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Mauritanie, Guidimakha : Appel à l’action contre le Covid-19

Plus que tout autre région de la Mauritanie, le Guidimakha, au sud du pays, se trouve être le plus exposé à la pandémie du Covid-19, en raison de sa position transfrontalière (avec le Sénégal et le Mali) et de sa vocation migratoire principalement orientée vers Europe, épicentre actuel de la pandémie.

Le ministre de la Santé mauritanien dans un centre de confinement

Les organisations de la société civile (OSC) du Guidimakha souscrivent entièrement au plan de préparation et de riposte en cas d’épidémie du coronavirus. Ce plan a été publié le 20 février dernier par les pouvoirs publics, on peut y lire : «Les relais communautaires (santé animale et humaine) et des associations à base communautaire participent à la surveillance, à la prévention, la sensibilisation et à la prise en charge des cas qui relèvent de leurs compétences et sont impliqués dans la mise en œuvre du présent plan». Dans cette optique, il est attendu que ce plan de réponse soit coordonné avec les acteurs de la société civile afin de maximiser l’efficacité de la portée des messages diffusés par le Ministère de la Santé.

Soutenons les pouvoirs publics d’avoir pris des décisions courageuses, telles que :

– Interdiction des rassemblements publics (prières à la mosquée, cérémonies ou événements sociaux)

– Instauration du couvre-feu sur toute l’étendue du territoire national 

– Fermeture des frontières avec les pays limitrophes

Autant de mesures utiles pour le bien-être et la santé des populations… Ces mesures ont néanmoins des répercussions négatives sur les activités économiques qui ont fortement ralenti. Cela provoque des pertes de revenus, surtout au sein des populations les plus vulnérables (restaurateurs, boulangers, transformatrices de céréales …).

Pour contribuer à ce sursaut national, les OSC du Guidimakha communiqueront régulièrement des information utiles et actualisées sur la plateforme mise en place afin d’aider les populations à prendre des décisions conséquentes pour se protéger au mieux. L’idée est d’informer et de bien communiquer pour faire adopter à tous des comportements positifs (gestes barrières…) afin d’éviter les risques de contagion du Covid-19.

C’est un appel à l’action pour accompagner ce plan de riposte, en vue d’enrayer la propagation du  Covid-19 et atténuer son impact.

Cette plateforme permet de mettre virtuellement les gens en relation pour s’entraider. La mise en chantier d’une communauté virtuelle composée de relais communautaires, de points focaux des coopératives féminines, des associations des jeunes ainsi que le groupe des pasteurs a pour objectif de protéger au maximum les populations. Cette plateforme en ligne est le principal moyen d’information pour : informer, éduquer et communiquer. Le but étant que tous adoptent de nouveaux comportements positifs de protection du virus.

Mais, comme nous l’avons dit, ces mesures de précaution ont pour effet le ralentissement des activités économiques, compliquant davantage une situation déjà fragilisée depuis plusieurs années, suite à une succession des chocs :

Insécurité alimentaire et nutritionnelle : La Wilaya du Guidimakha, jadis « Grenier du pays » connait des crises récurrentes ayant aggravé les difficultés d’accès à la nourriture, avec comme conséquence immédiate la montée des taux de l’insécurité alimentaire et nutritionnelle. L’enquête SMART conduite en 2018 révèle que le Guidimakha enregistre les taux de MAS et MAG les plus élevés du pays, soit respectivement 4.1% et 18.8 1. Concernant l’insécurité alimentaire, l’enquête FMS conduite en Septembre 2018 note que plus de 38% de la population est en insécurité alimentaire. Enfin, les résultats édités par le Cadre Harmonisé en Novembre 2018 indiquent que 64 776 personnes sont en insécurité alimentaire. L’épuisement des ressources fourragères et la surconcentration d’animaux venus d’autres régions du pays menacent la survie du cheptel animalier.

– Flambée des prix de denrées alimentaires : la fermeture des frontières avec les pays limitrophes de la région ainsi que l’interdiction des foires hebdomadaires auront, sans aucun doute , des incidences sur les prix.

Pauvreté :  selon les dernières données publiées par l’EPCV, en 2014, le Guidimakha enregistre le taux de pauvreté le plus important du pays (supérieur à 40%).

Santé : d’après le système d’information sanitaire de la Wilaya, les pathologies dominantes sont les infection respiratoires aigües et les maladies hydriques (le paludisme, la diarrhée, bilharziose).

– Assainissement et hygiène : selon l’enquête MICS 2016, seuls 22% des ménages en milieu rural ont accès à l’assainissement.

Problème d’accès à l’eau potable : la stratégie nationale pour un accès durable à l’eau et à l’assainissement à l’horizon 2030, indique que la Wilaya du Guidimakha fait partie des régions les plus confrontées au problème d’accès à l’eau potable.

Inondation : Les populations de la région ne se sont pas encore relevées du choc des inondations 2019 qui ont à la fois decimé le cheptel ainsi que les productions agricoles.

Devant cette situation alarmante, les organisations de la société civile (OCS) du Guidimakha recommandent aux populations de respecter scrupuleusement les mesures préventives édictées par le Ministère de la Santé, qui seront traduites dans toutes les langues nationales en info line.

Nous recommandons également à nos autorités de veiller à :

  • Ravitailler les boutiques EMEL en denrées alimentaires de base 
  • Accélérer la mise en place du programme pastoral spécial 
  • Soutenir urgemment les ménages vulnérables dont les activités ont été compromises par la pandémie
  • Réserver une attention toute particulière à la prise en charge des enfants et des FEFA compte tenu du taux élevé de la malnutrition dans la Wilaya

Liste des organisations de la société civile (OSC) signataires

Union des Coopératives des femmes du Guidimakha (UCFG)

Association pour le Développement Intégré du Guidimakha (ADIG)

Association pour une Initiative de Développement de l’Environnement (AIDE)

Action pour la Santé et le Développement (ACSADE)

Association Mauritanienne pour le Développement et l’Alphabétisation (AMDA)

Association pour la Prospérité des Femmes du Guidimakha (APFG)

Association Towvigh

Association  Mauritanienne pour la Promotion des Adolescents (AMPA)

Association Les Amis de la Santé Avagh

Association Elwava

Groupe Recherche Action pour le Développement Durable (GRADD)

Association Pour l’Education et Promotion Sociale (APEPS)

Association Djalaw

Association Nationale pour le Développement et la Biodiversité (ANDB)


Face au coronavirus, la Mauritanie riposte

Couvre-feu sur toute l’étendue du territoire national, avec fermeture de tous les restaurants, cafés, commerce et interdiction de circuler de 20h à 6h du matin. C’est la dernière mesure prise jeudi 19 mars 2020, par les autorités mauritaniennes pour faire face au Coronavirus. Du coup, les populations ont pris d’assaut les principaux centres de vente, qu’ils ont pratiquement dévalisés, comme si la Mauritanie était réellement entrée en guerre.
Hôpital de Kiffa (Crédit Aidara – archives)

Ainsi, en réponse aux recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la Mauritanie a mis en place un plan national de préparation et de riposte face à l’épidémie du nouveau coronavirus (Covid-19) avec à la clé un budget prévisionnel de 343 470 750 MRU (soit près de 3,5 milliards UM anciens). A cela s’ajoute la contribution de certains hommes d’affaires, qui ont déjà mis à la disposition des autorités plus de 3 milliards UM anciens.

Cette cagnotte de plus de 6 milliards UM anciens, ajoutée aux 5 millions de dollars US de l’OMS (environ 4 milliards UM anciens),  devrait servir à limiter le risque de propagation du coronavirus en Mauritanie compte tenu des échanges que le pays entretient avec la Chine et un grand nombre de pays affectés. D’une manière générale, ce plan de riposte vise à améliorer les capacités de la Mauritanie en termes de préparation, de prévention, de détection et de riposte face à une potentielle apparition du Covid-19 conformément au cadre du Règlement sanitaire international.

À noter dans ce cadre que seuls deux cas ont déjà été confirmés par les autorités sanitaires mauritaniennes jusque-là, ainsi que la mise en quarantaine de plusieurs autres personnes. Depuis près d’une semaine, les établissements d’enseignement ont été fermés et les campagnes de sensibilisation se multiplient par la voie des médias, des réseaux sociaux et dans les quartiers.

C’est tout un pays qui est aujourd’hui en alerte maximale et le conseil interministériel pour la prise en charge et l’organisation des secours d’urgence présidé par le Premier ministre et mis en place depuis 2002, a été activé depuis l’apparition du premier cas signalé de coronavirus en février.

Au niveau international, la Mauritanie est appuyée face à cette pandémie par l’OMS, la FAO, le PAM, l’UNICEF, l’OIM, ainsi que plusieurs ONG internationales comme ALIMA, ACF, Oxfam, en plus de la Croix rouge internationale. Il est prévu dans ce plan de mobiliser la société civile nationale pour des campagnes de sensibilisation, de communication, d’informations, de collectes, de vérifications et de services nécessaires en liaison avec le gouvernement.

En prévision, le ministère de la Santé a élaboré plusieurs scénarios, prévoyant plusieurs stades jusqu’au pire des cas.

Cheikh Aïdara


L’ONU intensifie son soutien aux États Membres pour répondre à la pandémie de COVID-19 en Afrique de l’Ouest et du Centre

Dakar, Sénégal – 19 mars 2020. Les agences des Nations Unies en Afrique de l’Ouest et du Centre intensifient leur soutien aux États Membres de la région, afin de se préparer et de répondre adéquatement au nombre croissant de cas liés à la pandémie de coronavirus 2019 (COVID-19) dans la région.

Le Secrétaire général de l’ONU

Les directeurs régionaux des agences des Nations Unies dans la région ont discuté des moyens d’intensifier leurs efforts le jeudi 19 mars 2020, convenant de mesures pratiques pour le renforcement de l’assistance technique et opérationnelle aux gouvernements de la région de manière coordonnée. Cela peut inclure, sans s’y limiter, le pré positionnement de stocks de produits d’hygiène et d’assainissement ainsi que de nourriture, en veillant à ce que les couloirs de transport continuent de permettre la circulation des marchandises et que les experts techniques concernés soient disponibles.

Le président par intérim du Groupe des directeurs régionaux pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Mabingue Ngom, a souligné qu’il était essentiel que l’ONU se concentre sur les interventions stratégiques qui aideront les gouvernements à se préparer au COVID-19 et à y répondre dans les pays touchés. Cela se fera sous la direction générale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

La Directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique, le Dr Matshidiso Moeti, a souligné l’importance d’une action rapide pour faire face à la pandémie, car le nombre de cas en Afrique augmente. Elle a noté que 83 cas avaient été signalés au cours des dernières 24 heures, entre le 18 et le 19 mars.

«Nous devons faire de notre mieux pour nous assurer que les collègues des bureaux de pays soutiennent les gouvernements du mieux qu’ils peuvent.» Elle a souligné la nécessité de garantir une solidarité et une coopération collectives pour contenir et atténuer la propagation.

Les directeurs régionaux étudient des mesures essentielles telles que la création d’un couloir humanitaire et demandent aux gouvernements, lorsqu’ils imposent des restrictions de voyage, de faciliter la circulation du personnel d’intervention et des produits.

Les agences des Nations Unies chercheront à aider les gouvernements à assurer des changements rapides dans la communication sur le changement de comportement pour aplanir la courbe potentielle que le virus peut prendre, ainsi qu’un soutien au pré positionnement rapide des stocks et à la disponibilité du personnel. Le continent aura également besoin de soutien pour faire face à la crise économique provoquée par la pandémie qui affecte déjà les marchés mondiaux.

Les agences des Nations Unies et leurs partenaires tiendront compte des leçons apprises lors de la réponse menée pour aider les pays à surmonter l’épidémie du virus Ebola en 2014 et 2016, ainsi que de l’expérience récente en Chine pour surmonter la maladie.

La région de l’Afrique de l’Ouest et du Centre est particulièrement fragile, compte tenu de ses systèmes de santé faibles, des conflits en cours, du terrorisme et de l’extrémisme croissants, ainsi que de ses ressources limitées. Par conséquent, les agences des Nations Unies intensifieront le plaidoyer, augmenteront la mobilisation politique et des ressources afin de mieux soutenir les plans nationaux de développement.

Les messages clé pour prévenir la propagation de la pandémie sont centrés sur les changements de comportement de base tels que le lavage fréquent et minutieux des mains, la toux dans le coude, et l’évitement des foules et bien sûr l’auto-isolement.

Contact:

  1. Jacob Enoh Eben| Conseiller régional en communication, UNFPA WCARO (pour le groupede communicationrégional)| eben@unfpa.org | Tel: +221 77 358 66 62 – Dakar, Sénégal
  • Mensah Y. L. Aluka| Regional Coordination Specialist and Head of UNSDG-WCA Secretariat | E-mail: mensah.aluka@undp.org | Tel: +22177 529 5055 – Dakar, Senegal


Selon l’OIT, près de 25 millions d’emplois dans le monde pourraient être perdus à cause du COVID-19

Une première évaluation de l’impact du COVID-19 sur le monde du travail mondial indique que les effets seront de grande envergure, poussant des millions de personnes au chômage, au sous-emploi et à la pauvreté, et propose des mesures en vue d’apporter une réponse ferme, coordonnée et immédiate.

GENÈVE, le 19 mars 2020 – La crise économique et de l’emploi créée par la pandémie du COVID-19 pourrait entraîner une hausse du chômage de près de 25 millions dans le monde, selon une nouvelle estimation de l’Organisation internationale du Travail (OIT).

Toutefois, en cas de réponse coordonnée au niveau international, comme lors de la crise financière mondiale de 2008-09, l’impact sur le chômage dans le monde pourrait être réduit de manière significative.

Selon le rapport préliminaire d’évaluation COVID-19 and the world of work: Impacts and response  (Le COVID-19 et le monde du travail: impacts et réponses), il est indispensable de prendre des mesures urgentes, de grande envergure ainsi que des mesures coordonnées autour de trois piliers: la protection des travailleurs sur leur lieu de travail, la relance de l’économie et de l’emploi ainsi que le soutien aux emplois et aux revenus.

Ces mesures nécessitent l’élargissement de la protection sociale, un soutien en matière du maintien des emplois (comme par exemple le travail partiel, les congés payés ou d’autres aides) ainsi qu’un allégement fiscal et financier, y compris pour les microentreprises et les petites et moyennes entreprises. En complément, le rapport préliminaire suggère également des mesures en matière de politiques fiscales et monétaires ainsi que des prêts et un soutien financier pour des secteurs économiques ciblés.

Plusieurs cas de figure

En se basant sur des scénarios différents de l’impact du COVID-19 sur la croissance économique mondiale, la projection de l’OIT fait état d’une hausse du chômage mondial entre 5,3 millions (scénario le plus optimiste) à 24,7 millions (scénario le plus pessimiste) par rapport au chiffre de base de 188 millions en 2019. En comparaison, la crise financière internationale de 2008-09 avait provoqué une hausse du chômage dans le monde de 22 millions.

Le sous-emploi devrait lui aussi s’accroître de manière significative au fur et à mesure que les conséquences économiques de l’épidémie se traduiront par des réductions des horaires de travail et des salaires. Dans les pays en développement, le travail indépendant, qui sert souvent à atténuer l’impact des bouleversements, pourrait ne pas jouer ce rôle cette fois-ci en raison des restrictions de mouvement auxquelles les populations sont soumises (par exemple pour les prestataires de services) ainsi que pour les marchandises.

La baisse du nombre d’emplois va aussi entraîner des pertes massives en matière de revenus pour les travailleurs. L’étude les estime dans une fourchette allant de 860 milliards de dollars à 3,4 billions de dollars d’ici la fin 2020. Cela se traduira par une chute de la consommation des biens et des services, qui impactera à son tour les perspectives des entreprises et des économies.

La pauvreté au travail devrait elle aussi augmenter de manière significative, au fur et à mesure que «la pression sur les revenus en conséquence du déclin de l’activité économique touchera très gravement les travailleurs vivant autour ou sous le seuil de pauvreté». L’OIT estime qu’entre 8,8 et 35 millions de personnes supplémentaires dans le monde se retrouveront en situation de travailleurs pauvres, comparé à la projection originale pour 2020 (qui prévoyait une baisse de 14 millions au niveau mondial).

Des réponses politiques rapides et coordonnées

« Il ne s’agit plus seulement d’une crise sanitaire mondiale, c’est aussi une crise grave en matière d’emplois ainsi qu’une crise économique majeure qui est en train d’avoir un impact considérable sur les populations », affirme Guy Ryder, Directeur général de l’OIT. «En 2008, le monde avait présenté un front uni pour s’attaquer aux conséquences de la crise financière mondiale, et le pire avait pu être évité. Nous avons besoin de ce même rôle moteur et de cette même résolution à l’heure actuelle », ajoute-t-il.

L’OIT met en garde contre le fait que certaines catégories de personnes risquent d’être touchées par la crise de l’emploi de manière disproportionnée, ce qui pourrait accroître les inégalités. Il s’agit notamment des personnes occupant des emplois peu rémunérés et moins bien protégés, en particulier les jeunes et les travailleurs plus âgés. Les femmes et les migrants sont également concernés. En effet, ces derniers sont vulnérables en raison de l’absence de protection sociale et de droits tandis que les femmes ont tendance à être surreprésentées dans les emplois les moins bien rémunérés et les secteurs touchés.

«En temps de crise comme c’est le cas actuellement, nous disposons de deux outils essentiels afin d’atténuer les dégâts et de restaurer la confiance publique. D’abord, le dialogue social, les discussions avec les travailleurs et les employeurs et leurs représentants sont cruciales pour instaurer un climat de confiance et obtenir du soutien pour les mesures que nous devons prendre pour surmonter cette crise. Deuxièmement, les normes internationales du travail constituent un socle fiable et éprouvé pour des réponses politiques centrées sur une reprise durable et équitable. Tout doit être fait pour minimiser les dégâts causés à l’humanité dans ces temps difficiles », conclut Guy Ryder.

Pour plus d’information sur Le COVID-19 et le monde du travail : http://bit.ly/3a224Ah

Pour des demandes d’interviews, merci de contacter: newsroom@ilo.org