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Diop Amadou Tijane devant la Cour criminelle : «Monsieur le président, aujourd’hui vous êtes devant Dieu et devant l’histoire. Votre conscience est vivement interpellée »

diopamatij

Devant les magistrats de la cour criminelle de Nouakchott où il comparaissait ainsi que douze de ses compagnons entre le 3 et le 18 août 2016, Diop Amadou Tijane a plaidé non coupable et administré un mémorable réquisitoire devant le tribunal. Il fut condamné à 15 ans de prison pour sa présumée participation aux émeutes de la Gazra sise à l’hôpital Bouamatou de Nouakchott qui ont eu lieu le 29 juin 2016.

Après les procès interminables de 2010, 2011, 2012, 2013, 2014 ,2015 et 2016, nous sommes désormais convaincus que tous les militants de l’IRA sont des condamnés en sursis.

Chacun d’entre nous viendra un jour comparaitre devant la barre selon l’accusation qui lui sera concoctée. Cependant, par ma voix de vice président d’IRA, je réaffirme ici et maintenant que ni les tentatives d’intimidations, ni les répressions, ni les détentions encore moins les emprisonnements, ne pourront entraver l’engagement et la détermination de notre organisation à poursuivre ses actions, tant que séviront en Mauritanie le système de domination esclavagiste et le racisme d’Etat.

Aussi longtemps qu’il sera nécessaire, nous maintiendrons nos protestations tant quelles resteront conformes à l’esprit du droit et à l’exigence de la loi. Nous n’allons jamais interrompre cette lutte pacifique, avant de porter un jour à la magistrature suprême, dans le respect des règles et du jeu démocratique, un homme ou une femme.

Il importe peu qu’il soit Maure, Négro-africain, Harratine ou métisse ! Qu’il vienne du Nord, des hauteurs de l’Adrar, ou des confins du Fleuve nourricier. Cela importe peu. Pourvu qu’il soit capable de prendre en charge et de conduire contre vents et marrées, notre programme de salut national, expression de notre aspiration populaire. Un programme susceptible de créer les germes d’une réconciliation nationale pour enfin prétendre à la construction et à la réalisation de la Mauritanie de nos rêves. Cette Mauritanie amputée des tares sociales qui l’ont minée depuis les indépendances, compromettant dès le départ les fondements d’un Etat unitaire et fédérateur. Ces tares sont l’esclavage, la féodalité, le tribalisme, le régionalisme, mais aussi le racisme et l’exclusion entretenus par l’Etat.

Notre souhait est de tailler une place qui sied à notre chère Mauritanie dans le concert des Nations. Une Mauritanie, expression de notre fierté et matrice de l’effort collectif où le patriotisme se mesurera au sens de responsabilité de chacun de ses fils dans la prise en charge de la gestion des affaires de la cité. Que l’on soit avocat, juge, militant ou simple observateur.
Pour être efficace, cette caricature en miniature décrite à la dimension de la salle d’audience devrait être transposée à tous les niveaux puisqu’il s’agit de l’affaire de tous.

Aux avocats

Laissez moi vous dire que grande fut l’émotion qui nous a étreignis, mes camarades et moi, lorsque débarqués dans ce tribunal vers 4h du matin pour notre première audition, nous remarquâmes la présence de quelques hommes, des frères avant d’être des avocats défenseurs. Je veux citer Me Bah Ould Mbareck, Me Ahmed Ould Ely, Me Teyib Ould Mahmoud. Et au milieu de ces figures angéliques, la présence d’un homme tout de bleu vêtu, un homme vieillissant dont les traits laissaient transparaître des signes d’épuisement pour avoir été tiré de son sommeil à cette heure tardive de la nuit pour venir au secours de ses frères, malgré son âge avancé et la sagesse tapie derrière sa chevelure blanche. Cet avocat est à nos yeux le symbole et la fierté du barreau mauritanien. Je veux nommer, Me Brahim Ould Ebetty.

A travers lui et ses jeunes avocats, mais surtout à travers le Président de ce collectif, le bâtonnier Me Cheikh Ould Hindy, nous tenons à rendre hommage à votre collectif qui a prouvé aujourd’hui devant la Mauritanie toute entière et son peuple que le métier et la profession d’avocat est avant tout un acte humaniste, avant d’être une profession libérale à vocation lucrative. Non pas parce que vous êtes venus ici pour nous défendre, mais parce que vous êtes venus défendre la justice et honorer votre barreau. Vous vous êtes toujours acquittés de votre noble mission et vous avez livré un tel exercice sous tous les régimes. Nous sommes aussi honorés par la présence de certaines figures et légendes de la profession d’avocats, le doyen Me Moctar Ould Ely, Me Yarba Ould Mohamed Saleh, Me Lô Gourmo Abdoul, Me Brahim Ould Dy et naturellement, Me Fatimata MBaye dont le palmarès dans le domaine des droits de l’homme en fait une figure emblématique du barreau mauritanien.

Chers avocats, chers frères, chers amis, nous vous disons merci, sincèrement merci. Vous resterez à jamais encrés dans nos mémoires, mais aussi dans les annales du combat que mène IRA contre l’Injustice. Nous ne vous oublierons jamais. Qu’Allah nous offre un jour l’opportunité de vous traduire l’expression de notre sentiment de reconnaissance tant mérité. Amine !

Aux juges
Nous vous demandons d’œuvrer en toute conscience. Nous vous demandons d’apporter un contenu objectif quand à l’interprétation du droit, l’application et la mise en œuvre de la loi. Car c’est cela qui doit constamment qualifier le sens de votre responsabilité et déterminer la grandeur de votre âme et conscience, les seuls leviers qui dictent et commandent vos actes en pareille circonstance.

Monsieur le président, je vous prie de croire à l’expression de la sincérité de ma parole. Loin de moi toute intention de vous influencer, mais plutôt de vous demander de vous conformer à l’exigence de Dieu-Allah Soubahana Watalah qui recommande à tout musulman, lorsque cela est nécessaire, de prodiguer des conseils, de faire un rappel à tout autre musulman.

Monsieur le président, votre statut de juge face au prévenu que je suis ne compromet en rien les valeurs traditionnelles et historiques que nous avons héritées de notre culture islamique. Monsieur le président, je suis votre jeune frère et je vous prie d’accepter, comme l’exigent les circonstances, de vous prodiguer des conseils, de vous faire un rappel, mais surtout de vous dire la vérité.
Monsieur le président, vous serez un jour amené, comme tout un chacun d’ailleurs, qu’il soit musulman, chrétien ou athée, à être seul devant Vote Créateur, pour répondre de vos actes. Ce jour-là, Monsieur le président, ce ne seront pas des hommes en uniforme qui vous serviront de rempart et de force, mais plutôt l’usage que vous auriez fait de la lecture du droit face à un prévenu innocent. Bien sûr, lorsque les conditions de son innocence vous auraient été clairement démontrées.

Monsieur le président, je demande pour vous et pour tous les musulmans, que ce jour-là, vous soyez dans la grâce et la miséricorde d’Allah.

Monsieur le président, le moment est décisif tant pour vous que pour nous, prévenus. Je connais la délicatesse liée à l’exercice et à la fonction de juge, même lorsqu’il est réputé dire la vérité et appliqué la loi, dans un univers ou la controverse et la compromission de l’autonomie des institutions judiciaires ne font l’ombre d’aucun doute.

Mais je souhaite que vous mesuriez la gravité du moment, à l’heure où vous devez décider du sort à réserver à des prévenus dont la culpabilité n’est pas établie, des prévenus qui ont derrière eux chacun une famille et des enfants, certains orphelins, sans aucun moyen de subsistance autres que ce qu’ils leur procurent. Le contexte économique difficile de notre pays l’exige.

Monsieur le président, le monde entier a la Mauritanie dans ses rétroviseurs. La Mauritanie toute entière et son peuple attendent avec impatience votre verdict.

Monsieur le président, aujourd’hui vous êtes devant Dieu et devant l’histoire. Votre conscience est vivement interpellée.

Monsieur le président, nous venons tous d’Allah et à Allah nous retournerons.

Monsieur le président, à vous de choisir.
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Qu’est-ce qu’être accusé de flagrant de délit dans un acte criminel ?

Un acte criminel doit-il être qualifié suivant sa nature, acte prémédité ou spontané ?

Dans le premier cas, lorsque l’acte criminel est prémédité, il devient un processus soumis à plusieurs étapes, de la pensée première du criminel jusqu’à sa consommation complète de l’acte.

La première étape, c’est donc la pensée du criminel qui fonde sa première initiative, autrement dit la conception du projet criminel.
La deuxième étape correspond à l’organisation du crime. Elle consiste à ce que le criminel cherche à mettre a sa disposition les moyens matériels pour atteindre son objectif.

La troisième étape, est la planification par laquelle le criminel conçoit son projet dans le temps et dans l’espace.

La quatrième étape est l’exécution de l’acte criminel qui contient trois sous-étapes. C’est à ce niveau qu’intervient la théorie des tentatives punissables.

Toute rupture dans chacune de ces étapes compromet le processus et met en doute l’intention ou la préméditation. Alors, tant qu’il n’est pas possible d’établir un lien assorti de preuves matérielles entre la première étape et l’acte criminel, c’est-à-dire la dernière étape, on ne peut pas conclure à un acte criminel prémédité. Auquel cas, il s’agirait d’un acte isolé, c’est-à-dire non prémédité, inattendu, donc dicté par les circonstances et le contexte du lieu.

En réalité, ce qui s’est passé le 29 juin 2016 est une bataille qui avait opposé les habitants de la Gazra et les forces de l’ordre. Ni les premiers, encore moins les seconds, ne s’attendaient à ce que les événements prennent la tournure que l’on connait. Celle qui a amené des hommes en uniforme à fuir et à laisser derrière eux, un bus qui sera incendié par des populations en colère. Tout le monde connaît la contagion de foule.

L’esprit de la foule, disait Dr Morphy, l’un des plus grands psychologues américains, est contaminé par le geste de la première personne à commettre un acte. Tout ce qu’elle fait est répété, presqu’inconsciemment par les autres. Bref, il s’agit d’un événement circonstanciel tel que l’a affirmé l’homme d’affaire propriétaire des lieux qui a dit n’avoir jamais vu les militants de IRA, et que de son point de vu, aucune organisation ne pouvait être derrière cet événement.

Donc, lorsqu’un acte criminel est considéré comme isolé et non prémédité, aucune responsabilité ne peut être imputée à une personne, en dehors de la zone délimitée sur laquelle l’acte criminel a eu lieu. C’est ce qu’on appelle le champ du crime. Or, aucune des personnes condamnées aujourd’hui parmi les militants d’IRA n’a été interpellée sur le champ du crime

 


Qui est Balla Touré ?

Ballatoure

Par : I.BADIAN

L’Initiative de Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA-Mauritanie) vient d’être frappée par la condamnation, le 18 août dernier, de 13 de ses membres et non des moindres accusés d’appartenance à  une organisation non reconnue, incitation à la violence et attaque d’autorités publiques dans l’exercice de leurs fonctions. Parmi ces 13 détenus, figure Balla Touré, un ingénieur agro-environnementaliste, considéré comme l’un des éléments le plus important, un activiste de première heure d’IRA. Une force tranquille du mouvement abolitionniste. On dit de lui qu’il est l’antidote de tous les virus  dévastateurs d’IRA Mauritanie. Portrait.


Il y a des hommes qui ont la conviction de leur action dans le cœur et la révolution dans leurs veines. Ceux-là ne reculent devant rien, pour rien au monde. La justesse de leur combat est un sacerdoce. Balla Touré, puisque c’est de lui qu’il s’agit, fait partie de ces hommes. Fils d’une famille soninké de Gorgol, le père – paix à son âme – fut un grand commerçant qui a sillonné l’Afrique centrale et l’Asie. Balla Touré, né en 1970 à Djéol, un village situé à quelques kilomètres de Kaédi, est  un leader et fervent militant du mouvement IRA -Mauritanie dès sa création.
Cet enfant de Djéol a fait ses études primaires dans ce village, et le secondaire à Kaédi. Après le Baccalauréat en 1988, il franchit les portes de l’Université de Nouakchott. Un an après, précisément en 1989, Balla Touré prend le chemin de la Russie pour étudier l’agronomie. Après quatre ans d’études, il obtint son Bachelor, puis son Master en agronomie, avant de faire des études  en environnement.
Après avoir obtenu de hauts diplômes et fait deux années de stages dans un centre de recherches, cet agro-environnementaliste quitte la Russie en 1995 pour rejoindre sa Mauritanie natale. Sans tarder, il intègre, de Juin 1997 à fin 1999, le Programme d’insertion des agronomes à Foum Gleita. Dans la même année 99, Balla Touré retourne à Nouakchott pour  travailler comme consultant sur des questions de développement et des programmes agropastoraux (production agropastorale, énergie et hydraulique principalement). Mais aussi il travaille sur l’environnement avec la gestion des ressources naturelles et des questions de changement climatique.

 

En Juin 2000, avec un groupe d’amis ingénieurs, Balla Touré crée une ONG d’appui au développement dénommée « Population et Développement (POPDEV) ». Ce n’est pas tout, Balla Touré a initié et conduit des projets de développement rural avec l’appui des organisations communautaires de base (Associations villageoises, coopératives, GIE de développement); une activité que cet ingénieur agro-environnementaliste exerçait jusqu’à son arrestation le 1er Juillet 2016 alors qu’il était sur le chemin de son bureau. Balla Touré, marié, père de deux filles dont l’une porte le nom de la vice-présidente de l’IRA, Coumba Dada Kane, a, depuis 2008, adhéré à IRA où, avec quelques personnes, il s’est attelé à faire de ce mouvement anti-esclavagiste un moyen de combattre l’esclavage pour son éradication totale.

 

Les objectifs de déconstruction du système de domination, le discours de vérité et la démarche pacifique l’ont incité à militer dans cette association. Dès sont entrée dans ce mouvement, Balla a été désigné pour assurer le poste de Secrétaire aux Relations Extérieures. Poste qu’il occupe jusqu’à présent. Doué dans l’organisation associative, compétent, déterminé et connu pour son sens inné de justice et d’équité, Balla Touré a contribué activement à la mise en place d’une vraie structure d’IRA qui fonctionnait auparavant avec un comité provisoire. On dit de lui et de son ami et compagnon de prison Hamady Lehbouss, qu’ils sont la base de données du Mouvement IRA-Mauritanie.

 

Faut-il souligner au passage que cet  homme calme, intelligent, ce gentleman a milité aux FLAM (Forces de Libération des Africains de Mauritanie) bien avant de venir à IRA, entre 89 et 94 et au parti Action pour le Changement (AC) auprès de son oncle Touré Mamadou. Mais aussi, il fut militant et dirigeant de Conscience et Résistance avec son ami Jemal Ould Yessa. Aujourd’hui condamné à 5 ans de prison ferme pour les chefs d’inculpation cités ci-haut, Balla Touré, purge cette peine depuis le 18 août dernier. Une sentence qualifiée de lourde pour « des gens qui n’ont fait que défendre une juste cause », selon le collectif des avocats de la défense qui tenait une conférence de presse au moment de la délibération.
Pourtant, Balla n’en est pas à son premier séjour carcéral. En décembre 2010, il a été arrêté avec son compagnon de lutte Biram Dah Abeid dans l’affaire d’Arafat lorsque les leaders d’IRA avaient engagé une opération de libération de deux filles considérées comme esclaves d’une famille. C’est dire que ce fils de Djéol était déjà dans le viseur du système qui a fini par l’avoir dans son escarcelle.

 

Ce jeune homme de taille moyenne aime le sport, la lecture orientée sur la littérature engagée, les romans d’espionnage mais aussi la nature. Il aime s’entourer de sa famille ou des amis. Toutefois, il le faisait quand il avait le temps. Aujourd’hui, selon les amis du Djéolois  « quelque soit le jugement ou la condamnation, Balla ne baissera jamais les bras. Il continuera le combat pour une Mauritanie libre, juste et démocratique ».  Le journaliste-éditorialiste, Camara Seydi Moussa, qui est l’un de ses meilleurs amis, déclare : «Balla, c’est comme le soleil. Il brille pour tout le monde sans exception. Et ne change jamais de mouvement d’Est en Ouest ». Et d’ajouter «le Papa de Coumba et de M’Ma est un homme de paix et de sagesse qui frise l’exagération. Les valeurs des mots et des gestes envers les inconnus sont d’importance pour cet homme, ami de tout le monde. Balla, c’est l’anti-vulgaire dans les propos mais tenace dans ses convictions, parfois même têtu».

 


Diop Amadou Tijane, Vice-président de l’IRA : «Au-delà de l’horreur de la discrimination, l’aspiration à l’humanisme que m’impose mon combat »

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Le dicton dit qu’un «con qui marche va plus loin qu’un intellectuel assis». L’évolution du monde s’est bâtie à coups de sacrifices pour un idéal qui transcende l’humain. Diop Amadou Tijane est, d’après ses amis et proches, «de la trame de ses intellectuels qui ont fait de la lutte pour les droits humains un sacerdoce, troquant la tranquillité d’une chaire d’Université aux rudesses d’une cellule de prison à Dar Naïm ». Condamné à 15 ans de prison le 18 août 2016 pour son implication présumée dans des troubles sociaux à Nouakchott (Affaire de la Gazra Bouamatou), Diop Amadou Tijane, qui est vice-président d’une organisation antiesclavagiste IRA,  «rejoint ainsi le Panthéon des grands combattants de la liberté et des causes justes » selon ses partisans. Mais pour le ministère public et la justice mauritanienne, «sa condamnation est amplement justifiée par son implication en tant que planificateur des violences dans l’affaire Bouamatou ». Parmi ses anciens amis d’IRA qui ont fait défection, notamment Dr.Saad Ould Louleid, «il fait partit de l’aile flamiste qui s’est emparée d’IRA pour déstabiliser la Mauritanie».

Professeur à l’Institut Supérieur de Comptabilité et d’Administration des Entreprises (ISCAE) et au Sup Management ISIKOUMINIK de Nouakchott et ISI de Dakar, cadre auditeur de plusieurs institutions financières mauritaniennes et sénégalaises, Diop Amadou Tijane est membre de plusieurs ordres d’experts fiscaux, doctorant à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis et détenteur de plusieurs diplômes supérieurs, dont un DEA en droits des affaires économiques, un diplôme spécialisé en Ressources Humaines, un DESS en Audit comptable fiscal et financier et un DESS en gestion option Finances, après une maîtrise en Analyse économique décroché à l’Université de Nouakchott. Diop AmadouTijane est aussi chercheur-associé à UREM (Unité de Recherche sur l’Economie de Mauritanie) à l’Université de Nouakchott.

Le combat politique
Diop Amadou Tijane a entamé le combat politique sur les bancs des universités pour avoir été plusieurs fois délégués des étudiants, puis vice-président de l’AMESE (Amicale des étudiants en Sciences économiques en 1996), président de l’association JEUN (Junior entreprise université de Nouakchott en 1997) et puis, président de la Commission d’organisation de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar en 2000.
C’est en 2003, que Diop Amadou Tijane se lancera dans la politique informelle, en présidant le Collectif pour le Changement et l’Alternance (CCA), un mouvement de cadres mauritaniens pour le soutien de la candidature de Mohamed Khouna Ould Haïdalla. Durant cette présidentielle de 2003, il fera partie du directoire de la campagne de la jeunesse du candidat. En 2007, il co-préside en tant que vice-président, le Mouvement pour la Réconciliation Nationale (MRN) pour le soutien du candidat Ibrahima Moctar Sarr à la présidentielle de la première transition démocratique en Mauritanie.
C’est d’ailleurs au cours de la même année qu’il entrera d’une manière plus formelle dans le combat politique, en devenant vice-président de l’Alliance pour la Justice et la Démocratie-Mouvement pour la Rénovation (AJD/MR) que Sarr Ibrahima venait de créer, lors de son 1er congrès des 17 et 18 août 2007. L’année suivante, il est élu président de la Commission nationale d’implantation du parti.

Du combat politique aux droits sociaux

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Délaissant le terrain de la lutte politicienne, Diop Amadou Tijane s’engage dans le combat pour les droits sociaux. Il rejoint le mouvement IRA (Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste) un peu après sa création, en 2009, en intégrant le premier bureau exécutif du mouvement en tant que Secrétaire chargé des relations avec la diaspora.
«Au moment de la création de l’IRA, j’étais vice-président de l’AJD/MR » raconte-t-il, soulignant avoir adhéré à ce mouvement par conviction. «C’était l’organisation qui me paraissait à l’époque la seule à répondre à mes exigences de lutte contre toute forme de discrimination et qui de surcroît véhicule le message de mon idéal pour la Mauritanie, un pays débarrassé de toute forme d’injustice et d’exclusion » fait-il remarquer. En plus, Diop Amadou Tijane ajoute que IRA «recoupait une de mes vertus car j’ai l’habitude de dire que j’ai trois vertus : je crois en Allah, je crois en l’amitié et aux valeurs humaines, j’ai horreur de l’injustice et de la discrimination». Ainsi, pour lui, «au-delà de l’horreur de la discrimination, se cache ma volonté d’aspiration à l’humanisme qui s’impose dans le cadre de mon combat».
Ce n’est qu’en 2014, que l’opinion publique nationale découvre Diop Amadou Tijane. Il avait pris en main la Direction nationale de la campagne du candidat Birame Dah Abeid à la présidentielle boycottée à l’époque par l’opposition. Il termina en 2ème position, juste derrière le Chef de l’Etat sortant, créant la surprise.
Depuis lors, Diop Amadou Tijane est à l’avant-garde du combat mené par le mouvement IRA contre l’esclavage, les discriminations et les injustices sociales. Invité plusieurs fois sur les plateaux des télévisions privées, «il a su déployer un talent d’orateur hors pair, avec la modération et la retenue propre à l’intellectuel qu’il est » reconnaît ses amis d’IRA.
Lors de l’emprisonnement et la condamnation de Birame Dah Abeid et de son vice-président Brahim Bilal Ramadan le 15 janvier 2015, suite à la «Caravane contre l’esclavage foncier », il participa sans ménagement au combat pour leur libération, animant toutes les conférences de presse à côté du collectif des avocats de la défense. Il fut l’un des rares cadres du mouvement IRA qui n’a jamais intéressé les limiers du pouvoir, jusqu’à ce fatidique 29 juin 2016.

Son arrestation telle qu’il la raconte

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«La journée du 29 juin, j’étais en train de travailler dans mon bureau jusqu’à ce qu’on m’apprenne par un coup de fil d’un ami, Thierno Barro, que quelque chose se passait en face de l’hôpital ophtalmologique Bouamatou. Je suis resté dans mon bureau jusqu’à 16 h 30 mn avant d’aller donner mon cours à ISIKOUMINIK. Je n’étais pas véritablement informé des événements dont m’avait parlé mon ami Barro. Le lendemain à 8 h sans mandat, six personnes vêtues en civils font irruption dans ma maison et me demandent de les suivre puisque je suis en état d’arrestation. Avant de me conduire vers une prison secrète conçue spécialement pour des terroristes. Une fois dans ma cellule, mes pieds étaient ligotés par des chaines et cadenas et 3 portes blindés se refermèrent derrière moi ».
«Plus magistral fut son intervention devant la Cour, pendant ces deux semaines de procès au cours desquelles, tant de procédures furent bafouées et tant de compromission furent dévoilées » fera remarquer son ami Wane. Le verdict du 18 août 2016 était pour lui bien clair. «Il est dicté par l’Exécutif qui commande le judiciaire dans tous les procès politiques ». Ce verdict, selon lui, vise «à entraver la liberté d’action du mouvement IRA et limiter la portée de sa légitimité politique ». Peine perdue, relève-t-il en substance, «car lui et ses camarades de cellule, sont déterminés à poursuivre leur combat et que rien ne saurait compromettre notre détermination à le poursuivre» dira-t-il.

Ce Rossossois d’origine Maghaméen
C’est le 16 février 1969 que Diop Amadou Tijane a vu le jour à Rosso. Son père, Diop Abou Demba, y servait comme instructeur au centre de formation militaire. Après sa retraite en 1974, la famille rejoignit son terroir d’origine, Maghama à l’autre bout du Fleuve Sénégal, pour s’y établir définitivement. Le petit Diop Amadou Tijane, comme tout bon Foutanké devait suivre l’apprentissage du Coran dans l’école de Thierno Saidou Ourdougal (Paix à son âme).
L’année suivante, il fit son entrée à l’école primaire de la ville tout en continuant ses études coraniques pendant sept ans, jusqu’à son entrée en 1ère année de collège. Dans la filière technique du lycée de Maghama, il sort major de tout le département.
Diop Amadou Tijane a toujours été fier de son père, Diop Abou Demba qui avait servi avec loyauté et abnégation son pays, la Mauritanie. Né en 1930 à Maghama, Diop Abou Demba s’était engagé à l’âge de 20 ans dans l’armée française. Après sa formation à Dakar Bango à Saint-Louis du Sénégal, il sera embarqué vers la France et participa à la campagne du Vietnam dans les années 1954. De retour en Mauritanie, il servit au sein de l’armée nationale, à Bir-Moghreïn puis à l’Etat-major des forces armées, surtout au centre de formation militaire de Rosso comme instructeur spécialisé en artillerie lourde. Plusieurs générations d’officiers et de sous-officiers sont ainsi passés entre ses mains, à l’image du colonel Cheikh Sid’Ahmed Babamine qui le remplacera plus tard dans son poste.
L’adjudant-chef Diop Abou Demba sera brutalement frappé de cécité et sort des rangs alors qu’il n’avait que 44 ans. Il fut admis d’office à la retraite. Parmi ses promotionnaires de l’armée nationale, le colonel Anne Amadou Babaly, dont Diop Amadou Tijane porte d’ailleurs le nom, mais aussi Yall Abdoulaye, Souedatt, Niang Ibrahima…D’autres parmi ses promotionnaires ont trouvé la mort durant la guerre du Sahara. Au niveau africain, Diop Abou Demba a eu comme promotionnaires de futurs Chefs d’Etat, comme Moussa Traoré du Mali, Aly Seybou et Seyni Kountché du Niger, André Collimba et Jean Bedel Bokassa de Centre Afrique ou encore Mathieu Kerekou du Bénin.
Diop Amadou Tijane est décrit par ses amis et ses collègues comme un patriote qui aime son pays, d’où son refus de succomber aux sirènes de l’expatriation alors que son back-ground lui offre grandes ouvertes les portes des universités à l’étranger. Ce père de deux enfants, a toujours été écartelé entre son idéalisme politique et son rigorisme scientifique. Du haut de ses 1,80 mètre, «ce grand garçon à l’air toujours jovial est plus présent sur le terrain de la réflexion et du management que sur celui de l’action » selon ses proches. «C’est un ouvrier de l’ordre social qui ne met pas directement la main à la pâte, mais conçoit l’architecture à bâtir» souligne son ami Konté. De là à associer Diop Amadou Tijane à une quelconque action violente, tous les avis sont unanimes. Sow Alioune, son camarade de combat au sein de l’IRA est formel, «Diop Amadou Tijane n’est pas un homme de terrain, et tout comme les membres de notre organisation IRA, notre combat s’est toujours inscrit dans la non-violence et l’action pacifique ».

La thèse des détracteurs
Les détracteurs du mouvement IRA sont nombreux et les plus hargneux sont, paradoxalement, leurs anciens amis qui ont fait défection. Ces derniers considèrent que le mouvement IRA a été récupéré par les Halpulaars flamistes pour d’une part, en faire un subtil tremplin pour leurs candidats à l’émigration et d’autre part, pour en faire une arme de vengeance contre les Maures. Ces derniers sont tenus comme responsables à leurs yeux des épurations ethniques qui ont particulièrement visé leur communauté durant les années de braise. Diop Amadou Tijane est ainsi cité comme l’un «des Flamistes, artisans du complot visant à déstabiliser l’Etat mauritanien en préparant les terreaux de la guerre civile sur la base des tensions ethno-communautaires en se servant du mouvement IRA comme cheval de Troie».
Dr.Saad Ould Louleid, ancien porte-parole du mouvement IRA, a publié plusieurs diatribes sous forme de déballage, révélant ce qu’il considère être «les secrets coupables du mouvement IRA ». Pour prouver le double jeu du mouvement sur le plan international et sur le plan national, il a personnellement accusé Diop Amadou Tijane d’avoir perçu lors de la campagne présidentielle de 2014 un montant de 7 millions d’UM versés par des proches du pouvoir pour soutenir la campagne de Birame Dah Abeid.
Durant son réquisitoire pendant le procès sur «l’affaire de la Gazra Ould Bouamatou » qui a valu à Diop Amadou Tijane une peine de 15 ans de prison, le Ministère Public accuse ce dernier d’avoir été l’un des planificateurs des troubles ayant conduit à l’attaque contre les policiers, attaque qui s’est soldée par la blessure de plusieurs policiers (dont certains dans un état grave) et l’incendie de leur véhicule.
Thèse que la défense a balayé d’un coup de toges, estimant que les preuves déployées par le Parquet étaient inexistantes et qu’ensuite la Cour a commis au moins deux fautes de procédure, en violant d’abord les dispositions de l’article 278 du Code des procédures pénales qui interdit l’introduction de tout appareil photo et audiovisuel en salle d’audience, et ensuite, en ignorant les plaintes pour torture déposées par Diop Amadou Tijane et ses compagnons conformément à la législation nationale et les conventions internationales signées par le pays.


Sidya Ould Ahmedi, président ONG AENC : «Il faut mettre chacun dans son droit pour prévenir certaines situations»

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En marge d’un atelier de formation à l’intention des membres du Mécanisme national (MNP) de prévention contre la torture qui a eu lieu mardi 23 août 2016 à l’hôtel Monotel Dar-el Barka à Nouakchott, atelier auquel plusieurs activistes de la société civile avaient pris part, nous avons recueillis quelques avis.
Selon Sidya Ould Ahmedi, président de l’ONG «Anciens Esclaves Nouveaux citoyens », des avancées considérables ont été réalisées par la Mauritanie dans le respect des droits de l’homme, par rapport notamment à son environnement africain et arabe. Il estime cependant que le monde rural et semi-urbain a besoin de programmes de lutte contre la pauvreté, mais surtout d’une éducation soutenue en matière d’information sur les droits de l’homme. Ce qui reste, selon lui, revient à la société civile qui est encore handicapée par le manque de renforcement des capacités en vu de la formation citoyenne des populations pour un changement des mentalités. C’est dans ce cadre qu’il a salué la caravane qui a sillonné récemment l’Est du pays et séjourne actuellement au Tagant pour sensibiliser les citoyens sur leurs droits, en particulier les victimes des séquelles de l’esclavage.
Par rapport aux fâcheux évènements qui ont eu lieu dans la gazera Bouamatou, Sidya Ould Ahmedi, estime que ces incidents étaient prévisibles au regard de la non prise en considérations des revendications citoyennes  et l’absence de solutions aux questions cruciales posées par l’extrême précarité de certaines couches sociales. «Il faut mettre chacun dans son droit pour prévenir ce genre de situation » a-t-il déclaré.

S’agissant du  MNP, il considère qu’il s’agit d’un outil important pour la surveillance des droits de l’homme et qu’il dénote de la volonté du président de la république à mettre fin aux pratiques inhumaines et dégradantes, ainsi que les tortures dans les lieux de détentions, des pratiques qui étaient courantes selon lui, dans notre pays. «Je suis très rassuré par le travail attendu du Mécanisme et je suis sûr que son président ainsi que ses collaborateurs sont capables de mener leur mission à bon escient, eu égard à leur bonne moralité et à leur expérience dans le domaine des droits de l’homme».
Enfin, Sidya Ould Ahmedi considère que «nous devons tous œuvés pour une Mauritanie juste, égalitaire et réconciliée avec elle-même, pour mieux consolider l’unité nationale et la cohésion sociale loin des ambitions politiques des uns et des autres ».