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CHAN 2018 : Corentin sort sa liste des 23, Ahmed Yahya recadre la presse

Un programme bien concocté avec des heures bien précises pour l’arrivée des journalistes, leur installation, le petit déjeuner, l’arrivée du coach…. Ce  genre de raffinement, il y en a rarement eu à la FFRIM, même si sur le plan du timing, Brahim Sow Deyna, DirCom de la fédération a dû réaménager ses horaires. C’est en tout cas l’innovation de cette conférence de presse animée ce lundi 8 janvier 2018 dans les locaux de la Fédération mauritanienne de football (FFRIM) par l’entraîneur national, Corentin Martins, très attendu sur sa liste des 23 joueurs retenus pour la CHAN 2018 au Maroc et l’aparté inattendu du président Ahmed Ould Yahya avec la presse sportive.

Corentin Martins livre sa liste (Photo Aïdara)

Mais l’impatience des journalistes sera de courte durée, car d’emblée, le coach des Mourabitounes locaux ne s’est nullement abîmé dans des introductions inutiles et a directement attaqué sa feuille de route, en livrant le nom des 23 qui devront faire campagne pour cette quatrième édition prévue au Maroc du Championnat africain des équipes nationales locales (CHAN) 2018 et la deuxième participation mauritanienne après celle de 2014 en Afrique du Sud.

Un mélange de jeunes pouces et d’anciens

Sans surprise, les cages seront gardées par le portier du FC Nouadhibou et inamovible gardien de l’équipe nationale, Souleymane Diallo, secondé par Mohamed Salehdine de FC Tevragh-Zeina et Namori Diaw de l’AS Kedia.

En défense, l’équipe comptera sur trois défenseurs de FC Nouadhibou, en l’occurrence Oumar Mangane, Lemrabott El Hacen et Mohamed Wade, sur deux défenseurs de FC Tevragh-Zeina, Sidi Mohamed Bilal et Moustapha Diaw, sur un défenseur de l’AS Garde, El Hacen Houeibib et un défenseur de la Concorde, Youba Zeidane.

Le milieu de terrain est formé de deux joueurs du FC Nouadhibou, Alassane Diop et Abdoulaye Gaye Palaye, deux joueurs de FC Tevragh-Zeina, Moussa Baghayoko et Samba Moussa, deux joueurs de Tijikja, Mohamed Dellahi Yali et Hacen Teguedi, et un joueur de l’ASAC Concorde, Abdou MBareck El Id.

En attaque, Corentin a choisi Moulaye Ahmed Khalil dit Bessam et Ely Cheikh Voulany du FC Nouadhibou, Karamokho Traoré de FC Tevragh-Zeine, Babacar Bagili du Ksar et Hemeya Ould Tanji de Tijikja.

Cette liste a fait le deuil de trois joueurs qui avaient participé au stage de préparation de l’équipe, dont Cheikh Wely Yacine de FC Nouadhibou, dont le cas a été posé au cours de la conférence de presse. Selon Corentin, il fallait choisir entre lui et Samba Moussa qui évolue dans le même poste et que le choix a été porté sur ce dernier, parce qu’il fait partie de l’équipe qui a arraché la qualification et il le connaît mieux.

Beaucoup de changements par rapport à 2014

De l’équipe des Mourabitounes qui avait fait la campagne du CHAN 2014 en Afrique du Sud sous les auspices de l’ancien coach Patrice Neveu, très peu sont restés, à peine sept joueurs, Souleymane Diallo (gardien), Mamadou Wade (défense) Abdoulaye Silèye Gaye Palaye et Moussa Baghayoko (milieu), Ely Cheikh Voulany, Moulaye Khalil Ahmed Bessam et Abdallahi Samba Moussa (rétrogradé au milieu) en attaque.  Exit dans les cages de Babacar Harouna Touré et Cheikh Fall Lekhneiver.

Toute la défense, sauf Mamadou Wade, a été nettoyée, Ibrahima Sy, Cheikhna Varajou, Yacoub Fall, Boubacar NGollo, Abdel Aziz Lô, Pape Moussa Sakho et Abdoulaye Niass.

Au milieu, seuls Palaye et Baghayoko sont restés. Les autres, Bah Mohamed Yacoub Deina, Amar Djiby Samb et Denne Mohamed Taghyoullah, mais aussi El Hacen El Id (Levante-Espagne) seront absents au Maroc.

En attaque, Abdel Aziz Sao, El Kory Mohamed Vall, Mamadou Niass et Ismaël Diakité laissent leur place à de nouveaux joueurs, comme Karamokho Traoré, Bagili et Tanji.

Pourquoi pas un exploit devant le Maroc

Quant aux questions qui lui ont été posées, Corentin Martins a dû s’expliquer sur les raisons du choix porté sur les 23 sélectionnés et pas sur d’autres, sur l’objectif qu’il vise et jusqu’où compte-t-il porter la barre de ses ambitions, s’il dispose d’assez d’informations sur ses adversaires, le Maroc, le Soudan et la Guinée, etc.

En gros, le coach a expliqué que ses choix ont été motivés par des critères sélectifs, en partant des joueurs qui ont participé à la qualification des Mourabitounes au CHAN 2018, sur la qualité des sélectionnés et leur capacité à donner le rendement qu’il recherche.

Par rapport au match d’ouverture qui opposera le 13 janvier prochain, la Mauritanie et le Maroc, Corentin Martins compte sur un exploit pour battre une grande nation de football qu’est le Maroc, dont l’équipe A est qualifié à la Coupe du Monde et dont l’un des clubs, le Wydad AC (WAK) qui fournit l’essentiel des joueurs de l’équipe locale, a remporté la Champions League africaine en 2017.

Un peu de professionnalisme, Messieurs les journalistes !

Hors micro et hors caméra ! En exclusivité à la presse ! La discussion à bâtons rompus entre le président de la FFRIM, Mohamed Yahya et les journalistes ne pouvait pas être entouré de plus de discrétion. Cette entrevue serait l’idée géniale de la Direction de communication, idée qu’il aurait trouvé pertinente pour recadrer un peu une presse très portée sur du papotage sur tout et sur rien. Ahmed Yahya a déclaré que la presse mauritanienne par sa recherche de l’information sportive à tout bout de champs et de ragots à rapporter (le terme est de moi : Ndlr)  à tout prix, à beaucoup nuit  par moment au pays, en fournissant plus de service non rétribué et Ô combien précieux aux adversaires qui finalement paient à moindre frais tout ce qu’ils veulent savoir sur nos équipes nationales. C’est en Tunisie qu’Ahmed Yahya aurait été titillé sur cette question, par des techniciens tunisiens qui lui auraient dit, selon ses propos : «vous manquez de professionnalisme à tous les niveaux, mais surtout au niveau de votre presse sportive. C’est grâce à elle que nous avons eu toutes les informations que nous recherchions sur votre équipe ». Et c’était à la veille d’une rencontre qui devait opposer la Tunisie à la Mauritanie.

Le staff technique et une partie de la salle lors de la conférence de Corentin Martins (Photo Aidara)

La rencontre était amicale, les propos avenants, mais son message, le président de la fédération l’a fait passer. «La critique est parfois constructive, et je reconnais dans ce cadre que notre presse sportive a bien contribué au progrès enregistré par notre football, mais parfois, les critiques sont hors-propos, exagérés, hors-contexte et parfois à des moments cruciaux. Critiquer pour critiquer n’est pas constructif…Le président de la Fédération ne doit pas être la cible essentielle et continue des journalistes sportifs…Parlez des clubs, des joueurs, des entraîneurs…Il y a des pays où l’on ne connaît même pas le nom du président de la fédération, car la presse dans ces pays s’occupe plus des acteurs sur le terrain que des administratifs…Ici en Mauritanie, on pense que si on critique le président de la fédération, on va se faire un nom ou du pognon…Epargnez le moral des joueurs…surtout à la veille d’une compétition aussi cruciale…Accompagnez-nous positivement à relever le challenge qui nous attend, etc. » La discrétion ! Tel est le maître mot qu’Ahmed Yahya veut de la presse, que les adversaires ne puissent se nourrir des fuites qui filtrent dans les colonnes de nos médias.

Tels sont en gros et en substance, ce qu’Ahmed Yahya a voulu dire aux acteurs de la presse en les invitant à plus de patriotisme à l’heure où l’équipe nationale entame un tournoi africain de haut niveau et à plus que jamais besoin d’avoir le bon moral.

Cheikh Aïdara

 


CHAN 2018 : Stage réussi des Mourabitounes et annonce attendu des 23

Les Mourabitounes devaient revenir normalement ce samedi 7 janvier à Nouakchott après un stage de plusieurs jours en Tunisie au cours duquel ils ont disputé trois matchs, deux avec des clubs de l’élite tunisienne et un avec l’équipe nationale de la Libye.

Les Mourabitounes ont remporté les deux rencontres qui les ont opposés aux deux équipes de l’élite tunisienne, la Marsa (1-0) puis  à l’équipe de Sfax, deuxième du championnat, (4-3). Enfin, les Mourabitounes ont concédé le nul devant l’équipe de Libye sur le score de 1 but partout.

La leçon que l’on peut tirer de ces trois rencontres des Mourabitounes en Tunisie, est la bonne performance de l’attaque qui a inscrit 6 buts et l’inquiétude constatée dans la défense qui a laissé passer 4 buts. D’où des réglages à effectuer aussi bien au milieu du terrain, mais surtout en défense.

L’autre leçon est que Corentin Martins doit maintenir son option tactique qui consiste à allier la vivacité de la jeune génération, Teguedi, Homoya, Cheikh Weli Yacine, à l’expérience des anciens, comme Eto et Pallaye en attaque.

Le milieu doit être davantage étoffé et pallier la corpulence peut avantageuse de Teguedi, dont les locaux ne peuvent cependant se passer des services.

Le coaching au cours du stage de Tunis a été largement apprécié, notamment la réaction juteuse face au Sfax et l’extrême remontada qui a permis aux Mourabitounes, menés 3 à 0, de remonter la pente et inscrire le quatrième but de la victoire.

Le public mauritanien qui suit de près l’équipe nationale des locaux, attend impatiemment la liste des 23 joueurs que Corentin Martins devra dévoiler lundi 8 janvier et qui vont représenter le pays au CHAN 2018. C’est surtout le match d’ouverture, face au pays organisateur, le Maroc, qui suscite le plus l’enthousiasme des sportifs dont la plupart a déjà pris la route vers le Royaume ou s’apprête à le faire.

Sans doute, les Mauritaniens iront au Maroc avec une fierté en bandoulière, celle de la nomination par la CAF du président de la FFRIM, Ahmed Yahya, comme meilleur dirigeant africain en 2017.

Cheikh Aïdara


La Mauritanie nullement intéressée par ses malnutris

La malnutrition, malgré sa forte incidence, n’est pas encore une priorité pour le gouvernement mauritanien qui semble faire de cette question, une affaire strictement réservée aux partenaires. Or, ces derniers prévoient de se retirer de l’urgence humanitaire en Mauritanie, laissant en rade des centaines d’enfants, de femmes et de nourrissons qui risquent d’être abandonnés par une politique de santé qui les exclut. C’est le cri d’alarme qui semble ressortir d’une étude-diagnostic menée par Action Contre la Faim au Hodh El Charghi et au Guidimagha lors d’une restitution le 4 janvier dernier à Nouakchott.

Depuis le jour où des organisations internationales comme Action Contre la Faim, Oxfam, World Vision, pour ne citer que ceux-là, ont répondu favorablement à l’Appel lancé en 2012 par l’Etat mauritanien pour juguler la grave crise nutritionnelle qui avait frappé le pays, le gouvernement a fait de la malnutrition de ses enfants, femmes et nourrissons, une affaire exclusivement réservée au partenariat international. «Et si les partenaires se retirent du volet nutrition ?» a-t-on un jour demandé au directeur d’une structure de santé à l’intérieur du pays. «On fermera tout simplement les centres de nutrition et on renverrait les enfants chez eux» a-t-il répondu.

Malgré le caractère terrible de la réponse, il est évident que le directeur de cette structure a raison, car le budget de la santé ne prévoit que des miettes, à peine 1%, pour le volet nutrition. «Cette pathologie est du ressort des partenaires » a-t-on tendance à entendre de la bouche des responsables médico-sanitaires mauritaniens. Plus grave, un pédiatre aurait refusé dans un hôpital de soigner, après diagnostic, un enfant souffrant de malnutrition.

Pour faire ressortir davantage les insuffisances en matière de prise en charge de cette pathologie exclue des paquets essentiels de base, une enquête-diagnostic a été menée par Action Contre la Faim dans deux régions échantillons du pays, le Guidimagha et le Hodh Charghi, fortement installées dans l’urgence nutritionnelle.

La restitution des résultats de ce diagnostic a fait l’objet d’un atelier qui s’est déroulé le jeudi 4 janvier 2018 à Nouakchott, avec l’absence quasi-totale des responsables du Ministère de la Santé, premiers concernés par les travaux. Pourtant, l’enquête ainsi que le diagnostic du système de santé menés par  Dr Yahya Gnokane, Coordinateur national Santé/Nutrition à Action contre la faim, s’est effectué selon lui en collaboration étroite avec les autorités administratives, les Directions Régionales à l’Action Sanitaire et Sociale (DRASS) des régions visitées ainsi que le personnel des structures de santé. «Ils ont également validé les résultats du diagnostic après de houleux débats, en présence des élus locaux et de la société civile locale» a-t-il de nouveau précisé.

Le diagnostic pour le renforcement du Système de santé (HSS) a tourné autour de cinq piliers, avec chacun ses points forts et ses points faibles, la gouvernance sanitaire, le financement, les infrastructures, équipements et approvisionnement, les ressources humaines, les services fournis, le système d’information sanitaire (SIS) et enfin, le plaidoyer et quelques recommandations.

Cheikh Aïdara


Traversées Mauritanides : un creuset littéraire

Pendant une dizaine de jours, du 13 au 20 décembre 2017, les rencontres littéraires de Nouakchott, «Traversées Mauritanides», ont enchanté la ville pour la 8e année consécutive. De nombreux auteurs étaient présents tels Marguerite Abouet, Mamadou Kalidou Bâ, Laetitia Beaumel, Mbarek Beyrouk, Aïchetou Camara, Marième Derwich, Bilal Hamzata, Moulaye Hacen, Eddy Harris, Cheikh Saad Bouh Kamara, Yacoub Mohamed Khattari, Idoumou Mohamed Lemine, Kadiata Sall, Brahim Bacar Sneiba… Des écrivains venus du Canada, de la Côte-d’Ivoire, de la France, des Etats-Unis et bien sûr de la Mauritanie. Tous ont offert le meilleur d’eux-mêmes, au grand bonheur des amoureux du livre et des débats, ainsi que des élèves présents.

Huit éditions, sans interruption pour une manifestation, c’est la preuve d’une énergie soutenue et certaine. Le succès retentissant de la 8ème édition a convaincu plus d’un que la Mauritanie est capable d’accueillir de grands événements littéraires. Il suffit juste d’en offrir cadres et ressources. Même si les ressources ne sont pas ce dont dispose réellement l’association Traversées Mauritanides, qui s’investit sans compter, depuis le lancement de ses rendez-vous en 2010. Petit à petit Traversées Mauritanides, portée par l’écrivain et homme de cultures Bios Diallo, s’est imposée au fil des ans comme une rencontre des intelligences et du bon goût. Celle des belles lettres, de l’écriture et de la lecture, autant de valeurs à recréer dans un monde où les nouvelles générations sont portées sur d’autres mécanismes que le contact avec les livres, surtout la version papier.

Affiche de l’édition et photo de famille (Crédit : Traversées Mauritanides)

 

«Ecrits, sourires de vies»
En 2016, les auteurs avaient évoqué les villes et leurs murmures, cette année les invités de la 8ème édition des «Traversées» ont planché sur ce qui pourrait être perçu comme une résultante de nos espaces confinés voire délétères. Autrement dit, comment conjuguer vie et écriture ? Ecrit-on pour supporter la vie ou devons-nous sourire de tout, du plus gai au plus dramatique ? «Ecrits, sourires de vies», tel est le thème autour duquel s’est tissée la réflexion des différentes tables-rondes.

Le défi de la lecture fut l’ultime mission des rencontres :
Selon Bios Diallo « il faut multiplier les approches. Trouver des pistes. Faire venir des auteurs, en vie (dit-il en riant), permet de montrer aux jeunes que tous les écrivains ne sont pas morts et qu’ils ne sont pas que dans le papier ou sur des images de télévisions. Par leur présence on pourra d’avantage stimuler les rétissants».  Il se retourna ensuite pour répondre à une question posée par une élève (et à laquelle la plupart des invités a dû répondre) : «la parole dite et écrite est-elle suffisante pour redonner le sourire ?» Un questionnement qui a entretenu les idées, la plume et l’humour, car chacun y est allé de son argumentaire. Moments rares que permet le jeu de la littérature qui s’exporte joyeusement dans les rencontres au bout d’une rue, d’un café, de visites en milieux scolaires, de conférences, de spectacles de contes et joutes poétiques. Cette année, comme par le passé, les espaces d’accueils ont été les écoles Diamly, les Sablettes, le Lycée français Théodore Monod, l’Institut français de Mauritanie (IFM), le Musée National, le Centre culturel marocain, le Racing Club, Le Petit Centre Extension

 

 

Des brochettes venues de …

Laetitia Beaumel, Française résidant au Canada et dont le recueil de poésie «Il n’existe jamais que la moitié du ciel» a reçu en 2017 le prix Piché de poésie de l’Université du Quebec, a été un vrai faisceau de lumière dans les écoles nouakchottoises. De commerce facile, souriante et tenant partout les enfants dans ses bras, elle a senti un grand plaisir à aller dans ces lieux de découverte, dans « cette chaleur » de Nouakchott.

Ecrivains lors d’une table ronde. (Photo : Traversées Mauritanides) De g.à dr. : Khattri, Bakar Sneiba, Eddy, Modératrice, Marième, Mbareck.

Eddy Harris, écrivain-voyageur, journaliste de formation et auteur de plusieurs ouvrages («Mississipi Solo» ou encore «Life in Harlem») a fait le bonheur aussi bien des scolaires que du public intellectuel de Nouakchott avec son humour à fleur de peau. On se souvient de ses formules, à dire de lui-même qu’il n’est pas sérieux ou sérieux en rien, ses analyses et prises de paroles ont toujours fait l’objet des plus grandes attentions. Africain-Américain vivant depuis plus de vingt ans en France, avec plusieurs voyages en Afrique et à travers le monde, Eddy Harris a le dialogue des cultures dans les lectures. Mesure et lucidité constituent ses forces et créent l’attraction de ses écrits.

Egalement au rendez-vous, Intagrist El Ansari, le plus Mauritanien des Maliens, et pour cause : il a fait de la Mauritanie depuis de nombreuses années sa… patrie. Il n’a manqué aucunes des Traversées Mauritanides depuis le début. Son savoir et son dialogue des humanités, c’est aux jeunes qu’il aime les transmettre. Semer à la source de l’humain est son approche.

Invité à participer à cette édition, l’écrivain tunisien Yamen Manai, Prix des Cinq Continents de la Francophonie en 2017 pour son roman «L’Amas ardent», n’a malheureusement pu faire le déplacement. Mais ce n’est que partie remise car les organisateurs tiennent à sa présence, peut-être pour la prochaine édition !

Mauritanie

Les rencontres littéraires ont réservé, comme d’habitude, une grande place aux auteurs mauritaniens : MBareck Beyrouk, Prix Ahmadou Kourouma 2016 pour son roman «Le Tambour des Larmes», Idoumou Mohamed Lemine, auteur de plusieurs romans dont le dernier en 2016 est «Le Fou d’Izziwane », Brahim Bakar Sneiba «Soufi, le mystique qui faisait peur», Dr MamadouKalidou Bâ, auteur de plusieurs études littéraires, qui vient de se mettre à la fiction avec le roman «La résistance pacifique», les militantes et engagées Marième Derwich et Aichetou Camara, auteures respectivement du recueil de poésie «Mille et un Je»  et du roman Au-delà des frontières. La programmation a recherché  certaines personnes qu’on avait perdu de vue : Yacoub Mohamed Khattari, auteur du roman «Les résignés » sur l’esclavage, et Kadiata Sall, nouvelliste et auteure de «Almoudo mon frère » et « Moun… ». En compagnie de leurs homologues invités, les écrivains mauritaniens marquent leur présence. Les élèves commencent à se familiariser avec leurs textes qu’ils ont l’opportunité de travailler chaque année, d’ailleurs les encadreurs, du primaire à l’université, en redemandent ! Une perspective est à l’étude, entre les différentes parties, pour une présence plus régulière de ces productions, même hors des dates du festival.

La grande attraction de cette 8ème édition des Traversées Mauritanides, fut sans doute la venue de l’Ivoirienne Marguerite Abouet dont l’arrivée à Nouakchott a suscité l’enthousiasme des enseignants et des élèves qui avaient lu son best-seller «Aya de Yopougon», (l’album en 6 volumes est porté à l’écran). Portée par le succès de ses écrits et images, Marguerite était attendue sur tous les sites. Dans les écoles il a fallu réaménager des plages horaires en sa présence pour donner satisfaction à tous, parents compris ! On la hélait dans les rues, à la plage… Jusque dans les banques où on la faisait signer des autographes sur des programmes ou feuilles volantes. L’auteure d’Akissi, C’est la vie (série télévisée) et du Commissaire Kouamé (polar BD sorti peu de temps avant cette rencontre) dit elle-même : « j’ai rarement eu de si sympathiques accueils. Les jeunes mauritaniens sont attachants, pleins d’humour et d’amour. Après les rencontres, les échanges se poursuivaient pendant longtemps. Les filles ont exposé, en des termes clairs et précis, leurs lectures et préoccupations. On a senti une réelle soif de savoir. Au-delà de mes personnages, j’ai senti ici la nécessité de m’engager davantage pour la jeunesse, l’éducation, la lecture et la circulation de la culture. Et pour un vivre-ensemble aussi ».

Des rencontres qui font de la place aux autres

Table-ronde arabe avec le jeune prodige Moulaye Hacen (Photo : Traversées Mauritanides)

Traversées Mauritanides, malgré sa forte programmation marquée en langue française, s’est aussi toujours voulue comme le creuset des diversités. A chaque édition, une place est faite à divers moyens d’expressions, notamment à la littérature en langue arabe. Cela permet de s’ouvrir aux Mauritaniens et à tous ceux qui sont liés à cette expression linguistique et culturelle. Ainsi, la conférence «Ecrire le sourire de ma vie», modérée par l’universitaire Bilal Hamza, a connu un moment fort en échanges en arabe avec le jeune Moulaye Hacen, par ailleurs journaliste-bloggeur que d’aucuns découvraient se demandant si on pouvait l’écouter plus souvent, ont également participé Mohamed Abdallahi Bellil, Tarba Mint AmarDes rencontres se sont aussi faites en anglais, à l’université et à l’Iserie.

Au final, la 8ème édition des rencontres Traversées Mauritanides a de nouveau tenu son pari en réunissant autour d’illustres écrivains la famille scolaire, les amoureux des livres et des débats. Les réactions, à l’issue de cette semaine de brillants échanges, montrent un engouement certain autour de cette manifestation. Reste à espérer d’intéressantes perspectives grâce aux soutiens forts des autorités et des mécènes. Car les pressions et sollicitations deviennent de plus en plus importantes, surtout de la part des groupes scolaires et des jeunes assoiffés de lecture, malgré la présence indéniable des nouvelles technologies et des réseaux sociaux.

Au soir de la clôture, l’ensemble des organisateurs (équipe de bénévoles, de professeurs, d’étudiants et d’éducateurs sociaux) a tenu à saluer et à remercier les sponsors sans lesquels un tel événement ne pourrait se produire : le Ministère de la Culture, l’Organisation Internationale de la Francophonie, les ambassades de France et des Etats-Unis en Mauritanie, l’IFM, Kinross Tasiast, la BNM, la CUN, l’Alliance franco-mauritanienne, la Royal Air Maroc, le SMGP, l’Unicef, les hôtels Wissal et Halima. Le tout dans une ambiance poétique de slams, de contes et de scène théâtrale avec des écoles et les artistes.

Vivement l’édition 2018 !

Cheikh Aidara