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Violences basées sur le genre (VBG), armer les assistantes sociales pour une meilleure prise en charge des survivantes

Du 15 au 17 février 2021, six assistantes sociales venues du Trarza et du Guidimagha, mais aussi des participants venus d’autres horizons, ont suivi une formation sur la prise en charge psychosociale des survivantes des violences basées sur le genre (VBG). Cet atelier de trois jours a été organisé par le Ministère des Affaires Sociales, de l’Enfance et de la Famille (MASEF), avec l’appui du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA).
Vue de la salle de formation – Crédit Aidara

De l’accueil au suivi, en passant par l’écoute, l’aide psychosociale, l’orientation et le référencement … La mission dévolue à l’assistante sociale est un maillon central dans la prise en charge des cas de violences basées sur le genre (VBG). Il existe quatre principes directeurs pour la prise en charge des survivantes de VBG : sécurité, confidentialité, respect et non-discrimination. Muriel Kobena, experte internationale et formatrice en prise en aide des victimes des VBG et Brahim Khlil, psychologue, ont centré leur formation sur ces quatre principes. Cette formation a profité à six assistantes sociales venues du Trarza et du Guidimagha, à une personne ressource de haut niveau du MASEF, à deux agents de Medicos Del Mundo et à deux personnes ressources de l’UNFPA. Cet atelier a été organisé par le MASEF avec l’appui de l’UNFPA et s’est déroulé du 15 au 17 février 2021 à Nouakchott.

La place centrale de l’assistante sociale

La méthodologie de formation axée sur l’apprentissage des adultes (andragogie) a été caractérisée par l’interactivité, la diversité des jeux de rôle et des jeux récréatifs en rapport avec les différentes situations de terrain. Elle a permis aux participants de mieux comprendre leur mission à chacune des étapes de la prise en charge psychosociale des survivantes des VBG.

Ces étapes sont l’accueil, l’écoute active, l’aide psychosociale, l’orientation, le référencement et le suivi. L’occasion de mettre une fois de plus en exergue le rôle central de l’assistance sociale dans le système social de prise en charge des survivantes de VBG.

Les participants ont ainsi bien retenu la définition conventionnelle de la violence basée sur le genre. Les VBG se définissent comme « tout acte préjudiciable émis contre le gré de quelqu’un en se fondant sur les différences établies par la société entre les hommes et les femmes. » Ainsi, tous les actes causant un préjudice en infligeant des souffrances physiques, psychologiques ou sexuelles, la menace de tels actes, les contraintes et autres privations de liberté, sont concernés, que ce soit dans la sphère publique ou dans la sphère privée.

L’accent a été mis sur le fait que les VBG concernent tout être humain, femmes ou hommes, garçons ou filles. Aux violences physiques, psychologiques et sexuelles, s’ajoutent les violences économiques et socioéconomiques.

vue partielle de participants avec Brahim Khlil – Crédit Aidara

Plus globalement, les participants ont appris que les VBG peuvent être classées en deux grandes catégories : les violences domestiques, et les pratiques traditionnelles néfastes (mutilations génitales féminines, mariage précoce, lévirat sororat…)

Quelles conséquences ont ces violences basées sur le genre ?

Les effets que peuvent avoir ces VBG sont multiples, comme les grossesses non désirées, les fausses couches, les avortements, les blessures, les handicaps, les IST/VIH, la mortalité maternelle et infantile, la stérilité. À ces conséquences physiques, s’ajoutent les conséquences psychologiques, comme l’isolement, l’abandon de toute activité, la perte d’estime de soi, les troubles du sommeil, les pensées suicidaires, les tentatives de suicide, la toxicomanie, l’alcoolisme, les émotions incontrôlées, l’anxiété, l’agressivité…Les conséquences sociales se révèlent encore plus destructrices, telles que la stigmatisation, la marginalisation, la détérioration des relations au sein du couple, de la famille, de la société, l’abandon, le rejet, la discrimination, les mauvais traitements, surtout à l’égard des enfants issus de viols…

Les principes directeurs de l’assistance de victimes de VBG, que toute assistante sociale doit avoir comme leitmotiv, ont été bien ancrés dans l’esprit des participants, à travers le gestuel et les mots. Les notions de respect, de confidentialité, de sécurité et de non-discrimination, ont été assimilées en tant que principes essentiels dans la mission dévolue aux assistantes sociales dans la prise en charge psychosociale des survivantes de VGB. Mais l’Alpha et l’Oméga de la prise en charge repose, comme l’a souligné Mme Muriel Kobena, sur le consentement éclairé de la survivante, sans lequel aucune étape de la prise en charge ne peut être envisagée.

Des exercices à chaque étape

Le gestuel associé au mot – crédit Aidara

Chaque étape de la formation a été ponctuée par des exercices pratiques, souvent récréatives, qui ont permis aux participants de lier l’utile à l’agréable. Souvent, ce sont les « Triplés », trois battement de main sonores effectués par tous les participants, debout, qui viennent égayer les séances, pour encourager des réponses justes apportées aux questions pertinentes ou à des pièges de jeu savamment pensés par la formatrice et son assistant, Dr. Brahim Khlil, qui s’est chargé également de la traduction dans les deux sens français-arabe.

Parmi ces jeux, celui du « Leader » pour tester le sens de l’observation chez les participants, le jeu de la « répétition crescendo » pour tester le sens de mémorisation et de l’écoute, l’exercice de la « bouteille » et celle de la « boule chaude » pour jauger de la rapidité dans les réponses à des questions posées.

La planification des cas de VBG

En fin de formation, les participants ont appris à remplir le tableau de gestion des cas qui se décline en deux principales colonnes : étapes et outils. Tableau de gestion qui sera utile lors de la tournée de la clinique mobile envisagée dans plusieurs régions et auxquels seront associés les assistantes sociales et les sages-femmes pour l’offre de services santé sexuelle reproductive et prise en charge des VBG.

Mme Muriel Kobena déroule sa formation – Crédit Aidara

Ainsi, une feuille de consentement et une fiche de plan de sécurité doivent être remplies dès l’accueil introductif des survivantes.

Deuxième étape, le formulaire d’admission avec l’évaluation des besoins exprimés par les survivantes.

Troisième étape, l’élaboration et la mise en œuvre du plan d’action de prise en charge avec l’assentiment des survivantes et la mise au point de la fiche du plan d’action et de la fiche de référencement et de contre-référencement.

Enfin, la fiche de suivi et la fiche de clôture du dossier des survivantes.

L’assistante sociale : une aide consultative

Sachant que l’assistante sociale doit respecter toutes les décisions de la survivante, y compris celle de s’exprimer ou non, d’ester en justice ou non, d’être référée ou non, son rôle doit se limiter aux seuls conseils sans pouvoir de décision à la place de la patiente, a insisté en substance, la formatrice.

Par rapport à l’aspect confidentialité, les participants ont appris à élaborer des codes pour les survivantes dont les noms complets ne doivent pas figurer sur les documents relatifs à leur situation.

Auparavant, les participants à l’atelier avaient pris connaissance, dès le premier jour, de l’ampleur des VBG en Mauritanie. Ils ont aussi appris à faire la différence entre genre et sexe, à faire le lien entre pouvoir, statut et abus de pouvoir. Pour illustrer l’introduction sur les VBG, les esprits des participants ont été bien fixés à travers l’arbre de la VBG qui traduit les différentes étapes, les composantes et les conséquences.

Clôture de l’atelier

De Dr. à G. Directrice adjointe Famille (MASEF), Représentant UNFPA et les deux formateurs -Crédit Aidara

La cérémonie de clôture a été présidée par Mme Aïchetou Mint Sidi, Directrice adjointe à la Direction de la Famille, de la Promotion Féminine et du Genre du MASEF, en présence du Représentant Résident de l’UNFPA, SEM. Saidou Kaboré. Dans son mot de clôture, Aïchetou Mint Sidi a remercié les partenaires pour leur appui, en l’occurrence l’UNFPA et Medicos Del Mundo. Selon elle, « les résultats de la formation sont palpables au bout de ces trois jours d’atelier, et cela se voit dans l’engagement des participants et leur compréhension accrue des questions liées au VBG ainsi que les techniques de prise en charge des survivantes ».

Auparavant, SEM. Saidou Kaboré avait mis en exergue le rôle central des assistantes sociales dans la prise en charge des survivantes de VBG et la difficulté de leur mission, soulignant que « le plus difficile, vous l’avez fait, dans ce sens que lorsqu’on parle de violences basées sur le genre (VBG), le plus difficile c’est l’aspect psychologique. C’est pourquoi on dit que la maladie c’est 20% médical et 80% psychologique ». Il a évoqué la recrudescence des VBG partout dans les pays du Sahel, à cause de la pandémie Covid-19, ajoutant à l’intention des participants, « au niveau de l’UNFPA et du MASEF, nous serons toujours à vos côtés ».

Des certificats ont été distribués aux participants à la fin de la formation.

Cheikh Aïdara


CAN U-20 Mauritanie-Cameroun, suite à une mauvaise traduction, le coach camerounais boude la conférence d’après-match

Clash au cours de la conférence de presse des entraîneurs, juste après la rencontre en match d’ouverture de la Coupe d’Afrique des Nations des Moins de 20 ans (CAN U 20) qui a opposé dimanche 14 février 2021 au Stade Olympique de Nouakchott, la Mauritanie et le Cameroun. Le coach camerounais, Ousmanou Christophe a claqué la porte.

Duel entre Oumar MBareck et un Camerounais – Crédit Aidara

En effet, cette conférence d’après-match Mauritanie-Cameroun qui avait réuni le coach camerounais et le coach mauritanien, a été interrompue dès la première question d’un journaliste mauritanien mal traduite. En effet, le journaliste avait posé au coach camerounais la question suivante : « on accuse souvent le Cameroun de manipuler l’âge de ses joueurs. Avez-vous vérifié l’âge de vos joueurs avant l’entame de la compétition ? »

La traductrice : « coach, on vous accuse d’avoir falsifié l’âge de vos joueurs ».

Assez suffisant pour faire monter le coach camerounais, Ousmanou Christophe, sur ses grands chevaux, criant au scandale. « Je ne permettrais pas qu’on nous insulte ». Et il se retira.

Cet incident a mis le feu au poudre dans les réseaux sociaux. Entre ceux qui s’en prenaient au journaliste et ceux qui déversaient leur bile sur la traductrice. Les premiers fustigeaient des « journaleux » mal formés qui ne savent même pas comment poser des questions d’une manière professionnelle. Selon eux, le journaliste devait étayer ses arguments par des preuves irréfutables. Les seconds accusaient les organisateurs qui ont joué à la complaisance en recrutant une traductrice de la « parenté » rien que pour lui offrir des émoluments, sans tenir compte de ses compétences linguistiques.

La bataille se poursuit sur facebook entre supporters camerounais qui trouvent que même des « joueurs de 10 ans au Cameroun sont capables de battre la Mauritanie » et les supporters mauritaniens qui soutiennent que « même avec des Papas rameutés de toute l’Europe, il a fallu au Cameroun qu’un défenseur mauritanien lui offre une balle de but à la 81ème minute pour qu’il marque ».

Sur cet incident, voilà ce qu’en pense le site camerounais « camfoot-cameroun :

« Le groupe des Lions U20 qui a fait le voyage pour la Coupe d’Afrique des nations U20 est accusé par la partie Mauritanienne d’avoir falsifié l’âge de plusieurs joueurs qui ont presté lundi au Stade Olympique de Nouakchott.
Choqué par les allégations, le sélectionneur du Cameroun, Ousmanou Christophe, s’est offusqué de la question et a décidé d’interrompre la conférence de presse. Mais au fond, comment mettre de côté cette suspicion quand on sait que de l’équipe championne de la CAN U17 en 2019, un seul élément a été sélectionné ? Camfoot vous donne ici certaines des raisons.
La Confédération Camerounaise de Football s’était engagée à combattre la tricherie des âges sur l’ensemble de son territoire de souveraineté. Elle devait ainsi mettre en place des contrôles strictes surtout lors des compétitions pour s’assurer que les jeunes qui s’affrontaient le faisaient sur des bases justes.
Si lors des dernières compétitions, notamment à la CAN U17 de 2019 remportée par le Cameroun, cela fut fait, on se demande pourquoi cette directive a été annulée lors de cette compétition.
Tous les joueurs de l’équipe du Cameroun qui a remporté la CAN U17 en 2019 étaient donc de vrais joueurs U17. Mais de toute cette sélection ayant participé aussi à la Coupe du Monde U17, un seul joueur fait partie du groupe emmené par le Coach Ousmanou Christophe. Il s’agit de Amadou Daouda. Et là aussi, il y a une explication.

Cela présuppose ainsi que de tout le groupe des U20 présents en Mauritanie, il n’y a qu’un seul dont on est sûr du véritable âge.
Camfoot est en mesure d’affirmer que de ce groupe, un joueur qui avait été coupé de la sélection U17 en 2019 pour falsification grossière de son âge fait partie de la sélection des U20 actuelle. Et franchement, à voir la pomme d’Adam et les saillies de visage de la majorité des joueurs, il est surprenant que les autorités camerounaises pensent duper tous les observateurs
 »

La fête se poursuit, belle et radieuse

Mais la fête du football continue sa chevauchée dans les trois stades retenus pour la compétition à Nouakchott et à Nouadhibou, dans l’allégresse et la joie en dépit de ces piques si habituelles dans le monde du football. « Et même si le journaliste a mal posé sa question, le coach camerounais ne devait pas se retirer de la conférence, la liberté de presse étant un credo largement partagé dans le milieu » soutiennent plusieurs observateurs.

En attendant, les compétitions se sont poursuivies mardi 15 février 2021 par de beaux duels, match nul entre Tunisie et Burkina Faso (0-0), victoire de l’Ouganda contre le Mozambique (2-0), match nul entre la Centrafrique et la Namibie (1-1).

Mercredi 16 février, le Ghana croisera le fer contre la Tanzanie et le Maroc contre la Gambie. Ce sera au stade Municipal de Nouadhibou.

Cheikh Aïdara


CAN U-20, la Mauritanie trébuche devant le Cameroun (0-1)

En match d’ouverture de la Coupe d’Afrique de football des moins de vingt ans (CAN U-20), la Mauritanie, pays organisateur, est tombée ce 14 février 2021 devant le Cameroun, au Stade Olympique de Nouakchott.

Coup d’envoi deuxième période-Crédit Aidara

Il a fallu attendre la 81ème minute, pour voir le Cameroun ouvrir le score sur une monumentale erreur défensive. Servi par un ballon malencontreusement offert en retrait par le latéral droit Mauritanien Abou Oumar Diallo, à l’entrée de la surface, l’attaquant camerounais Sunday Junior, n’eut que peu de peine pour mettre le ballon au fond des filets.

Ce que le staff camerounais considérait comme un match facile face aux juniors mauritaniens a failli pourtant se terminer par une claque. Les poulains de Njoya, coach des juniors mauritaniens, ont en effet fait bonne impression. Ils se sont à plusieurs reprises promené devant les buts du gardien camerounais, Hucube Wislow. Sans la maladresse répétitive des jeunes attaquants mauritaniens et la solidité de la défense camerounaise, le score aurait pu être autre.

Moins corpulents, les U-20 mauritaniens se sont pourtant battus sur toutes les balles, et ont montré un engagement physique à toute épreuve face à des Camerounais plus costauds et qui les dominaient d’une tête.

Une deuxième mi-temps pleine de faux espoirs

Après une première mi-temps vierge, les Camerounais ont procédé à trois remplacements dès l’entame de la seconde période. L’entrée du jeune Tetah, côté mauritanien a redonné de la dynamique à l’attaque mauritanienne qui a redoublé les occasions sans concrétiser. L’unique but camerounais surviendra après 80 minutes de jeu. Les coéquipiers d’Etienne Eto, fils de la légende camerounaise Samuel Eto, présent à la tribune officielle, n’ont pas trouvé de faille dans la défense mauritanienne, jusqu’à la fatidique 81ème minute.

L’ouverture du score par l’attaquant camerounais Sunday Junior à cet instant du jeu a sonné comme une délivrance pour le banc camerounais. La joie ne fut complète qu’à la 93ème minute et le sifflet final de l’arbitre central qui mit fin à tout espoir pour les jeunes Mauritaniens de revenir au score.

Ce résultat étriqué permet aux Camerounais de mettre un pied au quart de finale. Les protégés de Ousmanou Christophe, coach camerounais, ont en effet déjà les yeux rivés sur leur prochain match contre l’Ouganda le 17 février prochain.

Quant aux Mourabitounes juniors, ils sont condamnés à remporter leur prochaine rencontre face à la Mozambique le 17 février, sous peine de compromettre leurs chances pour la poursuite de la compétition.

Quelles équipes en lice pour la CAN U-20 ?

Douze équipes sont présentes à Nouakchott pour prendre part à cette phase finale de la CAN U-20 qui se déroule du 14 février au 4 mars 2021. Il s’agit de la Mauritanie, du Cameroun, de l’Uganda, de la Mozambique, du Burkina Faso, de la Tunisie, de la Namibie, de la Centre Afrique, du Ghana, de la Tanzanie, de la Gambie et du Maroc.

Le Maroc, la Gambie, la Tanzanie et le Ghana, logés dans la poule C, disputeront leurs rencontres au Stade municipal de Nouadhibou, capitale économique de la Mauritanie (420 Km de Nouakchott). Tout les autres matchs se joueront à Nouakchott, entre le stade Olympique et le stade Cheikha Boidiya.

À noter que la confrontation Mauritanie-Cameroun a été précédée par une cérémonie d’ouverture avec folklore, danse et musique mauritanienne dans toutes leurs diversités. Le Premier ministre et quelques membres du gouvernement, en plus de représentants de la FIFA et de la CAF, de plusieurs présidents de fédérations africaines, d’élus et de diplomates, ont assisté à la rencontre.

Le match s’est déroulé à huis clos, sans public, à cause des mesures barrières pour prévenir la propagation de la pandémie Covid-19.

Cheikh Aïdara


Les Mauritaniens à l’étranger, étude exploratoire sur leur présence, leurs conditions de vie et de travail

France, Sénégal, Mali, Gambie et Côte d’Ivoire. Cinq pays d’accueil de fortes communautés mauritaniennes ciblées par une étude, première du genre en Mauritanie, menée par le Projet d’Appui à la Migration Equitable pour le Maghreb (AMEM) du Bureau International du Travail (BIT), sur financement de l’Agence italienne de coopération pour le développement. L’objectif, fournir des données sur la présence, les conditions de vie et de travail des migrants mauritaniens à l’étranger en vue de renforcer leur protection tout au long de leur cycle migratoire. Une restitution des résultats de l’étude a eu lieu le 11 février 2021 à Nouakchott.

Table officielle -Crédit Aidara

Comment les Mauritaniens et leurs familles établis en France, au Sénégal, au Mali, en Gambie et en Côte d’Ivoire, vivent-ils ? Comment travaillent-ils ? Autant de questions auxquelles l’étude menée par le projet AMEM du BIT sur financement de la coopération italienne compte apporter des réponses.

Les résultats de l’étude, menée par le consultant du BIT; M. Isselmou Ould Taleb; avec l’aide de points focaux installés dans ces cinq pays, ont été en effet partagés lors d’un atelier de restitution qui a eu lieu jeudi 11 février 2021 à Nouakchott, en présence des mandants de l’OIT (Etat, syndicats et Patronat), des organisations internationales et la société civile.

Etat et BIT, même combat pour la gouvernance migratoire

Ministre Fonction Publique-Crédit Aidara

L’état mauritanien, tout comme le BIT, tiennent à la bonne gouvernance dans le domaine de la migration, et de la migration du travail en particulier. C’est un point essentiel qui ressort dans le discours que le ministre de la Fonction Publique, du Travail et de la Modernisation de l’Administration, Son Excellence Monsieur Camara Saloum Mohamed, a mis en exergue, lors de l’ouverture des travaux.

Il a évoqué la Convention 143 que la Mauritanie a ratifiée, soulignant que « cette restitution explique largement l’engagement des autorités mauritaniennes, et à leur tête le président de la République et son premier ministre, dans une réelle gouvernance de la migration et son harmonisation avec les textes nationaux ». Il a ajouté que «le déroulement de cet atelier n’est qu’une adaptation de notre législation à toutes les conventions bilatérales ou multilatérales que la Mauritanie a signées ou ratifiées ».

Selon lui, « notre participation à cet atelier souscrit aux engagements que le président de la République a pris par rapport à la couverture et à la protection efficiente des droits des migrants en Mauritanie et des droits des Mauritaniens à l’étranger ».

Marc Ninerola-Crédit Aidara

Le Coordinateur du Projet Bridge et représentant du BIT Alger qui couvre le Maghreb (Algérie, Mauritanie, Maroc, Libye, Tunisie), M. Marc Ninerola, avait auparavant remercié le Ministère de la Fonction Publique, en sa qualité de chef de file des activités du BIT en lien avec la migration au travail.

Il s’agit, selon lui, de l’implication du département,« à travers la Direction générale du travail ». Celui-ci participe« à la mise en œuvre de toutes les études et enquêtes en lien avec l’amélioration de la base de connaissances, des systèmes d’informations, des statistiques nationales, sur la migration du travail depuis et vers la Mauritanie »a-t-il affirmé.

D’après Marc Ninerola, cela concerne les données statistiques et administratives au niveau national et international de ces travailleurs qui viennent en Mauritanie et des Mauritaniens qui partent à l’étranger. Il a cité dans ce cadre l’étude sur la présence, les conditions de vie et de travail des Mauritaniens à l’étranger, objet de l’atelier.

Selon Marc Ninerola, « comme dans la plupart des pays de la sous-région, la problématique de l’emploi croise celle de la migration », précisant que « la Mauritanie porte légitimement une attention particulière à la gouvernance de la migration, et c’est pourquoi nous sommes aujourd’hui ici ». Il rappelle que la Mauritanie a ratifié en 2019, la Convention 143 sur les travailleurs migrants, pour la lutte contre les abus et la promotion de l’égalité des chances et de traitement des travailleurs migrants.

Il a souligné que « le contexte lié à l’évolution de la pandémie Covid-19, avec ses répercussions sur les travailleurs migrants en tant que groupe vulnérable, rappelle toute la pertinence de l’approche du gouvernement mauritanien de se doter d’un arsenal juridique et de développer des services pour les processus migratoires de plus en plus équitables, assurant la protection pour tous les travailleurs migrants au départ et à l’arrivée en Mauritanie ».

Il s’est réjoui enfin de voir cet atelier marquer le début d’un processus de réflexion pour la mise à niveau de la législation mauritanienne et du lancement d’une campagne de communication autour de la Convention 143, conformément aux recommandations qui ressortiront de cet atelier et que le BIT à Alger suivra avec une attention toute particulière.

La précarité extrême des migrants mauritaniens à l’étranger

Dans sa restitution des résultats de l’enquête sur la présence, les conditions de vie et de travail des travailleurs migrants mauritaniens en France, Gambie, Sénégal, Mali et Côte d’Ivoire, M. Isselmou Ould Taleb, Consultant du BIT chargé de l’étude,a souligné que les trois quarts des migrants mauritaniens vivent dans la précarité dans ces pays d’accueil. Le tiers est sans travail car ne disposant pas de permis de séjour. Près de 94% ne sont pas couverts par une sécurité sociale, avec une faible syndicalisation (6% sont syndiqués). L’écrasante majorité n’a jamais fréquenté l’école moderne et n’a suivi qu’un enseignement traditionnel (mahadra).

Une partie de la salle-Crédit Aidara

C’est surtout par rapport à la pandémie de la Covid-19 où cette précarité est plus prégnante selon le consultant. En matière d’impact de la Covid-19, 16% des migrants mauritaniens déclarent avoir perdu leur emploi, 13% se disent inquiets pour l’avenir de leur emploi, près de la moitié estime que les conditions de travail sont devenues mauvaises.

Cependant, 80% des migrants considèrent que le transfert des fonds vers la Mauritanie n’a pas été affectés par la Covid-19. Près de deux tiers (2/3) jugent que la Covid-19 a impacté négativement leur épargne. Près de 40% ont déclaré une cessation de leur activité.

Recherche d’emploi, la première cause de migration des Mauritaniens

L’étude qui a porté sur un échantillon de 5.000 personnes réparties entre les cinq pays, a presque corroboré, selon le consultant, les données du Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH 2013) qui ont révélé, sur les motifs de la migration, que 40% des Mauritaniens vont à l’étranger à la recherche de l’emploi, 14% pour des études et 12% pour cause de regroupement familial.

une partie de la salle – Crédit Aidara

L’étude donne également un aperçu sur la composition de cette migration (80% hommes et 20% femmes), sur leur âge, (80% ont entre 21 et 49 ans), sur les transferts d’argent vers la Mauritanie, avec prédominance du système traditionnel d’envoi (parents, amis), au détriment des transferts bancaires très minime.

Des données ont également été fournies par l’étude sur la sécurité et la discrimination, la plupart des migrants mauritaniens se déclarant en sécurité et non discriminé dans leur pays d’accueil.

Au début de son intervention, le consultant s’était étalé sur l’organisation et la méthodologie de l’enquête, mais aussi sur les difficultés rencontrées au cours de la mission.

Parmi ces difficultés, un contexte marqué par l’absence de données statistiques ou administratives coordonnées et fiables dans le domaine de la migration, et de la migration du travail en particulier, aussi bien pour les étrangers établis en Mauritanie que pour les Mauritaniens installés à l’étranger. Même déficit pour les analyses des données en rapport avec celles du marché du travail. « Ces données sont quasi inexistantes » affirme-t-il. Pas d’institutions chargées de la collecte régulière et périodique de données qualitatives et quantitatives sur les travailleurs migrants en transit, immigrés ou émigrés. Insuffisance et peu de produits fournis par la coordination en matière de la stratégie nationale de l’emploi et de la stratégie de gestion des migrations. Absence de cadre légal de régulation des agences privées de recrutement ou de placement à l’international. Absence de dispositif pénal dissuasif de lutte contre la traite. Insuffisante implication des partenaires sociaux dans la gestion de la stratégie nationale de la migration à travers le dialogue sociale tripartite.

« Tenant compte de cette situation telle que décrite dans le cadre des constats de l’étude, quelles pistes d’amélioration peut-on envisager pour améliorer la situation ? » s’est interrogé le consultant.

Traçant certaines pistes, il déclare nécessaire de renforcer la prise en charge et la protection des travailleurs migrants mauritaniens et les membres de leur famille tout au long de leur cycle migratoire. Car, sur les questions essentielles de conditions de vie, selon lui, les Mauritaniens dans ces cinq pays vivent dans la précarité.

Il faut aussi, ajoute-t-il en substance, mettre en œuvre une politique migratoire équitable. Mais également, renforcer les capacités des acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux pour gérer la migration au travail. Il estime que les Mauritaniens à l’étranger sont mal encadrés. Il s’agit enfin, souligne Isselmou Ould Taleb, d’assurer un paquet minimum de protection des droits des travailleurs mauritaniens à l’étranger, d’autant plus que seuls 6% sont affiliés à la sécurité sociale.

Plusieurs interventions ont enrichi les débats et les participants ont avancé des recommandations qui viendront compléter les données de l’étude dont les résultats définitifs sont attendus par tous les acteurs.

Avaient pris part à la rencontre plusieurs cadres du Ministère du Travail, notamment le Secrétaire général, le Directeur général du Travail et le directeur de la Migration, des cadres du Ministère des Affaires Sociales, des Affaires Etrangères, de l’Intérieur, de la Caisse nationale de sécurité sociale, de l’Agence « Tech Ghil » ex-Anapej, l’Office national de la Statistique, les syndicats (UTM, CGTM, CLTM et CNTM), le Patronat, l’OIM et l’AMDH, en plus des personnes ressources du BIT.

Cheikh Aïdara