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La révision constitutionnelle et la responsabilité de l’élite au pouvoir

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Le dialogue politique qui bat son plein depuis le 29 septembre 2016 au Palais des Congrès de Nouakchott semble buter sur la question fondamentale de la révision constitutionnelle qui pourrait déboucher sur un texte taillé sur mesure. Une perspective qui classerait la Mauritanie dans la tendance négative des pays africains amateurs de renouvellement ou de l’allongement du mandat présidentiel arrivé à terme au bout de deux mandats successifs. Une porte ouverte à toutes les dérives comme c’est le cas dans plusieurs Etats africains, Burundi, RD Congo, Congo Brazzaville, etc. L’élite mauritanienne serait-elle à la croisée des chemins ?

Prévu pour dix jours, le dialogue politique qui se poursuit depuis le 29 septembre dernier au Palais des Congrès de Nouakchott semble n’avoir pas de date limite, tant qu’un minimum de consensus ne se dégagerait pas des débats houleux qui secouent les quatre ateliers mis en place, autour du renforcement de l’Etat de droit et de la justice sociale, la problématique politique et électorale, les réformes constitutionnelles et enfin, la gouvernance économique et financière.

La discorde constitutionnelle
C’est surtout le projet de révision constitutionnelle dans ses aspects relatifs au mandat présidentiel, à l’hymne et au drapeau national, à la suppression du Sénat et surtout, au 3ème mandat pour le président Aziz qui fait chauffer les esprits. Nonobstant, la sortie du président du parti El Wiam, Boïdiel Ould Houmeid, qui a rapporté, après sa dernière entrevue avec le président Mohamed Abdel Aziz, l’intention de ce dernier à ne pas briguer un mandat supplémentaire, les déclarations de son camp, y compris celui du ministre porte-parole du gouvernement, continuent de semer des doutes. Déjà, lors d’une première sortie, il avait déclaré publiquement et d’une manière officielle que la question du mandat présidentiel est bien un point à l’ordre du jour du dialogue politique, alors qu’il n’était pas programmé dans la feuille de route établie par les acteurs, y compris, les partis de la majorité. Vive protestation sanctionnée par des communiqués de presse de la part de l’opposition, aussi bien la boycottiste que la dialoguiste. Pour le parti El Wiam, le porte-parole du gouvernement «y est allé tellement fort qu’il est tombé sous le coup du code pénal mauritanien qui dispose en ses articles 111 et 112 que tout fonctionnaire public qui aura ordonné ou fait un acte attentatoire à la liberté individuelle des citoyen ou à la constitution sera condamné à la dégradation civique, et si c’est un ministre, il sera puni des travaux forcés à temps ». Le président Boïdiel serait même allé porter ses ressentiments à Mohamed Abdel Aziz. Qu’à cela ne tienne. Non seulement, le ministre porte-parole ne retire pas ses propos ni ne s’excuse, mais enfonce le clou, en y allant encore plus fort. En effet, une semaine après la levée de boucliers suscitée par sa première sortie, il déclare lors de la traditionnelle conférence de presse d’après conseil des ministres qu’il «n’existe pas d’articles qui soient en mesure d’immuniser la constitution contre le peuple », que «la volonté du peuple est au-dessus de toutes les lois fondamentales », que «l’alternance pacifique au pouvoir demeure les urnes, les élections transparences, la CENI et le conseil constitutionnel transparents ». Cette fois, le parti Alliance Populaire Progressiste (APP) de Messaoud Ould Boumlkheïr, l’un des plus grands opposants dialoguistes, claque la porte et suspend temporairement sa participation au dialogue tant que le ministre n’aurait pas publiquement présenté ses excuses. Certaines mauvaises langues voient dans ce retrait de l’APP au dernier moment, une subtile tactique pour obtenir des concessions, comme un gouvernement élargi, la révision de l’âge pour la candidature à la magistrature suprême  (fixé à 75 ans par la présente Constitution qui le disqualifie), tout en maintenant les autres constantes du texte fondamental. Ainsi, l’APP craindrait aussi bien la réussite que l’échec du dialogue. Dans le premier cas, il ne serait qu’un numéro parmi une vingtaine de partis politiques participationnistes qui réclameraient certainement des élections législatives anticipées qui pourraient bien révéler le recul populaire de l’APP comme en 2013. Dans le deuxième cas, la position de Messaoud face au pouvoir sera affaiblie par rapport à un FNDU qui n’attend que cette opportunité pour lui lancer à lui et à l’opposition dialoguiste «nous avions raison lorsque nous vous avions dis que le régime n’est pas un partenaire sérieux pour le dialogue ». Une crainte ressentie tout aussi bien par le pouvoir en place, d’où la délégation que le parti-état, l’UPR, aurait dépêché auprès du leader de l’APP pour lui faire changer d’avis, mais surtout cette rescousse lancée à des acteurs jugés jusque-là comme non fréquentables, comme les Flams et Touche pas à ma nationalité, et la reconnaissance précipitée de deux nouveaux partis politiques, taxés d’extrémistes et d’antipatriotiques.

Dans la trame des régimes africains
Citée comme un exemple de démocratie durant la période 2005-2007, avec une Constitution qui institutionnalisait pour la première fois la limitation du mandat présidentiel, la Mauritanie est en train de replonger dans le Jurassic Park des sociétés politiques anachroniques, avec un retour au régime présidentiel à vie. D’ailleurs, plusieurs analystes trouvent non opportunes la révision de la Constitution, la dernière ne datant que de dix ans et la dernière modification seulement de quatre ans. En effet, le pays ne sort pas d’un trauma constitutionnel comme en 2005 et ne connaît pas un lendemain d’après guerre civile comme en Côte d’Ivoire. D’ailleurs, plusieurs observateurs voient dans l’exemple de la Constitution ivoirienne de 2000, notamment en son article 35 sur l’Ivoiriété, le danger inhérent aux Constitutions taillées sur mesure au profit ou au dépend d’un individu. En Côte d’Ivoire, cela avait débouché sur une guerre civile qui a duré plus d’une décennie avec les conséquences dramatiques que tout le monde connaît. Aussi, est-il regrettable d’entendre certains politiques affirmer qu’en 2005, les Mauritaniens sortaient d’un traumatisme né d’un régime dictatorial qui a duré plus de vingt ans et que maintenant cet état d’esprit étant dépassé, revenons à l’ouverture des mandats, comme s’il souhaite transmettre aux générations futures, dans vingt ou trente ans, le trauma qui résulterait du régime dont il appelle aujourd’hui à sa pérennisation. Comme ailleurs en Afrique, la révision constitutionnelle dont certains s’érigent en chantre aura nécessairement un caractère conjoncturel dont le seul objectif est l’accroissement des pouvoirs des dirigeants et ajouter à l’inflation révisionniste qui souffle sur le continent africain, depuis 2015. Ainsi, l’élite mauritanienne qui s’inscrit dans cette tendance, utilise la Constitution comme un instrument au service de la conservation du pouvoir et non comme un instrument de limitation du pouvoir politique. Tout le monde sait que pérenniser l’actuel pouvoir, c’est consolider la mainmise de l’armée sur les affaires de l’Etat car personne n’est dupe, le régime qui avait pris le pouvoir en 1978 est le même qui se perpétue aujourd’hui. La bataille présidentielle de 2019 constitue ainsi un tournant décisif dans l’histoire de la Mauritanie et pourrait consacrer le retour définitif à un régime civil. D’où le rôle important de l’élite intellectuelle du pays, tous bords confondus, dans la construction d’une Mauritanie nouvelle qui pourra reprendre l’intermède abrégée de 2007-2008, lorsqu’aux termes de la première élection transparente et démocratique dans l’histoire du pays, les Mauritaniens portèrent pour la toute première fois un président civil à la tête de l’Etat.

 

ENCADRE 1 : Les «Initiatives pour le 3ème mandat » bientôt florès !

Les partisans du 3ème mandat se sont fait entendre avec fracas lors des débats en cours au Palais des Congrès de Nouakchott pendant ces deux semaines de dialogue dont l’issue reste encore incertaine. Certaines sources de presse parlent déjà de vastes campagnes en gestation et d’instructions données pour le lancement des «Initiatives populaires en faveur du 3ème mandat » qui fuseront de toutes les régions, départements, localités, hameaux, tribus, clans, ethnies, du pays.
Ces campagnes seraient soutenues par des proches du Président de la République, des membres du gouvernement, des généraux de l’armée et par un grand nombre de chefs de tribus et de religieux. Le Top d’une telle campagne serait déjà donné par le département de Moudjéria au Tagant. Telle une épidémie, elle pourrait s’étendre dans les journées à venir dans les quatre coins du pays.
L’objectif est de faire pression sur le président Mohamed Abdel Aziz pour le mettre devant le fait accompli, celui d’une «demande populaire » destinée à le maintenir au pouvoir. D’ailleurs, dans les propositions faites par l’UPR dans le cadre d’une révision constitutionnelle, il lui est attribué la prérogative de convoquer quand il le désire un référendum constitutionnel. Ajouté à cela, le terrain lui est déjà balisé par d’éminents constitutionnalistes,  à l’image de l’éminent professeur Vadili Ould Raïss (un des rédacteurs de la présente constitution) qui trouve anticonstitutionnel, le serment par lequel le président Mohamed Abdel Aziz a juré qu’il n’aidera ni directement ni indirectement à tout changement de la Constitution. D’autres juristes se seraient aussi lancé dans des interprétations sur la fragilité des verrous, que certains d’entre aux avaient pourtant aidé à mettre en place, pour rendre possible l’alternance pacifique au pouvoir.

ENCADRE 2 : APP claque la porte du dialogue

« Nous demandons des clarifications de la part du Gouvernement par rapport aux propos réitérés par le porte-parole du Gouvernement sur la question des mandats », a expliqué à Cridem Ethman Bidiel, membre de l’Alliance Populaire Progressiste (APP).
M. Bidiel soupçonne également, UPR (Union pour la République, parti au pouvoir), de brouiller le dialogue notamment en ce qui concerne la question de la limitation des mandats.
« Il y’a un document de l’UPR qui est en train de circuler qui n’a pas été soumis à la commission préparatoire du dialogue national inclusif. Un document dont personne n’avait jusqu’ici pris connaissance. Ce document parle du changement de mandat. Or, nous nous sommes entendus sur une feuille de route. C’est par rapport à tout ça, que nous avons décidé de nous retirer des ateliers du dialogue », a ajouté Ethmane Bidiel.
L’APP avertit le gouvernement qu’elle claquerait la porte si le Gouvernement ne prenait pas sa responsabilité. « On est aujourd’hui à la première étape. La deuxième étape, ce sera le retrait total et définitif du dialogue », prévient Ould Bidiel.

 


Monsieur le Président Mohamed Abdel Aziz : «il y a une vie après la présidence !»

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Je n’ai pas assisté au dialogue politique. L’une des raisons est que je n’étais pas présent à Nouakchott lors de son démarrage. L’autre raison est que, même si j’étais à Nouakchott, je n’y aurais pas posé le pied, même pour des raisons professionnelles. En tant que journaliste, j’aurais dû y assister, ne serait-ce que pour exercer mon métier, celui que je pratique depuis une vingtaine d’années, en donnant un éclairage à l’opinion sur les tenants et aboutissants de ce dialogue, sur ses coulisses, sur ses empoignades, sur ses hommes… Seulement, mes convictions personnelles ont été les plus fortes.

Car ce dialogue, je ne le sentais pas. Ou plutôt, j’y sentais des choses pas trop catholiques. Puis, je me suis dit, que ce n’est pas un dialogue, mais un monologue, car pour faire un dialogue, c’est comme l’électricité, il faut un PLUS et un MOINS, le pouvoir et ceux qui le contrent, pas ceux qui le caressent dans le sens du poil, l’accueillent à bras ouvert dans ses tournées carnavalesques, le rencontrent en catimini au milieu de la souffrance du peuple, ou ceux qui cherchent leur part du gâteau ou une garantie de reconnaissance factuelle.

Puis au milieu du grand doute, je me suis demandé pourquoi un dialogue à tout prix, de la part d’un régime qui achève définitivement son mandat dans trois ans ? Et pourquoi, en faisant des pieds et des mains, pour écarter les «empêcheurs de tourner en rond » ? Et la réponse commence à filtrer. Ce dialogue aurait pour finalité une reconduction ad vitam aeternam  du président actuel, Mohamed Abdel Aziz. Certains chercheraient même à en faire non plus un Président d’une République démocratique, mais un monarque qui régnerait à vie, puis céderait le trône à sa descendance. Le comble de l’avilissement pour un pays qui, pendant un laps de temps, 2005-2007, avait fait rêver le monde et l’Afrique, faisant même des jaloux chez les Arabes.
Et j’entends de vieux routiers de la compromission politique ânonner que Mohamed Abdel Aziz n’a même pas encore entamé un seul mandat, parce que certains perturbateurs ne l’ont pas laissé «travailler ». D’autres soutiennent qu’après Mohamed Abdel Aziz, il n’y aura plus tout simplement de Mauritanie, car il serait le seul à pouvoir diriger le pays. Et si cette assertion, comble de l’hypocrisie provient d’érudits, l’affaire devient plus inquiétante. C’est comme s’il est devenu plus indispensable que le Prophète Mohamed (PSL) qui a pourtant quitté le monde, alors que l’Islam en était à ses premiers balbutiements. Selon cette logique de l’homme indispensable, l’Islam n’aurait jamais pu devenir la troisième religion du monde, si des hommes comme Abu Bakr, Omar Ibn Khattab, et les autres, n’avaient pas repris le flambeau et hissé le drapeau de l’Islam sur le toit du monde.
Je dirais au président Mohamed Abdel Aziz qu’il n’est pas indispensable, ni irremplaçable. La Mauritanie compte assez d’hommes valeureux, compétents, intègres et patriotes pour redresser tout ce que son régime a malheureusement foutu en l’air : l’unité nationale, la cohésion sociale, la justice, l’éducation, la santé, les infrastructures de base, la probité et le patriotisme. Après dix ans de pouvoir, auxquels il faut ajouter les années où il tirait les ficelles du pouvoir derrière Sidi Cheikh Abdallahi, il est temps qu’il rende le tablier. Car, il n’est pas condamné à être Président de la République. Il n’y rêvait même pas. Par ailleurs, il y a une vie après la présidence. S’occuper de ses petits enfants, fructifier ses immenses biens tirés d’une si longue gouvernance absolue à la tête de la Mauritanie, profiter de la retraite pour découvrir le monde, chercher s’il peut briguer un mandat international… Bref, faire comme Barack Obama, qui aurait bien voulu rester Président des Etats-Unis, ou comme Mandela, ou, comme tous ces chefs d’Etat qui ont quitté le fauteuil à la fin de leur mandat. La raison est qu’ils ne le peuvent pas tout simplement, par respect pour leur peuple et parce que la Constitution de leur pays le leur interdit.
L’exemple d’un Denis Sassou NGuessou, d’un Ali Bongo ou d’un Kabila, n’est pas la meilleure voie pour instaurer la paix et la stabilité dans les pays, si tant est que Mohamed Abdel Aziz se soucie de la paix et de la stabilité en Mauritanie. Ceux qui le conseillent de rester le font uniquement pour leur propre intérêt, pas celui du pays et de sa population. En cherchant à le maintenir vaille que vaille, ils ferment l’opportunité extraordinaire qu’offre la Constitution mauritanienne dans la transmission pacifique du pouvoir. Ils le poussent vers un autre 3 juin ou un autre 5 août, avec d’énièmes tentatives de putsch et un éventuel bannissement, faisant vivre la Mauritanie dans un éternel recommencement à zéro, une énième mise au banc de la communauté internationale, l’énième défilé des Safaga qui aujourd’hui le hissent aux cieux et demain le clouent au pilori en sortant dans la rue pour le dénigrer et applaudir les nouveaux maîtres du moment. Je crois que les Mauritaniens ne veulent plus vivre ces images et aspirent à une véritable démocratie avec de véritables cadres soucieux de l’avenir de leur pays et de leur population.
Monsieur le Président ! Fuyez ! Prenez le large, pendant qu’il est temps. Ne devenez pas un président honni, chassé et forcé à l’exil, jeté comme une bouteille à la mer, obligé de vivre en paria, comme Blaise Compaoré ou ton ancien protecteur, Maaouiya Sid’Ahmed Taya. Comme vous, il avait succombé aux sirènes mensongers de vos actuels faux supporters !


Le prix de la traîtrise !

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Chaque fois qu’un dissident d’IRA se manifeste, on sent aussitôt, la main généreuse du système derrière. Alors qu’il est pauvre comme job, incapable même de se payer un cure-dent, comme notre cher Faqih d’IRA, connu pendant des années pour son unique Dar’a bleu qu’il trimballait dans toutes les occasions, on lui prend une salle dans un hôtel.

Alors que les partis les plus structurés ne parviennent pas à décrocher une autorisation pour une conférence de presse, cette autorisation lui est délivrée en un clin d’œil. Alors qu’on interdit aux organisations structurées toute manifestation publique, on accorde cette faveur à un dissident. Le Faqih Mohamed Vall Ould Lebchir, tiens on n’a jamais su qu’il avait un père ! Pour cause, on l’a toujours appelé Mohamed Vall, du temps où il distribuait les insultes à l’égard des Bidhanes et de leurs Fouqahas. A-t-il les moyens de se payer une salle, de décrocher facilement une autorisation pour une conférence de presse, de s’offrir une bonne dizaine de chaînes de télévision, de radios, de sites et de journalistes ? Que Nenni.
Par ailleurs, Mohamed Vall, le Faqih d’IRA, n’est-il pas sous la coupe d’une excommunication ? N’était-il il pas, il y a juste quelques jours, sous la visière des sites à la solde des renseignements généraux et des extrémistes, pour sa propagande en faveur du Chiisme ? Ont-ils subitement oublié, ses sorties incendiaires contre le régime de Ould Abdel Aziz et ce qu’il représente ?

En fait, quitter IRA est devenu un commerce lucratif, un visa d’entrée gratuit dans les cercles du pouvoir. Et les RG y travaillent jour et nuit. En contrepartie de promesses alléchantes, rares sont en effet ceux qui savent résister. Il faut dire que le choix est tentant. Qu’offre IRA et qu’offre le pouvoir ? Le premier n’offre qu’un travail volontaire sans contrepartie, avec en prime, les brimades, les emprisonnements, la torture physique, la perte d’un emploi, le chômage ou la fermeture d’une affaire. L’autre t’offre la possibilité d’avoir un marché, d’obtenir le récépissé d’une organisation, d’intégrer la cohorte des Haratines de service pour des voyages à New York, Genève ou Banjul pour soutenir la thèse officielle de l’inexistence de l’esclavage, d’être épargné des désagréments d’une vie de combattant pour la cause esclavagiste, d’être tranquille et de vivre lâchement en sachant que plusieurs de tes semblables vivent encore sous les chaînes de la servitude et que plusieurs de tes camarades de lutte se font tabasser et embastiller.

Quitter IRA est devenu ainsi plus important que toutes les propagandes en faveur de la foi Chiite. Combattre l’Islam sunnite en Mauritanie devient moins dangereux que de militer au sein de l’IRA.

En fait, Mohamed Vall ne fait que suivre la même voie que celle empruntée par la cohorte de dissidents harratines qui ont battu pavillon pour rejoindre les prairies vertes d’un pouvoir qui continue à les mépriser et à mépriser leur communauté. Hier, diable en personne, source de dérision sur les maigres plateaux de télévision privées où il était parfois convié pour crever l’audimat, Mohamed Vall, le Faqih d’IRA, est devenu subitement un héros national. Trahir une cause que l’on défend depuis plusieurs années devient une source de subsistance pour les ambitieux.

Et Mohamed Vall d’entamer une nouvelle carrière et de traire sa nouvelle vache nourricière. Insulter IRA et son combat. Insulter son président et ses cadres. Faire de la critique des anciens compagnons de route, dont certains injustement emprisonnées, une source de subsistance et de promotion. Le prix de la lâcheté !


La décapitation d’IRA ou la danse des esclavagistes !

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Ils se frottent aujourd’hui tous la main…Les Ehel Bouh, les Ehel Abdallah, les Ehel Mohamed Salem, et tant de familles esclavagistes qui en ont toujours voulu à des mouvements, comme SOS Esclaves ou comme IRA, pour les avoir traînés pour la première fois devant les juridictions. Aujourd’hui, ils sont heureux de la revanche sur ces mouvements, servis par un Etat qui a décidé de mettre toute sa machine répressive et judiciaire au service de  l’ordre esclavagiste, assuré dorénavant de toute la plénitude de son pouvoir nocif.
En décidant de décapiter le mouvement IRA, en prenant en otage tout son bureau exécutif, le régime poursuit un scénario d’épuration qui vise à assurer à sa coterie esclavagiste la tranquillité de son ordre tutélaire. Et cela a demandé un véritable conseil de guerre avec pour exécutants, les renseignements généraux et le ministère de la justice qui coiffe une armée de procureurs et des juges mis au pas.
Comme il ne suffisait pas de condamner à de lourdes peines les militants d’IRA, on les éloigne aujourd’hui à plus de 1.000 Km de Nouakchott, loin de leurs familles, de leurs avocats, de leurs juges naturels, mais surtout de toute structure de santé. En plein désert, dans la prison de Bir-Moghreïn, ils purgeront une réclusion forcée, dans ce qui s’apparente à un nouveau mouroir pour opposants politiques. Ce qui augure déjà du verdict attendu à l’Appel. Un recours qui une fois de plus se passera hors de leur juridiction naturelle, c’est-à-dire Nouakchott. L’intention des autorités politiques, dont la justice n’est que la main armée, est désormais claire. Tuer le mouvement IRA et vouer son président à un exil forcé.
Les militants d’IRA vivent ainsi le drame d’un pays qui fait du surplace depuis l’arrivée des militaires au pouvoir en 1978. Un pays qui semble dénué de toute mémoire et qui porte son histoire comme Sisyphe porte son rocher. L’esclavage est un tabou que les régimes successifs en Mauritanie entretiennent comme un patrimoine culturel intangible dont les pourfendeurs sont voués aux fers et aux cachots.
Dans les années 80, ce sont les membres du mouvement El Hor qui ont été traînés devant les tribunaux pour avoir protesté contre la vente d’une esclave à Atar. En 1998, ce sont deux avocats, Me Brahim Ebetty et Me Fatimata MBaye, ainsi que deux défenseurs des droits de l’homme, le Pr.Cheikh Saad Bouh Kamara, président à l’époque de l’AMDH (Association mauritanienne des droits de l’homme) et l’architecte Boubacar Messaoud de SOS Esclaves, qui ont été mis aux bancs des accusés, alors qu’ils luttaient pour la promotion des droits de l’homme et l’éradication de l’esclavage. Ils ont été inculpés pour un documentaire diffusé sur France 3 parlant de l’esclavage en Mauritanie. Le magistrat qui avait jugé l’affaire, Sidi Ali Ould Bijaye, face à son refus d’entendre les deux femmes esclaves objets du reportage, Aïchana Beilil et MBarka, aura l’argument suivant : «pour moi, l’esclavage n’existe pas parce que la loi (1980) le dit. Il est inutile d’en parler. Ce dossier de l’esclavage est clos, il est définitivement réglé. La seule chose qui nous intéresse est de savoir s’il y a eu faux ou non…Vérifier si une femme est ou non, a été ou n’a pas été esclave, n’a aucune utilité. L’esclavage de toutes les façons, n’existe plus depuis son abolition en 1980.  Le problème est réglé une fois pour toutes. Nous, Magistrats, nous avons le devoir de sanctionner tous ceux qui sont déferrés devant nous et accusés d’esclavage. Mais en dehors de cette circonstance, nous, Magistrats, n’avons pas le droit de parler d’esclavage, parce qu’il n’y en a plus, par l’effet de la loi…Il est juridiquement interdit de parler de l’esclavage comme pratique existant » (In Lettre hebdomadaire de la FIDH de février 1998 – Benedicte Chesnelong, avocate et chargée de mission du bureau exécutif de la FIDH sur sa couverture du procès).
Seize  années plus tard, il fallait se rendre à l’évidence. Le système esclavagiste démontre qu’il reste inexpugnable, malgré une batterie de dispositions juridiques et institutionnelles, telle la loi de 2007 criminalisant l’esclavage et l’élévation du fléau comme crime contre l’humanité dans la Constitution. A défaut de mettre les maîtres esclavagistes au pas, ce sont les antiesclavagistes qui feront les frais de la répression judiciaire.