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Planification familiale en Afrique de l’Ouest : les autorités des neuf pays s’engagent

Photo de famille avec quelques participants (droit libre de reproduction)

La Mauritanie, à l’instar de huit autres pays africains francophones, Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali, Niger, Sénégal et Togo, s’est  engagée dans la plateforme «The Challenge Initiative » destinée à l’accélération de la planification familiale en Afrique de l’Ouest. La Centrafrique et la RD Congo avaient assisté à cette rencontre qui s’est tenue à Dakar, du 1 4 au 16 février 2017 et qui avait regroupé des responsables gouvernementaux et communaux issus de ces pays, mais aussi plusieurs autres partenaires.

S’engageant à apporter une réponse aux défis du financement de la santé en général, et de la planification familiale en particulier, les maires des neufs pays francophones de l’Afrique de l’Ouest, dont la Mauritanie, ont pris plusieurs engagements. C’était lors du lancement de la Plateforme d’accélération de la planification familiale en Afrique de l’Ouest, et en particulier l’Initiative dite «The Challenge Initiative » financé par la Fondation Bill and Melinda Gates, avec la participation du Gate Institute pour la population et la santé de la reproduction ainsi que du IntraHealth international.

Les autorités communales se sont engagées à apporter leur contribution pour la lutte contre la morbidité et la mortalité maternelle et infantile dans leurs pays, à participer à la mise en œuvre du Challenge Initiative, à jouer un rôle dans la conception et la mise en œuvre de proposition de projets et à y apporter des ressources propres.
Ils se sont engagés surtout à appuyer les interventions en santé de la reproduction et en planification familiale, à promouvoir la collaboration et le partenariat public-privé, à accroître l’investissement dans le secteur de la santé, à renforcer le système sanitaire de leurs pays, à mettre en place un Observatoire mixte (collectivités locales, santé, partenaires).

Ces engagements constituent pour les maires la réponse appropriée face aux désastres causés par l’ampleur des décès des mères et des enfants en Afrique de l’Ouest et le drame des grossesses rapprochées, précoces et non désirés.
Cet engagement des maires a été lu par Monsieur Luc Sétonddji Atrokpo Président des Communes du Bénin.

Le contexte très particulier de l’Afrique de l’Ouest

L’accélération de la planification familiale en Afrique de l’Ouest est sans nul doute motivée par le retard pris par cette région dans la maîtrise de sa démographie et les répercussions de cette situation sur ses problèmes de santé et son sous-développement économique et social. Pourtant, que d’engagements pris par les Etats d’Afrique de l’Ouest sur ces questions et que d’absence de mise en œuvre par rapport aux solutions proposées, dont les plus fraîches, celles issues de la Conférence de Ouagadougou en 2011, puis réitérés lors de la dernière rencontre en 2016 sur des thèmes récurrents relatifs aux problèmes de population, développement et planification familiale, et l’urgence d’agir vite. Les partenaires techniques et financiers, en l’occurrence la Fondation Bill and Melinda Gates, la première à lancer une initiative de santé de la reproduction en Inde, Kenya, Nigéria et Sénégal, se sont repositionnés de nouveau à Dakar, pour encore convaincre. Il s’est agi de démontrer qu’une «intervention basée sur des évidences et articulées autour de la génération de la demande de l’offre de service et du plaidoyer pourrait, de façon significative, améliorer l’accès à la planification familiale moderne aux femmes en âge de procréer » notamment dans les zones défavorisées.

Panels de discussion

Les participants à la table-ronde de Dakar sur l’accélération de la planification familiale ont pu suivre plusieurs panels, notamment la «Réflexion sur le passage à grande échelle et la durabilité des initiatives en santé urbaine ». Ce panel animé par plusieurs conférenciers de renom, dont Modibo Dicko d’IntraHealth Expand Net sur «l’institutionnalisation des interventions réussies en santé », Macoumba Thiam d’Agir PF sur «quels financements de la PF en Afrique de l’Ouest ?» ou encore Dr.Djiby Diakhaté, Fatimata Sy et Kojo Lokko, sur les enjeux socioculturels de la PF, les défis et synergies des PTF, ont été précédés par plusieurs sessions de discussions interactifs entre participants

Après les échanges sur les défis des pays et opportunités du TCI (The Challenge Initiative), il y a eu le lancement du projet, puis la conférence de presse.

L’exemple du Sénégal

Le Sénégal comme exemple pilote du TIC fut un exemple concret de la réussite du Challenge Initiative. Ce projet, coordonné par IntraHealth a été mis en œuvre dans ce pays à travers un projet pilote dénommé Initiative Sénégalaise de Santé Urbaine (ISSU) qui a duré de 2009 à 2015, puis prolongé en une seconde phase allant de 2015 à 2016 sous la dénomination de Projet d’Appui au Système de Santé (PASS 2020) pour s’inscrire dans l’Agenda du PF2020.

Non seulement le projet ISSU a fait les preuves de son efficacité en matière d’amélioration de l’accès des femmes aux services de la PF au Sénégal, avec une augmentation de 19% de la prévalence contraceptive, mais il a aussi apporter des preuves sur les possibilités d’institutionnalisation et de mise en œuvre par les acteurs étatiques du ministère de la Santé en matière de bonnes pratiques en matière de PF qui ont été testées et validées par les deux projets.

Dr.Mohamed Lemine Khouna (à gauche en costume noir) et des collègues

C’est à partir de l’expérience réussie du Sénégal que la Fondation Bill and Melinda Gates a décidé de porter à l’échelle cette initiative. Celle-ci est financée actuellement pour une durée de trois ans, de 2017 à 2020 avec IntraHealth à la Coordination de la Plateforme en Afrique francophone. Son apport, purement technique, sera fourni aux villes qui en formuleraient la demande, en termes d’élaboration et de mise en œuvre de projets locaux de planification familiale durable. Les villes demandeuses participeront au financement de leurs projets et intègreront alors un «Paquet Porteur », sorte de package d’interventions à haut impact prouvé. L’objectif est d’aider les pays de la région ouest-africaine par ce mécanisme de cofinancement d’atteindre les objectifs fixés par le Partenariat de Ouagadougou sur la fourniture de services et de produits de la planification familiale de qualité, disponibles, accessibles et abordables. Le résultat attendu est que d’ici 2020, quelques 2, 2 millions de femmes supplémentaires en Afrique de l’Ouest utilisent une méthode moderne de contraception dans les neuf pays concernés.
Il faut noter que la Mauritanie a été représentée à cette rencontre par Dr.Mokhamed Lemine Khoune, responsable de l’évaluation au Programme national de la santé de la reproduction (PNSR) en l’absence du Dr.Mahfoudh Ould Boye, responsable de la cellule, ainsi que de Cheikh Thiam au nom des maires de Mauritanie.

Un budget dérisoire pour la santé en Mauritanie
Le projet de budget de la Santé pour l’année 2017 a connu une augmentation dérisoire, 0,8%, par rapport au budget de 2016. La Mauritanie fait partie des pays en voie de développement qui accorde peu de ressources publiques aux services de santé, moins de 5% du budget de l’Etat. Elle continue de dépendre de l’aide de la communauté internationale, notamment l’UNFPA qui est la principale productrice du pays en produits contraceptifs. Les indicateurs en matière de santé public restent ainsi faibles, malgré les efforts consentis dans la construction d’hôpitaux, dont un centre d’Oncologie, un Centre de cardiologie, un Centre des grands brûlés et des grands traumatismes, la construction et l’équipement d’hôpitaux régionaux, ainsi que sur le plan de la formation, avec l’existence aujourd’hui d’écoles de santé publique dans la quasi-totalité des régions et l’ouverture d’une faculté de médecine à l’Université de Nouakchott.
Mais en matière de santé de la reproduction, en particulier la planification familiale, les retards de la Mauritanie restent importants. Au manque de personnel qualifié en quantité et qualité suffisante, s’ajoutent les problèmes d’information et de communication. Résultat, les demandes non satisfaites en PF restent élevées, de l’ordre de 28%. La demande existe mais l’offre est insignifiante. L’absence d’accès aux services de planification familiale se pose avec acuité. Le comble, certains prestataires de la PF sont les plus grands ennemis de la PF et sont réticents à prescrire une méthode contraceptive pour des considérations religieuses. L’investissement dans le domaine de la Santé en général, et dans la santé de la reproduction pose également problème. Ces financements sont presqu’inexistants malgré l’existence d’une Stratégie nationale et d’un plan budgétisé. Nonobstant tous ces handicaps, de grands pas ont été franchis à l’échelle du pays. Ainsi, les objectifs nationaux de 2018 ainsi que les engagements pris dans le cadre du Partenariat de Ouagadougou seraient, selon Dr.Mahfoudh Ould Boye, Coordinateur du PNSR, déjà atteints en ce début 2017, à savoir un nombre de 18.000 femmes supplémentaires sous planification familiale, avec un objectif de 49.000 femmes additionnelles d’ici 2020. Le résultat serait tout aussi satisfaisant sur le plan de l’approvisionnement, avec la stratégie «Zéro rupture » en  produits contraceptifs, la formation accrue du personnel d’appui et la mise en œuvre de plusieurs programmes transversaux, comme la Stratégie de croissance accélérée et de prospérité partagée (SCAPP) et le Projet SWEDD.

 

Cheikh Aïdara


UPF Guyane la nouvelle section de l’UPF l’Union Internationale

De gauche à droite : Franck Leconte (Secrétaire général adjoint – Guyane1ere radio), Ayodélé Germa (Secrétaire générale – ATV Guyane), Catherine Vulpillat (2ème vice-présidente – France Guyane / TV Magazine), Frantz Montoban (Président – Guyane 1ère télé) Mathilde Romagnan (1ère vice-présidente – Radio Péyi), Nikerson Perdius (Trésorier – Guyane 1ère radio), Nicolas Mézil (Trésorier adjoint – Radio Péyi). (photo Jody Amiet)

Un groupe d’une vingtaine de journalistes de différents médias (Guyane 1ère, ATV Guyane, Radio Péyi, AFP, Kourou Télévision, France Guyane, Une Saison en Guyane…) s’est réuni en assemblée générale constitutive le samedi 11 février à 10 h 30 à l’hôtel Royal Amazonia à Cayenne.

Ils ont créé une nouvelle association loi 1901 de journalistes. Ses activités seront complémentaires à celles organisées par le Club de la Presse de Guyane.

Franck Leconte (Guyane1ere radio ), Laurent Marot Guyane 1ère télé/correspondant du journal « Le Monde », Catherine Vulpillat (France Guyane / TV Magazine) très actifs pendant l’assemblée générale constitutive du 11 février (photo Claude Innocent Guyane 1ère télé)

Pour adhérer à l’Union de la Presse Francophone de Guyane, il faut être journaliste, éditeur ou gérant de médias travaillant en Guyane ou ayant déjà exercé sur le territoire amazonien.

L’association de Guyane est affiliée à l’UPF Internationale, une organisation internationale non gouvernementale (OING) créée en mai 1950 à l’initiative des journalistes originaires du Québec et de la France.

Cette structure internationale qui officie dans le monde francophone depuis 60 ans, regroupe aujourd’hui plus de 3000 membres répartis dans plus d’une centaine de pays. Elle organise, entre autres activités, des assises une fois l’an dans un des pays membres.

L’objectif est de valoriser le travail de l’ensemble des confrères et débattre sur des thèmes concernant la profession. Les 46èmes assises auront pour thème : « Journalisme : Investigation et Transparence ». Des centaines de personnes devraient participer à cet événement.

L’UPF Internationale est la plus ancienne association de journalistes francophones reconnue par l’Organisation des Nations Unies (ONU – 24 octobre 1945), Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO – 16 novembre 1945), Agence de coopération culturelle et technique (ACCT – 20 mars 1970) devenue Organisation internationale de la Francophonie (OIF en 2005).

En revanche, la création de l’UPF précède celle de la conférence des Ministres de l’Education Nationale des pays francophones, première institution officielle francophone. Il s’avère bénéfique pour les journalistes de Guyane d’intégrer l’UPF, synonyme d’ouverture vers l’international.

Jody Amiet (AFP), Frantz Montoban (Guyane 1ère télé) et Ayodélé Germa (ATV Guyane) au moment de la lecture des statuts. (photo Claude Innocent Guyane 1ère télé)

Après validation des statuts, un bureau a été élu pour trois ans. Frantz Montoban, Responsable d’Edition à Guyane 1ère, a été élu à l’unanimité président de l’UPF Guyane.

Le bureau est composé de journalistes de différents médias de Guyane : Mathilde Romagnan (1ère vice-présidente – Radio Péyi), Catherine Vulpillat (2ème vice-présidente – France Guyane / TV Magazine), Ayodélé Germa (Secrétaire générale – ATV Guyane), Franck Leconte (Secrétaire général adjoint – Guyane1ere) Nikerson Perdius (Trésorier – Guyane1ere), Nicolas Mézil (Trésorier adjoint – Radio Péyi).

« Cette pluralité dans l’instance dirigeante devrait permettre aux élus de transmettre les informations sur les activités, les projets dans les rédactions et de faire remonter toutes les propositions des confrères auprès de l’administration. L’association se veut fédératrice de toutes les énergies. L’essentiel est de créer un véritable lieu d’écoute et d’échange entre les professionnels », précise Frantz Montoban qui avait reçu mandat officiel de l’UPF Internationale, le 05 décembre 2016, pour la création de l’UPF Guyane.

Thierry Merlin (Guyane 1ère télé), Nikerson Perdius (Guyane 1ère radio), Sébastien Laporte (Guyane 1ère télé), Nicolas Mézil (Radio Péyi) font partie des membres fondateurs de l’UPF Guyane. (photo Claude Innocent Guyane 1ère télé)

« Cette association veut s’atteler à resserrer les liens entre les journalistes et tous les professionnels ayant une activité permanente dans le domaine de la presse sur le plan local, régional, caribéen, national et international, d’organiser ou participer à des formations, d’encourager le développement des médias francophones, d’en rapprocher les membres, de produire, faire réaliser ou participer à la réalisation de différents supports…

Pour développer et conforter ces liens, nous envisageons de faciliter l’organisation, de participer ou d’organiser des conférences-débats, des assises ou des séminaires à caractère régional, national ou international susceptibles de valoriser, de promouvoir la langue française et le métier de journaliste.

A cet effet, nous allons mener des actions d’envergure pour faciliter le déplacement de ses membres à l’extérieur de la Guyane dans le cadre de leur pratique professionnelle et / ou manifestations ayant un lien avec la profession partout où il sera nécessaire de promouvoir et de valoriser l’activité journalistique», ajoute Frantz Montoban.

L’assemblée générale constitutive, très enrichissante, annonce de bonnes perspectives pour le développement de cette association avec l’aide de différents partenaires dans le respect de l’éthique et de la déontologie journalistique. L’UPF Guyane devrait s’intégrer parfaitement dans le paysage médiatique local. Les confrères ont fait part de leur satisfaction quant à l’arrivée de cette structure internationale en Guyane.  Ils espèrent développer des échanges  avec les journalistes du monde entier.

Nous sommes déjà en relation avec nos confrères de la Guadeloupe, très intéressés, eux aussi, au développement des échanges. Jocelyn Durizot (président de l’Union des Journalistes et des Médias Guadeloupéens (UJMG) et Jean-Claude Rodes président de l’UPF Guadeloupe sont membres de l’UPF Internationale depuis quelques années déjà. Ensemble, nous envisageons de travailler sur différents dossiers, notamment celui de la formation professionnelle, un atout pour nos membres face au développement des nouvelles technologies.

« Cette pluralité dans l’instance dirigeante devrait permettre aux élus de transmettre les informations sur les activités, les projets dans les rédactions et de faire remonter toutes les propositions des confrères auprès de l’administration. L’association se veut fédératrice de toutes les énergies. L’essentiel est de créer un véritable lieu d’écoute et d’échange entre les professionnels », précise Frantz Montoban qui avait reçu mandat officiel de la part de Jean Kouchner, secrétaire général de l’UPF Internationale, le 05 décembre 2016, pour la création de l’UPF Guyane.

« L’UPF Guyane a pour objectifs de défendre la liberté de la presse et des journalistes, défendre la liberté des médias et la liberté d’expression, développer les relations entre professionnels de la presse et des médias existants et à venir, d’entretenir l’esprit de fraternité et de solidarité au sein de l’association en assurant la promotion de la langue française.  Elle participera et organisera toute manifestation valorisant le travail et la formation des journalistes », conclut Frantz Montoban, le président fondateur de l’UPF Guyane.

 


Liberté pour Audu Maikori, artiste nigerian

Le vendredi 17 février 2017, Audu Maikori, un des promoteurs culturels les plus accomplis du Nigeria mais aussi l’un des chefs de file de l’industrie créative dans ce pays a été appréhendé par les forces de l’ordre alors que des meurtres atroces sont en cours dans le Sud de Kaduna. Il est depuis ce jour en détention.

Audu Maikori

Il est reproché à l’artiste nigérian d’avoir critiqué les autorités de la région de Kaduna et dénoncé leur incapacité à mettre fin aux séries de meurtres en cours dans leurs circonscriptions.

Une pétition a été lancée dans ce cadre par Arterial Network et CORA (https://www.ipetitions.com/petition/free-audu-maikori) pour exiger la libération immédiate et sans conditions de Audu Maikori. Les deux organisations culturelles se disent profondément troublés par le fait qu’Audu Maikori, l’une des forces montantes de l’industrie créative au Nigeria soit maintenu en détention pour s’être exprimé sur les attaques meurtrières dans son  Etat natal. Les médias rapportent que l’artiste aurait mis sur son compte twitter, une information fournie par son chauffeur, sur l’assassinat de cinq étudiants tués par des éleveurs soupçonnés appartenir à la communauté Foulani. L’information s’est révélée par la suite fausse et Audu Maikori aurait présenté ses excuses publiques pour avoir été induit en erreur par son chauffeur. Connu pour son respect de la loi, Audu Maikori est une personnalité respectée dans le milieu artistique et culturel. Il n’est pas connu pour répandre de fausses informations ou de préconiser la violence. L’artiste a beaucoup contribué à la formation de plusieurs jeunes nigérians. Il a servi au sein du réseau culturel africain, Arterial, comme Manager de son programme de gestion culturelle.
Selon plusieurs témoignages, «il incarne le genre de leaders dont nous avons besoin au Nigéria».
Arterial Network et CORA demandent ainsi à l’Inspecteur Général de la Police, au Gouverneur de l’Etat de Kaduna et aux autorités de bien vouloir réexaminer le cas de Audu Maikori et de revoir la situation explosive dans la région, ainsi que les conséquences que pourrait avoir la détention de l’artiste dans la crise qui prévaut dans la région.

Cheikh Aïdara
S.G Arterial Mauritanie


#Nous voulons une Mauritanie laïque : le hashtag qui enflamme la toile !

Après l’affaire Ould M’Kheïtir, ce jeune ingénieur mauritanien accusé d’apostat et condamné à mort, voilà une autre pomme de discorde qui divise encore plus les Mauritaniens : le hashtag #Nous voulons une Mauritanie_laïque. 

Islam oul Laïcité (Crédit photo : flickr)

A l’extrémisme religieux, alimenté selon l’activiste Mekfoulla Mint Brahim par les revenants d’Afghanistan, d’Irak et de Syrie, se dressent désormais les tenants d’une Mauritanie laïque, débarrassée de toute charge autocratique. Une polémique qui met aujourd’hui le feu aux poudres dans les réseaux sociaux locaux.

Décidément, la crise sociale et politique en Mauritanie s’inscrit désormais dans l’escalade. Les Mauritaniens semblent aujourd’hui au carrefour d’un destin dont le basculement s’avère tragique. D’un côté, les progressistes à la recherche d’un point d’ancrage pour un Etat débarrassé de tout relent autocratique. Une réaction à la vague envahissante d’un Islam de plus en plus extrémiste et intolérant en Mauritanie, selon certaines thèses.

Plusieurs activistes voient en effet d’un mauvais œil la montée de l’intégrisme religieux, y entrevoyant un programme politique dont les tenants comptent se servir de la rue et de sa naïveté pour implante en Mauritanie un Etat autocratique, inspiré par les thèses des mouvements extrémistes comme Daech et le Front Nousra. «Une idéologie destructrice qui a fait ses preuves en Afghanistan, en Irak et en Syrie, et que des Mauritaniens  fraîchement débarqués de ces zones de tension cherchent à importer chez nous », a récemment déclaré l’activiste des droits de l’Homme, Mekfoulla Mint Brahim, lors d’un débat à la chaîne Al Watanya TV.

Les partisans de la laïcité
Mekfoula Mint Brahim, apostasiée et excommuniée par les mouvements extrémistes, s’en veut particulièrement aux chaines de télévision mauritaniennes qui sont devenues, selon elle, des tribunes exclusives ou se relayent charlatans et tenants de l’extrémisme religieux, ceux qui d’après elle, se sont mués en détaillants de la grâce divine, distribuant ici-bas des places aux Paradis et en Enfer. Mais aussi, tous ceux qui font l’apologie de l’intolérance religieuse pour un public mauritanien en majorité peu averti, et dont la dévotion est à la mesure de son absence de discernement. Le tout, malgré les scandales récents qui, selon elle, ont révélé l’identité réelle des soi-disant «Défenseurs du Prophète», qui se sont avérés être de simples manipulateurs de foules incrédules.

«Ce hashtag, # Nous voulons une Mauritanie_ laïque doit être, selon Mekfoula Mint Brahim, le cri de ralliement de tous ceux qui s’opposent aux trafiquants religieux, ceux qui veulent utiliser la religion à des fins personnelles, partisanes ou mercantiles ». Et de conclure, «en tant que citoyens, nous appelons à l’émergence d’un Etat mauritanien civil. Nous voulons une Mauritanie laïque».
Hanevi Ould Dahah, journaliste, directeur du site «taqadoumi.net» et dissident en exil au Sénégal, s’est lancé dans l’explication pédagogique de ce qu’on entend par laïcité, un terme que le commun des Mauritaniens confond avec l’athéisme. «La laïcité défend le sacré contre toute manipulation de la part des trafiquants du religieux qui l’utilise souvent pour justifier les injustices des tenants du pouvoir » entame-t-il. Selon lui, «la religion est sacrée, contrairement à la politique. Mélanger religion et politique, c’est nuire à l’une comme à l’autre, surtout pour la religion quand elle devient source de manipulation et de business. Perte aussi pour la politique, lorsqu’elle n’est plus capable d’offrir un cadre d’épanouissement et d’innovation, ou qu’elle ne peut plus accompagner l’évolution du monde moderne».

Des positions médianes
Pour l’ancien directeur de la Presse écrite, le journaliste Cheikh Bekaye, «peut-être que nous ne divergerons pas beaucoup avec les tenants du hashtag #Nous voulons une Mauritanie laïque, s’ils apportaient une clarification sur ce qu’ils appellent laïcité».
Pour cet autre journaliste, Mohamed Lemine Mahmoudi «ils s’expriment comme s’ils s’imaginaient en costume cravate avec des yeux blonds et nous parlent de laïcité. Que la Mauritanie existe d’abord comme Etat et après, on discutera de ce qu’elle devra être ».
Ce point de vue rejoint celui d’un autre activiste, Ould Sidya Abdallahi lorsqu’il déclare que cette polémique autour du caractère laïc ou religieux de l’Etat mauritanien le fait marrer. «Où est l’Etat ? Construisez d’abord un Etat, ensuite débattez de ce qu’il doit être »a-t-il ironisé.
Un autre, Hamza Filaly de renchérir, «nous nous soignons, nous jeunons, nous nous marions, nous résidons et nous prenons en exemple le mode de vie de pays laïcs dans lequel nous nous établissons, en Europe et en Amérique dont nous cherchons absolument à acquérir les nationalités, et nous ne voulons pas transposer leur laïcité chez nous ?»

Les tenants de l’Etat autocratique
Pour l’ancien Conseiller à la Présidence de la République, Mohamed Ishaq Al Kunty, citant le président Mohamed Ould Abdel Aziz : «la Mauritanie est une République Islamique et ne sera jamais un Etat laïc». Ces propos, le Chef de l’Etat mauritanien les avait tenus lorsqu’il avait accueilli aux portes du palais présidentiel, emmitouflé d’un turban salafiste, les foules venues en masse après la publication des écrits jugés blasphématoires du jeune Mohamed Ould MKheïtir.
Lui emboîtant le pas, certains soutiennent que les Mauritaniens doivent conserver la nature islamique du pays, d’autant plus que tous les Mauritaniens sont musulmans de rite malékite. Que le débat sur la laïcité ne se pose que dans des pays multireligieux où l’Etat est obligé à la neutralité entre ces citoyens lorsqu’ils sont de diverses confessions religieuses. Les tenants de cette thèse considèrent que le hashtag en vogue ne sert qu’à diviser les Mauritaniens sans compter qu’il viole les dispositions de la Constitution qui reconnaît la nature islamique de la République.
Pour le célèbre journaliste, Mohamed Mahmoud Abou Al Maali, spécialiste des questions terroristes et directeur du Groupe MAPECI qui édite les deux journaux papiers «Nouakchott-Info» et «Akhbar Nouakchott» ainsi que «Radio Nouakchott », «nous avons besoin plus d’un nouveau pacte social que d’une laïcité à réinventer».  Après avoir rappelé la genèse de la laïcité en Europe et le besoin ressenti à l’époque de contrer le pouvoir de l’église, il explique que nous n’avons pas besoin d’une pièce de rechange, alors que nous pratiquons tous, en tant que Mauritanien, la même religion et le même rite, Malékite. Nous devons, dira-t-il en substance, inventer un nouveau pacte social qui nous permettra de vivre en harmonie. Selon lui, «notre problème essentiel est dans la cohabitation et dans la stratification sociale, mais surtout l’application des principes de justice et d’équité ».
Un autre activiste de la toile a contre-attaqué par le hashtag #Mauritanie_Islamique. Il s’agit de Mohamed Néma Oumar, un autre journaliste, directeur de publication du site «Al hourriya». Selon lui, «on ne négocie pas l’identité de notre peuple ni ses racines. L’Islam est devenu depuis l’indépendance de notre pays, un mot accolé à la République. Que les mécontents aillent  boire la mer».
Pour Absel Kader Ould Ahmedou, «notre Constitution stipule que la Mauritanie est une République Islamique. Ce qui est en totale conformité avec l’identité de son peuple musulman. Ce n’est pas un Etat laïc, dans le sens négatif du terme qui prône la séparation entre le religieux et l’exercice du pouvoir politique».