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En Mauritanie, les «usines Moka» empoisonnent la vie des habitants

Une fumée dense et grisâtre plane presqu’en permanence sur la capitale économique de la Mauritanie, Nouadhibou. La vie des habitants y est devenue un véritable enfer. Odeur âcre et nauséabonde à longueur de journée et de nuit. «On ne peut plus respirer dans cette cité, jadis havre de paix » annonce Mohamed, un vendeur de cartes de recharges et sa chaise bancale, juste en face de la Mairie.

Le commerce du moka génère des millions de dollars
Les usines de Moka, qui produisent la farine et l’huile de poisson, est la dernière trouvaille des hommes d’affaires. Un business florissant et juteux qui génère des millions de dollars, arrosant au passage les caisses de l’Etat. Qui se tait.

«Le Port Autonome se frotte les mains et il y a de quoi, les bateaux qui transportent les tonnes de Moka génèrent des revenus substantiels », fait remarquer Jemal, jeune cadre dans une société au Port artisanal. «Certains parlent de 140.000 UM pour un accostage » lance-t-il un peu hésitant. «Et ça ne s’arrête pas, des bateaux turcs surtout chargent et déchargent sans relâche, à raison de 300 à 400 tonnes par rotation », précise-t-il. D’ajouter «la tonne de Moka est vendue ici 1.500 dollars l’unité, et le double en Europe et en Asie, de quoi générer des bénéfices énormes pour les importateurs».

La Moka est tiré du broyage du poisson. «Ceux qui connaissent comment ce truc est fabriqué, ne vont jamais se hasarder à en manger. Des tonnes de poisson, broyés avec écailles et tripes, transformés en liquide ou en poudre, puis exportés vers le marché européen et asiatique où il coûte les yeux de la tête » souligne Khaled, un manutentionnaire. Selon lui, il y a deux sortes de Moka, celle destinée à servir comme engrais et celle utilisée pour la consommation. «Depuis que les Mauritaniens ont découvert la Moka, ils ont réglé le problèmes des invendus et surtout, les charges liées aux congélations du poisson»

En quelques années, les usines se sont multipliées. «Plus de 70 nouvelles usines ont été créées avec des noms écrans. Des Européens représentés par des nationaux qui se suffisent de subsides, le reste repart ailleurs» lance dépité Oumar, un jeune pêcheur du Port. «J’ai un ami qui travaille dans une de ces usines. C’est un étranger, comme la plupart des employés » souligne-t-il. Selon lui, la plupart de ces usines sont gérées par des Chinois qui préfèrent la main d’œuvre étrangère moins chère et plus dociles. «Pour eux, les Mauritaniens sont chers et pleins de problèmes. Et le Ministère du Travail ferme les yeux », ajoute Oumar.

Pollution urbaine 
Il y a surtout le danger représenté par ces tonnes de fumées qui s’abattent sur la ville et son centre des affaires, tout en polluant l’atmosphère. «Il semble que ces fumées sont cancérigènes et constituent un véritable problème de santé publique» susurre Moulaye, coiffeur au Marché Mahfoudh.
Ni les cris d’indignation des ONG locales et des habitants, ni les récriminations de la SNIM dont la cité phare, Cansado, est devenu un dépotoir de poudre blanche, n’ont pu changer la donne. La Zone Franche, véritable patron de la ville de Nouadhibou, reste encore sourde aux appels de détresse de la population.

«A cause des importantes rentrées financières de la Moka, les autorités restent indifférentes aux souffrances des citoyens et ferment les yeux sur toutes ces nuisances sur l’environnement, la santé publique et le bien-être social des habitants» regrette un jeune banquier.

Dans les différentes usines où nous nous sommes rendus, les patrons chinois et coréens oublient qu’ils parlent une autre langue dès qu’il s’agit de répondre à des questions. Les employés n’en parlons pas.

 


Introduction du planning familial à l’accouchement (PFPP/DIUPP) : Un choix stratégique pour sauver des vies

Première pose de DIUPP per césarienne à l’hôpital Espagnol de Nouadhibou (l »équipe du Dr Sidi et Dr Bathily)

Nouadhibou a abrité du 23 au 28 décembre 2016, une première formation sur  le post-partum (planification familiale et dispositif intra-utérin ou PFPP/DIUPP dès l’accouchement). Cette session a concerné 18 gynécologues et sages-femmes. L’objectif visé est de former des formateurs nationaux en vue de généraliser cette technique dans toutes les structures médicales et hospitalières du pays. Il s’agit in finish de contribuer à la réduction de la mortalité maternelle et infantile, dont les taux en Mauritanie sont des plus élevés au monde.

Le DIUPP consiste à placer un dispositif dans l’utérus de la femme dans les 48 heures après l’accouchement, pour la protéger des grossesses rapprochées. Cette technique vise à améliorer la survie des mères et des enfants. Selon les experts, «la mise en place du DIUPP permet de réduire de 25% la mortalité maternelle et infanto juvénile dans les pays prioritaires comme la Mauritanie». Passé ce délai de 48 heures après l’accouchement, le DIU ne peut plus être posé que quarante-cinq jours au moins après.

ouverture de la session par le coordinateur du PNSR

Face à ce constat, le ministère de la Santé, à travers le Programme national de la santé de la reproduction (PNSR) avec l’appui de l’UNFPA, vient de former 18 prestataires nationaux à cette technique. Cette session de formation a eu lieu à Nouadhibou du 23 au 28 décembre 2016. Elle a concerné essentiellement des gynécologues et sages-femmes en service dans trois structures pilotes, le Centre hospitalier national, l’Hôpital Mère et Enfant et la Maternité de Sebkha. L’objectif est de sélectionner, trois mois après la session, les formateurs qui devront disséminer la pratique auprès des autres prestataires, sur toute l’étendue du territoire national.
Pendant six jours, les participants ont ainsi eu droit à des cours magistraux et à des pratiques cliniques sous la supervision de trois consultants, tous gynécologues obstétriciens et spécialistes en DIUPP. Il s’agit du Dr Zamané Hyacinthe du Burkina Faso et du Dr Konté Ibrahima de la Guinée, en plus de notre compatriote, Pr.Bal Aïssata.

Atmosphère de cours
Enthousiastes et assidus, les stagiaires ont suivi les cours dispensés dans une atmosphère bon enfant. Le DIU ? Tous le connaissent. Mais le DIUPP, beaucoup en ont simplement entendu parler. Personne, même parmi les gynécologues, n’en connaissait la technique.

Pose de DIUPP sur mannequin

 

Pendant trois jours, illustrations, débat Interactif et participatif, ainsi que travaux de groupes, ont scandé les cours théoriques. Les Dr Zamané et Konté ainsi que le Pr Bal ont fait revisiter aux stagiaires les généralités liées à la Planification familiale avant d’introduire le DIUPP. Toute la PF et surtout le post-partum, a été survolée, objectifs, définitions et concepts, l’instant T du DIUPP (10 minutes après l’expulsion du placenta à 48 heures après l’accouchement, mais aussi au cours de la césarienne ou per césarienne).
«Ne jamais oublier que le DIUPP n’est qu’une méthode parmi d’autres, d’où l’impératif de donner aux patientes le choix de la méthode qu’elle préfère et non de leur en imposer une » a rappelé Dr.Konté.
Les consultants ont surtout mis l’accent sur le counseling, soulignant que le succès de toute planification familiale dépend des informations données aux patientes.
La liste exhaustive des méthodes de contraception, la gestion des effets secondaires et leur prise en charge, la prévention des infections, les règles de décontamination et de nettoyage, ont également été passés en revue. «Ce rappel utile sur ces éléments essentiels de la pratique médicale est important, quel que soit le geste à effectuer » a souligné Pr.Bal Aïssata.

De la théorie à l’application clinique
A l’issue des trois jours de «classe», les participants ont suivi une vidéo sur la technique de la pose du DIUPP avant de passer à la pratique sur mannequins. Pendant toute une journée, ils se sont familiarisés au geste approprié du placement «sans toucher», avec des indications complètes sur la nature des instruments à utiliser et la méthode à suivre.

groupe de stagiaires à la PMI du 5ème Robinet à Nouadhibou

Lundi 26 décembre, les participants se sont scindés en deux groupes pour les travaux de stage. A la PMI du centre de santé municipal n°3, située au 5ème Robinet, beaucoup de counseling ont été menés par les stagiaires, profitant de la présence en masse de dizaines de femmes venues pour la consultation post et prénatale. A la maternité, une seule femme était hospitalisée. «Elle a accouché il y a juste 18 heures», renseigne une infirmière. L’air contrit, une des stagiaires lance «nous lui avons proposé le choix d’une méthode contraceptive, mais malheureusement, elle est divorcée».

Des femmes en consultation pré et post-natal à la PMI du 5ème Robinet à Nouadhibou

A l’hôpital Espagnol, les stagiaires ont eu plus de chance. «J’ai placé un DIUPP à une femme qui vient d’accoucher » affirme avec fierté Twilt Laamar Mint Lafdal, sage-femme à l’Hôpital Mère et Enfant de Nouakchott. Sa patiente, H.A, 25 ans, repose avec son bébé dans une salle à moitié vide. C’est la première femme à avoir mis le DIUPP en Mauritanie. «J’ai déjà 4 enfants et avorté une fois. Je ne veux plus de bébé maintenant, pas avant 5 ans au moins» a-t-elle déclaré. «Je n’ai pas eu beaucoup de difficulté à la convaincre, je lui ai simplement expliqué les bienfaits du DIUPP et des autres méthodes de contraception pour sa survie et celle de son bébé. Elle a choisi le DIUPP » a ajouté Twilt Laamar.

Twilt Lamar, la sage-femme qui a placé le 1er DIUPP dans le pays

Presqu’au même moment et à quelques mètres de là, au bloc opératoire, l’équipe des gynécologues obstétriciens, Dr.Bathily et Dr.Sidi, venait également de réussir la pose d’un DIUPP per-césarienne et se préparait à en placer un autre. Le Dr.Zamané était là, attentif aux gestes de ses apprenants.
Mardi 27 décembre, une nouvelle journée pour des pratiques en cliniques. Cette fois, la moisson est plus riche. Les stagiaires ont pris confiance. Deux femmes sont mises sous DIUPP à la PMI du 5ème Robinet, quatre à l’hôpital Espagnol. Marième Bassoum de l’UNFPA n’en revient pas. Enthousiaste, elle lance : «je n’aurais jamais cru qu’on aurait autant de candidates ! Et dire que nous ne sommes qu’au tout début du DIUPP. C’est sûr qu’à ce rythme, nous aurons encore plus de recrues à Nouakchott, surtout à Sebkha !»

Cheikh Aïdara

 

ENCADRE 1

Dr.Mahfoudh Ould Boye, Coordinateur du Programme national de la santé de la reproduction (PNSR)

Dr.Mahfoudh Ould Boye Coordinateur du PNSR

«La Mauritanie est en avance sur ses objectifs; les 18% prévus en 2018 ont presque déjà été atteints en cette fin 2016»

Docteur, parlez-nous un peu de l’introduction du DIUPP dans notre système de planification familiale

Le personnel de santé connaît déjà le DIU (dispositif intra-utérin). La seule différence est que le DIUPP est recommandé juste après l’accouchement, ce qui n’existait pas dans nos gammes de PF. D’où cette formation de 18 prestataires qui devra aboutir à une formation de formateurs, pour créer une ressource humaine nationale capable de transmettre la technique du DIUPP aux autres prestataires et sa généralisation au sein de toutes les structures sanitaires du pays. Avec l’appui de l’UNFPA, qui a financé l’ensemble de la formation, y compris la prise en charge de deux consultants étrangers et d’une consultante nationale, nous allons poursuivre l’expérience. L’intérêt du DIUPP dans les espacements des naissances, la réduction de la mortalité maternelle et infanto juvénile est amplement prouvé.

Quels sont selon vous les obstacles qui continuent d’entraver votre action dans le domaine de la PF ?

Les obstacles sont nombreux, dont le manque de personnel qualifié en quantité et en qualité suffisante. Il y a surtout un problème d’information et de communication, car les besoins non satisfaits en PF restent élevés, de l’ordre de 28%. Les femmes ont besoin de planning familial mais n’ont pas accès au service. Il y a surtout le problème lié aux prestataires dont certains sont paradoxalement réticents à la PF.
Pourtant, nous disposons d’une Stratégie et d’un plan budgétisé, mais les financements font défaut. Nous avons également une Stratégie de communication qui bute elle-aussi sur le même problème.
Beaucoup d’efforts ont été cependant déployés et nous sommes même en avance par rapport à nos objectifs de 18% en 2018. L’objectif sera atteint en 2017, car on en est déjà proche en cette fin 2016. Idem par rapport à nos engagements dans le cadre du Partenariat de Ouagadougou car nous en sommes à 18.000 femmes sous PF avec un objectif de 49.000 additionnelles d’ici 2020. L’objectif sera atteint avec le concours de notre partenaire principal l’UNFPA et celui de l’USAID pour booster l’utilisation de la contraception à Nouakchott, comme phase pilote. Sur le plan de l’approvisionnement en produits santé de la reproduction, le PNSR dispose d’une stratégie «Zéro rupture» avec la formation du personnel d’appui et la mise en œuvre de plusieurs programmes transversaux, comme la Stratégie de croissance accélérée et de prospérité partagée (SCAPP) et le projet SWEDD.
Pour le moment, l’UNFPA reste le seul fournisseur du pays en produits SR, bien qu’un plan élaboré en 2014 dans le domaine de la SPSR (sécurisation des produits de santé de la reproduction) prévoyait un financement public de l’approvisionnement en produits de contraception. Il y a enfin la loi sur la Santé de la reproduction encore sur la table des parlementaires et qui devra apporter un appui institutionnel aux prestataires de la PF.

Qu’en est-il des ruptures de stocks en produits SR dont certains prestataires se plaignent ?

Normalement il ne doit plus y avoir de rupture de stocks en produits SR sur le plan national. Un logiciel de contrôle des stocks a été élaboré, «Channel », qui permet aux prestataires de contrôler l’état de leurs stocks et de lancer des commandes au moment opportun pour éviter justement toute rupture. Des véhicules sont mobilisés pour approvisionner toutes les structures du pays, en plus des ambulances qui viennent souvent à Nouakchott en provenance des hôpitaux régionaux. S’il y a un problème à ce niveau, la responsabilité incombe aux gestionnaires et aux administrations au niveau des structures de santé.

ENCADRE 2

Mme Marième Bassoum, Conseillère sage-femme à l’UNFPA

Marième Bassoum, conseillère sage-femme UNFPA

«Le DIUPP sera généralisé et pourra être intégré dans le curricula des écoles de santé»

Dans le cadre de la présente session de formation sur le PFPP/DIUPP, quelles sont les attentes ?

Il faut dire que le DIUPP a été testé et recommandé par l’OMS depuis 2010. Tous les pays qui l’ont expérimenté ont remarqué qu’il avait des incidences sur l’augmentation de la prévalence contraceptive. Quand celle-ci augmente, le nombre d’accouchement baisse et partant, le nombre de décès maternel et infantile baisse aussi.
Le processus qui vient d’être entamé a permis la révision et l’adaptation des documents de formation en prélude à l’introduction de la planification familiale du post-partum. La formation des prestataires va aider à la mise à l’échelle de cette nouvelle technique dans le pays. Une évaluation, dans les trois mois à venir, permettra de choisir les meilleurs. Ces derniers suivront une formation supplémentaire pour devenir formateurs chargés d’initier les prestataires du pays en DIUPP. Plus tard, cette technique pourra être intégrée dans le curricula des écoles de santé et de la faculté de médecine.

Quels aspects de la PF devraient selon vous être améliorés ?

A mon avis, des efforts considérables doivent être orientés vers les jeunes en matière de santé de la reproduction. Une stratégie de l’UNFPA a été élaborée dans ce cadre, mais tarde à être mise en application. Les prestataires ne sont pas formés sur la SRAJ (santé de la reproduction des adolescents et jeunes) et ne se sont pas approprié la stratégie de l’UNFPA. Résultat, les jeunes manquent de connaissances et d’éducation en matière de santé de la reproduction, alors qu’il existe des «Espaces Jeunes » dans plusieurs Wilayas. Ces espaces manquent de prestataires en santé de la reproduction. Il est urgent de mettre en place une stratégie multisectorielle Jeunes, impliquant plusieurs départements, qui prenne en compte les préoccupations de cette frange, mais aussi notre contexte socioculturel et religieux.
Nous savons tous les dangers qui guettent les jeunes dans un monde confronté aux infections sexuellement transmissibles, aux grossesses non désirées et au VIH/Sida. Notre jeunesse n’est pas à l’abri de ces dangers. Pour la prémunir, il faut développer une stratégie de sensibilisation et de communication pour le changement de comportement en matière de Santé reproductive.

ENCADRE 3

Dr Hyacinthe Zamané, gynécologue obstétricien, Burkina Faso

«A l’issue des trois test d’évaluation, en cours théorique et en pratiques cliniques, les stagiaires ont montré un bon niveau qui se concrétisera certainement une fois de retour dans leurs structures respectives »

Dr.Hyacinthe Zamané, gynécologue obstétricien, consultant burkinabé

Quelle évaluation faites-vous de cette formation des prestataires après la session que vous venez de superviser ?

Mon appréciation est positive. La formation s’est déroulée dans une bonne ambiance, les prestataires étaient très motivés d’apprendre la nouvelle technique du post-partum, notamment la pose du DIU. Ils ont participé activement à toutes les séances pendant ses six jours passés ensemble à Nouadhibou. Nous avons aussi eu la chance de trouver des cas pratiques lors des stages cliniques. Les connaissances ont été évaluées à travers trois tests et je suis totalement satisfait. Je suis sûr qu’au retour dans leurs différentes structures respectives, les prestataires auront davantage l’occasion de mettre en pratique leurs nouvelles connaissances. Pour cela, il faut que le matériel du DIUPP soit mis à disposition dans les plus brefs délais.

N’y a-t-il pas des difficultés dans le niveau d’assimilation ?

Au début, nous avons procédé à des tests d’ensemble, ce qui nous a permis, en tant que consultants, d’ajuster chaque fois. Après chaque exposé, nous procédions à des tests d’évaluation, et des explications sont toujours apportées là où il le fallait.

Quelle est la suite ?

Après la formation, d’autres étapes sont prévues. Nous avons déjà terminé le rapport sur la formation et nous avons formulé un certain nombre de recommandations. Nous avons insisté surtout sur la nécessité de donner aux prestataires le temps de pratiquer sur le terrain ce qu’ils ont appris durant la formation. Dans trois mois,  nous allons revenir dans chacune des trois structures pilotes dont les éléments ont suivi le stage. On travaillera avec chacun des stagiaires sur son Plan d’action opérationnel (PAO), l’occasion de voir ce qui a marché, ce qui a un peu marché et ce qui n’a pas marché, et pourquoi, pour consolider ou améliorer. Donc, 1ère phase, discussion du PAO avec chaque stagiaire. Deuxième phase, renforcement des compétences sur site.

C’est durant ce suivi qu’on sélectionnera les prestataires qui auront mieux assimiler le DIUPP et qui auront le plus pratiqué, pour devenir les futurs formateurs chargés de disséminer la pratique au niveau des autres prestataires du pays qui n’ont pas eu la chance de suivre la formation de Nouadhibou. Une fois de plus, l’arrivée dans les plus brefs délais du matériel est impérative. L’arrivée tardive du matériel empêchera les stagiaires de pratiquer tout de suite et ils risquent d’oublier ce qu’ils ont appris. Il serait aussi bien, en attendant la formation des formateurs, que les prestataires ayant bénéficié de la formation puissent partager leurs connaissances avec leurs autres collègues et qu’ils les impliquent pour créer un climat de confiance et de synergie.

 

 ENCADRE 4

Pr.Bal AÏssata, gynécologue obstétricienne, professeur à la Faculté de médecine de Nouakchott

Pr.Bal Aïssata, gynécologue obstétricienne, consultante

«Il faut beaucoup investir dans la sensibilisation et la communication»

Comment expliquez-vous le retard enregistré par la Mauritanie en matière de PF ?

En réalité, nous avons besoin de travailler davantage. Les ressources financières existent à travers les partenaires et l’Etat mauritanien qui a mobilisé les moyens qu’il faut en fonction de la demande au profit des prestataires.  Nous avons besoin d’augmenter notre rendement en matière de ressources humaines en quantité et en qualité. Les programmes ont besoin de travailler davantage et d’être également appuyés. C’est pourquoi d’ailleurs j’ai été sollicitée par l’UNFPA pour encadrer cette formation, tout comme on a eu aussi à  faire recours à  une expertise extérieure.

Quelle action peut-on entreprendre, selon vous, pour surmonter les barrières qui entravent l’utilisation de la PF ?

Il reste beaucoup à faire en matière de changement de comportement, alors même que nos actions sont limitées par l’absence de communication. En effet, la communication doit être beaucoup améliorée, une communication basée surtout sur la bonne connaissance de la PF et capable de véhiculer la bonne information et les vrais messages, tout en associant les élus et les imams. Beaucoup de fausses informations circulent en effet dans le domaine de la PF et ce qui est paradoxal, certains prestataires participent à cette vague de désinformation. Ils véhiculent chez les femmes l’idée que le DIU (dispositif intra-utérin) joue un rôle dans l’avortement, ce qui est totalement faux. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que la conception ne se limite pas seulement à la fécondation, qu’il y a aussi la nidification. Or, le DIU n’empêche aucune de ces étapes.
Si les populations étaient mieux informées sur les avantages de cette méthode de contraception, qu’est le DIU, beaucoup y auront recours, d’autant qu’il est abordable sur le plan du coût, qu’il n’est pas contraignant et qu’il est de plus en plus utilisé par les femmes à travers le monde. Si on explique surtout aux femmes qui ont  plusieurs enfants et qui courent une grossesse à risque, que le DIU leur offre une contraception sûre qui les met à l’abri de tout danger, elles n’hésiteront pas. La première barrière à surmonter, ce sont d’abord les prestataires. Il faudrait que les élus et les imams soient à leur tour mieux informés sur les avantages de la PF dans notre contexte culturel et religieux.

ENCADRE 5

Dr Mohamed Ould Mouchtaba, gynécologue obstétricien

Dr.Mouchataba Mohamed, gynécologue obstétricien

«Nous avions entendu parler du DIUPP, mais c’est la technique que nous ne connaissions pas»

Que vous a apporté cette formation en DIUPP ?

Cette formation sur le DIUPP ne m’a pas apporté beaucoup de choses sur le plan théorique. C’est sur le plan pratique, la technique de la pose du DIUPP, où j’ai beaucoup appris.

Selon vous, quels sont les obstacles qui freinent encore la pratique de la PF en Mauritanie ?

Les obstacles sont nombreux et complexes, qu’ils soient sociaux, traditionnels ou religieux, mais ils se situent surtout au sein des prestataires et du personnel médical dont certains n’ont pas encore appréhendé l’utilité de l’espacement des naissances, donc de la planification familiale. L’offre existe, les services sont disponibles et l’engagement de l’Etat est fort, mais ça bloque quelque part et la PF ne parvient pas à prendre dans le corps social comme il faut. Bref, les résultats dans le domaine sont bien en-deçà des efforts jusque-là consentis en termes de formation du personnel, de disponibilité et de gratuité des produits contraceptifs. Je crois qu’il faut davantage de sensibilisation et de communication, d’explications pédagogiques. Tout le monde doit s’investir dans ce combat, société civile et médias surtout, et ne pas tout attendre de l’Etat dont les efforts doivent être appuyés et valorisés. Il y a encore beaucoup de choses à faire dans le domaine de la PF. Il y a également parfois des ruptures de stocks en produits contraceptifs, surtout dans les structures de l’intérieur du pays.

ENCADRE 6

Haby Lopez, sage-femme à la Maternité de Sebkha

Haby Lopez, sage-femme, maternité de Sebkha

«J’ai posé un DIUPP ! Succès garanti à Sebkha, c’est sûr !»

Vous êtes passées en phase clinique pour la pose du DIUPP, comment ça s’est passé ?

Tout s’est bien passé. J’ai posé un DIUPP ce matin (mardi 27 décembre 2016 : Ndlr) à la PMI du 5ème Robinet. Une femme de 40 ans, déjà mère de six enfants, deux avortements. Il a fallu demander à son mari, qui a donné son accord. Tout c’est bien passé. Elle en a au moins pour deux ans sans risque d’attraper une nouvelle grossesse. Ce qui lui permettra de reprendre des forces et de s’occuper de son bébé.

C’est vous qui avait fait son counseling ?

Non, mes collègues. Moi, je n’ai fait que poser le DIUPP. Mais c’est sûr, sans ce counseling, nous n’aurions pas eu un tel résultat.

Vous êtes sûres que tout s’est bien passé ?

J’étais un peu stressé au début, mais j’ai pris confiance par la suite.

Quelle évaluation faites-vous de la formation que vous venez de suivre ?

La formation était compréhensible, mais trop longue à mon goût. Mais cela a été utile. Je suis sûre qu’à la Maternité de Sebkha, ce ne sont pas les clientes qui vont manquer.


Crise politique en Gambie : La diplomatie mauritanienne encore indécise

Le président Mohamed Abdel Aziz avait dépêché son ministre Secrétaire général de la Présidence de la République, Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, auprès du Président gambien, Yaya Djamé, au lendemain de sa défaite aux présidentielles du 1er décembre dernier et son refus de quitter le pouvoir. Depuis, « blackout » officiel sur la position diplomatique de la Mauritanie par rapport à la crise gambienne.

Beaucoup  de zones d’ombre subsistent encore sur la position du gouvernement mauritanien par rapport à la crise politique qui sévit en Gambie, après le refus du président Yaya Djamé de quitter le pouvoir, alors qu’il avait félicité son tombeur après sa défaite à la présidentielle du 1er décembre 2016. Il faut rappeler que Nouakchott avait présenté ses félicitations au nouveau président élu, Adama Barrow, après la proclamation des résultats et les félicitations publiques que lui avaient présentées Yaya Djamé, au milieu de la stupeur mondiale.

Revirement du président sortant
Le revirement du président sortant fut ainsi condamné par tous les pays, sauf la Mauritanie. Interpelé sur la question au cours du point de presse hebdomadaire en marge du conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement Mohamed Lemine Ould Cheikh, avait déclaré que «la Mauritanie est en train d’évaluer la situation en Gambie», soutenant qu’une position officielle sera prise.
Au lendemain de cette déclaration, le ministre Secrétaire général de la Présidence de la République, Dr.Moulaye Mohamed Laghdaf s’envolait vers Banjul porteur d’un message particulier du président Mohamed Abdel Aziz à Yaya Djamé. Cette visite en solo avait d’autant plus étonné les observateurs, qu’elle intervenait un jour après la visite d’une délégation de la CEDEAO venu convaincre Yaya Djamé de reconnaître sa défaite et de transmettre le pouvoir à son successeur.

Un communiqué empressé de la Présidence gambienne sur cette visite qui « vise à renforcer les liens bilatéraux et cordiaux entre la République Islamique de Gambie et la République Islamique de Mauritanie» viendra ainsi mettre de l’eau au moulin de ceux qui soutenaient que «Mohamed Abdel Aziz, le président mauritanien, s’invite dans la crise gambienne et veut, peut-être, se poser en soutien de Yaya Djamé». Pendant qu’en Mauritanie, la presse locale interpellera la visite de Moulaye Mohamed Laghdaf, comme une tentative de médiation mauritanienne après l’échec de la CEDEAO, la presse sénégalaise titre dans ses UNE «Nouakchott ignore Barrow et adoube Djamé ».

Position incertaine face à la crise gambienne 
Jusque-là, le gouvernement mauritanien n’a pas encore déclaré officiellement sa position par rapport à la crise gambienne, ni lequel de Djamé ou de Barrow reconnait-elle. Certaines sources ont évoqué le refus de Nouakchott d’accorder au président Yaya Djamé l’exil sur son sol, mais cette information n’a été ni confirmée ni infirmée de source officielle mauritanienne.
Certains ont interprété la position mitigée de Nouakchott par rapport au dossier gambien par l’existence d’un tissu d’intérêts de l’Etat mauritanien en Gambie, mais surtout par la présence d’une forte colonie mauritanienne sur son sol.
Aujourd’hui, avec les menaces d’une intervention militaire de la CEDEAO en Gambie, la diplomatie mauritanienne reste encore indécise.


Réparation des fistules obstétricales : une pathologie grave et taboue en Mauritanie

Une mission chirurgicale spécialisée dans la réparation des fistules obstétricales vient de séjourner en Mauritanie pendant huit jours.Une vingtaine de femmes en provenance de plusieurs localités du pays ont été opérées, d’une pathologie très handicapante,  à l’hôpital Mère et Enfant de Nouakchott ainsi qu’au centre hospitalier de Kiffa.

Réparation de fistule en cours à l’hôpital Mère et Enfant de Nouakchott

 

Arrivés mercredi 15 décembre dernier à Kiffa, capitale de la Wilaya de l’Assaba, les médecins-chirurgiens Claude Dumurgier et Ludovic Falandry, tous deux membres de l’association française «Équilibre et Population» et officiers retraités de la santé militaire, ont procédé à la réparation chirurgicale de quelques patientes.

Elles sont encore quelques 2.000 femmes au Sahel et en Afrique Australe à souffrir de la fistule obstétricale. Il s’agit d’une pathologie qui se manifeste par une communication anormale entre la vessie et le vagin, parfois entre ce dernier et le rectum. Il est dû à un accouchement laborieux qui se prolonge ou une opération chirurgicale mal menée. Les victimes sont souvent de jeunes filles au bassin immature pour une grossesse et sans accès aux soins obstétricaux d’urgence. Elles vivent souvent cachées dans des zones éloignées des centres urbains, dans des milieux pauvres et analphabètes. Elles ne peuvent plus retenir leurs urines ni leurs matières fécales, ce qui entraîne leur abandon par leur conjoint et la communauté.

Former des médecins mauritaniens à l’opération 

«Cette mission à Kiffa entre dans le cadre de la prise en charge de malades, mais aussi de la mise en place d’un partenariat pérenne avec le «Women Alliance Health Association (WAHA) dirigée par le Dr. Sinan, un français d’origine libanaise», a déclaré le Professeur Amar Ould Mohamed Lemine, chirurgien et responsable de la Santé de la Reproduction (SR) à l’UNFPA.

Selon le Pr.Amar, le plateau technique du nouveau Centre hospitalier de Kiffa, inauguré il y a juste quatre mois par le Premier ministre, pourrait être amélioré avec l’appui de l’association WAHA à travers un projet de prise en charge de la fistule obstétricale.

Il a précisé que la présente mission, la douzième du genre depuis 2005, entre dans le cadre du partenariat traditionnel entre le Ministère mauritanien de la Santé, à travers le Programme National de la Santé de la Reproduction (PNSR), le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) et l’association française «Equilibre et Population». Cette coopération tripartite a permis, selon le Pr.Amar, de former plusieurs chirurgiens mauritaniens à cette technique complexe qu’est la réparation des fistules.

«Aujourd’hui, a-t-il souligné, chaque région dispose d’une équipe de chirurgiens nationaux de la fistule simple, mais les cas les plus graves ou désespérés requièrent encore des mains plus expertes, celles des coopérants étrangers».

Un jour avant leur arrivée à Kiffa, les chirurgiens français, dont le célèbre magazine français «Paris-Match» vient de consacrer un article intitulé «Les femmes pestiférées d’Afrique», avaient déjà opéré quatre femmes à l’Hôpital «Mère et Enfant» de Nouakchott, où ils ont poursuivi les opérations dès leur retour le samedi 17 décembre dernier. En tout, plus d’une vingtaine de femmes souffrant de fistules obstétricales en provenance de Nouadhibou, ainsi que des alentours de Boghé, Kaédi et Barkewol, sont passées sous leur bistouri.

Des conséquences graves pour les femmes souffrantes 

Des histoires de vies brisées pendant des années pour certaines, plus d’une ou deux décennies pour d’autres. L’isolement, la honte, le désespoir. Aujourd’hui, l’espoir d’une guérison. Que cela soit à Kiffa avec Toumana Mint Heymani de Kankossa ou Tanje Mint Abdemou de Barkewol, ou à Nouakchott avec les Aïssata Alpha, les Zahara ou les Messouda, l’espérance d’un bien-être social retrouvé prenait le dessus sur l’angoisse d’une opération chirurgicale douloureuse.

En 2003, l’UNFPA et d’autres partenaires avaient lancé une campagne mondiale intitulée «End Fistula» pour l’éradication de la fistule obstétricale. En Mauritanie, la première mission de réparation chirurgicale date de 2005 avec l’ONG française «Equilibre et Population». Depuis, plusieurs dizaines de malades pratiquement condamnées ont été guéries.

«Nous sommes des mortes qui marchons. Nous aurions préféré être mortes» disait l’une d’elles. La fistule était en effet il y a quelques années, la maladie du désespoir. Les malades avaient pratiquement pour devise «Guérir ou mourir», d’où les nombreux cas de suicide enregistrés il y a encore quelques décennies, avant l’apparition de la chirurgie réparatrice, chez les fistuleuses. Pour le Pr.Amar, «nous restaurons les femmes et nous leur redonnons leur dignité».

Interview Dr.Aïssata Bâ, Directrice Hôpital «Mère et Enfant» de Nouakchott

«La fistule obstétricale est devenue partie intégrale de nos activités» Tout juste sortie du bloc opératoire où elle assistait à une réparation de fistule par les médecins français, MM.Claude Dumurgier et Ludovic Falandry, Dr.Aïssata Bâ, Directrice de l’Hôpital «Mère et Enfant» de Nouakchott nous a livrés ses impressions.

Dr Aïssata Bâ, en blouse blanche

 

Comment s’effectue le repérage des malades de la fistule et leur prise en charge ?

Le rapprochement avec les malades est devenu plus facile contrairement au passé. La fistule est désormais intégrée dans les activités normales de l’hôpital. Grâce aux campagnes, la fistule n’est plus cette malédiction, ni cette honte qui confinait les familles à cacher leurs malades, l’espoir de guérison ayant supplée le fatalisme d’antan. Aujourd’hui, nous avons d’éminents spécialistes de la réparation chirurgicale, tels le Dr.Diagana et le Dr.Mélaïnine, mais aussi de bons taux de guérison, de l’ordre de 70%. Cette présente mission a relevé l’existence encore de beaucoup de fistule et peu d’incontinence.

Quel rôle l’UNFPA joue-t-il dans vos efforts pour l’éradication de la fistule ?

L’UNFPA est notre premier partenaire, celui qui nous a accordés notre premier financement dans la prise en charge entière des malades (équipements, opérations, alimentation, billet retour des malades, programme AGR). Nous souhaitons que l’UNFPA continue ses appuis, car le besoin est réel en matière de fistule obstétricale, une maladie provoquée par un accouchement difficile mais aussi parfois par une intervention médicale. On les traite de la même façon par une prise en charge totale et gratuite. Nous sensibilisons également les centres de santé dans le diagnostic et le référencement.

Interview du Pr.Ludovic Falandry : «Il y a autant de fistules qu’il en existait»

Le Pr.Ludovic Falandry, président de l’Association française «Equilibre et Population»

Dr.Ludovic Fallandry à l’extrême droite en compagnie du Dr.Dumiergier (à gauche), un médecin chinois de l’hopital de Kiffa et Dr.El Vak directeur de l’hôpital

 

Parlez-nous un peu Professeur de cette mission chirurgicale contre la fistule à Kiffa…

Dans son format global, cette mission de huit jours est le fruit d’un partenariat entre le PNSR que dirige Dr.Mahfoufh Ould Boye, l’UNFPA avec le Pr.Amar et «Equilibre et Population». Il s’agit d’une mission exploratoire qui devra déboucher sur un partenariat plus productif et plus élargi.

En dehors de Kiffa, des opérations sont-elles prévues ailleurs, à Nouakchott, par exemple ?

Oui, bien sûr. Nous avons identifié une vingtaine de cas, dont 4 ont déjà été opérées avant notre arrivée à Kiffa, et d’autres sont également programmées à Nouakchott, dès notre retour.

Peut-on avoir une idée sur l’évolution de la fistule en Mauritanie depuis votre première visite en 2005 ? Y a-t-il plus ou moins de patientes ?

Il y a autant de fistuleuses qu’avant. Il faut comprendre qu’il s’agit d’une affection que les populations continuent de cacher comme une honte. Tant que les réparations chirurgicales ne feront pas l’objet de programmation régulière et continue, les cas vont s’accumuler. Si le nombre de malades a sensiblement diminué grâce aux efforts du PNSR, il y a encore toutes celles qui n’ont pas encore été repérées et opérées, et ça s’accumule, s’accumule, faute d’une prise en charge ordonnée et régulière. Il faut une réelle prise de conscience et davantage d’efforts pour la prise en charge médicale.

On sait qu’il existe aujourd’hui une certaine expertise nationale en matière de réparation des fistules, mais les ONG spécialisées se plaignent encore de l’absence de cette prise en charge programmée ?

(Le Dr.Mahfoudh Ould Boye pend la parole). L’Hôpital «Mère et Enfant » est actuellement un centre de référence en matière de prise en charge de la fistule obstétricale. Elle l’a intégrée dans ses activités. Elle compte actuellement de bons chirurgiens de la réparation obstétricale, comme le Dr.Diagana et le Dr.Hemeine.Mais il y a toujours des cas compliqués qui nécessitent l’expertise internationale, en particulier celle de l’association «Equilibre et Population». Certes, sur le plan local, la prise en charge ne pose plus de problème, car elle est aujourd’hui assurée dans tous les hôpitaux régionaux. Le problème continue de se poser au niveau du recrutement des malades et de la prise en charge sociale qui incombe à la société civile. Or, nous ne disposons pratiquement pas d’ONG spécialisées dans le domaine.

 

Mme Seydi Camara, Présidente de l’ONG AFVD

«La prise en charge médicale pose problème»

Mme Seydi Camara, présidente AFVD

 

Partenaire privilégiée de l’UNFPA dans l’éradication de la fistule obstétricale, l’Association des Femmes Volontaires du Développement (AFVD) que dirige Mme Seydi Camara, se plaint de l’irrégularité des missions chirurgicales pour la réparation de la fistule obstétricale. «Parfois, on parvient à recruter des fistuleuses, mais faute de programmation, elle se disperse» regrette-t-elle. Depuis sa création en 2006, l’AFVD a recruté 150 fistuleuses dans la région de l’Assaba, des deux Hodhs et du Guidimagha. «Parmi elles, 50 ont été opérées et guéries et 35 d’entre elles ont bénéficié de programme de réinsertion par AGR interposé grâce à l’appui de l’UNFPA, notre principal partenaire » selon Mme Seydi Camara.

L’AFVD, qui regroupe plusieurs volontaires dont des sages-femmes, dispose d’un centre d’accueil et d’hébergement d’une capacité de 20 femmes à Kiffa, où les malades ramenés des hameaux les plus lointains sont regroupés et pris totalement en charge, avant l’arrivée de chaque mission chirurgicale. Elle s’occupe également des soins postopératoires jusqu’au rétablissement complet des patientes, à qui elles fournissent outre le gîte et le couvert, le billet retour pour celles venant de loin. Dès la sortie du bloc opératoire, l’association leur offre aussi à chacune une couverture, un drap, un sceau, des couches, une bouilloire et du savon.

Centre hospitalier de Kiffa : «Un joyau à préserver»

Ce qui était au départ qu’une simple extension de l’hôpital régional de Kiffa, a fini par devenir un véritable centre hospitalier flambant neuf, bâti à l’extrême Est de Kiffa, renvoyant dans les annales de l’histoire, l’ancienne structure aujourd’hui presqu’à l’abandon. Son directeur, Dr.El Vak Ahmed Barka, nous en parle dans cet entretien. Plusieurs fois Directeur régional, directeur d’hôpital, médecin-chef, le Dr.El Vak est pour certains observateurs, l’un des meilleurs gestionnaires hospitaliers du pays. Au crépuscule de sa carrière, il fait partie de ses soldats de l’ombre, proche des populations et loin des rampes.

Dr El Vak, directeur du Centre hospitalier de Kiffa

 

Comment est née le nouveau centre hospitalier de Kiffa ?
Le Centre hospitalier de Kiffa a été inauguré le 5 août 2016 par le Premier ministre, M.Yahya Ould Hademine. Au départ, l’idée était juste de procéder à une simple extension de l’ancien hôpital régional. C’est pourquoi je crois qu’il ne faut jamais désespérer et les bons dossiers finissent toujours par réussir. Il faut dire que la naissance de cet hôpital relève d’une réelle volonté politique, notamment celle du président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz. Il avait souscrit à l’idée de doter Kiffa, d’une véritable structure interrégionale capable de désengorger les hôpitaux de Nouakchott en retenant tous les patients en provenance de l’Est de la Mauritanie. Il a été construit en deux années avec l’appui de la coopération chinoise ;
Cet hôpital dispose pratiquement de tous les services, 13 spécialités médicales pour le moment, gynécologie, urologie, chirurgie générale, traumatologie, cardiologie, pédiatrie, entre autres. Seuls nous manquent quatre ou cinq spécialités, dont la neurologie et la psychiatrie.

Comment fonctionne le service des urgences ?

Le service des urgences fonctionne 24 heures sur 24. Il dispose d’un bloc opératoire d’urgence, d’un laboratoire, d’un service de pharmacie, de la radiologie, et de tous les services d’urgence requis.

Pas d’insuffisance au niveau de la ressource humaine ?

Il ne nous manque que des techniciens supérieurs en radiologie et laboratoire notamment. Mais sur le plan médical, on ne souffre d’aucune insuffisance. Nous avons assez de médecins, de sages-femmes, d’infirmiers et de spécialistes pour couvrir tous les besoins d’un centre hospitalier classique.

N’y a-t-il pas de problème d’ambulance ?

Les ambulances, nous n’en avons réellement plus besoin, car le taux d’évacuation vers Nouakchott a beaucoup diminué. Les malades en provenance des Hodhs sont désormais orientés vers le centre hospitalier de Kiffa, notamment ceux en provenance des villes comme Tintane, Tamchakett, Koubenni, etc. Il y a surtout le service de réanimation qui a beaucoup freiné les évacuations.
Et sur le plan des équipements médicaux ?

Le centre hospitalier de Kiffa dispose de tout le matériel nécessaire pour le fonctionnement d’un véritable complexe médical, à part quelque matériel d’ORL ou quelque matériel de chirurgie.

La maintenance est-elle assurée d’une manière suivie ?

Nous avons lié contrat avec quatre sociétés privées pour l’entretien des locaux, le nettoyage et la propreté de l’hôpital. Pour ce qui est de la maintenance des équipements, ces derniers sont garantis encore pendant une année par la partie chinoise.

Comment l’hôpital assure-t-il son financement ?

Le Centre hospitalier est financé à 60% par le budget de l’Etat et à 40% par les recettes propres. L’Etat prend en charge le salaire des fonctionnaires, alors que des contrats ont été passés entre le Ministère de la Santé et quelques médecins étrangers, en l’occurrence cinq médecins syriens. Les huit médecins chinois qui travaillent au sein de l’hôpital sont quant à eux payés par leur Etat. L’hôpital ne paye directement que le personnel subalterne (planton, secrétaires, etc). ou deux techniciens.

Quel est l’impact de l’hôpital de Kiffa sur les populations ?

L’impact du nouveau centre hospitalier de Kiffa est qu’il a beaucoup aidé dans la rétention des malades des régions orientales qui étaient systématiquement évacués vers Nouakchott. Il a aussi beaucoup contribué à la baisse de la mortalité hospitalière, car beaucoup de patients mouraient en cours de route avant d’arriver à Nouakchott à cause du long trajet à parcourir. Il a ainsi beaucoup participé à l’amélioration des taux de guérison. Auparavant, la durée moyenne des hospitalisations était de 4 jours, aujourd’hui il est de 2,5 jours. Ce qui est une grande performance, car cet indicateur montre que les malades guérissent beaucoup plus vite.

Et sur le plan de la mortalité maternelle ?

Très faible, presque rare. Les femmes ne meurent pratiquement plus en milieu hospitalier mais en dehors des structures de santé, pendant leur transport, par exemple ou leur accouchement à domicile. La réanimation a beaucoup contribué à lutter contre la mortalité maternelle qui était causée en grande partie par les crises d’éclampsie. Certes, nous continuons à connaître des insuffisances en matière de banque de sang, mais nous ne manquons jamais de sang lors des opérations, soit en faisant recours aux proches des malades ou très souvent, grâce aux élèves de l’école militaire que je tiens particulièrement ici à remercier pour leur apport indéfectible en matière de don de sang.

Cheikh Aidara