aidara

Présidence de la Commission africaine : une course serrée et des noms sortent du lot

Siège de l’Union Africaine à Addis-Abeba (Photo google)

Les tractations vont bon train dans les coulisses du siège de l’Union Africaine à Addis-Abeba, à quelques heures d’une élection décisive : celle du prochain président de la Commission de l’Union Africaine.

Cinq grandes pointures de la scène africaine sont sur la sellette. Il s’agit de Pelonomi Venson Moitoi du Botswana, Moussa Faki Mahamat du Tchad, Agapito Mba Mokuy de la Guinée équatoriale, Amina Mohammed du Kenya et Abdoulaye Bathily du Sénégal. Les pronostics vont bon train ainsi que les spéculations, mais personne ne sait encore celui ou celle qui va succéder à la Sud’Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma, dont le mandat a expiré depuis six mois.

Lors du 27ème sommet de l’Union Africaine qui avait eu lieu à Kigali (Rwanda) aucun des trois candidats à sa succession n’avait pu obtenir les deux tiers des votes nécessaires en trois tours de scrutin. L’élection fut ainsi reportée jusqu’au présent sommet, le 28ème qui se tient depuis le22 janvier dernier à Addis-Abeba (Ethiopie). Parmi les trois malheureux candidats de 2016, seule l’Ougandaise, Speciosa Wandira-Kazibwe  a désisté, alors que ses deux concurrents de l’époque, la Bostwanaise, Pelonomi Venson-Moitoi et l’Equato-guinéen Agapiton Mba Mokuy rempilent.

Mais selon les premiers sondages, le Sénégalais Bathily, la Kenyane Amina et la Bostwanaise risquent de sortir du lot au premier tour.

Si certains raisonnent en termes de régions, pour spéculer sur les candidats qui ont plus de chance de s’en sortir en fonction du nombre de pays de leur zone respective, d’autres pensent que les intérêts géopolitiques de chaque Etat membre pèsera lourd sur la balance. Ainsi, ni la stature encore moins les compétences des uns et des autres, ni la lourdeur des back-ground encore moins la longueur des diplômes ou la solidité des expériences ne seront décisives. Les intérêts et seuls les intérêts que chaque Etat pourra tirer de cette élection vaudront monnaie de change et devise forte. Encore faudrait-il à ce titre que chaque représentant  s’en tienne aux consignes de vote de son pays. Cela aurait été possible si le scrutin se faisait à main levée. Mais, la nature secrète du vote fera que les consignes données par tel pays ou tel autre à son représentant n’aura aucun poids. Seuls les porteurs de carton négocieront leur bulletin en fonction de leur penchant ou de la force de persuasion des candidats-courtisans.

Si l’on en tient aux raisonnements des  tenants du vote régional, le Sénégalais Bathily et la Kenyane Amina devraient largement l’emporter, avec 16 pays d’Afrique de l’Ouest qui soutiendraient le premier et 15 pays d’Afrique de l’Est pour la seconde. Les autres candidats, notamment les deux d’Afrique Centrale, le Tchadien Mahamat et l’Equato-Guinéen Agapito devront se partager la voix des huit pays qui composent leur ensemble, alors que la Botswanaise Pelonomi aura elle seule les huit pays d’Afrique Australe.
Mais selon de nombreux diplomates rencontrés dans les coulisses, ce raisonnement ne sera nullement déterminant.

Cheikh Aidara

 

Biographie des 5 candidats à la Présidence de la Commission de l’Union Africaine

Abdoulaye Bathily

Abdoulaye Bathily (photo google)

Historien, universitaire et homme politique sénégalais, Abdoulaye Bathily a été plusieurs fois ministre, sous Abdou Diouf ensuite sous Macky Sall. Pendant 29 ans, chef de file de la Ligue démocratique/Mouvement pour le parti du travail (LD/MPT), ce soninké originaire de la Vallée, département de Bakel est né en 1947. Il en sera le député en 2001.
Professeur d’histoire moderne et contemporaine à l’Université de Dakar, ce sortant de Birmingham sera d’abord ministre de l’Environnement dans le gouvernement de Habib Thiam, puis ministre de l’Energie et des Mines sous Moustapha Niass en 2000 avant de prendre la tête de l’Assemblée nationale sénégalaise. Il sera en 2007, le candidat malheureux de ces élections avec moins de 3% des voix et fut nommé par Macky Sall en 2012 comme ministre d’Etat à la Présidence de la République.
En juillet 2013, il cède son fauteuil à la direction du LD/MPT  à Mamadou NDoye.
En campagne au Mali en décembre 2016 pour sa candidature à la présidence de la Commission de l’Union Africaine, cet habitué des couloirs des Nations Unis, médiateur dans la crise au Burundi et envoyé spécial du Secrétaire Général de l’ONU pour l’Afrique centrale, trouve que sa candidature est en droite ligne de son engagement «pour l’Afrique, pour les peuples africains, leur libération, leur autonomie » soulignant que le faire en sorte que l’Afrique devienne un acteur majeur de la vie internationale, est un combat d’une vie.

Amina Mohamed Jibril

Amina Mohamed Jibril (photo google)

Depuis 2013 ministre des Affaires étrangères du Kenya, Amina Mohamed Jibri est la première femme à occuper un tel poste dans son pays. Née en octobre 1963 de parents Somaliens, elle est diplômée en maîtrise en droit de l’Université d’Etat Taras-Chevtchenko de Kiev en Ukraine. Elle épinglera dans son back-ground un Master en droit de l’Université Strathmore, puis en 1993 un autre Master en Relations internationales de l’Université d’Oxford.
Amina Mohamed suivra une carrière professionnelle riche, directrice juridique, puis conseillère au Ministère des Affaires étrangères du Kenya, puis à la mission diplomatique de son pays auprès de l’Office des Nations Unies à Genève. En 1997, elle est conseillère juridique de la mission diplomatique du Kenya auprès du Conseil de sécurité des Nations Unies. Elle occupera plusieurs postes de haute responsabilité dans son  pays avant d’être nommée par Banki-Moon, encore Secrétaire générale des Nations Unies, au poste de directrice exécutive adjointe du Programme des Nations Unies pour l’Environnement. Elle part en tout cas en compétition pour le siège de présidente de la Commission de l’Union Africaine forte du soutien d’un Chef d’Etat d’Afrique de l’Ouest, Faure Gnassingmé du Togo, qui le lui a signifié lors de sa visite à Nairobi en octobre 2016.

Agapito Mba Mokuy

Agapito Mba Mokuy (Photo google)

C’est le plus jeune parmi les candidats. Né le 10 mars 1965 au Nord-Est de la Guinée Equatoriale, Agapito Mba Mokuy est membre du PDGE (parti démocratique de la Guinée Equatoriale). Ancien fonctionnaire de l’UNESCO, ministre des Affaires étrangères de son pays depuis 2012, il est titulaire d’un Master en business administration obtenu à l’Université de Bangkik (Thaïlande), d’une licence en économie agricole de l’Université de Louisiane (USA) et d’un certificat double compétence en Management et communication de l’Institut de San Diego en Californie (USA). Il parle couramment l’espagnol, le français, l’anglais et le portugais.
Agapito est un cadre du système des Nations Unies, consultant au PNUD sur les questions économiques en 1991, puis près de 20 ans à l’UNESCO.
Membre du Bureau politique du PDGE depuis 2010,il a été nommé la même année par le Chef de l’Etat Equato-Guinéen comme son conseiller aux Affaires africaines. Il a joué un grand rôle lors de la présidence de l’Union Africaine assurée par son pays de 2011 à 2012. Nommé à la tête de la diplomatie de son pays, il a été reconduit dans l’équipe gouvernementale en 2015 et a présidé à ce titre tous les sommets de grande envergure que la Guinée-Equatoriale abrite depuis sa nomination.

Moussa Faki Mahamat

Moussa Faki Mahamat (Photo google)

Premier ministre du Tchad de 2003 à 2005, Moussa Faki Mahamat est membre du MPS (Mouvement patriotique du Salut) présidé par Idriss Déby Itno. Né en 1959, l’Afrique le découvre lors d’un débat qui avait opposé en 2016, les candidats à la succession de Nkosazana Dlamini Zuma, présidente de la Commission de l’Union Africaine. Sa déclaration selon laquelle «l’Union africaine a besoin d’un leadership affirmé… » et qu’il faut «se recentrer sur l’essentiel», soulignant que «depuis 2002, nous avons adopté aux alentours de 1 800 décisions et résolutions et moins de 15% ont été réellement mises en œuvre » a fait mouche.
Ce franc-parler d’un candidat au plus haut poste diplomatique au sein de l’Union Africaine a forcément attiré l’attention, d’autant que le langage de bois est le trait dominant dans les allées d’Addis-Abeba. Pourtant, Moussa Faki Mahamat n’en est pas moins un diplomate chevronné, un fin négociateur doublé d’un homme politique, selon ceux qui le connaissent.
Avec trente ans d’expériences dans les affaires de l’Etat tchadien, Moussa Faki a été plusieurs fois ministre, directeur de cabinet du président Déby, chef de gouvernement. Depuis 2008, ministre des Affaires étrangères, il a suivi tous les dossiers stratégiques de Jean Ping à Nkosazana au niveau de la Commission de l’Union Africaine.
En briguant la présidence de la Commission, Moussa Faky compte mettre toute cette expérience, notamment dans les questions de paix et de sécurité, au service du continent.
Le Tchadien est titulaire d’un Doctorat en Droit Public de l’Université Paris XIII, après un DESS en Droit Public obtenu à l’Université Marien NGouabi de Brazzaville (Congo) en 1986. Beaucoup le donne comme partant, même si ses chances dans les coulisses d’Addis-Abeba restent faibles, selon certains spécialistes interrogés.

Pelonomi Venson Moitoi

Pelonomi Venson Moitoi (Photo google)

Née en 1951, Pelonomi Venson Moitoi est journaliste et femme politique du Botswana, Secrétaire général adjointe du Parti démocratique de 1999 à 2004, députée puis ministre de 2000 à 2010.
Cette diplômée de l’Université du Michigan (USA), a débuté sa carrière politique à l’Assemblée nationale du Botswana en 1999. Entre 2001 et 2002, elle est nommée ministre des Travaux Publics, des Transports et des Communications, puis ministre du Commerce, de l’Industrie, de la Faune et du Tourisme de 2002 à 2002, ensuite ministre de la Communication, de la Science et de la Technologie en 2004, poste qu’elle quittera puis reprendra en 2009 avant d’aller à l’Education Nationale.
En 2013, elle est pressentie à la tête du parti BDP, ce qui dénote de l’importance qu’elle a prise sur l’échiquier politique national. En 2014, elle prend la tête de la diplomatie botswanaise.
Candidate à la présidence de la Commission de l’Union Africaine en 2016, elle rempile encore, espérant profiter du 28ème Sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union Africaine pour prendre la succession de la Sud’Africaine Nkosazana.


Le duo Aziz-Jammeh : au-delà d’une amitié sacrificielle

 

Aziz et Jammeh (Photo archives-AMI)

Que vaut la Gambie et que vaut Yaya Jammeh aux yeux de la Mauritanie, et plus particulièrement aux yeux du Président Mohamed Abdel Aziz, pour en arriver à ce geste sacrificiel au dépend de relations pluriséculaires avec le Sénégal et la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ? Est-ce pour des raisons géostratégiques ou mercantiles entre les deux capitales, ou est-ce pour des raisons encore inconnues liées à une complicité encore énigmatique qui lie les deux chefs d’Etat ? Dans tous les cas, l’intervention de Mohamed Abdel Aziz dans la crise gambienne n’a pas encore révélé tous ses mystères.

Tant de sollicitude pour sauver l’ex-dictateur de la Gambie, Yaya Jammeh, sauvé in extremis par le duo Aziz-Condé, laisse perplexe. C’en est presqu’une première, même si ce sauvetage de dernière minute entrepris par les présidents mauritaniens et guinéen continue d’alimenter les analyses et les réactions.

Alors que le nouveau président élu de Gambie, Adama Barrow, venait d’atterrir à Banjul, ce jeudi 26 janvier 2017, après un exil forcé au Sénégal face à l’entêtement de son prédécesseur à lui libérer la place, on apprend non seulement que la compagnie Mauritania Airlines Internationale devait transporter ce vendredi, à l’aéroport Oum Tounsy, les «derniers compagnons et les dernières affaires personnelles de Jammeh», mais également que Nouakchott abritait incognito tout cet attirail. Ce service après exil rendu à Jammah, sans que l’on sache si c’est à titre onéreux ou gratuit, s’ajoute à d’autres rotations que la compagnie aérienne internationale aurait effectué au profit de Yaya Jammeh, pendant son départ forcé. Certaines sources rapportent que l’ex-dictateur aujourd’hui réfugié en Guinée-Equatoriale aurait profité de cet entregent pour vider les caisses de la Gambie. Sur les ondes de la BBC, le président gambien Barrow avoue que «les caisses sont vides».  D’aucuns ont parlé de millions de dollars emportés par Jammeh dans sa fuite, et d’un  déballage qui sera entrepris par une commission vérité et réconciliations sur les 22 ans de Jammeh.

Des gestes jugés provocateurs

Quoi qu’il en soit, la Mauritanie semble avoir fait de cette affaire gambienne une source de tension avec le Sénégal, mais aussi avec la CEDEAO, taxés de représenter le camp «des prêcheurs de la violence », ceux qui selon Ould Abdel Aziz, «battent les tambours de la guerre croyant pouvoir régler ce problème par cette option». La Mauritanie s’est même arrogé le rôle de superviseur de l’accord ayant conduit au départ de Yaya Jammeh. L’entrée des troupes sénégalaises et celles de la Cedeao en Gambie et leur mainmise totale sur le pays, semble ainsi avoir courroucé Nouakchott qui dénonce une violation des accords et compte porter l’affaire aux plus hautes instances.

En même temps, sur les sites électroniques et sur les réseaux sociaux mauritaniens,  un fort regain de nationalisme prend de l’ampleur et certains réclament même une réaction forte de la Mauritanie. Provocateurs seraient en effet, aux yeux d’une partie de l’opinion publique mauritanienne, la déclaration du président Adama Barrow selon laquelle «le départ de Jammeh n’a rien à voir avec la médiation de Mohamed Abdel Aziz et d’Alpha Condé», mais surtout la supposée «invasion coloniale du Sénégal en Gambie» qui s’en est suivie et la sortie du ministre sénégalais des Affaires étrangères du Sénégal selon laquelle «aucune amnistie n’a été accordée à Jammeh contre son départ». Autant de gestes perçus comme inamicaux envers la Mauritanie et son président, mais surtout vis-à-vis de son rôle de «sauveur de la paix en Gambie».

Mais pourquoi tant d’engagement dans cette affaire gambienne, alors que la Guinée d’Alpha Condé, qui a coparrainé le départ de Yaya Jammeh, n’a déployé un tel tintamarre autour de sa médiation ni réclamé une quelconque autorité de droit sur les termes de l’accord ayant abouti à la solution finale.

Certes le Sénégal avait des intérêts géostratégiques importants dans la crise gambienne. Le départ de Yaya Jammeh du pouvoir était en effet pour Dakar une aubaine inespérée, car la Gambie sous son long règne était devenu un terrain de repli pour les forces rebelles de la Casamance qu’il protégeait et armait souvent pour déstabiliser son puissant voisin. Ainsi lovée, telle une excroissance dans son ventre, la petite péninsule était devenue un cancer qui rongeait le Sénégal. La légalité nationale en Gambie lui en donnait enfin les armes. Battu à la régulière au cours d’élections que son régime avait supervisé, ayant reconnu publiquement sa défaite et les résultats des scrutins, Jammeh et son revirement de dernière heure donnaient ainsi au Sénégal les moyens légaux de se débarrasser de son cauchemar.

Des intérêts encore flous

Mais quid de la Mauritanie ? Certains analystes mettent en avant la présence d’une forte colonie mauritanienne en Gambie qui détiendrait le quasi-monopole du commerce et des affaires dans ce pays. La Côte d’Ivoire et la Libye comptaient également d’importantes colonies mauritaniennes aux affaires florissantes dans ces pays, sans que la Mauritanie n’ait levé de boucliers lorsque les troupes françaises et américaines décidèrent unilatéralement et sans mandat international de forcer le départ de Gbagbo et de tuer Kadhafi. Pourtant, le président Mohamed Abdel Aziz était au cœur de ces deux crises, en tant que médiateur désigné par la Commission Paix et Sécurité de l’Union Africaine, en compagnie d’autres chefs d’Etat. Abidjan et Tripoli seront ainsi bombardés vingt-quatre heures après ses démarches de conciliation dans ces deux Etats. Et il n’a jamais dénoncé ces «ingérences » ni ces «invasion coloniales» ni «ces partisans de la guerre » et ces «ennemis de la paix».

Certes, la Gambie n’est ni la Côte d’Ivoire ni la Libye, et le Sénégal, ce n’est ni la France ni les Etats-Unis. Mais en quoi le départ de Jammeh et l’arrivée d’Adama Barrow pouvaient-ils constituer un danger pour la colonie mauritanienne ? En quoi l’arrivée des troupes du Sénégal et de la CEDEAO pouvait-elle mettre en péril les activités commerciales des Mauritaniens en Gambie ? La raison d’un tel intérêt pour la Mauritanie ne pouvait ainsi s’expliquer par un quelconque danger qui planerait sur la tête de ses ressortissants en Gambie.

Reste l’aspect géostratégique que beaucoup ont évoqué ça et là. Au gré des interventions des uns et des autres, on apprend ainsi que la Mauritanie était devenue une puissance régionale avec une zone d’influence exclusive qui s’appelle la Gambie, sans que l’on ait signalé de bases militaires mauritaniennes dans ce pays.  Certains évoquent à peine une garde rapprochée affectée au service de Jammeh qui serait constituée de Mauritaniens sans qu’on en détienne les preuves.

Il y a aussi cette complicité qui ne s’est jamais révélé au grand jour entre Aziz et Jammeh, et avant, entre Jammeh et Ould Taya. Certaines mauvaises langues parlent de documents brûlés par Jammeh avant sa fuite, d’une nuit d’insomnie passée par Aziz et Condé à Banjul pour protéger Jammeh et couvrir sa fuite. De quoi avait-on peur ? La capture de l’ex-dictateur pouvait-elle conduire à des révélations retentissantes ? Sa mort aux mains des troupes de la CEDEAO aurait-elle permis de découvrir des documents confidentiels compromettants dont lui seul connaissait la cache ? Peut-être ne saura-t-on jamais les vraies raisons qui ont poussé Mohamed Abdel Aziz et Alpha Condé à s’impliquer si intensément dans la fuite de Yaya Jammeh hors de la Gambie avec montants sonnants et trébuchants et bagages à la dimension de deux Boeing 737-700.

L’autre raison évoquée serait liée à la politique intérieure de la Mauritanie. Yaya Jammeh parti, la Gambie serait tombée entre les mains d’un Halpulaar ou de quelqu’un ayant des souches halpulaar. Macky Sall du Sénégal est aussi Halpulaar et la Mauritanie a de sérieux problème avec sa population halpulaar. Toute l’équation gambienne serait ainsi réduite à une donne socio-ethnique qui donnerait le cauchemar aux autorités de Nouakchott. Mais en quoi les halpulaars de Mauritanie seraient-ils concernés par  les halpulaar de Gambie, du Sénégal ou de la Guinée ? N’ont-ils pas subi des pogroms dans les années 89-91 sans qu’ils n’aient reçu d’aide de la part de leurs autres cousins de la région ? Faux problèmes. Alors quid de l’intérêt de la Mauritanie en Gambie ?

Cheikh Aïdara


Parlementaires face au dividende démographique : la feuille de route de l’Union Africaine sur la sellette

Le Panel des responsables de l’UNFPA et de l’Union Africaine

Le «Capital Hôtel» d’Addis-Abeba a abrité, jeudi 26 janvier 2017, le Forum des parlementaires africains en population et développement (FPA) sur la Feuille de route de l’Union Africaine sur le dividende démographique et l’investissement des jeunes. C’était en marge des travaux préparatoires du Sommet de l’Union Africaine qui se se tiennent depuis le 22 janvier et qui s’achèveront les 30 et 31 janvier prochain par le Sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement dans la capitale éthiopienne.

Le Forum des parlementaires africains sur le dividende démographique a été l’occasion pour le Président du Parlement éthiopien, Ato Abadula Gemeda, de rappeler l’engagement de ses pairs en faveur de la thématique lors de la rencontre de Dakar des 25 et 26 novembre 2016, ainsi que sur le contenu de la déclaration qui en était issue. Cette déclaration renfermait l’engagement des parlementaires africains pour la mise en œuvre de la feuille de route de l’Union Africaine sur le Dividende Démographique et le Plan d’action qui a été ébauchée à cette occasion. Cette conférence, organisée avec le soutien de plusieurs partenaires dont l’UNFPA, constituait «une étape décisive dans le processus de plaidoyer et de dialogue politique en préparation aux deux Sommets de 2017 de l’Union Africaine consacrée à l’exploitation du dividende démographique en investissant dans la jeunesse » dira-t-il.

Plusieurs orateurs ont pris la parole au cours de cette rencontre, notamment la représentante de la Présidente de la Commission de l’Union Africaine, qui a parlé de la nécessité pour l’Afrique de préserver ses acquis en faveur de sa jeunesse. En cela, il faudrait selon elle, garantir les voies d’atteinte des objectifs de l’Agenda 2063 en apportant les capacités nécessaires à la jeunesse du continent, en réalisation le Dividende démographique à travers les investissements sur les jeunes, en identifiant les défis liés au chômage, surtout celui des adolescentes, aux pratiques néfastes (excision et mariage précoce). Ces investissements, selon la représentante de la présidente de la Commission de l’Union Africaine, doivent s’orienter vers l’éducation de qualité, la santé maternelle et l’implication des jeunes en permettant aux jeunes filles de décider de l’espacement de leurs grossesses, en investissant davantage dans la santé maternelle et infantile et dans celle des adolescentes.

Parmi également les orateurs, Marie Rose Nguini Effa, présidente du FPA, mais aussi Lucien Kouakou, directeur régional de l’IPPF, qui ont abondé dans le même sens.

Une partie de l’assistance

Pour sa part, Mabingué Ngom, Directeur régional de l’UNFPA en Afrique de l’Ouest et du Centre, a rappelé le constat auquel les parlementaires et les partenaires était parvenu. Il s’agit de la nécessité d’agir concrètement et de cesser les discours, tellement selon lui, l’heure est grave. Et ce, malgré les progrès réalisés depuis 1990, avec un taux de mortalité maternelle qui a chuté de 1.000 à 679 naissances vivantes durant la période 1990-2015 en Afrique de l’Ouest et du Centre. Au vu de ces changements sans précédents que le continent a connus ces dernières décennies, Mabingué Ngom pense que l’Afrique peut finalement «rompre avec le cercle de la pauvreté pour entrer définitivement dans l’ère de la prospérité».

Il a cependant relevé deux risques et défis majeurs qui peuvent poser obstacle, notamment les changements climatiques devant lesquels l’Afrique, selon lui, est impuissante, mais face auxquels elle doit agir pour circonscrire ses conséquences déjà visibles à travers l’insécurité alimentaire et le nombre de déplacés climatiques dans la région. Mais le risque le plus redoutable, d’après le représentant régional de l’UNFPA, est cette extraordinaire explosion démographique,  ainsi que «le retard de la transition démographique visant la baisse du taux de mortalité maternelle et de natalité ». Selon lui, «jamais l’Afrique n’a vu sa population jeune se développer aussi rapidement », car aujourd’hui, «63% de la population africaine a moins de 24 ans, soit environ 250 Millions de jeunes». Cette situation serait selon lui à double tranchant, un défi énorme mais aussi un apport inespéré pour le développement du continent «avec une gestion adéquate et de bons investissements ». Il souligne que la plupart des pays africains ont connu une croissance économique soutenue au cours des quinze dernières années, sans que cette croissance n’ait impacté positivement sur la vie des populations.  Avec un taux de dépendance élevé, une pauvreté chronique, un accès limité à une bonne éducation, des qualités de services de santé insuffisantes et des emplois productifs rares, l’Afrique produit ainsi des milliers de jeunes frustrés qui périssent dans les océans en tentant de chercher le bonheur ailleurs, s’ils ne succombent à l’instrumentalisation et à la radicalisation.

Mais tout n’est pas sombre, selon Mabingué Ngom parce que les dirigeants africains ont saisi le bon moment pour agir en se concertant sur les moyens d’exploiter le Dividende Démographique pour en faire une initiative continentale.  «Espoir aussi parce qu’un certain nombre de pays africains réalisent déjà des investissements en faveur des jeunes afin d’exploiter le Dividende Démographique à travers le partage des connaissances, le plaidoyer ainsi que les diagnostics national et régional » a-t-il ajouté.

Cheikh Aïdara
Envoyé Spécial Addis-Abeba


Crise gambienne : la médiation mauritanienne aurait-elle échoué ?

La situation en Gambie reste confuse et les informations distillées dans la presse contradictoires. La médiation mauritanienne initiée par le président Mohamed Ould Abdel Aziz, à quelques heures de la fin de l’ultimatum lancé par la CEDEAO au président Djammeh le mercredi 18 janvier 2017 à zéro heure, a-t-elle réussie ?

La question reste posée à l’heure où le chef de l’Etat mauritanien a regagné Nouakchott après une valse qui l’a conduite auprès du président sortant Yaya Djammeh, pour le convaincre de céder le pouvoir, puis à Dakar où il a eu un tête-à-tête avec le président Macky Sall du Sénégal et le nouveau président élu de Gambie, Adama Barrow.

Certaines sources ont en effet soutenu que «Yaya Djammeh a capitulé et qu’Adama Barrow prêtera serment à Banjul ce jeudi 19 janvier à 16 heures » en affirmant que le président sortant de la Gambie a finalement accepté de quitter le pouvoir contre un asile en Mauritanie. D’autres sont allées plus loin, en déclarant que le président gambien serait venu dans l’avion du président mauritanien, ce qui s’est avéré faux.

Adama Barrow, président élu de Gambie

Investiture de Barrow

Des sources de presse sénégalaises ont à leur soutenu que Barrow sera finalement investi à l’ambassade de Gambie à Dakar, faute de pouvoir le faire au Stade de Banjul pour des raisons de sécurité. Il semble en effet que le président Djammeh soit toujours au Palais de Bakao et qu’il s’apprêterait à le quitter dès que son tombeur à l’élection présidentielle du 1er décembre 2016 rentrerait au pays.

Alors que certaines sources de presse saluent la perspicacité du président Mohamed Ould Abdel Aziz d’avoir évité une guerre en faisant plier Yaya Djammeh, d’autres sources parlent du refus catégorique de ce dernier à céder le pouvoir.
Ce qui est sûr, la médiation du président Mohamed Ould Abdel Aziz, qui a joué au sauveur de la dernière minute, reste l’ultime chance avant que les armées de la CEDEAO stationnées aux frontières entre le Sénégal et la Gambie, ne délogent Djammeh de son fauteuil.

Yaya Djammeh, président sortant de Gambie

Médiations entre chefs d’Etats africains

A rappeler que le président Mohamed Abdel Aziz a déjà eu à mener avec d’autres chefs d’Etats africains, dans le cadre d’un mandat de la Commission Paix et Sécurité de l’Union Africaine, plusieurs médiations qui se sont terminés par un règlement militaire. Il s’agit de la Côte d’Ivoire et de la Libye en particulier.
A entendre les experts militaires sénégalais, il n’y aura pas bataille, car l’armée gambienne ne se battrait pas, mis à part la garde prétorienne de Djammeh et quelques irréductibles de son camp.
A rappeler que le Sénégal est intervenu à deux reprises, en 1980 et en 1981 pour rétablir l’ordre constitutionnel en Gambie, du temps de l’ancien président Diawarra, renversé par un coup d’Etat alors qu’il se trouvait en vacances en Angleterre.
Si Yaya Djammeh réfute l’asile que lui aurait proposé la Mauritanie, après celle accordée par le Nigéria et paraît-il le Maroc, l’usage de la force des armées de la CEDEAO formées du Sénégal, du Niger, du Nigéria, du Bénin et du Mali, risque d’être enclenchée dans les prochaines heures.

Cheikh Aïdara