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Journée internationale pour l’élimination de la fistule obstétricale, « la chasse aux survivantes, une priorité absolue en Mauritanie »

La défaillance du système de santé, les mariages précoces et le taux peu élevé de la contraception, expliquent certains aspects de la forte prévalence de la fistule obstétricale en Mauritanie. Ce constat a été dégagé en marge de la célébration, le 23 mai 2021 par visioconférence, de la Journée internationale pour l’élimination de la fistule obstétricale, avec la participation du Ministère de la Santé et du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA).

La Mauritanie, à l’instar de la communauté internationale, a célébré dimanche 23 mai 2021, la Journée internationale pour l’élimination de la fistule obstétricale, sous le thème : « les droits des femmes sont des droits humains, nous devons éliminer la fistule obstétricale maintenant ».

@Crédit Aidara

Mettre en place de nouvelles stratégies adaptées au contexte Covid-19

Ouvrant les travaux de la journée, qui se sont déroulés par visioconférence, le Directeur de la Santé Mère et Enfant au Ministère de la Santé, Dr. Diagana Moussa, a d’emblée déclaré que « la fistule obstétricale, au-delà de cette terrible blessure physique, est une atteinte à la dignité intrinsèque de la femme ». Selon lui, les femmes qui en souffrent, la plupart très pauvres, sont souvent condamnées à la dépression, à l’isolement social et à une aggravation de la pauvreté.

Dr. Diagna Moussa

« Consacrer une journée à la fistule obstétricale, c’est permettre de rappeler et de sensibiliser à la difficulté d’accès aux soins de santé maternelle, mais aussi c’est lutter contre la morbidité et la mortalité maternelle et néonatale d’une façon générale » a-t-il souligné. Pour lui, c’est surtout lutter contre la violation des droits fondamentaux de ces femmes. Le thème, comme celui de cette année, « les droits des femmes sont des droits humains, nous devons éliminer la fistule obstétricale maintenant » ne peut être mieux choisi et plus actuel, a-t-il ajouté en substance.

Il a précisé que pour atteindre cet objectif, d’éliminer la fistule obstétricale d’ici 2030, c’est maintenant qu’il faut agir. Même la pandémie de Covid-19, ne doit pas, selon lui, nous détourner de cet objectif. « Cette pandémie a mis à rude épreuve nos systèmes de santé. Elle a malheureusement affecté les soins essentiels de santé maternelle et reproductive » a-t-il illustré.

Dr. Diagana estime que la pandémie Covid-19 a surtout entraîné le report des programmes de réparation des fistules jugés non urgents par les hôpitaux dont les ressources ont été réaffectées à la prise en charge des cas de Covid-19. Ce qui doit susciter de nouvelles stratégies pour éviter l’amoncellement des cas de fistules obstétricales, estime-t-il.

« Le Programme Prioritaire Elargi du Président de la République, grâce à une subvention substantielle allouée à l’amélioration de la qualité des soins obstétricaux et à l’accessibilité des femmes enceintes à ces soins, permet non seulement de contribuer à l’éradication de la fistule, mais aussi à l’insertion sociale des femmes pauvres qui en sont atteintes » a déclaré le Directeur de la Santé Mère et Enfant.

La récente participation de la Première Dame à une rencontre régionale de haut niveau en est aussi une illustration, d’après lui. Il a affirmé qu’au niveau du département de la Santé, l’adoption d’une Stratégie pour l’élimination de la fistule obstétricale, constitue un grand pas vers l’élimination de ce fléau. Toujours au niveau du département, rien n’a été épargné, a-t-il ajouté en substance, pour la continuité des actions d’amélioration des soins de santé maternelle et infantile pendant cette pandémie. « Dans ce cadre, les programmes de réparation des fistules obstétricales qu’entreprend notre département, avec notre partenaire l’UNFPA, ne devrait plus souffrir de retard » a-t-il conclu.

L’UNFPA, partenaire stratégique dans la lutte contre la fistule

Le Représentant Résident de l’UNFPA en Mauritanie, SEM. Saidou Kaboré, avait auparavant souligné que le thème retenu cette année, pour la célébration de la Journée mondiale de la fistule obstétricale, « nous interpelle quant à l’urgence à mettre en commun nos efforts pour mettre fin à ce phénomène ». Plus techniquement, il explique que la fistule obstétricale est une grave blessure subie par les femmes lors de l’accouchement. Il s’agit selon lui, d’une perforation de la filière pelvi-génitale causée par un travail prolongé ou obstrué. Non traitée, elle peut entraîner des infections, des maladies, voire l’infertilité, a-t-il fait remarquer.

Fistuleuse guérie (Kankossa)- Crédit Aidara (photo archives)

Selon M. Kaboré, les victimes en Mauritanie se comptent parmi les filles et les femmes les plus vulnérables, démunies, vivant dans les localités les plus enclavées, avec un accès très limité à des services de santé de qualité. « Pendant que le Monde entier dénombre chaque année, 50 000 à 100 000 nouveaux cas, la Mauritanie compte 150 à 300 nouveaux cas » a-t-il rappelé.

Il a salué dans ce cadre les efforts déployés par le gouvernement mauritanien, à travers notamment la prise en charge chirurgicale et l’offre de chirurgie de réparation à 635 femmes porteuses de fistules, l’intégration de la fistule obstétricale dans les maladies indigentes avec l’accès à la gratuité de la prise en charge, y inclus la réinsertion socioéconomique des femmes traitées et guéries de la fistule obstétricale. Mais les défis restent encore nombreux face aux cas additionnels, a-t-il regretté.

La prévention reste selon lui le moyen le plus efficace pour stopper définitivement la fistule en Mauritanie. Il a salué dans ce cadre les multiples campagnes menées à travers le pays malgré la « tempête » de Covid-19, campagnes auprès des centres de santé pour le maintien de l’offre de services de qualité de planification familiale et de réparation des fistules obstétricales au profit des femmes issues de milieux vulnérables. Il a salué aussi les efforts menés par les équipes du Ministère de la Santé, mais surtout l’intervention de la Première Dame, Dr. Mariam Fadel Dah, en faveur de l’élimination de la fistule obstétricales au cours de la rencontre de Haut Niveau pour l’élimination de ce fléau.

La Stratégie nationale et ses recommandations

Chargé de modérer la visioconférence, Dr. Sidi Mohamed Abdel Aziz, Chef de service santé maternelle, néonatale, infantile et adolescent à la Direction de la Santé Mère et Enfant, a fait une brève présentation de la Stratégie nationale de 2020 pour l’élimination de la fistule obstétricale ainsi que ses recommandations.

Il a souligné que la fistule obstétricale est une maladie invalidante qui touche profondément l’aspect psychique, physique et social de la femme. Elle est surtout due, selon lui, à la défaillance du système de santé qu’une enquête SONU menée en 2020 a permis de détecter au niveau des maternités du pays. Dans la plupart de ces structures, en particulier les centres de santé, il a été remarqué, d’après lui, que ces derniers ne délivraient pas les Soins néonataux d’urgence (SONU B). Pourtant, fait-il remarquer, il s’agit d’une priorité nationale et l’élément essentiel pour lutter contre les fistules obstétricales.

L’équipe de « Equilibre et Population » à l’hôpital Mère et Enfant de Nouakchott en 2016 pour réparer les fistules-Crédit Aidara

L’autre cause des fistules qu’il a citée, le mariage précoce qui continue de sévir, malgré l’existence d’une loi qui l’interdit ainsi que son décret d’application. Il y a également, comme autre cause, cite-t-il en substance, le taux peu élevé de la contraception, qui est seulement de l’ordre de 17% (MICS 2015). Autre cause, un système de référence nationale peu efficace, la fistule restant selon lui, une affaire de travail obstétrique en premier lieu. Le retard dans le référencement des femmes, vivant souvent dans des lieux éloignés et le retard dans leur prise en charge, sont d’après Dr. Sidi Mohamed, l’une des causes de complication débouchant le plus souvent sur une fistule.

La Stratégie nationale pour l’élimination de la fistule obstétricale a dégagé ainsi plusieurs recommandations sur la base d’une analyse situationnelle. Parmi ces recommandations, celle qui élève la fistule au rang de problème de santé publique, la mise en place d’une équipe formée chargée de la prise en charge chirurgicale des cas. Dr. Sidi Mohamed a ainsi félicité les médecins qui prennent déjà en charge les fistuleuses, au niveau de l’hôpital Cheikh Zayed et de l’hôpital Mère et Enfant de Nouakchott, au niveau de l’hôpital de Kiffa, et bientôt, souligne-t-il en substance, au niveau des hôpitaux d’Aïoun et de Sélibaby.

La Stratégie recommande également, selon Dr. Sidi Mohamed, le recensement de toutes les femmes porteuses de fistules, évoquant un projet de recherches de ces victimes avec le concours de l’UNFPA et du SWEDD. Elle recommande aussi l’élaboration d’un plan d’action nationale de lutte contre la fistule obstétricale qui doit inclure les trois principales composantes, à savoir, la prévention, la mise en place d’un système de santé efficace et l’élimination définitive du mariage des enfants, avec un accent sur l’évacuation à temps des femmes en évitant le long travail à l’accouchement, l’éducation des prestataires de santé, en particulier les accoucheuses qui opèrent dans des contrées reculées.

Autre recommandation, le relèvement des plateaux techniques de certaines structures de santé, les séances d’IEC au niveau de tous les centres de santé, l’élargissement du forfait obstétrical et la prise en charge de toutes les femmes, de l’accouchement jusqu’au post-partum. Enfin, l’élaboration d’une base de données commune, la création d’un service de santé communautaire et le lien à opérer entre la stratégie et les mécanismes de prévention secondaire, comme les réseaux SONU.

A noter que la séance de visioconférence a vu la participation du Directeur de la Qualité au Ministère de la Santé, celle de la Directrice de la Médecine hospitalière. Côté UNFPA, il y avait Dr. Boutou Mohamed El Kory et Brahim Vall Ould Mohamed Lemine, entre autres.


Cheikh Aïdara


« Ce jour est historique ! » Dixit Birame Dah Abeid lors de la réception de la délégation antiesclavagiste américaine

L’Initiative de Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA) et le parti Radical pour une Action Globale (RAG), sous la houlette du député Birame Dah Abeid, ont organisé, jeudi 20 mai 2021, un point de presse suivi d’un déjeuner en l’honneur de la délégation antiesclavagiste américaine « Abolition Institut » en visite en Mauritanie depuis trois jours en compagnie de quelques membres de l’ONG « Anti-Slavery ».

Birame lors de son discours (à ses côtés Sean Tunner et et Bakary Tandia ) – Crédit Aidara

« Ce jour est historique, car il y a moins de deux ans, une telle manifestation populaire, un tel rassemblement et une telle réception organisée en l’honneur de visiteurs du mouvement IRA et du parti RAG, était tout simplement impossible ! » a déclaré Birame Dah Abeid.

Cette déclaration du président du mouvement IRA, et personnalité de référence du parti RAG, a été faite au cours d’un point de presse animé le jeudi 20 mai 2021 au siège du parti RAG au PK 10 de la commune de Riyad à Nouakchott. C’était en marge d’un déjeuner offert à une délégation de l’ONG américaine antiesclavagiste « Abolition Institute » dirigée par Sean Tunner et l’ONG « Anti-Slavery » sous la direction de Sarah Mathewson. Cette délégation est arrivée le 17 mai 2021 à Nouakchott, dans ce même aéroport duquel ils ont été expulsés en 2017.

Vue partielle de la délégation ( au premier plan Sean Tunner et Bakary Tandia) – Crédit Aïdara

Birame Dah Abeid a profité de l’occasion pour saluer la vision du président Ghazouani et celle du gouvernement mauritanien qui s’est traduite par le climat d’ouverture et de concertation démocratique qui prévalent, selon lui. Mais aussi, d’après ses propos, par la possibilité accordée à tous les acteurs mauritaniens de jouir de leurs droits à l’exercice de leurs libertés fondamentales, comme la liberté d’expression et de conscience. Il a cependant demandé au président Ghazouani et à son gouvernement, à plus d’engagement dans le traitement des dossiers d’esclavage, soulignant que le mouvement IRA ne faiblira jamais dans son combat pour le respect des droits de l’homme.

Le leader du mouvement IRA a également rendu un vibrant hommage au président du parti SAWAB, Abdessalam Horma qui a ouvert ses bras aux membres du mouvement lors des élections législatives et municipales de 2018, permettant ainsi, selon lui, aux abolitionnistes d’IRA de mettre le pied dans l’hémicycle du parlement mauritanien pour la première fois.

Vue partielle de la délégation américaine ( au premier plan Sarah Mathewson ) – Crédit Aidara

A son tour, Sean Tunner, a rappelé l’assaut du Congrès américain par des suprématistes blancs américains suite à l’élection de Joe Biden à la Maison Blanche à la place de Donald Trump. Pour signifier qu’aucun pays au monde n’échappe aux problèmes liés aux exactions à connotation religieuse ou raciale. 

« N’eût été ce malheureux évènement, vous aurez été invité à l’investiture de Joe Baiden » a-t-il lancé en direction de Birame Dah Abeid, sous une pluie d’applaudissements. Le leader de l’ONG « Abolition Institute », joignant le geste à la parole, a offert au président d’IRA, un Pull-over de couleur beige, avec l’effigie de Joe Biden, le même Pull-over qui a été offert à tous ceux qui avaient assisté à l’investiture du président démocrate. Cerise sur le gâteau, le leader de l’ONG « Abolition Institute » a également offert à Birame Dah Abeid, un tableau portant son portrait encadré par plusieurs signatures, celles des principaux responsables et sympathisants de l’ONG, dont Barak Obama, l’ancien président américain.

Le tableau offert à Birame – Crédit Aidara

A noter que la délégation américaine, composée de 18 personnalités de divers horizons (artistes, défenseurs des droits de l’homme, religieux, etc.) est arrivée au siège du parti RAG à Riyad, à bord de deux minibus. Une double haie d’honneur les attendait avec dans les rangs, les principaux cadres du mouvement IRA et du parti RAG, notamment la vice-présidente de IRA, Kadiata Bâ et le président du parti RAG, Oumar Yali, un représentant du parti UPR, le président du parti SAWAB, Abdessalam Horma et son adjoint, entre autres personnalités présentes à l’accueil.

Le Comité d’accueil – Crédit Aidara

Les antiesclavagistes américains ont profité de l’occasion pour écouter plusieurs victimes des droits de l’homme, des veuves et orphelins des évènements de 89-91, des exclus du recensement biométrique et des rapatriés mauritaniens en situation d’apatride, des victimes de spoliation foncière en milieu rural, entre autres.

La délégation américaine quitte Nouakchott vendredi 21 mai 2021 en direction de la capitale sénégalaise, Dakar.

Cheikh Aïdara

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Le Commissaire aux Droits de l’Homme à la délégation américaine en visite en Mauritanie : « les esclavagistes, c’est comme les voleurs, les trafiquants de drogues…des criminels, et nous avons pris des lois pour les punir »

Les membres de la délégation de l’ONG américaine « Abolition Institute » ont été agréablement surpris du climat d’ouverture et de dialogue qui prévaut actuellement en Mauritanie. Refoulés en 2017 dès leur arrivée à l’aéroport international Oumtounsy de Nouakchott, ils ont pu cette fois pénétrer dans le territoire mauritanien sans aucune entrave. Mieux, ils ont eu droit au salon d’honneur où des représentants d’ONG antiesclavagistes nationaux, en l’occurrence Boubacar Messaoud de SOS Esclaves et Birame Dah Abeid du mouvement IRA, les attendaient, à leur arrivée le 17 mai 2021.

Le Commissaire aux Droits et les délégations antiesclavagistes américaines et mauritaniennes lors de l’audience- Crédit Aidara

Mardi 18 mai, la délégation était reçue par le Commissaire aux Droits de l’Homme, à l’Action Humanitaire et aux Relations avec la Société Civile, M. Mohamed El Hassen Boukhreiss. Entretien cordial au cours duquel, les échanges ont porté sur l’évolution enregistrée dans le domaine des droits de l’homme en Mauritanie, même si certaines pesanteurs persistent.

Les membres de l’ONG « Abolition Institute » qui étaient accompagnés de leurs homologues de « Anti-Slavery » ont été séduits par la franchise du Commissaire qui leur a brossé la réalité des droits de l’Homme en Mauritanie, une situation qui ne diffère guère de celle des autres pays du monde, même les plus réputés pour leur respect pour les droits humains, a-t-il fait remarquer en substance.

S’il y a eu des avancées notoires en Mauritanie sur le plan législatif, avec l’adoption d’un arsenal juridique répressif contre les pratiques esclavagistes, rien n’est encore parfait, reconnaît le Commissaire. « Nous ne sommes pas dans le déni, et nous ne pouvons pas affirmer qu’il n’y pas quelques individus ici ou là qui pratiquent l’esclavage. Comme tout criminel, il y a en effet des esclavagistes comme il y a des voleurs, des trafiquants de drogue et d’autres personnes qui enfreignent la loi et contre lesquelles nous avons pris des lois pour les réprimer » a-t-il précisé.

Le Commissaire a surtout insisté sur la formation et le renforcement de capacité des activistes des droits de l’Homme en Mauritanie, notamment dans le domaine de la documentation des faits d’esclavages avérés ou non. « Beaucoup de dossiers présumés d’esclavagisme se terminent souvent par des acquittements pour faute de preuves ou par des peines légères, du fait du manque de documents convaincants pour les juges » a-t-il soulevé.

A son tour, M. Sean Tunner, Chef de la délégation de l’ONG « Abolition Institut » a remercié le Commissaire aux Droits de l’Homme pour l’accueil, pour sa franchise et les progrès importants réalisés par son département et par le gouvernement mauritanien dans le domaine de la promotion et de la protection des droits humains, y compris la lutte contre l’esclavage et ses séquelles.

Avaient assisté à la rencontre, le Commissaire Adjoint aux Droits de l’Homme, le Conseiller juridique et le Directeur des Droits de l’Homme.

Côté visiteurs, il y avait 7 membres de l’ONG « Abolition Institut » et de l’ONG « Anti-Slavery » dirigée par Mme Sarah Mathewson, ainsi que Bakary Tandia, avocat et droit de l’hommiste mauritanien résident aux Etats-Unis, et Boubacar Messaoud, président de SOS Esclaves.

Cheikh Aïdara


« Démographie, Paix et Sécurité », des consultations nationales s’ouvrent en Mauritanie et au Sahel

En prélude à la rencontre sur les consultations nationales sur le triptyque « Démographie Paix et Sécurité au Sahel » prévue à Bamako le 19 mai 2021, la Mauritanie à l’instar de plusieurs pays SWEDD du Sahel a organisé lundi 17 mai 2021, une journée de réflexion sur sa propre monographie. Organisée par le Ministère des Affaires Economiques et de la Promotion des Secteurs Productifs, avec l’appui du Bureau Mauritanie du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA), la journée a porté sur une réflexion autour de l’étude présentée par le consultant, Baba Boumeiss.

Table des officiels – Crédit Aidara

Nouakchott a abrité lundi 17 mai 2021, une journée de réflexion et d’échanges autour de « l’étude monographique sur la démographie, la paix et la sécurité en Mauritanie ». Les résultats des débats et les recommandations issues de ces travaux seront versés au forum prévu à Bamako le 19 mai 2021 sur le triptyque « Démographie, Paix et Sécurité au Sahel ».  La rencontre a été organisée par le Ministère des Affaires Economiques et de la Promotion des Secteurs Productifs, avec l’appui de l’UNFPA Mauritanie, en présence de plusieurs autres acteurs de développement.

Fortes demandes sociales et problématique de la jeunesse

Baba Boumeiss – Crédit Aidara

Baba Boumeiss, statisticien-économiste, ancien Directeur général de l’Office National de la Statistique et Consultant recruté par l’UNFPA a présenté « L’Etude monographique sur la démographie, la paix et la sécurité en Mauritanie », qu’il a réalisée en août 2020. Cette étude met en exergue l’évolution du contexte sécuritaire en Mauritanie, épargnée depuis 2013 par les attaques terroristes, les perspectives démographiques soumises à la forte demande sociale d’un pays dont les moins de 35 ans représentent 75% de la population, et enfin, les politiques et programmes pour répondre d’une manière durable à la fragile situation sociale, économique et démographique du pays. « La population mauritanienne est très jeune » dira-t-il. Elle peut être source de développement si elle reçoit une bonne éducation de base, une formation professionnelle de qualité et de l’emploi, a-t-il souligné en substance. « Ce qui n’est pas encore totalement le cas », a-t-il regretté. Il a aussi regretté les taux alarmants de décès maternels, infantiles et juvéniles, le taux inquiétant du chômage des jeunes. Quinze années de Cadre Stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP 2001-2015) et quatre années de SCAPP (2016-2020) n’ont pas encore résolu tous les problèmes de résilience.

Participants – Crédit Aidara

De son côté, Dr. Souleymane Diakité qui s’est exprimé par visioconférence à partir de Dakar où il travaille au sein de l’Ecole Nationale de la Statistique et des Analyses Economiques (ENSAE) a présenté les « Résultats des modèles statistiques et la Modélisation entre démographie, paix et sécurité ». Selon lui, le contexte africain est marqué par un fort taux de chômage des jeunes, l’insuffisance des ressources, le niveau élevé de la demande sociale et des facteurs démographiques inhibiteurs de développement, avec de forts taux de mortalité maternelle et infantile et des taux élevés de fécondité.

Rejoignant presque Baba Boumeiss dans son analyse des causes des conflits, Dr. Souleymane Diakité a évoqué l’approche économique et ses politiques d’exclusion et de marginalisation, l’approche sociale avec ses tensions socioculturelles et ethniques, l’approche démographique d’inspiration malthusienne. Parmi les 11 variables actives retenues, la sécurité occupe selon lui, 5 modalités, mettant en exergue le cas particulier de l’Afrique de l’Ouest comme foyer de tension et de conflits.

Panel des acteurs nationaux

Table des panélistes – Crédit Aidara

S’exprimant au nom de la Direction des Stratégies et Politiques de Développement du Ministère des Affaires Economiques, M. Mohyedine Sidi Baba a déclaré que la Mauritanie a « une taille de ménage à 6 et un taux de fécondité de 5 enfants, restons-en là, pas de politiques malthusienne ».  Il a évoqué lors du panel organisé pendant l’atelier que les frontières héritées de la colonisation sont souvent sources de conflits, soulignant les fragiles accords de défense qui empêchaient jusque-là beaucoup de pays ouest-africains à investir dans l’armement. Ce qui s’est traduit depuis quelques années par des dépenses militaires de plus en plus colossaux au détriment des autres lignes budgétaires, sachant que l’Aide Publique au Développement ne peut servir à acheter des armes et que l’aide militaire n’est pas non plus compris dans l’Aide publique au développement.

D’une manière schématique, M. Mohyedine Sidi Baba a scindé la population en trois catégories, ceux qui consomment, c’est-à-dire la totalité, ceux qui produisent et ceux qui détruisent, sachant que ceux qui produisent constituent une minorité et que ceux qui détruisent par actes de banditisme, de terrorisme ou, selon d’autres, de détournements de biens publics, sapent les efforts de développement et alimentent les tensions. La solution à ces défis passe selon lui par la gouvernance, l’emploi des jeunes et la sécurité. Il citera dans ce cadre les réponses du gouvernement, à travers la Stratégie de Croissance Accélérée et de Prospérité Partagée (SCAPP) 2016-2030, notamment le Levier 2 relatif au Capital humain et le Levier 3 relatif à la bonne gouvernance. Il a évoqué surtout, le Programme Elargi du Président de la République à travers la SCAPP 1 (2016-2020) et la SCAPP 2 (2020-2030) qui mise sur une croissance forte, la création d’emplois et l’offre accrue des services sociaux de base.

Selon Mohyedine Sidi Baba, « l’emploi des jeunes assèche les sources de violence et la fourniture des services de base favorise l’occupation du territoire national et le recul des zones non habitées, propices à l’insécurité ». Il a précisé enfin que les politiques publiques adoptées sont en parfaite adéquation avec les résultats d’analyse de l’étude sur la démographique, la paix et la sécurité au Sahel.

Pour lui, le principal défi reste l’emploi des jeunes, soulignant que chaque année, 50.000 jeunes arrivent sur le marché du travail qui n’offre que 25.000 opportunités. Parmi ces 50.000 jeunes, seuls 2.000 à 2.500 ont une formation professionnelle, donc absorbables par le marché du travail. Le reste, soit environ 42.000 sont soit sans instruction, soit sans formation professionnelle où sortant des universités, donc non désirés par le marché. « Où vont-ils ? » s’est-il demandé.

Selon Mohyedine Sidi Baba, l’Etat est en voie de résorber ce déficit d’emploi des jeunes à travers deux grands programmes phares chers au Président de la République, « Mechroui-Moustaghbeli » (Mon Projet-Mon Avenir) doté d’un budget de 250 millions MRU et « Mihneti » (Mon Métier) d’un budget de 150 millions MRU, gérés tous les deux par le Ministère de l’Emploi, de la Jeunesse et des Sports,

Les participants ont suivi par la suite trois communications, l’une sur l’apport du secteur privé par Hamza Babeta, l’autre sur le rôle du Haut Conseil de la Jeunesse par son président, Mohamed Yahya Taleb Brahim et le troisième sur le rôle de la société civile par le Pr. Moussa Bathily Bâ.

Mais avant, il y avait l’ouverture officielle

A rappeler que l’ouverture officielle de l’atelier a été marquée par le discours prononcé par le Secrétaire Général du Ministère des Affaires Economiques et de la Promotion des Secteurs Productifs, M. Mohamed Moustapha Ould Abdi Ould Jiyid qui s’est félicité de la réflexion ouverte sur cet important thème qui met en exergue les liens étroits entre démographique, paix et sécurité. « Notre pays fait face à d’énormes défis liés au développement d’une manière générale et de ses liens étroits avec la paix et la sécurité dans la région du Sahel, d’une manière particulière » a-t-il déclaré.

Le Secrétaire général du Ministère des Affaires Economiques – Crédit Aidara

Il a ajouté que l’évolution des indicateurs démographiques et socioéconomiques, nonobstant des avancées significatives, restent tout de même sources d’inquiétude. « C’est ce que notre pays a très tôt pressenti grâce aux orientations du Président de la République, M. Mohamed Cheikh Ghazouani » a-t-il précisé. Cela s’est traduit, d’après lui, par les grandes avancées dans la formation du capital humain et du dividende démographique, et l’intégration de ces données dans la SCAPP. « Ce, à travers plusieurs leviers, notamment une croissance économique forte, pérenne et globale, la formation d’un capital humain performant et la bonne gouvernance » a-t-il souligné.

Le secrétaire général a ajouté que 15 chantiers et 59 interventions prioritaires ont été réalisés, ainsi que de nombreux projets. « Le gouvernement compte beaucoup sur ce présent atelier pour trouver d’autres pistes de réflexion capables de permettre au pays de répondre aux attentes de ce 21ème siècle » a-t-il affirmé.

Le Représentant résident de l’UNFPA en Mauritanie, SEM. Saidou Kaboré, en déplacement à Bamako, a adressé un message dans lequel il a souligné que « la recrudescence des conflits violents en Afrique subsaharienne a amené les chercheurs et les responsables politiques à s’interroger sur les corrélations entre démographie, paix et sécurité ». Il a ajouté que « ces dernières années, la région du Sahel a connu une hausse extraordinaire des attaques terroristes (Burkina, Mali, Niger…) ». Il a précisé que le contexte est aggravé par la faiblesse de la gouvernance, la dégradation de l’environnement et l’arrivée d’importantes vagues de migrants.

Vue des participants – Crédit Aidara

La réponse a généralement porté, selon lui, sur la création d’opportunités économiques, la lutte contre la pauvreté et l’exclusion politique. Mais ces solutions n’ont pas été suffisantes, a-t-il ajouté en substance. D’où le lancement en 2020 par le Bureau régional de l’UNFPA pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre (WCARO) d’une étude intitulée « la démographie, la paix et la sécurité dans le contexte africain ». A l’instar du Mali, du Burkina et du Niger, la Mauritanie a ainsi réalisé une monographie, dont les résultats font l’objet des présentes consultations nationales. Celles-ci visent, selon lui, à recueillir les contributions respectives des pays à la réflexion régionale sur la démographie, la paix et la sécurité dans la région du Sahel. Elles participent au plaidoyer pour la conception de politiques et programmes novateurs avec un accent particulier sur l’investissement dans le capital humain et la capture du dividende démographique, a-t-il précisé en substance.

Cheikh Aïdara