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« Journée Portes ouvertes » sur la nutrition, 878.000 personnes en insécurité alimentaire en Mauritanie

Appel aux élus et parlementaires. L’Association Mauritanienne d’Aide aux Malades Indigents (AMAMI) que préside Moulaye El Mehdi Ould Moulaye Zeine a organisé jeudi 27 octobre 2022 à la Région de Nouakchott, une « Journée Portes-Ouvertes » sur la nutrition et le plaidoyer auprès des élus », avec l’appui du Global Financing Facility (GFF).

De Dr. à G. : Directeur ACF, Président AMAMI, Présidente Région Nouakchott, Représentant UNICEF et un membre de AMAMI – Crédit Aidara

Ouvrant les travaux de la « Journée Portes-ouvertes » sur la nutrition et le plaidoyer auprès des élus, organisée le 27 octobre 2022 par l’ONG AMAMI, avec l’appui du GFF, la présidente du Conseil Régional de Nouakchott, Mme Vatimetou Mint Abdel Maleck, a dit toute la disponibilité de son institution à accompagner les efforts déployés dans le domaine de la nutrition et de l’alimentation.

Elle a indiqué que la faim et la malnutrition constituent aujourd’hui les plus grands défis auxquels est confronté le monde face à la crise alimentaire mondiale née des conséquences de la pandémie Covid-19 et la hausse des prix des produits de consommation. Elle a loué dans ce cadre les efforts déployés par les pouvoirs publics pour faire face à ce défi, à travers notamment l’approvisionnement régulier et en quantité du marché, l’appui aux éleveurs et paysans par l’achat d’aliments de bétail et d’équipements agricoles.

Beaucoup d’efforts déployés, mais les défis persistent

La Présidente de la Région a remercié au passage la Coopération espagnole et les gouvernements des collectivités locales élues d’Afrique pour leurs efforts dans le cadre de la nutrition, mais aussi l’ONG internationale Action Contre la Faim (ACF) avec laquelle son institution est en partenariat pour l’accès des populations vulnérables de Nouakchott à l’alimentation.

Vue partielle de la salle – Crédit Aidara

Auparavant, le président de l’ONG AMAMI, Moulaye El Mehdi Moulaye Zeine avait campé le décor de la rencontre en remerciant le Conseil Régional de Nouakchott et sa présidente pour les activités de proximité qu’ils mènent auprès des populations. Il a cité en exemple la Caravane Santé qui a sillonnée toutes les Moughataas de la Capitale, mais aussi les efforts déployés pour l’accès des populations vulnérables à l’eau et l’électricité.

« A partir de 2023, le Ministère de la Santé va prendre en charge à 100% l’achat des Aliments Thérapeutiques Prêts à l’Emploi (ATPE), alors que le gouvernement prend déjà en charge 75% de ces produits » a-t-il indiqué. Sachant que les ATPE sont destinés à lutter contre la malnutrition des enfants, le président de l’ONG AMAMI a requis dans ce cadre l’aide des parlementaires pour faire passer le budget alloué à cet effet, pour alléger la souffrance de milliers d’enfants mauritaniens confrontés à ce fléau.

Vue partielle de la salle avec des députés et élus – Crédit Aidara

Il a également remercié l’UNICEF pour son accompagnement dans la lutte contre la malnutrition à travers ses appuis constants au Ministère de la Santé par le biais des centres de récupération nutritionnelle, mais aussi ses appuis dans le domaine de l’eau, l’assainissement et l’hygiène (Wash). Il a remercié aussi le GFF pour son appui permanent à la lutte contre la malnutrition et a renouvelé son plaidoyer auprès de cette institution, partenaire de premier plan, pour davantage de soutien dans ce cadre.

Des participants dont certains de la société civile – Crédit Aidara

Intervenant au cours de la rencontre par visioconférence, M. Guy Bokongo, responsable national des politiques et du plaidoyer chez PATH en République démocratique du Congo (RDC), conseiller technique du GFF OSC et membre du comité de pilotage du GFF OSC du pays, a procédé à une brève présentation du GFF, tout en remerciant au passage les députés. Il a exprimé la disponibilité du GFF à accompagner les efforts du gouvernement et de la société civile mauritanienne dans leurs efforts de lutte contre la malnutrition.

Guy Bokongo en visioconférence – Crédit Aidara

Tour à tour, le Représentant de l’UNICEF et le Directeur Pays d’ACF se sont exprimés pour évoquer la situation nutritionnelle en Mauritanie et les appuis que leurs institutions ne cessent d’apporter au gouvernement. C’est ainsi que le Représentant de l’UNICEF parlera du nombre élevé d’enfants mauritaniens souffrant de malnutrition, évoquant le chiffre de 30.000 par an, soit 11% de la population. Il a souligné l’intérêt d’investir dans la nutrition, car pour chaque dollar dépensé dans ce cadre, selon lui, c’est 16 dollars que le pays gagne en termes de retombées économiques. Son souhait, dira-t-il, c’est qu’à l’horizon 2030, il y ait Zéro enfant mauritanien souffrant de malnutrition.

Séquence du documentaire réalisé par AMAMI au Hodh Gharbi – Crédit Aidara

Les participants à la journée ont suivi par la suite un documentaire réalisé par l’ONG AMAMI intitulé « Réponse à l’urgence nutritionnelle au Hodh Gharbi » où des équipes de bénévoles de l’ONG se sont déployés à Koubenni pour distribuer des kits alimentaires aux structures de santé et procédé à des séances de sensibilisation sur la nutrition auprès des populations.

S’exprimant au nom des députés, El Khalil Nahwi a dit toute la disponibilité de ses collègues à appuyer la nutrition, demandant toutefois plus d’informations sur la situation de référence pour évaluer l’évolution du pays par rapport à ses indicateurs, ainsi que des comparatifs avec les pays de la région et des autres pays du monde.

Des indicateurs alarmants

Une communication sur l’état de la nutrition en Mauritanie a été présentée par un consultant. Il évoquera les engagements nationaux et internationaux du pays dans le domaine de la nutrition, citant en particulier le Plan stratégique multisectoriel sur la nutrition adoptée par la Mauritanie. Il a déploré au passage le faible niveau d’allocation pour la nutrition, qui représente à peine 1% du budget de l’Etat, loin des 6% contenus dans les engagements internationaux du pays.

Khalil Nahwi député – Crédit Aidara
Intervention d’une député – Crédit Aidara

Le consultant a déclaré que les indicateurs sur la nutrition en Mauritanie sont pareils à ceux observés dans des pays en guerre comme le Mali, avec des chiffres inquiétants sur la quasi-totalité des régions du pays. Citant l’enquête SMART 2021, 5 régions du pays sont à 15% de malnutrition aigüe pour une moyenne nationale de 12%, et 2% de malnutrition grave. Il s’agit du Guidimagha, Gorgol, Hodh Charghi, Hodh Gharbi, notamment, avec 21 Moughataas dans une situation critique de malnutrition.

Les députés en avant-garde de la rencontre – Crédit Aidara

« C’est pourquoi un fort plaidoyer doit être mené auprès des décideurs, notamment les parlementaires, afin que des fonds substantiels soient accordés à la nutrition » a commenté le consultant. Selon lui, la malnutrition chronique, avec un indicateur situé entre 20 et 30% sévit dans 6 Wilayas, dont les deux Hodhs, l’Assaba, le Gorgol, le Guidimagha. Il a indiqué aussi que le sous-poids ravage toutes les Wilayas hormis le Trarza, précisant que si de très bonnes performances ont été enregistrées dans certaines Wilayas en matière d’allaitement maternel exclusif (75 à 80%), beaucoup d’autres Wilayas restent à la traîne.

Forte présence d’élus de l’Assemblée Nationale – Crédit Aidara

L’urgence d’un fort plaidoyer auprès du gouvernement, des élus, de la société civile et des partenaires au développement s’explique ainsi, selon les acteurs de la nutrition, par la situation grave de l’insécurité alimentaire qui sévit, avec 878.000 personnes concernées, soit 20% de la population, pour l’année 2022, contre 460.000 en 2021. De quoi activer, selon eux, le caractère multisectoriel de la nutrition et plaider pour l’accroissement des investissements dans le domaine alimentaire et nutritionnel.

Cheikh Aïdara


Association de Défense des Droits des Femmes (ADDF), large sensibilisation à Nouakchott-Nord sur les dangers de l’excision

L’Association de Défense des Droits des Femmes (ADDF) que préside Mme Oumoulkheiry Kane a déposé, le jeudi 27 octobre 2022, ses valises à Nouakchott-Nord qui couvre Dar-Naïm, Teyarett et Toujounine. Objectif, sensibiliser les populations sur les dangers de l’excision et promouvoir les droits des filles et des femmes. Cette campagne couvrira les trois Wilayas de Nouakchott.

A Dar-Naïm, la campagne a connu une forte affluence – Crédit Aidara

Le quartier Teyssir, aux confins de la Moughataa de Dar-Naïm, zone excentrée sur la route d’Akjoujt, a été le théâtre, jeudi 27 octobre 2022, d’une campagne de sensibilisation contre l’excision et pour la promotion des droits des filles et des femmes. Cette activité, menée par l’ONG ADDF avec le soutien du gouvernement allemand, a été marquée par la tournée en caravane menée dans la journée au niveau des trois Moughataas de Nouakchott-Nord, Dar-Naïm, Teyarret et Toujounine. La soirée, une tente dressée dans la cour d’une école dans le quartier Teyssir a accueilli une cérémonie officielle.

L’occasion pour la présidente de l’ONG ADDF, Mme Oumoulkheïry Kane, d’annoncer le lancement d’une série de caravanes qui vont sillonner les trois Wilayas de Nouakchott dans le cadre de la mise en œuvre d’un projet de promotion et de protection des droits des femmes en Mauritanie, avec le soutien de la République Fédérale d’Allemagne.

Mme Oumoulkheïry Kane lors de son discours – Crédit Aidara

« Notre pays a réalisé des progrès importants en matière de développement humain, de promotion des droits humains et d’égalité de sexe » a-t-elle souligné. Elle a ajouté que « ces progrès témoignent d’une volonté politique réelle, car la Mauritanie a ratifié les principales conventions internationales en faveur des droits humains et de l’équité genre »

Seulement, selon la présidente de l’ADDF, le pays reste confronté à des défis sociaux à caractère culturel et traditionnel, mais aussi des défis économiques traduits par un manque d’opportunités pour les femmes, sans compter les défis législatifs liés à l’absence de protection spécifique des droits des filles et des femmes.

Forte présence de l’Ambassade d’Allemagne et la GIZ (le conseiller politique en chemise blanche) – Crédit Aidara

C’est ainsi que la contribution de l’Allemagne à notre pays se traduit, selon elle, par le projet « Promotion des Droits des Filles et des Femmes et de lutte contre l’excision en Mauritanie », dont l’objectif est de protéger l’intégrité physique de ces deux franges contre toutes formes de pratiques traditionnelles néfastes, comme les Mutilations Génitales Féminines (MGF) en particulier, et à promouvoir leurs droits.Un projet porté par l’ADDF sur le terrain de la sensibilisation.

Selon la présidente de l’association, « la sensibilisation pour le changement de comportement est une activité pertinente qui prend du temps, mais reste le moyen le plus efficace pour la lutte contre l’excision et toute pratique traditionnelle contraire aux droits humains. »

La présidente de l’Observatoire des droits des femmes – Crédit Aidara

La caravane sur les trois Wilayas de Nouakchott, lancée à partir de Dar-Naïm, sera ainsi l’occasion, selon Mme Oumoulkheïry Kane, de vulgariser la Fatwa que des Ulémas mauritaniens avaient émis en 2010 sur le caractère non religieux de l’excision, ainsi que la déclaration signée par le corps médical sur les dangers médico-sanitaires liés à cette pratique traditionnelle néfaste.

La soirée s’est achevée en beauté par des sketchs sur l’excision, l’humour avec Big Baba et la musique avec des artistes rappeurs.

Ambiance assurée et messages déchiffrés sur les droits des femmes – Crédit Aidara

A souligner que la rencontre s’est déroulée en présence du conseiller politique de l’Ambassade d’Allemagne, de deux représentants de la Coopération allemande (GIZ), d’un représentant du Commissariat aux Droits de l’Homme, de la présidente de l’Observatoire national des droits des femmes et des filles, ainsi qu’un nombreux public, dont un grand nombre d’adolescentes et adolescents, ainsi que des mères de familles.

Il faut rappeler que la cérémonie qui vient d’être organisée marque en principe la deuxième phase du projet dont le lancement officiel a eu lieu le 28 juillet 2022 à l’hôtel Azalaï à Nouakchott.

Cheikh Aïdara


Fièvre de la Vallée du Rift, un tueur silencieux à éliminer à grandes doses de sensibilisation

La Mauritanie est devenue depuis 1987 un lieu de villégiature de la Fièvre de la Vallée du Rift qui vient de frapper le pays depuis août 2022 avec plus d’une dizaine de morts chez les humains et plusieurs centaines de morts chez le bétail. Le Ministère de la Santé et le Ministère de l’Elevage épaulés par l’OMS et la FAO essayent d’endiguer le mal. Seulement, l’aspect sensibilisation-information à travers les acteurs du secteur pastoral, ainsi que l’implication de la société civile, est jugé indispensables pour arrêter ce tueur silencieux.

Des animaux en transhumance à un puits au Trarza – Crédit Aidara (archives)-

C’est en août 2022 que les premiers cas de Fièvre de la Vallée du Rift ont été signalés en Mauritanie, pays qui a déjà subi des vagues d’invasion en 1998, 2003, 2010, 2012, 2015 et 2020, après une première apparition en 1987. Cette zoonose virale africaine, affecte principalement les animaux domestiques ruminants (bovins, moutons, chèvres, chameaux, etc.) Elle peut se transmettre aux humains par l’exposition à un animal infecté, ou à un produit animal contaminé, parfois par piqure moustiques. Elle se manifeste comme une fièvre, souvent hémorragique chez l’animal et parfois (1 à 3 % des cas) chez l’homme.

La rescousse internationale

Face à la gravité de la maladie et le nombre croissant de cas mortels aussi bien au niveau des animaux que des populations, avec 17 morts enregistrés dont une fille à Atar, les pouvoirs publics ont fait appel à la FAO qui a dépêché début octobre 2022 trois experts, en plus de l’aide apportée par l’OMS. Les experts de la FAO ont rencontré toutes les parties prenantes, autorités sanitaires et cadres de l’Elevage, fédération d’éleveurs, marchés à bétail, etc.

L’Institut National de Recherches en Santé Publique (INRSP) laboratoire de référence, a déjà procédé à plusieurs tests, dont celui effectué le 29 septembre 2022 sur 131 personnes avec 30 cas positifs.

Le Comité de crise présidé par le Premier ministre a ainsi insisté sur le volet sensibilisation des éleveurs et des populations, appelant à plus de vigilance dans la consommation du lait et de la viande.

Impliquer la société civile

A côté des mesures prises par les autorités dans le domaine du dépistage et du diagnostic, mais aussi par rapport aux mesures préventives visant à isoler les animaux malades et les vaccins distribués aux éleveurs, la société civile s’est aussi fortement impliquée dans cette opération.

C’est ainsi qu’un groupe d’ONGs regroupant AMAMI, ActionDev, LCP, GAMM, ADIG, GLOBE et AJPED, ont publié le 19 octobre 2022 un communiqué où elles ont demandé aux pouvoirs publics et aux partenaires de développement « de venir en aide à une population dont la nourriture est essentiellement constituée des produits d’origine animale viande et lait. ». Selon ces organisations, « cette maladie a un impact négatif sur la situation alimentaire et nutritionnelle des populations vulnérables du pays, en particulier les femmes et les enfants déjà fragilisée par les effets du COVID-19, la flambée des prix et les changements climatiques. » Leur rôle dans la sensibilisation et l’information des pasteurs et des populations peut constituer, selon les observateurs, un grand tournant dans la lutte contre la maladie.

Coopération régionale

La nature nomade des populations ouest-africaines, notamment les populations mauritaniennes, porte encore les risques à grande échelle plus probante et inquiétante. En effet, les experts sont d’avis que les déplacements des troupeaux à la recherche d’eau et de pâturage, surtout la transhumance transfrontalière non contrôlée, peuvent augmenter davantage les risques de contamination entre les pays, cas de la Mauritanie, du Mali et du Sénégal. D’où les appels au renforcement de la coopération interrégionale pour la surveillance, la prévention et la lutte contre la maladie de la Fièvre de la Vallée du Rift.

Cheikh Aïdara


Genre et Développement, quand la Cellule Sectorielle Genre du Ministère des Affaires Economiques se veut locomotive de l’approche en Mauritanie

Pendant trois jours, du 10 au 12 octobre 2022, les membres de la Cellule Sectorielle Genre du Ministère des Affaires Economiques et de la Promotion des Secteurs Productifs ont suivi une formation intensive sur l’approche genre. Un atelier au cours duquel l’accent a été mis sur l’exigence des bailleurs de fonds par rapport au respect de l’approche genre dans tous les pays.

Le Chargé de mission du ministère en compagnie du Hakem (à sa gauche) et du Conseiller du ministre – Crédit Aidara

Créée en janvier 2022 avec l’appui du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA), la Cellule Sectorielle Genre du Ministère des Affaires Economiques et de la Promotion des Secteurs Productifs a révélé un dynamisme qui lui permet de jouer le rôle de locomotive dans l’intégration de l’approche Genre dans toutes les politiques sectorielles.

D’où la formation intensive qui a été dispensée à ses membres, du 10 au 12 octobre 2022, au cours d’un atelier-retraite dans la ville de Tiguint, à mi-chemin entre Nouakchott et Rosso.

Comprendre le Genre pour plus d’efficience

Pendant trois jours, les membres de la cellule ont suivi une formation dispensée par une experte dans le domaine, Mme Neya Hally. Définition, concepts et généralités, différence entre sexe et genre, les stéréotypes liés au genre, ainsi que les notions d’égalité, d’équité et de discrimination en matière de genre, les pratiques traditionnelles néfastes, les explications détaillées de la consultante ont été suivies de débats et de discussions. Il fut question également de la nouvelle approche basée sur le Genre et le Développement (GD) au lieu de l’ancienne approche (IFD) qui se focalisait sur des activités exclusivement réservées aux femmes.

L’experte Genre en pleine séance d’explications – Crédit Aidara

Les membres de la cellule ont été également largement imprégnés des notions de violence sexiste et de violences basées sur le genre et les violences à l’égard des femmes ainsi que leurs manifestations diverses (violences physiques, affectives et psychologiques, le viol, les violences socioéconomiques, etc.

Les participants ont aussi suivi plusieurs présentations portant sur des thématiques comme « Genre et Développement », « Genre et Santé de la Reproduction », « Genre et droits humains ». Ont été également rappelées des mesures importantes, comme la Participation Politique de la Femme (PPF) dans un processus entamé en 2006 et qui a permis le quota de 20% accordée aux femmes dans les élections, quota relevé par la suite à 30%, à travers l’Ordonnance 2006-029 du 22 août 2006 révisée en 2012.

Des statistiques ont été fournies sur la base des données de l’EDS 2019-2020. Par exemple, le taux de mutilations génitales féminines (MGF) est de 70%, les mariages précoces, 17% chez les moins de 15 ans, violence sexuelle 6%, violences physiques 9,6% et les violences conjugales 5,3% chez les 15-49 ans.

Les membres de la cellule, le staff du ministère et une représentante de l’UNFPA (Aicha Sy en noir au premier plan) – Crédit Aidara

Ces taux sont jugés alarmants par la consultante qui a énuméré les différentes conventions internationales ratifiées par la Mauritanie ainsi que les mesures juridiques et institutionnelles prises pour la défense des droits des femmes. Elle a cité le Code du Statut Personnel, le Mécanisme de surveillance pour la mise en œuvre des conventions, les missions de la Commission nationale des droits de l’homme, de la Commission interministérielle et l’Office national des droits de l’homme, chargé des rapports de suivi et de la mise en œuvre des recommandations issues des Examens Périodiques Universels. Ont été aussi citées des institutions comme l’Observatoire Egalité-Genre et l’Observatoire National des droits des femmes et des filles.

Toutes ces dispositions n’ont pas permis une représentation significative des femmes dans l’administration et les fonctions électives (voir Encadré).

L’approche Genre encore mal comprise par les décideurs

La Mauritanie dispose d’une Stratégie Nationale d’Institutionnalisation du Genre (SNIG) de 2015, démarrée en 2017, qui peine à être mise en œuvre malgré le plaidoyer intense mené par le Ministère de l’Action Sociale, de l’Enfance et de la Famille (MASEF).

Khadijetou Mint Yahya – Crédit Aidara

Les participants ont suivi également un exposé présenté par Khadijetou Mint Yahya, Directrice adjointe au Ministère des Affaires Economiques sur la Stratégie de Croissance Accélérée et de Prospérité Partagée (SCAPP), notamment son Plan d’Action 2021-2025 qui prévoit parmi ses chantiers des volets portant accès des femmes à la santé de la reproduction et à la formation professionnelle ainsi qu’à l’éducation.

Khadijetou Mint MBourou, sage-femme et présidente de la Cellule Sectorielle Genre au niveau du Ministère de la Santé a aussi présenté une communication sur le Genre et la santé de la reproduction, indiquant les pesanteurs sociales et le manque de personnel féminin dans les postes de santé, ce qui continue de bloquer selon elle l’accès des femmes aux structures sanitaires, notamment dans les coins les plus reculés du pays où le poids des traditions reste vivace. Elle a surtout mis en exergue la faible prise en compte de la dimension genre.

C’est pourquoi beaucoup d’espoirs sont placés sur le Ministère des Affaires Economiques qui est au cœur des politiques économiques du pays et sur lequel les acteurs comptent pour booster l’approche genre dans les autres départements et dans toutes les politiques sectorielles.

Bouna Ely Bouha – Crédit Aidara

Pourtant, de l’avis de Bouna Ely Bouha, Conseiller du Ministre des Affaires Economiques qui pilote la dimension genre au niveau du département, dix cellules sectorielles genre ont été créés dans les différents départements clés de l’Etat. La plupart sont encore non opérationnelles, les responsables à la tête des institutions publiques, dont des ministres, n’appréhendent pas encore l’utilité de l’approche genre dans le processus de développement, selon l’avis de plusieurs participants.

Beaucoup ont surtout fustigé l’instabilité gouvernementale et les changements rapides et incessants des staffs des ministères, ce qui explique selon eux, l’anéantissement des efforts et l’éternel recommencement, chaque responsable faisant table-rase des actions entamées par son prédécesseur.

S’agissant de la cellule genre du Ministère des Affaires Economiques, Bouna Ely Bouha a fait état des deux études menées par le département, l’une sur l’approche genre dans quelques institutions publiques comme Taazour et le projet SWEDD et une étude plus globale sur l’approche Genre en Mauritanie financée par la Banque Africaine de Développement (BAD) et dont il fut question lors de la visite le 12 septembre du directeur de la BAD et de son staff à Nouakchott.

Il a également souligné que l’activité en cours est la première entamée par la cellule et qu’un arrêté est déjà sur la table du ministre fixant la composition de la cellule et les indemnités des membres, ainsi que le budget alloué. Il a pour l’occasion sollicitée l’appui de l’UNFPA en termes d’équipements et de moyen de locomotion.

Le respect Genre, une exigence des bailleurs

Khadijetou Lô, Chargée des questions liées aux violences basées sur le Genre à l’UNFPA a mis l’accent sur l’importance de la coordination, exprimant le souhait que la Cellule Sectorielle Genre du Ministère des Affaires Economiques puisse être élargie afin que chaque département y soit représenté. L’objectif serait de fédérer toutes les parties prenantes pour booster l’approche genre au niveau de tous les départements.

Khadijetou Lô (en blanc). En voile Khadijetou Mint MBourou – Crédit Aidara

Elle a mis en exergue l’importance de cette cellule et son imbrication sur la SNIG. Elle a souligné que sa position est stratégique car logée dans un ministère qui coordonne toutes les stratégies et politiques de la SCAPP, laquelle prend en compte les engagements de la Mauritanie vis-à-vis de la Conférence Internationale Population et Développement (CIPD). Elle a rappelé au passage les 11 engagements du pays pris lors de la CIPD+25 à Nairobi, la 5ème portant sur le Genre, mais aussi par rapport à l’Agenda 2030 des Objectifs de Développement Durable (ODD) et l’Agenda 2063 de l’Union Africaine.

Aujourd’hui, a-t-elle dit en substance, le respect de l’approche Genre dans toutes les politiques sectorielles est devenu une exigence des bailleurs de fonds au niveau international.

Le constat, relevé lors des débats, est que le Plan d’Action de la SCAPP 2021-2025 ne prend pas suffisamment en compte la dimension genre. C’est pourquoi les bailleurs ne s’intéressent plus à la Mauritanie, selon le constat fait par des observateurs suite à la dernière réunion de Banjul sur les MGF, où la Mauritanie n’a pas reçu de financement à cette occasion.

A rappeler que l’ouverture de l’atelier s’est déroulée sous la présidence de Mohamed Habiboullah Mohamed Ahmed, Chargé de Mission au Ministère des Affaires Economiques et le Hakem de Tiguint, Bâ Alpha Ibrahima, en présence de Mohamed Teghra, Conseiller du Ministre des Affaires Economiques et de Mohamed Bedde, Conseiller de la Ministre de l’Action Sociale.

Cheikh Aîdara

ENCADRE 1

État de lieu de la participation des femmes aux postes administratifs et mandats électoraux

2 femmes ministres à la Présidence de la République et 4 femmes ministres
1 femme Commissaire (Sécurité Alimentaire) au rang de ministre
1 femme Directrice de Cabinet du Premier Ministre
1 femme Directrice à l’Agence de Promotion de l’Investissement
1 femme Directrice de PROCAPEC
1 femme Secrétaire Général au Gouvernement
8 femmes Hakem Mouçaid
1 femme au grade de Commissaire de Police
18 femmes Officiers de Police et/ou Inspectrices de Police dont 4 dirigent les Commissariats pour Mineurs et 1 au Commissariat de la Police Judiciaire et sont appelés Commissaires
0 femme Directrice à l’Action Sanitaire
98 femmes médecins généralistes
34 femme Médecins Spécialisés (toutes spécialités confondues)
1 femme Directrice Régionale de l’Education Nationale (DREN)
1 femme Directrice de l’Hôpital Mère et Enfant
1 femme Directrice de la Société de Transport
1 femme Directrice à la Centrale d’Achat des Médicaments (CAMEC)
23 femmes professeurs dans l’Enseignement Supérieur
180 femmes d’Affaires (environ)

ENCADRE 2

Postes décisionnels             Total           Hommes            Femmes      % de Femmes
Ministres2822621.4%
SG Ministères2522312%
Ambassadeurs/Consuls444049%
Wali151416%
Hakem636123%
Députés1571263119.7%
Maires219208115.02%
Conseillères municipales38312446138536.15%
Présidente Conseil Régional1311215.33%
Conseillères Régional2311329942.85%
Magistrats31431310.31%
DREN151410.19%
DRAS151500%
Source : MASEF