aidara

Référendum constitutionnel : le brasier de la majorité et les étincelles de l’opposition

Certes, la marche organisée le 15 juillet dernier par les partis de l’opposition pour un boycott massif du référendum constitutionnel du 5 août 2017, a été grandiose. Elle a drainé des milliers de personnes et a fait la UNE de l’actualité pour une journée. Mais, ce n’est qu’une simple étincelle, circonscrite dans la seule ville de Nouakchott. A côté, le feu ardent jamais éteint d’une majorité qui sillonne depuis des semaines chaque portion du territoire. Avec l’apothéose d’une tournée présidentielle qui va donner encore plus de carburant aux tribus et aux factions requinquées dans toute leur plénitude.

Marche de l’opposition du 15 juillet 2017 à Nouakchott

La grande marche de l’opposition du 15 juillet 2017 a vécu. Ne reste plus que quelques écrits résiduels encore pendants sur les files d’une actualité mourante, alors que les manifs sans interruption du pouvoir, qui fait feu de tout bois, ne se sont jamais taris. Piètre combat entre David et Goliath, entre une opposition en manque de souffle et un régime déterminé à faire passer ses amendements constitutionnels.

Rien que dans la méthode et dans l’étendue des masses embrassées, la démarche des deux camps donne largement battue une opposition sans vision, ni tactique de jeu. Comme si elle se suffisait d’une simple action d’éclat avant de retomber dans sa léthargie. L’opposition risque de passer de nouveau à côté de la plaque, comme c’est le cas depuis le début de son bras-de-fer avec le régime de Mohamed Abdel Aziz. En fait, les erreurs cumulées du temps des Accords de Dakar en 2009 semblent imprimer un cachet d’échec à un consortium opposant en perte de vitesse, aussi bien sur le plan des idées que sur celui du combat partisan.

Eclats contre brasier

D’actions d’éclat en actions d’éclat, les actions ponctuelles de l’opposition, qui réussit toujours de belles prouesses en termes de mobilisation, ne sont jamais capitalisées, pour être installées dans la durée, ni portées au-delà des limites de Nouakchott. Comme si le reste du pays était abandonné au pouvoir qui s’y promène avec allégresse. En fait, le discours de l’opposition, pourtant d’essence populiste, semble avoir été réservé à l’élite, laissant en rade un capital de colère national qui ne demande qu’à être cueilli, mais qui ne trouve hélas pas de preneurs, sauf…le pouvoir !

Bien sûr qu’il y avait foule, déboulant de toutes les artères au cours de cette soirée du 15 juillet 2017 où le Forum national pour la démocratie et l’Unité (FNDU), plus le RFD et quelques mouvements comme IRA et les Forces progressistes du changement, décidèrent de faire une démonstration de force. Une marche dont il ne reste plus que des images qui alimentent les souvenirs, avec un satisfecit moral pour les organisateurs. Et cela s’est arrêté là. L’approche est puérile et se répète d’année en année, sans résultat. L’on annonce un scénario du même type, aujourd’hui, mardi 18 juillet. Quoi après ? Mystère et boule de neige. Les têtes pensantes de l’opposition n’ont encore rien prévu pour la suite de l’histoire, sinon demander aux populations de rester chez eux, le jour du vote. Quel entrain ! Ceux qui pensent pouvoir bouleverser l’histoire politique du pays agissent avec une naïveté si déconcertante.

Opposition morte

En fait, la Mauritanie traîne depuis quelques années une opposition attentiste, qui croit que le pouvoir va lui être offert sur un plateau d’argent sans qu’un œuf ne soit cassé. Les exemples de bravoure illustrés ici et là sur le continent ne semblent nullement leur avoir inculqué la vérité toute crue qu’en matière politique, «il n’y a pas de cadeau » et que «les droits s’arrachent ». Mais, il faut des sacrifices, de l’engagement, de l’honnêteté et de la sincérité. Toutes vertus qui semblent absentes chez l’élite politique qui végète à la tête de l’opposition mauritanienne.

Pouvoir fort
Pendant ce temps, un large boulevard s’ouvre pour le pouvoir. Meeting sur meeting, du Triangle de la misère aux fiefs anciens de l’opposition dans ce foyer de l’opportunisme qu’est la «Guibla», jusqu’aux tréfonds du Brakna, le pouvoir se promène, avec ses ministres, ses hauts fonctionnaires, ses généraux, ses troubadours et ses ouailles. Nul discours discordant ne vient ainsi perturber ses harangues solitaires. Depuis hier, le président Mohamed Abdel Aziz est venu donner de l’eau au moulin de ses supporters, avec une visite populaire à R’Kiz, tandis que le parti au pouvoir, l’Union Pour la République (UPR) réussissait une manif grandeur nature à quelques encablures de là, à Mederdra. Un à un, les bastions de l’opposition et du RFD d’Ahmed Daddah, tombent comme des noix murs. Ne reste plus à celui qui avait conquis le Trarza, en 2007, que le souvenir d’un haro lointain, dont il ne reste que d’amères traînées blanches.

Cheikh Aïdara


Référendum constitutionnel : les divergences qui minent le FNDU

De  boycott en boycott, le Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU), principale coalition de partis radicalement opposés au pouvoir, s’est effrité. Il est aujourd’hui en  marge du processus politique, totalement empêtré dans ses propres contradictions et ses divergences. Participer ou boycotter le référendum constitutionnel prévu le 5 août 2017 constitue actuellement la pomme de discorde qui divise ses dirigeants.

Plusieurs mois de réunions, de concertations et de conciliabules ne sont pas parvenus à décanter la situation au sein du plus grand rassemblement d’opposants en Mauritanie, le FNDU. Résultat, aucun consensus ne s’étant dégagé par rapport à la participation ou non au référendum constitutionnel prévu le 5 août 2017, huit partis ont décidé le boycott, alors que les autres ont décidé le vote pour le NON.

D’un côté, les faucons, comme le Rassemblement des forces démocratiques (RFD), champion es-boycottage. Le parti d’Ahmed Ould Daddah, le plus radical parmi les membres du consortium d’opposants, refuse tout compromis avec le pouvoir. Ses boycotts répétés à tout processus électoral et à tout dialogue avec le régime, a fini par le vider de ses principaux ténors qui, après de longues traversées du désert sans espoir de voir le bout du tunnel, ont tout simplement migré vers les rivages plus cléments du pouvoir. Aujourd’hui, le RFD qui était le principal parti d’opposition jusqu’en 2014, est absent des conseils municipaux comme au sein du Parlement. Un suicide politique dans lequel il s’enfonce jour après jour, année après année. Sur la même symphonie surfe le parti Union pour l’alternance démocratique (UNAD) d’Abdel Ghoudouss Ould Abeidna, actuellement en exil.

De l’autre côté, les participationnistes, comme la Convergence nationale démocratique (CND) de l’ancien bâtonnier de l’Ordre national des avocats, ex-ministre de la Justice sous la transition 2005-2007, Me Mahfoudh Ould Bettah qui prône la participation au référendum pour le vote du NON. C’est aussi l’option prise par les Islamistes de Tawassoul ou encore l’Union des Forces du Progrès (UFP).

Entre les deux camps, beaucoup de partis hésitent à choisir la bonne option.

Pour le camp des boycottistes, participer au référendum du 5 août équivaudrait à légitimer un processus illégal, confirmé par certains constitutionnalistes. Cet avis se base sur le fait que le président Mohamed Abdel Aziz, bloqué par le Sénat qui avait rejeté le projet de loi constitutionnel, ce qui mettait fin définitivement au processus, a usé d’un subterfuge anticonstitutionnel pour contourner la loi fondamentale.

Pour les tenants de la participation, boycotter ce serait laisser le champ libre au pouvoir pour consacrer le fait accompli. Ils estiment qu’en désertant le champ de la bataille politique, on permettrait au OUI de l’emporter. Il faudrait au contraire, d’après eux, se battre en faveur du NON pour faire barrage au référendum envisagé.

Cette analyse serait fondée sur une tendance jugée large de l’opposition sociale aux amendements proposés. La majeure partie de la population mauritanienne serait ainsi défavorable au référendum. Un capital politique que l’opposition ne doit pas laisser fondre, selon les partis favorables à la participation.

Il faut dire que le Recensement administratif à vocation électorale lancée depuis quelques mois par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) rencontre d’énormes difficultés. Les populations refusent tout simplement de s’enregistrer et les rangs au niveau de ses cellules décentralisées affichent une faible affluence. D’où les reports successifs des délais impartis. Certains soutiennent que la date du 5 août pourrait même être repoussée face au désintérêt manifeste du corps électoral.

Du côté du pouvoir, c’est déjà la panique. Le gouvernement s’est ainsi lancé dans la bataille, en obligeant les ministres et les hauts cadres de l’administration à descendre dans l’arène de la mobilisation populaire pour pousser les votants à s’inscrire. Des pressions seraient même exercées sur les fonctionnaires et les agents de l’Etat. Même dans les concours ouverts, le reçu de recensement au référendum est exigé. Certains trouvent ainsi dans la prolifération anormale des concours d’entrée dans les corps et les centres de formation professionnelle un subterfuge destiné à obliger les jeunes à se faire recenser.  La jeunesse, principale cible des autorités, semble en effet très peu intéressée par le référendum constitutionnel.

Sous le bassinet, une impitoyable guerre de tranchée entre le Sénat, dont la liquidation est prévue dans la future constitution et le gouvernement. D’où les refus tantôt des Sénateurs de recevoir certains ministres, allant dans certains cas, jusqu’à même boycotter le gouvernement, et de l’autre, des ministres qui refusent parfois de comparaître devant le Sénat. Un bras-de-fer sans ménagement s’est ainsi engagé depuis la fronde des Sénateurs qui obligèrent le pouvoir à tomber dans le piège de l’illégalité constitutionnelle. Qui emportera la guerre ? Les jours et les mois à venir, édifieront certainement mieux l’opinion publique nationale et internationale.

Cheikh Aïdara


«Le président de la FFRIM a aligné des contre-vérités lors de son interview » Dixit Moussa Ould Khairy, Président du FC Tevragh-Zeina

Au cours de l’interview qu’il a accordée à la chaine TV de la Fédération Mauritanienne de Football (FFRIM), Ahmed Ould Yahya, se serait attaqué au FC Tevragh-Zeine et à son président Moussa Ould Khaïry. Nous avons recueilli l’avis de ce dernier qui considère que «le président de la FFRIM a aligné des contre-vérités qu’il faut rétablir dans leur authenticité »

Moussa Ould Khairy, Président du FC tevragh-Zeina

Le monde sportif qui est de plus en plus inquiet face à la crise qui secoue actuellement le football national, a suivi avec intérêt la sortie du président de la FFRIM Ahmed Ould Yahya. Que vous inspire son intervention ?

Il faudrait tout d’abord que l’opinion publique nationale et internationale sache que le président Ahmed Ould Yahya, n’a pas apporté des sous avec lui, lorsqu’il fut élu à la tête de la FFRIM. Si le football mauritanien est arrivé aujourd’hui au stade où il est, c’est grâce à la volonté politique et au président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz. Jamais fédération, dans l’histoire du football national, n’a bénéficié en effet d’autant de moyens financiers et matériels de la part de l’Etat, que la fédération actuelle.

Je pense qu’Ahmed Ould Yahya s’entête à défendre l’indéfendable et on ne sait plus s’il est président du FC Nouadhibou et son avocat attitré ou s’il est président de la fédération mauritanienne de football, auquel cas, ses fonctions lui dictent la neutralité et l’équité dans les conflits de type juridique qui opposent les acteurs nationaux. Des instances ont été choisies pour traiter ces différends et de par ses fonctions, il doit éviter d’empiéter sur les prérogatives des organes indépendants de la fédération.

Le président de la FFRIM récuse pourtant, comme vous et vos supporters le pensent, la moindre inimitié envers le FC Tevragh-Zeina que vous dirigez. Pour preuve, il dit vous avoir donné le championnat de 2011 malgré la décision du Tribunal arbitral des sports (TAS) qui avait tranché en faveur du FC Nouadhibou. Que répondez-vous ?

C’est la première contre-vérité. La dernière journée du championnat en 2011 a été marquée par la double confrontation entre FC Tevragh-Zeine et la SNIM d’un côté et de l’autre, entre le FC Nouadhibou et Imraguen. Le FC Tevragh-Zeina et le FC Nouadhibou étaient presque à égalité de point. Si le FC Tevragh-Zeine gagnait son match ou faisait un match nul et si le FC Nouadhibou perdait ou faisait un match nul, le FC Tevragh-Zeine remportait le championnat. Le FC Nouadhibou n’avait qu’un choix, gagner son match en cas de match nul de FC Tevragh-Zeine. Ce qui lui fut le cas, car le FC Tevragh-Zeine et la SNIM s’étaient quitté sur un nul. Le FC Nouadhibou devait impérativement gagner son match face aux Imraguens. On s’acheminait vers un match nul 1 but partout, lorsque coupe de théâtre ! Dans les dernières minutes du jeu, l’un des défenseurs des Imraguens, Pape Sakho réclama le ballon de son gardien. Ce dernier lui passa la balle pour la relance. Mais au lieu de ça, Pape Sakho contrôla sa balle, se dirigea tranquillement vers ses propres camps et marqua un but. Puis, il ôta son maillot et jubila avec les joueurs de FC Nouadhibou qui le portèrent en bandoulière. Le match se termina ainsi. Le but fut validé mais tout le monde s’attendait à une enquête et à des sanctions contre le joueur et le FC Nouadhibou, car il y avait manifestement quelque chose de pas clair dans ce match.

Pour saupoudrer ce scandale tonitruant dans les annales du football, la fédération proposa un match de barrage entre le FC Tevragh-Zeine et le FC Nouadhibou, ce qui n’est nullement prévu dans les textes de la fédération. Pour dépasser cet incident, les dirigeants de FC Tevragh-Zeina acceptèrent cette entourloupette et se présentèrent pour le match de barrage programmé au Stade Olympique de Nouakchott. Mais l’adversaire du jour, en l’occurrence le FC Nouadhibou, boycotta le match et ne se présenta pas. Naturellement, le trophée du Championnat fut décerné à FC Tevragh-Zeina. Un mois après cet incident, Ahmed Ould Yahya est nommé président de la FFRIM. Une plainte est alors déposée auprès du Tribunal arbitral sportif de la FIFA (TAS) par le FC Nouadhibou qui réclamait le titre de champion. Le TAS donna raison au FC Nouadhibou.

Maintenant, si Ahmed Yahya se permet de dire que c’est lui qui a donné le trophée plus l’argent du championnat au FC Tevragh-Zeina,  c’est une contre-vérité, car c’est une autre fédération qui siégeait avant son arrivée, qui avait attribué le trophée et la prime de champion à Tevragh-Zeina. Vous pensez que le FC Nouadhibou va désister et donner un trophée au FC Tevrah-Zeine ?

Deuxième contre-vérité sur ce même point, lorsqu’il affirme que je me suis rendu au TAS avec une mission de la fédération. Je n’ai jamais posé le pied au TAS et je n’ai jamais parlé avec  ses juges.

Autre argument que le président de la Fédération avance pour démontrer qu’il n’a aucun problème avec le FC Tevragh-Zeine, le fait que ce club soit le seul parmi le bureau fédéral à être représenté par deux personnes, toi et ton Secrétaire général Brahim NDaw.

Contre-vérité encore. Le choix porté sur Brahim NDaw s’est fait sans l’avis du FC Tevragh-Zeina et je n’ai même pas été consulté. Brahim NDaw a été directement coopté par le président de la FFRIM uniquement pour ses compétences, doublé du fait que c’est un ancien joueur international et Secrétaire général d’un club. La preuve qu’il ne représente pas le FC Tevragh-Zeine au sein du bureau fédéral, son abstention au vote consacrant l’homologation du match FC Nouadhibou-Garde Nationale, alors que moi, en tant que son président, j’avais voté NON. D’ailleurs, ce serait un manque de respect notoire envers Brahim NDaw que de le rabaisser à ce niveau. Je pense que le président Ahmed Ould Yahya devrait s’excuser de réduire la présence d’un si bon technicien au sein de la FFRIM à une question de quota.

Ahmed Ould Yahya déclare également vous avoir cédé la primeur de la représentativité du pays lors de la Coupe Arabe de 2012, alors que ce n’est pas vous qui devez y être mais le FC Nouadhibou ?

Enième contre-vérité. En 2012, le FC Tevragh-Zeine avait remporté le doublé, Coupe et Championnat national de 1ère division et devait naturellement représenter la Mauritanie à cette compétition. Pour Ahmed Ould Yahya, c’est le FC Nouadhibou champion 2011 qui devrait représenter le pays à cette compétition, parce que la Coupe Arabe s’était arrêtée en 2010. Mais si on suit sa logique et si cette coupe était rétroactive, ce n’est ni le FC Nouadhibou ni le FC Tevragh-Zeina qui devait représenter la Mauritanie, mais la SNIM qui était championne en 2010. Donc, ce qu’il a dit n’est pas vrai. FC Nouadhibou n’a pas laissé, sur sa demande personnelle, la représentativité du pays à la Coupe Arabe 2012 au FC Tevragh-Zeine. Notre club en avait toute la légitimité.

Votre boycott de la finale de la Coupe Nationale n’est nullement justifié selon le président de la FFRIM, car le conflit qui oppose la Garde Nationale et le FC Nouadhibou ne vous concerne pas. Qu’en dites-vous ?

Tous les clubs sont concernés par le litige entre la Garde, FC Nouadhibou et la FFRIM. Tous, de la 1ère à la 2ème division, y compris évidemment le FC Tevragh-Zeina. Car, si la réserve légitime de la Garde aboutit, le FC Tevragh-Zeine reprendrait le titre de Champion de la Mauritanie, le FC Nouadhibou sera relégué en seconde division, des équipes comme Armée et Toujounine échapperont à la relégation. Si le FC Tevragh-Zeina a boycotté la finale de la Coupe du Président de la République en 2017, ce n’est pas pour faire plaisir à la Garde, ni pour des intérêts personnels, mais c’est pour sauvegarder la bonne moralité du football mauritanien et imposer le respect des textes de la fédération.

Le président de la FFRIM déclare que depuis la crise, des gens se réunissent ici et là, mais que ses gesticulations ne changeront rien à la donne. Vous y souscrivez ?

Reprocher à des citoyens mauritaniens de se réunir, c’est empiéter sur leur liberté. C’est aussi circonscrire leurs initiatives à des desiderata non fondés ou à une permission qu’on devrait leur accorder. Il faudrait que le président de la FFRIM apprenne à respecter les gens. Les Mauritaniens d’une manière générale et les dirigeants sportifs d’une manière particulière ont le droit de se réunir là où ils veulent et quand ils veulent. Cette immixtion dans le libre choix des autres rappelle une anecdote de Ould Hedar, célèbre poète du Trarza au 19ème siècle. Certains lui avaient reproché d’avoir refroidi Lebteït, une voix musicale maure. Il demanda : «Qui a créé Lebteït ? » On lui répondit : «évidemment, c’est vous !». Alors il leur dit, «donc, j’ai le droit de le refroidir ou de  le chauffer comme je veux».

Ahmed Ould Yahya, dans son interview, a-t-il apporté quelque chose de nouveau dans le cas du jeune Sahraoui Yacine par qui le scandale actuel est arrivé ?

Sur le cas du joueur Sahraoui, objet de la crise actuelle, Ahmed Ould Yahya n’a rien apporté de nouveau lors de son interview. Il a cependant avancé plusieurs contre-vérité, lorsqu’il affirma entre autres, que la Fédération avait repris le dossier du joueur des mains de la Commission discipline, car cette dernière n’arrivait pas à trancher. La réalité est qu’on n’a pas donné à cette commission la latitude de se prononcer sur cette affaire ni la possibilité de travailler selon les prérogatives qui lui sont conférées par les textes règlementaires de la FFRIM.

Qu’en est-il du cas du jeune Dellahi  que le président Ould Yahya a évoqué dans son interview ?

Dellahi était un joueur recruté par le FC Tevragh-Zeina avec  un contrat de deux ans, pour la saison 2014-2015 et 2015-2016. Fin 2015 début 2016, une photo circula sur les réseaux sociaux, montrant Dellahi et le président du FC Nouadhibou avec un commentaire comme quoi il avait signé avec lui. Comme il était mineur, les dirigeants du FC Nouadhibou croyaient que son contrat avec le FC Tevragh-Zeina était nul et non avenu. Donc, ils pouvaient le piquer sans conséquences. Ils ignoraient que les textes de la FFRIM autorisaient les clubs à contracter avec des mineurs si la durée de leur contrat n’allait pas au-delà de 3 ans. Ce qui était le cas de Dellahi. L’affaire fut portée devant le Bureau fédéral qui trancha en faveur du FC Tevragh-Zeina. Finalement, le cas de Dellahi s’est terminé par un compromis. Le FC Nouadhibou avait versé le montant du transfert du joueur au FC Tevragh-Zeina tout en s’engageant à verser au club 50% de ses contrats qu’il signerait dans les deux ans avec un club étranger.

En réalité, quelle symbolique attachez-vous au boycott de la finale de la Coupe cette saison ?

Le boycott de la finale de la Coupe nationale 2017 est un sacrifice que le FC Tevragh-Zeina a consenti pour le bien du football mauritanien, pour dire non à la forfaiture et non au viol des textes réglementaires de la FFRIM. Un geste qui a été d’ailleurs salué à sa hauteur par le milieu sportif mauritanien et qui continue de susciter le débat. Cet incident à teneur de scandale a ainsi permis à beaucoup de citoyens et à tous les amateurs de football de se rendre compte réellement de ce qui se passe au sein de la fédération.  Car, le FC Tevragh-Zeina a tout fait pour éviter le scandale en demandant aux responsables de la fédération de reporter la finale en attendant qu’une solution à l’amiable soit trouvée par rapport à la plainte de l’équipe de la Garde Nationale. En vain.

Cette affaire rappelle d’ailleurs le cas de la Concorde et l’immixtion flagrante de la FFRIM dans la gestion d’un club de football.

Propos recueillis par
Cheikh Aïdara


Troisième mandat pour Aziz : provocation ou intox

Le Premier ministre Yahya Ould Hademine persiste et signe : «le président Mohamed Abdel Aziz briguera un troisième mandat ». Le référendum constitutionnel pour lequel le gouvernement est en campagne ne viserait en définitive que ça : assurer au système en place une pérennité, profitant du fait que les gendarmes du monde, les Etats-Unis et l’Europe, trop pointilleux il y a quelques années sur le respect des normes démocratiques, ont aujourd’hui d’autres priorités. Un 3ème mandat pour Aziz : intox ou provocation ?

Le PM Yahya Ould Hademine en campagne

A Vejar, puis à Mbout, deux misérables patelins du «Triangle de la Pauvreté », le Premier Ministre Yahya Ould Hademine a repris sa trompette pour assurer devant des populations tannées par plus d’une décennie d’oubli, d’exclusion et de faim, que ce système qui leur maintien le couteau sous la gorge va encore rester ad aeternam. «Aziz briguera un 3ème mandat ! »Le pouvoir ne quittera pas en 2019 ! » Des affirmations que le chef du gouvernement a désormais l’habitude d’asséner dans toutes ses tournées.

Des propos banalisés par une grande partie de sa majorité qui estime que ce n’est là qu’une manière pour maintenir les populations sous le giron de l’Union Pour la République (UPR), le parti au pouvoir, que le départ de Mohamed Abdel Aziz pourrait effriter. En effet, il a été prouvé qu’à chaque fois que le Chef de l’Etat quitte le pouvoir, le parti sur lequel il s’adossait, part en miettes. Ce fut le cas du PRDS, parti omnipotent qui régna pendant 23 ans sur la Mauritanie sous le règne de Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya et qui fondit comme beurre au soleil à sa chute en 2005. Ce fut également le cas pour le parti ADIL, qui ne vécut que le temps d’une rose, s’évaporant en 2008, après seulement deux ans d’existence après l’éviction du président Sidi Ould Cheikh Abdallahi. L’UPR, formé par les mêmes têtes qui ont migré du PPM (parti unique des premières années d’indépendance) au PRDS et du PRDS à ADIL puis à l’UPR, craint ainsi un départ en ordre dispersé de ses ouailles au cas où le pouvoir serait remis en chandelle.

Pour d’autres, les paroles du Premier Ministre ne devront pas être prises à la légère. Elles seraient dictées par l’intéressé lui-même, qui pourrait revenir sur ses engagements solennels. En effet, à plusieurs reprises, sur les plateaux de télévision locale ou internationale, ou dernièrement, lors de la clôture des dernières «Journées de dialogue et de concertation », Mohamed Abdel Aziz a toujours affirmé haut et fort qu’il ne briguera pas un 3ème mandat.

Les changements intervenus dans la géopolitique mondiale seraient-ils à l’origine du revirement à 190 degré du président mauritanien ? Possible. Si au temps de Sarkozy ou de Hollande, ou encore sous Bush ou Barak Obama, et même dans le registre des institutions de Bretton Woods, le respect des principes démocratiques, celui des droits de l’homme ou de la gouvernance politique, était au cœur de la coopération internationale, la donne a bien changé sous Donald Trump, artisan d’un repli identitaire américain, avec son slogan «l’Amérique d’abord » ou encore sous Macron partisan d’une politique étrangère moins intempestive de la France dans les affaires intérieures des États africains.

L’exemple fleurissant des Chefs d’État africains, amateurs de tripatouillage constitutionnel et de présidence à vie , serait également assez inspirateur pour un Mohamed Abdel Aziz qui était à la recherche d’une entourloupette pour conserver le pouvoir . Face à une opinion vaincue par une décennie de disette forcée et une opposition défaitiste qui a depuis longtemps déserté le champ de la bataille politique, un large boulevard s’ouvre ainsi devant les militaires et devant Aziz pour faire sauter les verrous de la limitation des mandats présidentiels. En l’absence d’une morale mondiale, sorte d’épée de Damoclès qui était jusque-là suspendue sur la tête des dictateurs en herbe, plus question de fignoler.

L’actuel référendum qui porte sur des points puériles, ne serait en fait qu’un test avant-coureur d’ un autre référendum, le vrai cette fois-ci, pour faire de Mohamed Abdel Aziz un président à vie à la tête de la Mauritanie.

Mais de quels arguments le pouvoir actuel pourrait-il se prévaloir pour réclamer une prolongation ? La question est d’autant plus pertinente qu’en dix ans de règne, Mohamed Abdel Aziz a mené le pays vers la faillite économique, sociale, culturelle et morale.

Sur le plan économique, l’État ne vit plus que des raquettes imposées aux populations, à travers impôts et taxes excessifs, augmentation exponentielle des prix des produits essentiels, au point qu’aujourd’hui la faim a gagné les centres urbains. Sur le plan social, l’exacerbation des tensions intercommunautaires et l’ancrage du racisme d’État ont été les deux leviers sur lesquels l’actuel pouvoir s’est appuyé pour diviser les Mauritaniens et les empêcher de s’intéresser aux affaires publiques. La corruption gangrène aujourd’hui tous les rouages de l’État, avec une dilapidation sans précédent des ressources publiques, et une politique oligarchique qui ne profite qu’à une poignée de proches du pouvoir. L’État de droit n’est plus qu’un mirage. L’incarcération ces jours-ci du Sénateur Ould Ghadde, protégé par l’immunité parlementaire, et sur un simple ordre venu de la Présidence, serait le signe précurseur d’une dictature implacable qui ne cache plus son diktat sur la vie publique.  Les projets et programmes d’aide publique au développement sont livrés au sac des organisations internationales, alors qu’à la tête de l’État officient des départements ministériels vidés de toutes leurs compétences.

Voilà cette Mauritanie de la médiocrité, du vol, du sac et de la désunion sociale sur lequel règnent des fonctionnaires-commerçants véreux, mus par leurs uniques intérêts, que Yahya Ould Hademine cherche à faire imposer.

Et c’est certainement la peur d’un scénario à la Burkinabé, qui a poussé les autorités à censurer un film sur les «Dix jours qui ont précédé la chute de Blaise Compaoré », un film que le Festival «Ciné droit libre» en collaboration avec le Festival Assalamalekum projetait de présenter le 3 juillet dernier dans une des salles de l’Université de Nouakchott.

Cheikh Aïdara