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Mauritanie : Alston et sa bombe politique

Philip Alston

Deux évènements majeurs ont créée ces jours-ci, selon les observateurs, un véritable tsunami sociopolitique en Mauritanie, le discours de Néma du président Mohamed Abdel Aziz et le rapport provisoire de Philip Alston, Rapporteur spécial des Nations Unies pour l’extrême pauvreté et les droits de l’homme. Celui-ci vient d’épingler sans ménagement le gouvernement mauritanien, accusé de marginaliser les deux tiers de sa population, à savoir, les harratines et les Mauritaniens d’origine négro-africaine.

Le Rapporteur spécial des Nations Unies pour l’extrême pauvreté et les droits de l’homme, Philip Alston a quitté la Mauritanie, laissant derrière lui une opinion publique profondément divisée sur ses conclusions sur la situation en Mauritanie. Si d’aucuns trouvent son rapport provisoire fidèle à la situation sociale du pays, le gouvernement mauritanien est par contre en courroux contre sa «partialité». Certains vont même jusqu’à l’accuser d’avoir semé exprès les germes d’une guerre civile en Mauritanie. Le point essentiel sur lequel se fondent ces critiques concerne la situation des harratines et des négro-mauritaniens que Philip Alston considère comme une population majoritaire mise à l’écart dans la répartition du pouvoir et des richesses. Il a ainsi mis en garde le gouvernement mauritanien «contre un risque d’instabilité en l’absence d’une répartition juste de la richesse entre ses différentes composantes ». Il estime que peu d’efforts ont été déployés pour régler les séquelles de l’esclavage en Mauritanie, que les droits essentiels à l’accès à l’eau potable, à la protection sociale, à l’enseignement et à la sécurité alimentaire ne sont pas équitablement répartis entre tous les citoyens mauritaniens, que 44% des Mauritaniens vivent dans l’extrême pauvreté, et que l’expropriation des terres agricole se poursuit  à grande échelle a profit des investisseurs. Il s’en est enfin pris aux partenaires de la Mauritanie leur reprochant de ne pas négocier assez sur certaines priorités fondamentales lors des réunions qu’ils initient avec le gouvernement mauritanien.
Ces propos de Phlilp Alston ont été distillés lors de la conférence de presse qu’il a animée le 11 mai 2016 à Nouakchott après un séjour de dix jours en Mauritanie au cours duquel il a visité plusieurs villes et localités, s’entretenant avec les populations locales et les autorités administratives, rencontré plusieurs hauts responsables mauritaniens, les partenaires au développement et une partie de la société civile mauritanienne.

Tollé d’indignation officielle
Le gouvernement mauritanien, par le biais du Commissariat aux droits de l’homme et à l’action humanitaire, mais aussi celui de plusieurs acteurs de la société civile, ont vivement réagi aux propos de Philip Alston. Une totale désapprobation par rapport au contenu de la déclaration qu’il a publiée, suite à la visite qu’il a effectuée du 2 au 11 mai 2016 en Mauritanie. Le commissariat aux droits de l’Homme épingle ainsi la «partialité d’un expert censé être indépendant et qui a clairement épousé les thèses de certains milieux et ONG hostiles au pays, dont les seuls objectifs sont de porter atteinte à la cohésion nationale et aux importants acquis enregistrés dans les domaines politique, économique et social ».
Ainsi, le Commissariat reproche au Rapporteur spécial d’avoir délibérément occulté les zones où d’importantes réalisation ont été accomplies par l’Agence Tadamoun pour se focaliser sur les rapatriés du Sénégal et sur les populations qui arguent d’avoir été expropriés par l’Etat, d’avoir travesti la réalité sociale en Mauritanie sur de prétendues exclusions des Harratines et des Négro-mauritaniens, d’avoir avancé des chiffres sans s’appuyer sur des données réelles.
Certains milieux diplomatiques mauritaniens ont relevé le manque de niveau de Philip Alston dans le domaine spécifique des usages diplomatiques et sa faible personnalité qui le porte à se laisser influencer facilement. Ces sources pensent que le rapport de Philip Alston pourrait même être remis en cause par les instances des droits de l’Homme de l’ONU si elles y sentent une quelconque partialité et si le gouvernement mauritanien élève le ton, ce qui pourrait donner lieu à une contre-enquête.
Sur cette même lancée, les Acteurs non étatiques mauritaniens (ANEM) composés de 19 groupes thématiques concernés pour la plupart par la lutte contre la pauvreté avaient exprimé leur stupéfaction face aux déclarations de Philip Alston, s’étonnant même de n’avoir pas fait partie des acteurs de la société civile avec lesquels le Rapporteur spécial des Nations Unies s’est entretenu au cours de son séjour en Mauritanie. Les ANEM considèrent ainsi que «le rapporteur spécial a fondé l’essentiel de ses conclusions sur des données tendancieuses offertes comme à l’accoutumée par des fonctionnaires du bureau local du Haut commissariat des droits de l’homme de l’ONU » toujours enclins à induire en erreur les experts qui ne prennent garde.

Parfait accord avec Philip Alston
Bien qu’aucun leader de parti politique de l’opposition ni syndicat ne se soit jusqu’à présent prononcé par rapport au discours de Philip Alston, beaucoup d’observateurs ou étrangers ont rejoint son constat. L’ambassadeur chef de la Délégation de l’Union européenne en Mauritanie, Jose Antonio Sabade n’est pas loin de ces conclusions. Lors de la célébration de la Journée de l’Europe, le 9 mai 2016, bien avant la sortie de Philip Alston, il avait déclaré qu’aucun pays «ne peut se développer en excluant la moitié de sa population », promettant l’appui de l’Union européenne aux autorités et à la société civile mauritanienne «pour continuer à avancer vers une Mauritanie plus stable, plus inclusive et plus prospère, qui met l’accent sur l’unité nationale et la volonté de vie et de progrès partagés de toutes les communautés et tous les citoyens ». Certains y ont perçus des allégations claires sur l’exclusion de plusieurs pans de la communauté mauritanienne des cercles de décision politique, économique, sociale et sécuritaire, et d’une réelle fragilisation de l’unité nationale et de la cohésion sociale en Mauritanie.
Des acteurs politiques de l’envergure du Pr.Lô Gourmo du parti Union des forces du progrès (UFP) ont réagi sur leur page facebook. Pour Lô Gourmo, «jamais un rapport n’a été aussi loin dans la description de la réalité économique et sociale de la Mauritanie que celui que vient de rendre public le rapporteur spécial des Nations Unies sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme, Philip Alston, après une visite de terrain dans le pays ». Ainsi, selon lui, «le passage du discours du Chef de l’Etat à Néma, accusant les pauvres, surtout descendants d’esclaves, d’être à l’origine de leur propre misère prend un relief particulier, à la lecture de ce rapport ». Ainsi, pour Me Gourmo, Alston a bien raison de dire que le régime actuel poursuit une «politique de charité » vis-à-vis des pauvres, que les Haratines et les Négro-mauritaniens sont marginalisés, que les terres de la Vallée sont accaparées, que les injustices et les inégalités sont criantes, que les réalisations «tape-à-l’œil » sont courants, tels cette école «Taj Mahal » bâti au prix de 80 millions d’UM en zone rurale au milieu de la misère. OUI, affirme Gourmo «le rapport met le doigt sur l’exclusion active par l’Etat de catégories entières de la population, surtout les harratins et les négro-mauritaniens qui sont devenus les principales cibles des politiques discriminatoires pratiquées à grande échelle par le gouvernement mauritanien ». Pour lui, «les richesses sont inégalement réparties et sont accaparées par diverses clientèles affiliées au pouvoir ».
Beaucoup trouvent que le rapport de Philip Alston est juste et que pour la première fois un responsable onusien rompt avec la langue de bois pour décrire crûment ce qu’il a vu et constaté sur le terrain de ses observations. Selon eux, les autorités devaient le prendre au sérieux pour en tirer les bonnes solutions au lieu de jouer aux outrés et aux indignés.


Assalamalakum Cha’ab Youth Saghav : les jeunes du Hip-hop prennent la main

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 «Assalamalekum Cha’ab Youth Saghav », projet initié par Zaza Production de Kane Limame dit Monza, a organisé  le jeudi 12 mai dernier (sur financement européen) une conférence de presse à l’Institut Français de Mauritanie (IFM) en présence du Directeur de l’institution, du Délégué Général des Alliances Françaises de Paris et de la représentante du Programme de l’Union européenne pour la société civile et la culture (PESCC). Cette réunion a eu lieu en perspective de la finale, prévue le 3 juin 2016 à Nouakchott, avec plusieurs jeunes artistes de Nouakchott et de l’intérieur du pays.

Sur financement du PESCC d’un montant de plus de 17 millions d’UM, Zaza Production a lancé le 1er mars 2016 son projet «Assalamalekum Cha’ab Youth Saghav» pour la professionnalisation des jeunes artistes mauritaniens tout en initiant une série d’activités culturelles basées sur le Hip-hop. L’objectif de ce patchwork qui signifie en gros «les jeunes s’éduquent par la culture » vise à renforcer les compétences artistiques et techniques pour faciliter les échanges entre acteurs et le public afin d’appuyer l’organisation d’un tremplin dans les disciplines du Hip-hop, musique et danse. Ce projet est passé par six étapes qui ont commencé par un diagnostic exhaustif de la filière dans les six régions ciblées par le projet, Nouadhibou, Atar, Kaédi, Rosso, Kiffa en plus de Nouakchott. Dans chacune de ces régions, des studios d’enregistrement ont été créés au sein des Alliances françaises locales et à Rosso, au sein de la commune. Il s’agit de promouvoir les productions locales par web radio, en plus de la formation des formateurs.
Yéro Abdoulaye Sow a été choisi pour l’enquête de compilation sur les groupes Hip-hop existant dans les six régions et les résultats définitifs de ce travail seront présentés, selon Monza, lors de la finale prévue le 3 juin 2016. Le projet permet ainsi, dira-t-il en substance, de former des musiciens professionnels, de créer des tremplins dans les régions avec 2 à 3 points focaux, de former les jeunes sur l’utilisation du matériel. Cette formation a été assurée par des Mauritaniens et dans une seconde phase, des professionnels étrangers seront conviés pour compléter la formation et apporter leur savoir-faire.
Le directeur de l’IFM est revenu quant à lui sur la mission de son institution qui est d’accompagner la structuration de l’offre culturelle en Mauritanie, déclarant sa satisfaction de travailler avec «Assalamalekum ». Selon lui, l’IFM grâce à son maillage territorial et ses Alliances françaises lui permet d’aider et d’appuyer la jeunesse mauritanienne dans son épanouissement intellectuel et culturel. Selon lui, il y a la culture Hip-hop qui permet aux jeunes de s’exprimer sur toutes les formes, précisant que les jeunes représentent les deux tiers de la population mauritanienne et qu’ils ont des messages à transmettre et souhaitent participer eux aussi à l’action nationale.
Pour le Délégué général des AFM de Paris, les alliances françaises en Mauritanie essayent de jouer leur rôle de centre culturel, soulignant que «Assakamalekum permet de porter la culture urbaine à l’intérieur du pays et qu’il offre aux jeunes marginalisés de ces régions l’occasion de profiter des opportunités culturelles dont ne jouissaient jusque-là que les jeunes de Nouakchott ». Ainsi, il trouve que le travail mené par Monza offre des perspectives aux artistes des régions dans la production, dans leur propre espace culturel, de leurs œuvres sans être obligés de venir jusqu’à Nouakchott.
Pour sa part, la représentante du PESCC a vite évoqué le programme de coopération qui lie la Mauritanie et l’Union européenne depuis septembre 2012, programme qui arrive selon elle à termes, puisque s’achevant cette année 2016. L’appel à proposition dans le cadre de ce programme a été lancé selon en 2015 et que 8 contrats culturels ont été signés avec les associations, eu égard aux rigueurs des procédures. «Tout cela est destiné cependant à renforcer les capacités des associations mauritaniennes pour leur permettre d’acquérir la rigueur nécessaire qui leur permettra de remporter d’autres appels d’offres venant de partenaires internationaux ». Il s’agira en fin d’aboutir à la professionnalisation des jeunes et renforcer le rôle de la culture dans le développement de la Mauritanie.
Par la suite, Yéro Sow a parlé de son expérience difficile en régions, de la soif des jeunes à s’améliorer et à produire leurs œuvres. Les différents intervenants se sont par la suite prêtés aux questions-réponses des journalistes.


«On peut interdire Tawassoul, mais pas ses idées»

confpress Tawassoul

Dans le siège flambant neuf de son parti, sur la route de la mairie du Ksar, le président Mohamed Jemil Mansour du parti Rassemblement national pour la réforme et le développement (Tawassoul), d’obédience islamiste, est revenu sur les principaux thèmes à l’ordre du jour, notamment le discours du président Mohamed Abdel Aziz le 3 mai dernier à Néma et les sorties intempestives de ses partisans, en particulier l’un des chargés de mission de la présidence de la République qui a miroité en l’air la dissolution de sa formation politique. «On ne tue pas une idée portée pendant des décennies par des hommes et des femmes déterminées » a-t-il répondu.

La salle de conférence du parti Tawassoul, sis au Ksar, avait refusé du monde hier, mercredi 11 mai 2016. Entouré de quelques uns de ses collaborateurs, le timonier du parti Rassemblement national pour la réforme et le développement, Mohamed Jemil Mansour, a d’emblée tracé les grandes lignes de son intervention, face à un parterre de journalistes dont certains travaillant pour des chaînes étrangères. «En tant que parti, nous avons convoqué cette conférence de presse pour donner notre avis sur les questions de l’actualité chaude, notamment la crise multiforme que vit aujourd’hui la Mauritanie, mais aussi les contradictions présidentielle et les tentatives menées actuellement pour recadrer son malheureux discours de Néma ». Il considère que le discours politique et les échanges entre acteurs de la scène nationale doivent rester dans  les limites du respect et de la responsabilité, soulignant que chacun «doit assumer ses paroles et ses actes ou à défaut avoir assez de courage pour reconnaître ses erreurs et demander pardon à qui de droit ». Un discours clair, dira-t-il en substance, n’a pas besoin de campagne de clarification et d’explication.
«Nous à Tawassoul nous mesurons nos mots et nos actes, puis nous prenons entière responsabilité de ce que nous avons dit ou posé comme action » a-t-il ajouté
Pour le président en fin de mandat du parti islamiste Tawassoul, Jemil Ould Mansour, deux camps coexistent sur la scène nationale, celui des démocrates, soucieux du fonctionnement des institutions de la République, respectueux de la diversité du pays et attaché à l’unité de son peuple et à sa cohésion, et celui des partisans du pouvoir, qui se battent pour maintenir le statu quo, qui pillent les ressources, sèment la corruption et la gabegie. Dans cette situation de dichotomie, le parti Tawassoul par la voix de son président déclare ainsi vouloir clarifier sa position et se déclare adepte du camp des réformateurs et des bâtisseurs.

Une crise multiforme
Pour Ould Mansour, le discours du président à Néma est plein d’insultes, précisant que jamais des insultes n’ont été aussi équitablement distribuées, car elles n’ont épargné selon lui, ni les Harratines, ni les femmes et encore moins l’opposition. Selon lui, la situation générale du pays est marquée par une crise multiforme, économique, sociale et politique. «La hausse intempestive des prix et le niveau élevé de la vie écrase les faibles et n’épargne maintenant plus les nantis » a-t-il fait remarqué, soulignant qu’à ce rythme, «personne n’écoute plus les chiffres, surtout s’ils n’impactent pas directement dans la vie quotidienne ». D’ailleurs, précisera-t-il, «nous avons de mauvais souvenirs avec les chiffres », faisant allusion aux «faux chiffres de la Mauritanie dénoncés par le FMI dans les dernières années de règne de Ould Taya. «Ces manipulateurs sont toujours présents avec autant de force dans les postes de commandement » dira-t-il.
Mohamed Jemil Mansour a également relevé les «engagements non tenus du pouvoir », citant les réalisations jamais achevées et éternellement inaugurées, dans le domaine des routes, des industries, citant notamment la fameuse mosquée à 15.000 places qui devait voir jour avant les législatives de 2013. «Le pouvoir actuel est empêtré dans la mauvaise gestion et l’incurie » notera-t-il. «Il se lamente aujourd’hui sur la baisse du prix des minerais, dont le fer, alors qu’il avait manqué de vision et de prévisions durant la période des vaches grasses lorsque le prix de ces minerais avaient atteint des sommets insoupçonnés »a-t-il noté. Il a aussi évoqué l’état-civil qui a créé des milliers d’apatrides notamment au sein des rapatriés du Sénégal et de la diaspora mauritanienne à l’étranger. Le problème de l’enrôlement et de l’esclavage constituent pour Mohamed Jemil Mansour les deux plus grands fléaux que le pouvoir actuel a planté sur le dos de l’unité nationale et de la cohésion sociale, soulignant que l’absence d’égalité et d’équité entre les citoyens du pays est le plus grand danger qui peut le menacer. Selon lui, une nation qui laisse en rade une composante de sa population est vouée à l’implosion, trouvant que les victimes des séquelles de l’esclavage, les Harratines en l’occurrence, doivent bénéficier d’une politique de discrimination positive pour rattraper leur retard historique. Mohamed Jemil Mansour trouve que dans un Etat de droit qui se respecte tous les citoyens sont traités d’une façon égale nonobstant leur appartenance et leur couleur. «En cela, l’Islam offre un modèle parfait de cohésion sociale et d’unité nationale » a-t-il martelé.

On ne touche pas à la Constitution
Abordant la Constitution et ce que le président en a dit à Néma, puis ses partisans par la suite, Mohamed Jemil Mansour juge que les Mauritaniens sont toujours dans l’expectative tant le discours à ce niveau reste flou, ambigu et indécis. A ce propos, il a cité le président du parti UPR (Union Pour la République, parti au pouvoir) qui, interpellé à propos des articles de la Constitution qu’ils veulent modifier, a répondu qu’ils ne les ont pas encore déterminés. Ou encore le porte-parole du gouvernement pour qui le président donnera une répons à ce propos en  2019, c’est-à-dire vers la fin de son mandat.
«A Tawassoul et au FNDU, le jeu du pouvoir par rapport à la Constitution reste imprécis, plein d’allusions et de sous-entendus »  a affirmé Mohamed Jemil Mansour qui a mal jugé l’attitude du président Mohamed Abdel Aziz à Néma lorsqu’il exprima son satisfecit par rapport à la sortie antérieure de ses ministres sur le 3ème mandat, allant jusqu’à prendre comme citation  les propos de son ministre de la Justice, qui avaient soulevé pourtant un tollé d’indignation sur la scène politique. «A notre niveau, nous disons qu’il n’est pas question de toucher à la Constitution » a déclaré Ould Mansour.

Dialogue politique
Par rapport au dialogue politique, il trouve que Mohamed Abdel Aziz en a déjà fixé la date, dans trois à quatre semaines, défini le contenu, fixé les participants (ceux qui le souhaitent) et dégagé le résultat, à savoir un référendum constitutionnel. «Comment voulez-vous que l’on participe à un dialogue préalablement plié, dans sa date, son contenu, ses participants et ses conclusions » a-t-il ajouté. Pour Mohamed Jemil Mansour, cette attitude ne fait que donner raison davantage au FNDU qui refuse d’aller à un tel dialogue et exige des préalables de nature à rétablir la confiance. Il trouve d’ailleurs incongru qu’aux insultes de Mohamed Abdel Aziz à Néma, auxquels se sont ajoutées les insultes de ses partisans lors de leurs multiples sorties télévisées, le pouvoir ait encore le culot de les traiter en partenaires à un dialogue politique.
Sur les allusions de dissolution du parti Tawassoul, diabolisé par le président Mohamed Abdel Aziz qui les accuse d’importer des idées de l’extérieur et vilipendé par son chargé de mission Ould Ahmed Damou lors d’une sortie télévisée, Ould Mansour  souligne que Tawassoul est une idée et une idéologie avant d’être un parti politique. «Un groupe de femmes et d’hommes est porteur d’une flamme et d’un programme de société auquel adhèrent aujourd’hui des milliers de Mauritaniens et nous continuerons à exister quel que soit le cadre dans lequel nous  évoluerons » a-t-il déclaré.


Visite présidentielle à Néma : Tribus et courants politiques en ordre de… bétail

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Vingt-quatre heures avant l’arrivée du président Mohamed Abdel Aziz, attendu le 3 mai 2016 à Néma, c’est l’effervescence des joutes politiques. Tribus et clans adverses se livrent une guerre de positionnement. Toute la panoplie communicationnelle est ainsi déployée dans la fièvre des grands rendez-vous. Objectif, taper dans l’œil du président et démontrer sa fidélité, réelle ou feinte, à travers la mobilisation, même si c’est en ordre de…bétail !

Néma n’a pas réellement changé en deux décennies. Le décor est le même, celui d’une cité antique qui tente de se moderniser à petits pas. C’est toujours cet entassement de pierrailles à l’ombre de la ceinture montagneuse. Toujours cette antique muraille géante à tunique ocre qui veille sur l’architecture plate d’une ville qui commence à donner peu à peu place aux couleurs.
Certes, quelques bretelles goudronnées ont été rajoutées ici et là, mais Néma reste une cité rébarbative à tout progrès.
A la veille de la visite présidentielle, l’afflux des cadres ressortissants du Hodh Charghi et d’autres venus d’autres régions pour squatter une portion de visibilité  bat son plein. Le contraste reste cependant saisissant entre ces processions de bolides derniers cris, dominés par un flot de V8 rutilants, et  la misère du décor ambiant, fait de maisons en banco à la couleur neutre, et un circuit goudronné réduit à sa plus simple expression.  Ce qui donne lieu à des embouteillages monstre et un parc roulant dix fois plus important que la capacité d’accueil au niveau local. A ce rythme, les équipes du Groupement de la Routière dépêchés sur place depuis Nouakchott, se trouvent débordés pour réguler une circulation aussi infernale que la chape de plomb thermique qui s’abat sur Néma, où le thermomètre affiche allègrement ses 45 à 50° de chaleur à l’ombre.
Mais la chaleur des empoignades reste encore plus élevée sur le plan politique. Deux clans s’affrontent sur le terrain, les partisans du Premier ministre Yahya Hademine et ceux du ministre Secrétaire général de la présidence de la République, Moulaye Mohamed Laghdaf. Entre les deux, d’autres forces tentent de se rendre visibles, notamment les Ehel Taleb Mokhtar, agglutinés autour de leurs cadres, l’ambassadeur Mohamed Lemine Ould Aboye et Dieh Ould Sidaty, entre autres. D’autres courants qui s’estiment lésés dans leurs prérogatives boudent presque toute cette campagne fiévreuse, notamment les Chorfas de Néma considérés comme les véritables fondateurs de la ville. Dans cette empoignade, d’autres tribus tentent d’émerger, en particulier les Kounta et les Joumane.
Au centre-ville, l’ex-maison de Hamada Derwich ne désemplit pas. C’est ici où beaucoup de cadres venus de Nouakchott ont déposé leurs baluchons.
Ehel Ghadde, qui semble désormais disposer de l’exclusivité des accueils présidentiels, s’active sur le terrain de football de Néma, un grand espace vide, sans clôture et sans gradin. L’estrade lumineuse prend peu à peu forme, sous l’œil vigilant du Wali du Hodh Charghi, Mohamed  Ould Belamech, le visage à demi masqué par un turban à demi teint.
Et l’usine de lait dans tout ça, cette bâtisse bleue dont l’inauguration constitue l’un des points essentiels de la visite du président Mohamed Abdel Aziz ? C’est le flou total sur cette unité qui constitue l’un des maillons les plus importants du projet «Progrès Lait » financé à coups de milliards d’ouguiyas dans un partenariat à moitié financé par l’Union européenne, entre la Mauritanie et le Sénégal. Jusqu’à la veille de la visite présidentielle, les interrogations persistaient encore sur cette usine. Le président va-t-il l’inaugurer ou pas ? Même la ministre de l’Elevage et son équipe semblaient encore indécis et gênés à quelques heures de l’arrivée du président de la République, car en toute apparence, tout ne serait pas encore au top. Des insuffisances techniques seraient évoquées, ce qui pourrait coûter à la ministre et à son staff leur poste, de l’avis de plusieurs observateurs.