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Kankossa et les trois axes du fonds CERF

Réduire la mortalité maternelle, faciliter l’accès aux services de santé de la reproduction, prévenir les violences basées sur le genre et prendre en charge les fistules obstétricales. Tels sont les axes essentiels de CERF, ce fonds humanitaires d’urgence des Nations Unie, qui a permis au Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) d’ achever, samedi 31 octobre 2020 par le centre de santé de Kankossa, l’opération de distribution d’unités d’échographie dans les zones frontalières du Mali et le Sénégal.

Centre de Santé de Kankossa – Crédit Aidara

Entamée mercredi 28 octobre 2020, la mission conjointe Ministère de la Santé-UNFPA pour l’installation d’unités échographiques au Guidimagha et en Assaba, a achevé sa tournée samedi 31 octobre par le centre de santé de Kankossa.

Le matériel d’échographie et ses accessoires, tables mobiles, lampes d’examen, stabilisateur, mini imprimante et ses outils, ont été réceptionnés par la sage-femme principale, Mounina Mint Mohamed Lemine. Depuis sa sortie de l’école de santé en 2000, elle ne connaît que le centre de santé de Kankossa qui couvre 17 postes de santé.

L’ingénieur biomédical explique à la sage-femme comment fonctionne l’appareil – Crédit Aidara

Depuis près de 20 ans, Mounina déclare effectuer en moyenne 50 accouchements par mois, 70 à 80 prestations mensuelles en planification familiale. En 2020, le centre a enregistré selon elle, deux décès maternels, dont un décès en cours de route.

Classé SONU B,  le centre de santé de Kankossa assure la prise en charge totale des grossesses et accouchements.

Le centre de santé de Kankossa, au même titre que Ghabou et Ould Yenge au Guidimagha, Kiffa en Assaba, se situe dans la zone d’intervention d’urgence des Nations Unies et fait partie des structures bénéficiaires des prestations du fonds CERF. C’est dans ce cadre qu’il bénéficie du volet remise à niveau de 13 structures SONU B.

Les résultats attendus de ce programme CERF est que 13 structures de santé sont totalement équipées, les barrières financières pour l’accès aux soins de santé reproductive sont levées pour 10.000 femmes, la réinsertion de 100 femmes est assurée, ainsi que la prise en charge de 150 femmes en matière de violences basées sur le genre (VBG).

D’ici décembre 2020, plus de 11.000 femmes en âge de procréer au Guidimagha, en Assaba et au Hodh Echarghi, doivent avoir accès aux services de santé sexuelle et reproductive, de planification familiale et de prise en charge contre les VBG.

Cheikh Aïdara


Kiffa, centre de santé attend déménagement

Installé depuis belle lurette dans un vieux bâtiment qui n’est plus adapté, le personnel soignant du Centre de Santé de Kiffa attend depuis près d’un an une promesse de déménagement vers l’ancien hôpital. L’arrivée du nouvel appareil d’échographie vendredi 30 octobre 2020, offert par le programme CERF du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) a relancé le débat.

Dr. Khattry (en boubou), Dr. Dieng (en tee-shirt orange) et Seydi Camara (Point focal SR) – Crédit Aidara

Il est toujours là, ce vieux centre de santé de Kiffa, installé dans une bruyante bifurcation qui mène vers le marché central. La même façade décatie, la même cour asymétrique avec son hangar et ses vieilles bâtisses qui abritent les services de santé et dont les plafonds menacent de s’effondrer. 

Pourtant, depuis près d’une année, des promesses de déménagement sont formulées. Le dispensaire doit être déplacé dans les bâtiments de l’ancien hôpital, ne cesse-t-on d’entendre. Mais toujours rien, regrette Dr. Khattry Ould Isselmou, médecin-chef du Centre de Santé de Kiffa, dont le large bureau, occupe la partie droite de l’aile en banco du centre.

Salka Mint Touda, sage-femme responsable, promotion 2017, semble être submergée, avec ses sept collègues sages-femmes, face aux 300 accouchements mensuels qui passent dans leur structure.

«Nous faisons peu de réfèrement, à peine 10% sur l’ensemble des accouchements, mais certains médicaments essentiels commencent à nous manquer, comme le cytotec 200 microgrammes, les plateaux techniques, la table chauffante, le stérilisateur, les boîtes d’accouchement et la climatisation » énumère Salka, qui regrette l’absence d’une formation continue pour le personnel sage-femme de Kiffa.

L’arrivée ce vendredi 30 octobre 2020 de la mission conjointe entre l’UNFPA et le Ministère de la Santé au Centre de Santé de Kiffa pour y installer une unité d’échographie, a été saluée aussi bien par le médecin-chef que par les sages-femmes. «Cet appareil est pour nous une priorité, depuis la panne il y a six mois de l’ancienne unité acquise en 2005 » déclare Dr. Khattry.

Salka Mint Toudan sage-femme principale, se familiarise avec le nouvel échographe – Crédit Aidara

Après avoir installé les tables et les lampes d’examen,  fixé l’unité d’échographie, l’ingénieur biomédical du Ministère de la Santé, Ahmed Mheimid, a pris son temps pour expliquer avec forts détails les fonctionnalités de l’appareil. Puis, avec l’aide d’une patiente, il s’est assuré que les deux sages-femmes, Salka Mint Touda et Hajja Mint Mohamed Lemine, ont bien assimilé l’usage de la machine. Deux manuels et guides d’utilisation leur ont été remis comme livres de référence.

En matière de planification familiale, Salka Mint Toude souligne que les femmes mauritaniennes en général, et les femmes de Kiffa en particulier, sont aujourd’hui bien informées, d’où des demandes en produits contraceptifs qui sont en progression exponentielle. «Nous recevons 400 femmes par mois pour la planification familiale » affirme-t-elle. Les méthodes les plus sollicitées sont d’après elle les implants et le Sayana-Press. Le post-parten est très peu demandé, a-t-elle ajouté en substance.

Contrairement aux centres de santé de Ghabou et de Ould Yengé, le Centre de Santé de Kiffa n’avait plus d’unité échographique depuis six mois. «Ce nouvel appareil qui vient de nous être offert par l’UNFPA est réellement une grande nécessité pour nous, car nous n’avions plus d’échographe depuis la panne de notre ancien appareil qui date de 2005 » explique la sage-femme principale.

Cheikh Aidara


Centre de santé de Ould Yenge, forte affluence autour de la planification familiale

Le Centre de Santé de Ould Yenge, avec ses 68.341 habitants, connaît une forte affluence, notamment autour des services de planification familiale. L’arrivée mercredi 29 octobre d’une nouvelle unité d’échographie, avec ses tables, ses lampes d’examen et ses sondes,  don du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) et son programme CERF, a été bien appréciée par le personnel.

Le centre de santé de Ould Yenge – Crédit Aidara

La mission conjointe Ministère de la Santé-UNFPA est arrivée à Ould Yengé le mercredi 29 octobre 2020. Dirigée par Dr. Youba Dieng, la mission avait pour objectif d’installer une unité d’échographie et ses accessoires, deux tables, deux lampes d’examen, deux sondes, un stabilisateur et d’autres supports. En l’absence du médecin-chef et du deuxième médecin, la mission a été accueillie par le Major et la Sage-femme principale.

L’installation du matériel s’est fait nuitamment, sous la supervision de l’ingénieur biomédical du Ministère de la Santé, Ahmed Mheimid. Yaye Coulibaly, sage-femme principale et sa collègue, Zeynabou Mint Isselkou, ont été rapidement formées sur les fonctionnalités du nouvel appareil, notamment celles concernant l’obstétrique.

Dr. Dieng (debout en tee-shirt orange) et l’Ingénieur Ahmed encadrant les deux sages-femmes, Yaye Coulibaly (extrême gauche) et Zeynabou Isselkou (extrême droite) – Crédit Aidara

Ici comme ailleurs, l’absence de formation sur l’échographie a été le principal grief soulevé par le personnel de santé.

«Je suis de la promotion de 2014 et j’ai fait mes débuts à Kaédi avant de rejoindre le Centre de Santé de Ould Yengé en 2016. J’ai suivi une petite formation en échographie en 2017 à Nouakchott, mais j’ai besoin encore d’avantage de formation » a déclaré Zeynabou Mint Isselkou.

Parlant des problèmes liés à l’accouchement au niveau de Ould Yenge, Yaye Coulibaly a souligné que les complications se situent entre le 1er  et le 3ème trimestre, avec des cas de saignement, d’avortement et d’éclampsie. «Heureusement que nous disposons des 4 médicaments essentiels pour faire face à tous ces problèmes, ce qui nous permet d’afficher zéro décès jusque-là» reconnaît-elle.

Le Centre de Santé de Ould Yengé dispose de deux ambulances, dont une toute neuve équipée, don de la Coopération espagnole. «Le Centre couvre 13 postes de santé. Il est classé SONU B complet. Nous référons selon les saisons, soit à l’hôpital de Kiffa, soit à Sélibaby», fait remarquer le Major.

Le Centre de Santé de Ould Yengé fait 30 à 40 accouchements par mois, ce qui est trop pour les deux sages-femmes qui disent avoir besoin de renforts en personnel sages-femmes ou Infirmiers obstétriciens.

Le rang devant la salle d’échographie – Crédit Aidara

C’est surtout les services de la planification familiale (PF) qui connaissent la plus grande affluence, selon les sages-femmes. «Nous sommes dans une zone où les populations sont bien sensibilisées sur la PF, d’où la forte demande en produits contraceptifs modernes. Les femmes demandent les injections, mais surtout le Sayana-Press qui est très sollicité. Nous pratiquons aussi le post-parten» souligne Yaye Coulibaly. Les services de la PF traitent selon elle, 40 à 60 patientes par mois.

L’acquisition de la nouvelle unité d’échographie permettra au centre de santé de disposer de deux appareils, avec l’ancien qui continue de fonctionner, fait remarquer Zeynabou Mint Isselkou. «Nous avons en tout cas besoin de deux sages-femmes supplémentaires, pour s’occuper des consultations pré et post-natales» insiste-t-elle.

Cheikh Aïdara


Centre de santé de Ghabou, une nouvelle unité d’échographie pour briser l’isolement

Le Centre de Santé de Ghabou au Guidimagha a reçu le 28 octobre 2020, une unité d’échographie pour renforcer les capacités de la maternité et réduire les risques de morbidité maternelle et infantile. L’arrivée du matériel, don du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) à travers le Fonds d’urgence CERF et en appui au Ministère de la Santé, a été salué par le personnel de santé, car il brise l’isolement du centre.

Porte d’entrée du Centre de santé de Ghabou – Crédit Aidara

L’arrivée mercredi 28 octobre 2020 du nouveau matériel destiné au Centre de Santé de Ghabou, composé d’une unité d’échographie, de deux tables supports, deux lampes d’examen et tous leurs accessoires, a été l’attraction numéro un, dans un ancien arrondissement qui a du mal à revêtir ses nouveaux habits de capitale départementale et où il ne se passe généralement rien. Ce don de l’UNFPA, à travers le programme Central Emergency Response Funds (CERF), un fonds d’urgence humanitaire des Nations Unies, a été remis au médecin-chef par intérim, Dr. Ely Cheikh Ould Ahmedou Sidi Taher, par le Dr. Youba Dieng, Assistant technique CERF.

« Cet appareil permettra de renforcer les capacités de prise en charge de la mère et du nouveau-né » selon Dr. Bâ Mamadou, Médecin-chef du Centre de Santé de Ghabou, Directeur Régional à l’Action Sanitaire (DRAS) par intérim, lors d’un entretien à Sélibaby.

« Avec le renforcement progressif des plateaux au niveau des centres de santé en zones de priorités d’urgence comme le Guidimagha, l’objectif est de parvenir aux Trois Zéros de l’UNFPA, à savoir Zéro décès maternel, Zéro besoin non satisfait en planification familiale et Zéro violence basée sur le genre » a tenu à rappeler Dr. Dieng, qui n’a eu de cesse de raconter son expérience, comme médecin-chef du centre de santé de Ghabou, il y a dix ans.

Un centre de santé pour plus de 100.000 habitants

En l’absence du médecin-chef, accaparé par ses nouvelles responsabilités à Sélibaby, les affaires courantes sont assurées au niveau du Centre de Santé de Ghabou par le Dr. Ely Cheikh Ould Ahmedou Sidi Taher, un des rares médecins à servir dans son terroir.

Le matériel échographie arrive devant le Centre de santé de Ghabou – Crédit Aidara

Le Centre de Santé de Ghabou couvre 21 postes de santé, pour une population de 101.000 habitants, 3.938 femmes en âge de procréer et 803 femmes enceintes, selon les dernières statistiques de 2020. Logé dans un bâtiment flambant neuf construit par la diaspora à l’étranger, le dispensaire est servi par un personnel étoffé, deux médecins, deux sages-femmes, 4 accoucheuses, 2 filles de salle et un ambulancier.

«Khabou Ngooré», le nom populaire de Ghabou à cause de ses anciens champs de coton qui ne sont plus qu’un lointain souvenir, a été érigé en 2018 en Moughataa (département). Il couvre les communes de Ghabou, Baidiam, Gouraye et Soufi. La commune de Ghabou est la plus grande du Guidimagha. Elle est composée de 41 villages dont les plus proches sont Sollou, Diogountoro, Sabouciré, Guemou, Koumba Ndaw, Moulisimou, Arhkaw.

Dr.Ely Cheikh – Crédit Aidara

Selon Dr. Ely Cheikh, «le centre connait ses pics en termes d’affluence en septembre-octobre, avec plus de 20 accouchements par mois». Il a souligné que le Centre de Santé de Ghabou est classé SONU B complet et dispose d’une qualité de service notée à 100%. Aucun décès maternel n’a été signalé en 2020.

L’échographe, don de l’UNFPA, un grand apport

Il faut souligner que le centre de santé disposait d’un appareil d’échographie en bon état. «Cette nouvelle unité d’échographie que l’UNFPA nous offre est un plus, mais ce n’était pas une priorité » avoue Maïmouna Wade, la Sage-femme responsable. «Notre principal problème, c’est l’absence d’électricité » a-t-elle ajouté, citant comme autres difficultés, l’absence de budget de fonctionnement, le bâtiment hors-norme du centre de santé, la présence d’un médecin-dentiste sans équipement ni matériel de travail, et l’absence d’un incinérateur.

L’ingénieur Mohamed Mhaimid installe l’unité d’échographie et explique au Dr. Ely Cheikh et à la sage-femme son fonctionnement – Crédit Aidara

Il faut souligner que la mission CERF dirigée par Dr. Dieng,  était accompagnée d’un ingénieur médicosanitaire du Ministère de la Santé pour l’installation des unités d’échographie et la formation rapide du personnel à son utilisation. Des Manuels et guides d’utilisation font d’ailleurs partie des lots mis à la disposition des prestataires.

Mais l’un des problèmes les plus récurrents auquel fait face le personnel de santé, c’est le caractère indigent de la population de Ghabou, l’une des plus pauvres de la Mauritanie.

Taazour rend complexe le forfait obstétrical

Un centre de santé très sollicité – Crédit Aidara

«Nous ne disposons pas de forfait obstétrical, c’est pourquoi nous avons ouvert des carnets à 200 MRU pour les femmes indigentes afin de leur permettre de se soigner à moindre frais, mais beaucoup d’autres femmes indigentes n’ont pas bénéficié de la subvention de Taazour et nous avons vu des femmes nanties en disposer. Résultat, cela fait six mois que nous n’avons pas reçu les allocations que Taazour doit nous verser et nous avons même des problèmes pour payer le carburant de l’ambulance» déclare le médecin-chef par intérim de Ghabou.

Témoignages

Maïmouna Wade, sage-femme responsable

Maimouna Wade – Crédit Aidara

«Je suis sortie en 2014 de l’Ecole de Santé et affecté au Centre de Santé de Ghabou depuis cette date. Cette nouvelle unité d’échographie, don de l’UNFPA, est un apport important. Elle est plus performante que l’ancien appareil par certaines de ses fonctionnalités. Mais je n’ai jamais été formée à l’échographie, j’ai appris dans le tas et l’expérience a fait le reste. Ici, nous faisons jusqu’à 30 échographies par mois. Nous avons besoin surtout d’un renforcement du personnel, notamment en sage-femme pour les consultations pré et post-natales (CPN/CPNO)»

Dicko Diallo Moussa, chauffeur ambulancier

«Je suis chauffeur ambulancier au Centre de Santé de Ghabou depuis 1994 et je suis payé par la Mairie. Le salaire est dérisoire, 3.300 MRU mensuel, payé tous les six mois et je ne suis pas pris en charge sur le plan médical. Et pourtant, Dieu sait que je suis sollicité parfois, à des heures tardives, pour évacuer d’urgence des femmes vers l’hôpital de Sélibaby, et des drames, j’en ai vu de toutes sortes. Mais Alhamdoulilah, les cas de décès maternels sont presqu’inexistants aujourd’hui, surtout avec l’ambulance neuve de la Coopération espagnole, entièrement équipée. Mais il y a des cas d’accouchement en cours de route, comme la femme qui a accouché hier à la lisière du village. Son mari nous a alertés, mais à l’arrivée, elle avait déjà accouché. On l’a ramenée au Centre de Santé avec son bébé».

Cheikh Aïdara