mai 2024, journée mondiale de la presse, à l’instar de la communauté internationale. Cette commémoration a coïncidé cette année avec une heureuse nouvelle que la nation entière a célébrée. Il s’agit du Rapport 2024 de RSF classant la Mauritanie comme premier pays en matière de liberté de la presse en Afrique et dans le monde Arabe, 33e sur 180 pays sur le plan mondial. Une place qu’aucun pays africain ou arabe n’a jusque-là atteint. Il faut dire que la Mauritanie est partie de loin, avec une place de 94e en 2019 et 88e en 2023.

Avec ce classement, le pays s’éloigne ainsi davantage du sombre tableau des pays les moins respectueux des droits des journalistes, avec zéro journaliste tué, zéro journaliste en prison.

Ce résultat est le fruit de plusieurs efforts consentis par les pouvoirs publics mauritaniens et les institutions publiques en charge du secteur de la presse.

Parmi ces efforts, les travaux menés en 2020-2021 par la Commission nationale chargée de la réforme de la presse et du rapport issu de ces consultations menées en concertation avec les acteurs dus secteur, et qui ont conduit à la promulgation d’une nouvelle loi sur la presse professionnelle.

Les réformes dans le domaine de la presse se sont poursuivies par la suite par l’élargissement des compétences de la Haute Autorité de la Presse et de l’Audiovisuel (HAPA), la promulgation d’une ordonnance sur le service presse électronique, la réforme du fonds d’aide publique à la presse privée dont l’enveloppe a été rehaussée, la revalorisation des conditions de travail des journalistes du secteur public, la délivrance de nouvelles licences de diffusion au profit de deux chaînes de télévision.

Dans les félicitation qu’il a adressées aux journalistes à l’occasion de la fête internationale de la presse du 3 mai, le Chef de l’Etat, Mohamed Cheikh Ghazouani a réaffirmé « son engagement à continuer de travailler pour créer un environnement plus favorable pour les journalistes en Mauritanie ». Il a souligné « l’importance pour les journalistes de pouvoir exercer leur métier en conformité avec les lois et l’éthique professionnelle, essentielles à l’intégrité de cette profession noble ».

Cheikh Aïdara


Mauritanie, à Nouakchott, une gigantesque foule assiste à l’annonce de la candidature de Birame Dah Abeid à l’élection présidentielle

Foule immense et arc-en-ciel, couloirs bondés, salle archicomble, discours fort et ambiance folle à l’intérieur comme à l’extérieur de l’ancienne Maison des Jeunes de Nouakchott ! Tels sont les ingrédients qui ont accompagné mercredi 24 avril 2024, l’annonce solennelle de la candidature de Birame Dah Abeid à l’élection présidentielle de juin prochain.

@Crédit IRA (avec autorisation)

Après 2014 et 2019, le député, président du mouvement antiesclavagiste IRA, récipiendaire de plusieurs prix internationaux des droits de l’homme, dont le prestigieux Prix des Nations Unies, Birame Dah Abeid, a annoncé, mercredi 24 avril 2024 à Nouakchott, sa candidature au scrutin présidentiel du 29 juin prochain.

Le décor ambiant

Plusieurs heures avant cette annonce, la foule se déversait à l’ancienne Maison des Jeunes par grappes. Venus des neuf départements de Nouakchott, Nouadhibou, Zouerate, Gorgol, et de plusieurs autres régions et localités du pays, des centaines de militants chevronnés et des sympathisants anciens et nouvellement acquis à la cause du leader harratine, avaient convergé dès les premières heures de l’après-midi du 24 avril vers le lieu du rassemblement.

@Crédit IRA (avec autorisation)

Au milieu de la foule en délire, des manifestations folkloriques, des danses, des cris de joie. Un slogan assez révélateur du grand changement qui se dessine était sorti de centaines de bouches : « Le peuple te réclame Ô Birame, Noir et Blanc ! »

Des jeunes hommes et des jeunes filles profitaient de l’occasion pour immortaliser l’instant sous le flash discret de quelques appareils photos ou par le truchement de smartphone au crépitement silencieux.

Plusieurs leaders et chefs de courants politiques, des mouvements de femmes et de jeunesses, des notables, cadres et intellectuels de diverses obédiences, avaient pris les premiers rangs. Derrière, des couches interminables de militants de la cause esclavagiste, masses impatientes pour le changement, une atmosphère électrique qui avait transformé la salle de spectacle en un show strié par une marée humaine, bigarrée et colorée, dans une représentation en miniature de la Mauritanie plurielle.

Vers 17 heures, la voiture qui transportait Birame Dah Abeid, drapé dans un boubou bleu, debout les mains levées pour saluer l’immense foule massée à ses pieds, avait du mal à se frayer un chemin.

@Crédit IRA (avec autorisation)

La ferveur militante montait au ciel dans un grondement sourd, accompagnant le leader antiesclavagiste dans sa lente progression vers l’enceinte de la grande salle, bondée jusque dans les allées. Quelques poignées de main avec les leaders et chefs politiques, leaders religieux, cadres et staff d’organisations sœurs, favorables à sa candidature. Le plancher où se dressait un pupitre garni, pris d’assaut par une flopée de journalistes et de bloggeurs, entremêlés dans une bataille de micros, laissait peu de place aux staffs techniques et la garde rapprochée du candidat. Les flashs de dizaines d’appareil photos zébraient la scène ainsi campée.

@Crédit IRA (avec autorisation)

La nouveauté dans cette candidature annoncée de Birame Dah Abeid, c’est l’adhésion à sa cause de la communauté Bidhane qui a compris que le programme politique du candidat est inclusif et qu’il prône une Mauritanie où tous les citoyens jouiront des mêmes égards. C’est le cas de plusieurs démissionnaires du parti INSAF au pouvoir, à l’image du jeune Moulaye Ismaël Baba.

Le discours

Le discours de Birame Dah Abeid était très attendu, surtout qu’il a eu l’intuition d’adresser un clin d’œil aux victimes de l’injustice qui a frappé ces derniers temps quelques familles de la composante maure, tel l’emprisonnement du bloggeur, cinéaste et réalisateur Ould Savra, ou encore celui de l’ancien sénateur et président de l’ONG Transparence Inclusive Ould Ghadde, tous les deux victimes selon lui des manigances du pouvoir en place.

@Crédit IRA (avec autorisation)

Il a appelé à la libération de tous les innocents actuellement en prison, comme le jeune entrepreneur Saadbouh, victime d’une cabale de la part de concurrents déloyaux avec l’appui des autorités. Il a aussi dénoncé l’injustice envers le président Aziz et sa communauté, soutenant que s’il accède au pouvoir, il va commanditer la révision du procès de l’ancien président qui est resté le seul visé dans un processus qui est parvenu à blanchir plus de 300 personnes, anciens dignitaires de son régime, aussi impliqués dans la gabegie.

Il a pointé aussi du doigt la gabegie et la corruption qui gangrènent le pays, mis en scène à travers le feuilleton Son Excellence du réalisateur Ould Savra, feuilleton dont deux épisodes avaient été diffusés à la télévision publique avant d’être arrêté, parce qu’il met à nu la prévarication ambiante de l’Etat mauritanien. Il a aussi invité le bloggeur Sidi Ould Kmache, l’un des plus grands influenceurs mauritaniens à l’étranger, et Yacoub Ould Sidiya, un autre influenceur, à enterrer la hache de guerre judiciaire qui les oppose aux USA, soutenant que leur querelle ne profite pas au pays.

Il a déclaré que sa confrontation avec le candidat du pouvoir, le président Ould Ghazouani, c’est un combat contre la mauvaise gouvernance et l’injustice, un combat pour l’émergence d’un pays réellement démocratique, égalitaire, juste et bien gouverné.

Cheikh Aidara


Mauritanie : l’opposition divisée ne parvient pas à présenter un candidat unique

L’opposition, en rang dispersé, a raté le coche. Pourtant, le choix d’un candidat unique était possible. Mon avis sur chacun des candidats.

Si l’opposition avait eu l’égo de ses leaders dont chacun veut se prouver, même s’ils savent pertinemment qu’ils ne font pas le poids dans cette présidentielle cruciale pour l’avenir du pays, le choix d’un candidat unique aurait été l’option idéale pour un changement historique, celui attendu par tout un peuple. Qui d’autre que Birame Dah Abeid aurait été le meilleur choix ?

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Palais présidentielle mauritanien. Crédit : Wikipédia commons

Certains n’hésiteront pas à taxer le porteur d’une telle opinion de parti pris pour annoncer que le candidat que l’opposition aurait pu choisir en toute logique pour affronter Ould Ghazouani dans cette présidentielle décisive de juin 2024 est sans contexte Birame Dah Abeid. Cette assertion nullement subjective repose sur des faits et des chiffres.

Birame, le candidat le mieux indiqué

Objectivement, le député et président du mouvement IRA, Birame Dah Abeid, est de loin le candidat le plus sérieux pour apporter l’alternance souhaitée si toutes les forces vives qui œuvrent pour le changement s’étaient liguées autour de sa candidature.

Deux fois deuxième derrière les tenants du pouvoir, lors de la présidentielle de 2014 face à Mohamed Abdel Aziz et celle de 2019 derrière son successeur Ould Ghazouani, Birame est parmi les candidats jusque-là déclarés, celui qui peut se targuer d’un actif politique et « droit de l’hommiste » le plus pesant. 

Sa popularité politique, malgré les massives fraudes électorales, est allée crescendo. Quelques 10.000 voix lors de la présidentielle de 2014, 40.000 voix lors de la députation de 2018 où il alla du cachot au Parlement, 200.000 voix lors de la présidentielle de 2019, 80.000 voix lors de la mascarade élection législative de 2023 où il est parvenu à entraîner avec lui 4 autres députés de sa mouvance.

Il est surtout l’artisan de l’apaisement politique en Mauritanie, alors que les affrontements post-présidentiels de 2019 étaient inéluctables entre des Mauritaniens frustrés par la grande mascarade électorale qui a permis à Ghazouani de remporter la présidentielle et l’armée qui s’était déployée dans les quartiers de Nouakchott.

Depuis son arrivée sur la scène en 2008, en tant que leader du mouvement antiesclavagiste IRA, et fort d’une expérience au sein de SOS Esclaves et de la Commission nationale des droits de l’homme, il est parvenu en l’espace de quelques années à se faire une renommée nationale et internationale incontestée. S’il a gagné sur le front intérieur ses galons en forçant des avancées significatives sur le plan des droits de l’homme, notamment la lutte contre l’esclavage, cette lutte interne lui a valu ses grades sur le plan international. Birame a raflé pratiquement tous les prix des droits de l’homme, dont le Prix des Nations Unies. Reçu dans les plus prestigieux parlements du monde, notamment au Congrès américain et au Département d’Etat, en France, en Belgique, en Suisse, il a figuré à deux reprises sur la liste des 100 personnalités les plus influentes au monde. Il garde également sur sa poitrine l’insigne d’honneur de l’opposant mauritanien le plus emprisonné dans l’histoire politique du pays. 

Aujourd’hui, son aura prend une plus grande envergure, avec le ralliement à sa cause de la communauté maure, alors qu’il ne bénéficiait auparavant que de l’apport de la couche négro-mauritanienne et celui de la communauté harratine, en particulier.

L’annonce de sa candidature mercredi 24 avril 2024 à l’ancienne Maison des Jeunes de Nouakchott en est la plus parfaite illustration. La grande salle des spectacles ainsi que les arrières cours de cette énorme bâtisse avaient refusé du monde, tellement était gigantesque l’affluence d’une foule arc-en-ciel venue des quatre coins de la capitale et de certains recoins reculés du pays. 

Fiasco d’un candidat unique

Les efforts qui ont été déployés récemment sur initiative de la CVE pour un candidat unique a malheureusement échoué du fait d’une absence de consensus autour de cette option qui aurait rendu plus de service à l’opposition que cet émiettement dans ses rangs.

En effet, la majorité des candidats qui ont jusque-là annoncé leur candidature à la présidentielle du 29 juin prochain ou ceux qui ont l’intention de la déclarer sont politiquement inconnus sur la scène politique. Certaines candidatures ont même un élan fantaisiste et folklorique.

Mais sous cette configuration de candidatures éclatées de l’opposition, certains noms sortent du lot par l’envergure de ses porteurs.

El Id MBareck

Candidat de la coalition Espoir, Me El Id MBareck est un jeune avocat de 45 ans, député à l’Assemblée Nationale, connu pour ses années de défense des opprimés. Me El Id MBareck est décrit comme un homme d’une grande valeur morale, un homme de principe qui compte beaucoup d’admirateurs et de sympathisants, à cause de ses prestations de haut niveau et de ses critiques acerbes contre les dérapages des pouvoirs en Mauritanie sous la coupole de l’Assemblée Nationale. Il a été élu deux fois à la députation, en 2018 sous les couleurs du RFD et en 2023 sous celle de la Coalition Espoir après son départ du RFD.

Même si la Coalition de l’Espoir qui porte sa candidature a engrangé un important score lors des élections générales de 2023, la réalité de la présidentielle diffère des scrutins locaux et partiels. Il ne s’agit pas des mêmes enjeux.

A rappeler que Me El Id MBareck avait annoncé sa candidature à la présidentielle lors d’une cérémonie organisée en grande pompe au Palais des Congrès de Nouakchott le 2 mars 2024.

Bâ Mamadou Bocar

Président nouvellement élu de l’AJD/MR en janvier 2024, en remplacement de Ibrahima Moctar Sarr, charismatique ancien président et figure de proue de cette formation politique négro-mauritanienne pendant plus de deux décennies, Bâ Mamadou Bocar, député et vice-président du parti avant son élection, part avec un handicap de taille. Son divorce presque consommé avec la CVE pourrait lui être fatal. Grâce à ce consortium, son parti était en effet parvenu à obtenir plusieurs conseillers municipaux et régionaux ainsi que 4 députés à l’Assemblée nationale lors des élections générales de mars 2023.

Le clan de Bâ Mamadou Bocar qui puise son électorat essentiellement dans le milieu Pulaar pourrait ne récolter que des miettes, vu l’éclatement de cet électorat entre la quasi-totalité des autres candidats.

Ahmed Ould Haroune Ould Cheikh Sidiya

Issu d’une des plus grandes familles maraboutiques du pays, avec comme fief Boutilimit, un clan qui a toujours voté pour le candidat du pouvoir après un démarcage de toute opposition après l’expérience des années 90 où le Trarza tout entier avait voté Ahmed Daddah, Ahmed Ould Haroune Ould Cheikh Sidiya peut être décrit comme atypique. Foncièrement opposé au pouvoir de Ghazouani, il prône un changement radical du système politique et de gouvernance en place.

Il a été arrêté en octobre 2021 lorsque conseiller du ministre de la Justice, il avait divulgué l’existence d’un document de corruption que le président Ghazouani avait étouffé. Il sera démis de ses fonctions plus tard suite à un tweet critiquant le pouvoir. 

Il a annoncé sa candidature le 16 avril 2024 au cours d’une conférence de presse organisée à Nouakchott.

Sans carrière politique et n’ayant jamais bénéficié d’un mandat électif, ce magistrat mu par ses seuls principes face à la prévarication ambiante, pourra glaner quelques voix mais pas de quoi inquiéter le candidat du pouvoir. Le dossier constitutif d’un parti politique dénommé « Mouvement de libération et de développement » qu’il porte, dort encore, comme beaucoup d’autres, dans les tiroirs du Ministère de l’Intérieur et attend depuis décembre 2023 un récépissé de reconnaissance.

Hamidine Moctar Kane

Hamidine Moctar Kane, économiste et expert en intelligence économique avait annoncé sa candidature à la présidentielle de juin 2024, le 22 février dernier. Seulement, c’est un parfait inconnu sur la scène nationale et c’est la toute première fois que les Mauritaniens en entendent parler. Il semble oublier qu’il ne suffit pas d’être un excellent technocrate pour tenir le challenge dans une élection où la popularité est le premier critère de succès.

Déconnecté des réalités du pays, puisqu’il vit depuis de longues années à l’étranger, Hamidine Kane aurait dû d’abord se frotter aux dures conditions dans lesquelles vivent ses compatriotes, faire ses armes sur le terrain de la revendication socioéconomique, politique et culturelle, se frotter pendant plusieurs années à ses concitoyens, glaner des actifs dans le combat contre l’injustice, se faire un nom et gagner en popularité, avant de vouloir prétendre aux voix des Mauritaniens.

Nourredine Mohamedou

Jeune informaticien de 43 ans, Nourredine Mohamedou est connu pour sa verbe antisystème. D’apparition récente sur la scène nationale, après quelques années passées en France, il porte la fougue des jeunes bourgeois maures écœurés par la situation socioéconomique et politique du pays et la gabegie galopante qui saigne les finances publiques et engraisse les prédateurs de la République.

Nourredine Mohamedou porte les idéaux d’une partie de la jeunesse mauritanienne et la fièvre d’un changement profond qu’il revendique avec les armes de l’intellect. Mais sur le plan pratique, malgré des ambitions politiques affichées qu’il compte imposer à travers un projet politique en gestation « Mauritanie En Avant », il devait attendre l’âge de la maturité, celle nourrie aux sources de l’expérience et de la lutte sur le terrain pratique de la confrontation. Nul changement ne peut intervenir dans un cocon de luxe et des discours grandiloquents. 

Ely Cheikh Ould Hadramy Ould Momma

C’est le jeudi 28 mars 2024 que Ely Cheikh Ould Hadramy Ould Momma, annonça sa candidature pour la présidentielle de 2024. Fils d’une famille Soufi de renommée, dont le père fut gouverneur sous Ould Taya, il est inconnu sur la scène politique et n’a aucune expérience dans le domaine, comme si le seul nom de sa famille suffisait pour lui donner toute la prétention requise pour accéder à la magistrature suprême.

Comme tous ceux qui cherchent à faire adhérer les Mauritaniens à leur aventure présidentielle, il a accompagné l’annonce de sa candidature par des déclarations « copié-collé » du genre, « le pays aujourd’hui vit une réalité insupportable qui est le résultat naturel de décennies de mauvaise gestion systématique, de l’exclusion complète du citoyen et du déni de ses droits de la part des élites de l’État profond ».

Et il promet d’examiner « en profondeur la gestion des énormes richesses de la nation et d’impliquer le citoyen dans sa gestion et sa rationalisation d’une manière qui profite à tous ». Un discours qui se retrouve partout 

Mohamed Lemine Mourteji El Wavi

Fonctionnaire au Trésor Public mauritanien, ce jeune homme de 45 ans, Mohamed Lemine Mourteji El Wavi, peut compter sur un actif, sa course à la présidentielle de 2019 où il obtint 0,40% des voix. Son souci, c’est l’éducation et son ambition d’introduire les langues nationales et étrangères dans l’enseignement, mais surtout son désir de forcer le changement en donnant à la jeunesse les clés de ce renversement générationnel.

Son absence d’expérience en matière politique et son statut de parfait inconnu sur la scène nationale, en font le porteur d’une candidature par effraction. 

Mohamed Ould Mounir

Ancien fonctionnaire des Nations Unies, universitaire et docteur en science politique, observateur de la scène politique, Mohamed El Mounir est engagé dans son combat avec des amis pour impulser une dynamique de réformes. Parmi ses soutiens, des noms bien connus comme Abderrahmane Ould Yessa ou encore l’ancien ministre et président de la CENI de 2018-2019 Mohamed Vall Ould Bellal.

Le courant politique baptisé « La Majorité Silencieuse » qu’il dirige pense que la compartimentation actuelle du schéma social entre une élite minoritaire et corrompue, repliée derrière ses richesses et ses privilèges et une masse silencieuse, colérique et appauvrie, ouvre la voie vers l’autodestruction du pays. 

Mais ici comme ailleurs, le combat intellectuel derrière des salles feutrées et des pupitres au docte discours ne remplace pas le combat de terrain et n’offre aucune chance dans une élection où le votant choisit celui qu’il connaît et qui a partagé sa souffrance.

Les autres candidats

Plusieurs autres candidatures se sont manifestées, dont les porteurs semblent, pour certains, être mus par l’unique désir de voir leur nom évoqué ou simplement effleuré. C’est le cas de Dr Mohamed Cheikh, universitaire, militant médiatique et analyste politique mauritanien, Dr Khadijetou Mint Sidna et Belinda Fall, auteure et femme d’affaires, Moussa Bocar Mohamed dit Guelogal Bâ, connu dans le milieu culturel, et l’ancien officier de l’armée, Sidi Ould Bilal. 

Il y a surtout la candidature très logique et jugée opportune du très dynamique Ahmed Ould Samba, cadre des Finances, ancien militant au sein du parti AC et jeune benjamin durant les combats politiques les plus saillants du leader harratine, Messaoud Ould Boulkheir. 

Cheikh Aïdara