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Troisième mandat pour Aziz : provocation ou intox

Le Premier ministre Yahya Ould Hademine persiste et signe : «le président Mohamed Abdel Aziz briguera un troisième mandat ». Le référendum constitutionnel pour lequel le gouvernement est en campagne ne viserait en définitive que ça : assurer au système en place une pérennité, profitant du fait que les gendarmes du monde, les Etats-Unis et l’Europe, trop pointilleux il y a quelques années sur le respect des normes démocratiques, ont aujourd’hui d’autres priorités. Un 3ème mandat pour Aziz : intox ou provocation ?

Le PM Yahya Ould Hademine en campagne

A Vejar, puis à Mbout, deux misérables patelins du «Triangle de la Pauvreté », le Premier Ministre Yahya Ould Hademine a repris sa trompette pour assurer devant des populations tannées par plus d’une décennie d’oubli, d’exclusion et de faim, que ce système qui leur maintien le couteau sous la gorge va encore rester ad aeternam. «Aziz briguera un 3ème mandat ! »Le pouvoir ne quittera pas en 2019 ! » Des affirmations que le chef du gouvernement a désormais l’habitude d’asséner dans toutes ses tournées.

Des propos banalisés par une grande partie de sa majorité qui estime que ce n’est là qu’une manière pour maintenir les populations sous le giron de l’Union Pour la République (UPR), le parti au pouvoir, que le départ de Mohamed Abdel Aziz pourrait effriter. En effet, il a été prouvé qu’à chaque fois que le Chef de l’Etat quitte le pouvoir, le parti sur lequel il s’adossait, part en miettes. Ce fut le cas du PRDS, parti omnipotent qui régna pendant 23 ans sur la Mauritanie sous le règne de Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya et qui fondit comme beurre au soleil à sa chute en 2005. Ce fut également le cas pour le parti ADIL, qui ne vécut que le temps d’une rose, s’évaporant en 2008, après seulement deux ans d’existence après l’éviction du président Sidi Ould Cheikh Abdallahi. L’UPR, formé par les mêmes têtes qui ont migré du PPM (parti unique des premières années d’indépendance) au PRDS et du PRDS à ADIL puis à l’UPR, craint ainsi un départ en ordre dispersé de ses ouailles au cas où le pouvoir serait remis en chandelle.

Pour d’autres, les paroles du Premier Ministre ne devront pas être prises à la légère. Elles seraient dictées par l’intéressé lui-même, qui pourrait revenir sur ses engagements solennels. En effet, à plusieurs reprises, sur les plateaux de télévision locale ou internationale, ou dernièrement, lors de la clôture des dernières «Journées de dialogue et de concertation », Mohamed Abdel Aziz a toujours affirmé haut et fort qu’il ne briguera pas un 3ème mandat.

Les changements intervenus dans la géopolitique mondiale seraient-ils à l’origine du revirement à 190 degré du président mauritanien ? Possible. Si au temps de Sarkozy ou de Hollande, ou encore sous Bush ou Barak Obama, et même dans le registre des institutions de Bretton Woods, le respect des principes démocratiques, celui des droits de l’homme ou de la gouvernance politique, était au cœur de la coopération internationale, la donne a bien changé sous Donald Trump, artisan d’un repli identitaire américain, avec son slogan «l’Amérique d’abord » ou encore sous Macron partisan d’une politique étrangère moins intempestive de la France dans les affaires intérieures des États africains.

L’exemple fleurissant des Chefs d’État africains, amateurs de tripatouillage constitutionnel et de présidence à vie , serait également assez inspirateur pour un Mohamed Abdel Aziz qui était à la recherche d’une entourloupette pour conserver le pouvoir . Face à une opinion vaincue par une décennie de disette forcée et une opposition défaitiste qui a depuis longtemps déserté le champ de la bataille politique, un large boulevard s’ouvre ainsi devant les militaires et devant Aziz pour faire sauter les verrous de la limitation des mandats présidentiels. En l’absence d’une morale mondiale, sorte d’épée de Damoclès qui était jusque-là suspendue sur la tête des dictateurs en herbe, plus question de fignoler.

L’actuel référendum qui porte sur des points puériles, ne serait en fait qu’un test avant-coureur d’ un autre référendum, le vrai cette fois-ci, pour faire de Mohamed Abdel Aziz un président à vie à la tête de la Mauritanie.

Mais de quels arguments le pouvoir actuel pourrait-il se prévaloir pour réclamer une prolongation ? La question est d’autant plus pertinente qu’en dix ans de règne, Mohamed Abdel Aziz a mené le pays vers la faillite économique, sociale, culturelle et morale.

Sur le plan économique, l’État ne vit plus que des raquettes imposées aux populations, à travers impôts et taxes excessifs, augmentation exponentielle des prix des produits essentiels, au point qu’aujourd’hui la faim a gagné les centres urbains. Sur le plan social, l’exacerbation des tensions intercommunautaires et l’ancrage du racisme d’État ont été les deux leviers sur lesquels l’actuel pouvoir s’est appuyé pour diviser les Mauritaniens et les empêcher de s’intéresser aux affaires publiques. La corruption gangrène aujourd’hui tous les rouages de l’État, avec une dilapidation sans précédent des ressources publiques, et une politique oligarchique qui ne profite qu’à une poignée de proches du pouvoir. L’État de droit n’est plus qu’un mirage. L’incarcération ces jours-ci du Sénateur Ould Ghadde, protégé par l’immunité parlementaire, et sur un simple ordre venu de la Présidence, serait le signe précurseur d’une dictature implacable qui ne cache plus son diktat sur la vie publique.  Les projets et programmes d’aide publique au développement sont livrés au sac des organisations internationales, alors qu’à la tête de l’État officient des départements ministériels vidés de toutes leurs compétences.

Voilà cette Mauritanie de la médiocrité, du vol, du sac et de la désunion sociale sur lequel règnent des fonctionnaires-commerçants véreux, mus par leurs uniques intérêts, que Yahya Ould Hademine cherche à faire imposer.

Et c’est certainement la peur d’un scénario à la Burkinabé, qui a poussé les autorités à censurer un film sur les «Dix jours qui ont précédé la chute de Blaise Compaoré », un film que le Festival «Ciné droit libre» en collaboration avec le Festival Assalamalekum projetait de présenter le 3 juillet dernier dans une des salles de l’Université de Nouakchott.

Cheikh Aïdara


Festival Assalamalekum : un dîner de gala pour clore la 10ème édition

Le Festival Assalamalekum aura vécu d’une si splendide manière. La clôture a été marquée, dimanche 9 juillet 2017, par un dîner-gala à «La Case » avec défilé de mode, culture culinaire et remise de récompense. Le tout en présence de Limam Kane Monza, Directeur du Festival et Dr.Jenny MBaye, Doctoresse en Politique culturelle et experte auprès de l’UNESCO, avec la présence honorifique de M.Ahmed Hamza, Président des Alliances Franco-Mauritaniennes, ancien président de la Communauté Urbaine de Nouakchott.

Mr.Mouls au moment de prendre son prix

Pendant onze jours, Nouakchott a vibré sous les musiques urbaines du Sud et le Hip-Hop dans ses foisonnements divers. Placé sous le thème des «Droits humains » la 10ème édition du Festival Assalamalekum a ainsi rempli son contrat. Il a offert à la jeunesse mauritanienne des espaces de rencontres et d’épanouissement où les réjouissances se sont mêlées aux actions studieuses. Pour la 1ère fois, le Festival «Ciné droit libre » du Burkina Faso a ainsi déposé ses valises à Nouakchott, sous la houlette de son coordinateur Abdoulaye Diallo, avec la projection de quatre films fétiches suivis de débats intellectuels.

Jenny, Monza, Hamza, Awadi et le Directeur de l’IFM

Les rideaux de cette 10ème édition sont ainsi tombés dimanche 9 juillet 2017, avec un somptueux dîner-gala au restaurant «La Case » en présence du Dr.Jenny MBaye, le président Ahmed Hamza, la star sénégalaise Didier Awadi et d’autres vedettes et acteurs culturels.

Les mannequins

En marge des somptueux plats offerts par la maison, les invités ont suivi un défilé de mode de haute facture présenté par Hoff Humanity one Family et sa maison de couture «IZI Création » ainsi que MIA Couture.

Un concert de musique malienne a été dégusté alors que s’ouvrait la moisson des récompenses. Le Directeur d’ Assalamalekum, Kane Limam Monza, a ainsi tenu à honorer tous ceux qui ont accompagné le festival pendant ses dix dernières années, les techniciens à l’image de Watt Diakité et Malik DIop, mais aussi Ahmed Seck, Cheikh Mr.X, les journalistes comme Houleye Kane, Aboubacry Kanté du «Journal Rapé», Ali Gadio, mais aussi Kaw alias Mamadou Kane, le maestro de l’organisation, sans oublier le grande MOULS, compagnon infatigable des premiers jours.
Rendez-vous la saison prochaine, avec la 11ème édition du Festival Assalamalekum.

Cheikh Aïdara

Jenny, Monza, Hamza, Awadi, le Directeur de l’Institut Français


Classement FIFA : La Mauritanie bat son record !

Jusqu’à ce jeudi 6 juillet 2017, le meilleur classement de l’histoire des Mourabitounes restait cette 85ème place de 1995. Après l’actualisation mensuelle du tableau des nations établi par la Fédération internationale de football, la Mauritanie est passée du 104ème au 81ème rang mondial, soit un bond exceptionnel de 23 places. Sur le plan africain, la sélection coachée par Corentin Martins est classée 16ème.

Mourabitounes

La victoire (1-0) au Botswana en éliminatoires de la CAN 2019 a permis cette belle progression des Mourabitounes, qui ont aussi profité des retombées des deux succès en amical contre le Bénin (1-0) et le Congo (2-1) en mars dernier.

Cette évolution notoire est le fruit d’un plan minutieux mis en place par la FFRIM. Ce projet comprend une augmentation du nombre de matches durant les jours prévus à cet effet dans le calendrier de la FIFA. Entre avril 2012 et juin 2017, les équipes nationales « A » et locale ont disputé au total 67 rencontres officielles et amicales (35 pour les « A » et 32 pour les locaux). À titre de comparaison, la Mauritanie n’a joué que 12 matchs entre 2008 et 2012 (7 pour les « A » et 5 pour les locaux), ce qui l’avait conduit, après une succession de résultats calamiteux et un forfait lors des qualificatifs à la CAN 2012, à la dernière place du classement FIFA (206ème).

Depuis son arrivée en juillet 2011 à la tête de l’instance dirigeante du football mauritanien, le président Ahmed Yahya s’est fixé comme objectif de redorer le blason de la Mauritanie et bouleverser la hiérarchie mondiale. La première récompense est arrivée en octobre 2015, quand les Mourabitounes ont intégré le top 100, qu’ils n’avaient plus fréquenté depuis 1996. La progression s’est poursuivie jusqu’à se hisser à cette historique 81ème place. Un rang qui pourrait encore s’améliorer après les trois matches de la sélection nationale locale prévus en juillet, contre le Sénégal (amical) et le Liberia (éliminatoires CHAN 2018).

Cheikh Aidara


Emploi et formation : les clauses sociales comme solution pertinente

Ateliers de formation technique et rencontres institutionnelles de haut niveau, lancés depuis le 3 juillet 2017 se sont articulés pendant trois jours, autour du processus dit «les clauses sociales », une approche innovante pour la formation et l’insertion socioprofessionnelle que la Mauritanie vient d’adopter avec l’aide du Bureau International du Travail (BIT). Pendant ce temps, s’ouvrait au Centre de Formation et de Perfectionnement Professionnel de Nouakchott (CFPP), l’Académie des Entreprises, une formation destinée à une quinzaine de techniciens du bâtiment sur les techniques de construction ancestrales.

Séance de test du dosage des matériaux préparés par les stagiaires avec le formateur
les stagiaires apprennent à malaxer les matériaux

En marge de l’atelier sur les clauses sociales qui battait son plein dans un luxueux hôtel de Nouakchott depuis le 3 juillet 2017, s’ouvrait au CFPP, une session spéciale destinée à une quinzaine d’entrepreneurs et de techniciens supérieurs du bâtiment, sous la supervision d’un expert. Les participants devront apprendre au cours de cette formation pratique, les techniques ancestrales de construction qui se seraient révélées plus adaptées à l’environnement social et au climat local. C’est la nouvelle approche trouvée par le projet pour l’Amélioration de l’employabilité des jeunes et des capacités des PME par le développement du sous-secteur du BTP en matériaux locaux et de la formation professionnelle dans les chantiers-écoles construction dit PECOBAT, un projet du BIT financé par l’Union Européenne. Ce projet vise la promotion de l’emploi comme stratégie de développement rural, à travers la participation des acteurs de la société civile et les autres acteurs au niveau local.

Cette formation sera suivie d’un Appel à proposition pour la construction d’écoles et de structures publiques et viserait en priorité les entreprises les plus performantes parmi celles actuellement en formation.

La plupart des participants avouent n’avoir jamais exercé dans le domaine de la construction traditionnelle, faite de boue, d’argile, de sable, de paille, comme le faisait leurs ancêtres. Ils trouvent l’expérience exaltante, dans la mesure où elle pourrait susciter le renouveau d’un type de bâtiment qui a déjà fait ses preuves dans le passé, aussi bien en termes de durabilité qu’en termes d’adaptabilité, avec un système naturel d’isolation thermique.

Dème Zakarya est titulaire d’un Master 2 en sciences d’ingénierie et matériaux de l’Université de Pô (France).

Dème Zakarya, stagiaire

Il  travaille en partenariat avec une entreprise de bâtiment basée à Nouadhibou mais très présente dans le Sud. Pour lui, il est tout simplement en train de réapprendre un autre métier. «C’est une formation qui me tient à cœur dans la mesure où elle me permettra de développer d’autres compétences » a-t-il déclaré. Selon lui, la construction en terre pour un habitant de la Vallée est un savoir à développer, surtout dans un contexte marqué actuellement par le développement des énergies renouvelables, mais surtout par un marché du BTP de plus en plus concurrentiel.

Sidi Mokhtar Ould Sidi Mohamed est lui chef d’entreprise de bâtiment «Les Bâtisseurs » basée à Nouakchott.

Sidi Mokhtar, stagiaire

Il avoue n’avoir jamais travaillé avec les matériaux locaux de construction. Il trouve que le projet tombe à pic et qu’il permettra de remettre en selle une pratique du BTP local tombé en désuétude et qui compte aujourd’hui peu de connaisseurs. «Avec les Appels à proposition pour la construction d’édifices publics à base de matériaux locaux à l’intérieur du pays, ajoutés à cette expertise nationale qui est en train d’être formée, je pense que le savoir des anciens sera remis au goût du jour pour la revitalisation du patrimoine national d’abord et puis ensuite, pour le bien-être des populations, qui pourraient acquérir des demeures moins coûteuses et mieux adaptées à leur environnement ».

 Les clauses sociales comme solution pertinente

Pendant qu’au CFPP se poursuivait l’Académie des Entreprises, une formation destinée aux entrepreneurs et techniciens du bâtiment sur les techniques ancestrales de construction (à base d’argile, sable, paille, etc.), s’ouvrait à l’hôtel Wissal de Nouakchott un atelier de sensibilisation sur les clauses sociales. L’objectif de cette approche est de favoriser la formation et l’insertion socioprofessionnelle, notamment chez les jeunes et les femmes.

ouverture de l’atelier en présence de l’Union Européenne et du BIT

L’atelier, organisé par le BIT en partenariat avec le Ministère de l’Economie et des Finances, représenté par la Cellule d’Appui à l’Ordonnateur National du FED, avec le financement de l’Union Européenne, cherche à promouvoir le concept dit de «clauses sociales » qui est une approche visant à favoriser l’accès à l’emploi de publics éloignés du marché du travail. Cet outil qui a fait ses preuves dans les pays européens, cadrerait, selon certains intervenants, avec les priorités du gouvernement mauritanien, qui place l’emploi au cœur de ses politiques sociales. Avec un taux de chômage officiel de 12,8% en 2016 (19,3% et 21% chez les femmes et les jeunes), trouver des opportunités de travail aux sans emploi, à travers l’amélioration de la commande publique, devient le souci cardinal des autorités mauritaniennes.

L’objectif de cette rencontre, qui s’achève le 6 juillet 2017, est de «montrer à tous les acteurs qui interagissent dans le cadre de la lutte contre le chômage, que la clause sociale d’insertion ou de formation est un outil qui peut favoriser l’accès à l’emploi de publics éloignés du marché du travail et promouvoir l’insertion et la formation » selon Sidi Mohamed, expert au BIT-Mauritanie dans une note de presse diffusée à l’occasion. Avec cette méthode, le BIT compte aider les pouvoirs publics à lutter contre l’exclusion sociale des jeunes et des femmes sur le marché de l’emploi.

A noter que l’atelier a été rehaussé par la présence du chef de la coopération de l’Union Européenne (UE) M. Hans CHRISTIAN et le Conseiller Technique du Projet Chantier-École et Point focal du Bureau International du Travail (BIT) en Mauritanie, M. Federico Barroeta, ainsi que plusieurs autres personnalités

Cheikh Aïdara