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De Nouadhibou, à la fin de sa campagne, Ould Maouloud promet de recoller les morceaux brisés de la Mauritanie

Pour la clôture de sa campagne électorale à Nouadhibou, ce jeudi 20 juin 2019, Mohamed Ould Maouloud qui représente l’opposition radicale traditionnelle, l’UFP et le RFD ainsi que l’UNAD, a déclaré que son programme politique va sauver la nation et le peuple mauritanien, soulignant que «le pays a été soumis à une destruction méthodique, son peuple soumis à un régime d’appauvrissement pendant la décennie écoulée».

Il a promis de sauver les agriculteurs, les éleveurs, les employés, notamment les travailleurs de la SNIM dont l’entreprise a été soumise au cours des dix dernières années à un sac continue qui l’a conduit aujourd’hui au bord de la faillite. «Mon programme politique comporte une stratégie spéciale de sauvetage de la SNIM pour assurer sa pérennité à travers une gestion rationnelle qui permettra au pays de continuer à profiter de ses potentialités » a-t-il déclaré. Une autre stratégie spécifique est prévue selon lui dans le programme politique qu’il propose aux Mauritaniens, visant à sauver également le secteur des pêches qui serait selon lui dans un état critique, à travers des crédits qui seront accordés aux pêcheurs et à travers la protection de leurs droits ainsi que ceux des sociétés nationales face à la concurrence déloyale des multinationales.

Mohamed Ould Maouloud a enfin promis de dégager un budget de 100 milliard d’ouguiyas pour lutter contre le chômage des jeunes et prendre en charge la question de la femme pour assurer sa présence renforcée dans les instances de décision.  Sur ce plan, il promet une discrimination positive  à leur égard dans le recrutement. Ould Maouloud promet aussi en cas de victoire à la présidentielle de juin 2019 de relever le SMIG, ainsi que le salaire des fonctionnaires, notamment les enseignants du primaire et du secondaire, celui des professeurs d’université, des médecins et des agents de l’Etat.

Mohamed Ould Maouloud qui a mis en garde contre la fraude électorale, appelant ses partisans à la vigilance, a effectué une tournée électorale réussie à travers le pays. Partout, ses meetings ont attiré les foules, notamment à Nouakchott, dans la Vallée, les régions de l’Est et du Nord, notamment à Atar, Zouerate et Nouadhibou.

Cet universitaire qui totalise près de quarante ans de combat politique, déjà au sein du mouvement «Kaddihine » des années 60 sous le parti unique, puis sous les couleurs du MND, mouvement maoïste des années 70, a l’opposition dans les veines. A la tête de l’Union des Forces du Progrès (UFP) depuis des années, il a combattu tous les pouvoirs qui se sont succédé en Mauritanie. Il est soutenu dans cette présidentielle par le doyen des opposants mauritaniens, Ahmed Daddah, président du parti Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD), premier parti d’opposition, le seul à avoir mis en ballotage un candidat des militaires. C’était lors de la présidentielle de 2006. En 1992, il avait remporté, dit-on, une victoire confisquée contre le colonel Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya. Atteint par la limite d’âge constitutionnelle (75 ans), il est l’un des plus fervents du candidat Ould Maouloud.

Cheikh Aïdara


La CVE remplit le stade de Basra lors de son meeting de clôture

Situé dans l’une des poches de pauvreté de Nouakchott, le Stade de Basra a affiché plein lors du meeting de clôture organisé jeudi 20 juin 2019 par la Coalition Vivre Ensemble (CVE). Un conglomérat de plusieurs partis politiques, qui soutient la candidature du Dr. Kane Hamidou Baba.

Cette soirée de clôture qui a rassemblé toute cette jeunesse, toutes ces femmes et ses hommes qui croient au programme de la coalition, est venue clore en apothéose la tournée riche en rassemblement populaire, notamment dans le Fouta, le Trarza, le Guidimagha et l’Assaba, mais aussi à Zouerate et à Nouadhibou où Kane Hamidou Baba a fait carton plein.

Dans le discours qu’il a prononcé devant des milliers de partisans, le candidat de la CVE a qualifié le candidat du pouvoir, Mohamed Ould Ghazouani, de «candidat de la sécurité extérieure», alors que le peuple mauritanien, selon lui, a plutôt besoin de sécurité intérieure, de sécurité alimentaire, d’unité, de progrès et de prospérité.

Pour Kane Hamidou Baba, la Mauritanie a besoin aujourd’hui d’un grand et urgent changement, demandant aux citoyens mauritaniens de profiter de l’opportunité offerte par cette élection présidentielle pour concrétiser ce choix. «Notre pays a besoin d’une armée républicaine, d’une armée qui nous protège. Pour cela, l’armée doit retourner dans les casernes et y rester, loin de la politique. Une armée soumise aux ordres de la République sous un régime civil, voilà ce qu’elle doit être» a-t-il déclaré.

Il faut dire que l’image du meeting de la CVE au Stade de Basra était impressionnante. Des milliers de têtes hétéroclites, et pas un doigt à pouvoir mettre sur terre, tellement la densité était au millimètre près. «Même dans leur plus folle épopée politique, aucune des formations formant la CVE n’avait pu à lui seul atteindre le quart d’une telle performance», confie un jeune activiste.

La ferveur des foules drainées par la CVE durant sa tournée de campagne et ce meeting final a fini par galvaniser les foules. «Notre candidat passera au premier tour Inchallah » lâche un membre du directoire de campagne, avec une telle conviction que pour lui, «le scrutin du 22 juin ne sera qu’une simple confirmation».

Beaucoup de folklore du Fouta, danses, musiques, cris d’hystérie, avaient chauffé la scène avant l’arrivée de Kane Hamidou Baba à la tribune. La fin fut encore plus attractive.

Cheikh Aïdara


Ould Ghazouani choisit la fin de sa campagne électorale pour s’attaquer à ses adversaires

Mohamed Ould Ghazouani, le candidat du pouvoir, de la continuité et de la pérennité du système Aziz – du moins tel que le présentent ses partisans – a choisi l’ancien aéroport de Nouakchott pour son dernier meeting électoral. La majorité y a concentré ses forces, à coups de bus déversant des paquets humains, des centaines de véhicules tout terrain avec leurs flots de passagers, sous le son de la musique de campagne.

C’est dans cette atmosphère pleine de déjà vu, avec tous les ténors du régime Aziz, ses ministres, ses directeurs centraux, ses hauts fonctionnaires, ses hommes d’affaires, ses chefs de tribu et de clans ainsi que ses lobbies, que Mohamed Ould Ghazouani, qui s’est abstenu pendant les quinze jours de campagne électorale de toute attaque contre ses adversaires, a choisi de livrer sa dernière cartouche contre ses opposants. «Ces candidats pendant toute leur campagne électorale n’ont avancé que des discours pleins de contradiction et de mots creux » dira-t-il, soulignant que «les Etats ne se construisent pas à coup de paroles vides et de manipulations, mais par des plans de développement et l’intelligence». Certains candidats profitent selon lui de l’occasion pour des règlements personnels.

Il a envoyé une pique à Sidi Mohamed Ould Boubacar lorsqu’il déclare que «parmi les candidats, il y a ceux qui ont servi l’Etat, mais n’ont pas pu exploiter leur expérience au service du peuple». Plus tard, il dira que «d’autres n’ont pas d’expérience mais cherchent à semer la haine et la division entre le peuple».

Dans sa critique acerbe contre ses adversaires, Ould Ghazouani a déclaré «nous ne voulons pas de radicaux et ne tolérons pas l’injustice, mais nous visons l’intérêt national, et nous repoussons les agendas extérieurs, nous n’accepterons pas une Mauritanie raciste, mais une Mauritanie unie et fraternelle».

Et de rappeler que pendant toute sa tournée électorale, il n’a jamais attaqué aucun des candidats en lice, par respect au pacte signé dans ce sens par un certain nombre d’entre eux et pour relever le niveau des débats, loin des langages de caniveaux. «Tous les candidats, à part Birame, ont signé ce pacte de non agression et personne ne l’a respecté sauf moi» a-t-il rappelé.

Candidat du système pluriséculaire qui sévit depuis l’arrivée des militaires au pouvoir en 1978, Mohamed Ould Ghazouani est un pur produit de l’institution militaire, ayant gravi les échelons jusqu’au grade de général de division. Chef d’Etat-major des forces armées pendant toute la décennie, il prendra sa retraite comme ministre de la Défense, poste à partir duquel il annoncera sa candidature à la Magistrature Suprême tout en siégeant en conseil des ministres pendant quelques jours. Il est celui que Mohamed Abdel Aziz a imposé à sa majorité pour lui succéder, malgré quelques grognes, avant que tout le monde ne rentre dans les rangs. Il a derrière lui la puissance de l’Etat, celle du chef de l’Etat qui ne cache pas son soutien puisqu’il a assisté aussi bien à son meeting de lancement de campagne qu’au meeting de clôture, tout en participant activement à sa campagne dans quelques régions sous couvert de visites officielles. C’est lui naturellement qui capte les grands électeurs, l’administration publique et militaire et la classe économique. Il part comme favori du scrutin présidentiel de juin 2019. Le président sortant a maintes reprises affirmé, et encore lors de sa conférence de presse du 20 juin, à deux jours du scrutin, qu’il n’y aura pas de second tour, et que Ould Ghazouani passera au premier tour.

Cheikh Aïdara


Sidi Mohamed Boubacar appelle à mettre fin au «système boutiquier » et sa suite

Au cours du meeting de clôture de sa campagne électorale, jeudi 20 juin 2019 au Stade Cheikha Boidiya du Ksar, le candidat Sidi Mohamed Ould Boubacar, auteur d’une tournée électorale élogieuse, a déclaré qu’après la «décennie du boutiquier, on veut nous obliger à une décennie du gérant». Il soutient que la décennie que nous venons de vivre fut une décennie où tout a été vendu, tout a été commercialisable et commercialisé. 

Selon lui, l’armée mauritanienne n’est la propriété de personne, que c’est l’armée du peuple mauritanien, qui doit se tenir à équidistance entre tous les acteurs sans ingérences dans les affaires politiques. Et de reprendre en leitmotiv, «après la décennie du boutiquier, non à la décennie du gérant » en allusion au président Mohamed Abdel Aziz et son dauphin, compagnon d’armes, qu’il veut refiler au peuple, Mohamed Ould Ghazouani.

Dans son mot de clôture, après une tournée populaire qui l’a mené dans les quatre coins du pays, parvenant  à fédérer des masses populaires si impressionnantes que d’aucuns lui prédisent déjà l’une des deux premières places dans cette course à la présidentielle, il a promis de revoir les prix des denrées de première nécessité, les coûts de l’électricité, de l’eau et du carburant, soulignant que les prix ont atteint ces dernières années des sommets inégalés.

Il a aussi promis d’augmenter le salaire des fonctionnaires, des soldats et des officiers de l’armée, ainsi que celui des retraités militaires et civils. Il s’est dit solidaire des familles mauritaniennes confrontées au chômage, de ces centaines d’employés licenciés suite à des faillites provoquées de plusieurs sociétés d’Etat durant ces dernières années, notamment les travailleurs de la SNIM. Des travailleurs qui sont sortis selon lui, par masse, à Nouadhibou et à Zouerate, pour dénoncer la mauvaise gestion au sein de la plus grande société nationale. Il a promis d’augmenter d’une manière spécifique leur salaire, rappelant que depuis la transition 2005-2007, ils n’ont jamais connu la moindre augmentation.

Il faut dire que le meeting de Sidi Mohamed Ould  Boubacar au Stade Cheikha Boidiya était si impressionnant que quelques observateurs ont déclaré que Nouakchott a été divisé entre son meeting et celui de son adversaire, Ould Ghazouani.

Cheikh Aïdara