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Mécanisme national de prévention de la torture (MNP) : Formation aux outils internationaux

MNPT

Un atelier de formation à l’intention des membres du Mécanisme national de prévention contre la torture sur les mécanismes internationaux a eu lieu mardi 23 août 2016 à l’hôtel Monotel -el Barka à Nouakchott.C’était sous l’égide de l’Association pour la prévention de la torture (ARP) fondée en 1977 et basée à Genève. Une délégation de ce mécanisme conduite par Walter Stinguer et Yasmine Chams avait été reçue auparavant par le Premier ministre Yahya Ould Hademine. Parmi ces objectifs, le renforcement des cadres juridiques et politiques, l’amélioration des pratiques de détention et le renforcement de la surveillance publique, toutes démarches qu’ils ont tenu à inculquer aux nouveaux membres du Mécanisme mauritanien qui a été mis en place lors de la visite il y a quelques mois du Rapporteur spécial des Nations Unies chargé des questions de torture.
Cet atelier a été marqué par un échange de discours au cours duquel, le président du Mécanisme national, Ould Khaless a salué l’initiative du gouvernement mauritanien dans la prévention des tortures, après la ratification de la Convention internationale contre les traitements inhumains dégradants et son Protocole facultatif. La Mauritanie a également élevé, a-t-il rappelé la torture au rang de crime contre l’humanité.
Pendant deux jours, les membres du Mécanisme ont suivi les exposés des experts de l’ARP avec lesquels les échanges ont été fructueux selon l’avis de certains participants.
Pour Boubacar Ould Messaoud, membre du Mécanisme national de prévention de la torture, le gouvernement mauritanien a été bien inspiré pour avoir mis en place un tel outil de surveillance et de prévention. Par rapport aux cas de torture soulevés récemment par plusieurs détenus au cours des dernier procès, en particulier celui des jeunes du M25 et des militants d’IRA, Boubacar estime que le MNPT aurait dû agir en amont, dès les premières arrestations pour prévenir tout acte de torture. Il déclare avoir cru que la mission qui leur était dévolue devait commencer dès l’instant où ils avaient prêté serment. «J’ai été surpris de constater que les autres membres du Mécanisme avaient une autre interprétation » a-t-il souligné, comme pour expliquer le refus du parquet de l’autoriser à rendre visite à certains détenus dès leurs premières arrestations.


Dr.Moulaye Mohamed Laghdaf : «Le dialogue va démarrer bientôt et permettra de consolider l’unité nationale »

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Dans un long entretien avec le célèbre journal égyptien «Al Ahram», le ministre Secrétaire général de la Présidence de la République, Dr.Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, a déclaré que le dialogue entre les acteurs politiques en Mauritanie est imminent, promettant que ses résultats permettront de consolider l’unité nationale et de renforcer la démocratie.
Pour sa part le FNDU semble ne pas être partant pour un dialogue unilatéral dont les règles de base ne reposent sur aucun consensus. Dans une récente intervention télévisée, le président Mohamed Maouloud, président de l’Union des forces du progrès (UFP) et membre du FNDU a déclaré que le pouvoir qui était en pourparler avancé avec l’opposition a brusquement rompu ses contacts, soulignant la sortie surprise du Dr Ould Laghdaf lors d’une conférence de presse annonciatrice du dialogue imminent sans aucune concertation avec ses partenaires politiques. Le front de l’opposition se dirige ainsi vers un boycott du prochain dialogue par rapport auquel le RFD d’Ahmed Ould Daddah s’était déclaré déjà non partant.
Assez pour faire dire à Abdessalam Ould Horma, président du parti Sawab et l’un des dialogueurs en puissance au sein de l’autre aile modérée de l’opposition, que tout dialogue non consensuel est voué à l’échec. Il a souligné que son parti réclame un dialogue franc et sérieux et qu’un dialogue auquel le FNDU ne prend pas part est voué une perte de temps, rappelant toutes les expériences passées. Pour Ould Horma, l’échec de tous les processus de dialogue jusque-là initiés est partagé entre l’ensemble des acteurs politiques avec une grande part de responsabilité qui revient au pouvoir en place. Il est mieux placé que quiconque, selon lui, pour faire des concessions et mettre en place un climat de confiance entre les acteurs de la scène politique.
Certains observateurs ont fustigé la politique de fuite en avant adoptée par le pouvoir en place qui semble faire fi des expériences passées où les dialogues passés sans l’opposition se sont achevés par des fiascos. «Ils vont organiser encore un dialogue politique, celui des applaudisseurs et rien n’en sortira, sauf les millions de la collectivité qui seront gaspillés. Dans une année ou deux, le président Aziz va sortir de nouveau pour parler de dialogue, Moulaye Mohamed Laghdaf va promettre encore à l’opposition sans accorder de concession, et ainsi de suite, dans une quadrature du cercle qui maintiendra le pays dans une longue spirale de crise sans fin » regrette un observateur local.


6ème édition de la TICAD : la Mauritanie compte tirer son marron du feu

Ticad

30 milliards de dollars US ! C’est l’enveloppe que le Japon met dans la cagnotte de sa coopération avec l’Afrique. Le président Mohamed Abdel Aziz a dépêché dans ce cadre son ministre des Finances pour tailler une bonne part de cette manne pour la Mauritanie. La foire d’empoigne de cet important marché d’investissement s’est déroulée à Nairobi, dans la capitale kenyane en présence de plusieurs chefs d’Etat africain.

Mokhtar Ould Djay, le ministre mauritanien des Finances était aux premières loges de la 6ème édition de la TICAD (Conférence internationale de Tokyo pour le développement de l’Afrique) qui a eu lieu dans la capitale kenyane, Naïrobi. La Mauritanie qui a inauguré avec le Japon une fructueuse coopération dans plusieurs domaines, dont la pêche, la santé et la formation, compte ainsi tirer son épingle du jeu. L’enveloppe dégagée par Tokyo pour cette 6 ème édition est importante. Il s’agit de la bagatelle de 30 milliards de dollars US d’investissement pour la période 2016-2018 destinée entièrement au développement de l’Afrique. Le tiers de ce montant, selon le Premier ministre japonais Shinzo Abe à l’ouverture de la conférence est destiné à la construction et l’amélioration des infrastructures.
La TICAD est conjointement organisée par l’ONU, l’Union Africaine, la Banque mondiale et le Japon et vise à attirer les capitaux japonais en Afrique pour accélérer son développement. C’est une arme de concurrence efficace de Tokyo sur le marché du vieux continent, terrain sur lequel une rude bataille l’oppose à la Chine.
Une trentaine de Chefs d’Etat africain ont pris part à cette rencontre pour superviser la signature de plus de 70 protocoles divers et accords commerciaux. L’intérêt du Japon pour l’Afrique est d’autant plus crucial que pour la première fois la TICAD est organisée sur le Continent plutôt qu’à Tokyo comme il l’a toujours été depuis 1993. Les trois axes visés par la TICAD sont le développement industriel, la diversification de l’économie africaine et l’amélioration des soins de santé.
Avec la Mauritanie, la coopération avec le Japon s’est beaucoup intensifiée  dans plusieurs domaines. Lors de la revue annuelle de la coopération mauritano-nippone du 21 juillet 2016, une évaluation rapide des investissements accordés par le Japon à la Mauritanie durant ces dernières années a permis de constater un accroissement consistant des investissements japonais en Mauritanie, notamment dans le domaine de la santé, de l’éducation, du déminage, des pêches et de l’économie maritime et dans le domaine de la formation.
Aujourd’hui, le Japon se situe en peloton de tête des partenaires de la Mauritanie en matière de coopération bilatérale. Parmi les domaines d’intervention du Japon en Mauritanie, le programme de déminage et de désamorçage d’engins explosifs notamment au Nord du pays, à Nouadhibou. Dans le domaine maritime, le Japon a financé l’extension de l’Ecole nationale d’enseignement maritime et de pêche (ENEMP), l’extension du Port artisanal à Nouadhibou avec une enveloppe de 3,35 milliards UM, la construction navale et la réfection de navires océanographiques.


Axe Gargarat-Legouera : La poudrière qui risque d’enflammer le Nord

Gargarat

La Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara Occidental (MINURSO) a anticipé il y a peu de jours la confrontation qui allait opposer Marocains et Sahraouis dans la zone dite «Gargarat » frontalière de la Mauritanie. Cette  région nord du pays reste selon plusieurs observateurs une poudrière qui risque de s’enflammer à tout instant, face aux velléités du Maroc à sécuriser une zone qualifiée de non droit et au refus du Front Polisario qui  y voit une violation du cessez-le-feu signé le 6 septembre 1991. En toile de fond, le sort de la ville de Legouera occupée par l’armée mauritanienne en attendant le règlement du conflit qui oppose ses deux voisin et que le Maroc considère comme partie intégrante de ses possessions sud.

La MINURSO a massé ses forces internationales à Gargarat, zone tampon située à la frontière entre le Maroc et la Mauritanie. Ces lieux, démilitarisés depuis les accords du cessez-le-feu du 6 septembre 1991 entre le Maroc et le Polisario, ont failli devenir le théâtre d’opérations militaires aux conséquences imprévisibles. En effet, l’armée marocaine avait entamé il y a quelques jours des opérations de génies militaires pour sécuriser et aménager «une zone de non droit, point de passage des terroristes et des contrebandiers » selon son entendement. Ce que le Front Polisario considéra comme une violation des accords qui la lient au Royaume du Maroc et une volonté d’élargir ses «colonies » dans une zone démilitarisée. Assez suffisant pour provoquer un mouvement de ses troupes vers le point de Gargarat pour stopper les Marocains. Auparavant, les responsables du Front Polisario avaient saisi la MINURSO pour lui faire part de la présence sur les lieux d’unités militaires marocaines au sol appuyées par l’aviation, considérant cette offensive de dangereuses pour la paix dans la région.
La tension reste cependant vive dans ces contrées que la plupart des observateurs considèrent comme une véritable poudrière. Le tout sous le regard de l’armée mauritanienne qui suivait les travaux que le génie militaire marocain opérait sur cette bande de 3,5 kilomètres qui la sépare du premier mur de démarcation.
La Mauritanie reste toutefois vigilante sur ce qui se trame à ses frontières nord, objet d’escalades qui tantôt l’interpellent. Ce fut le cas il y a quelques semaines au plus fort de la tension avec le Maroc à propos de la ville de Legouera. Cette portion du Sahara, objet de litige, les accords de cessez-le-feu de 1991 l’avaient placé sous tutelle mauritanienne en attendant le règlement définitif de la question sahraouie. Les Marocains n’avaient pas en effet apprécié le drapeau mauritanien hissée sur les lieux, ni les mouvements massifs de l’armée mauritanienne dans les régions Nord du pays. Certaines informations avaient même évoqué le déplacement dans la zone des missiles que la Mauritanie aurait massé auparavant sur les rives du Fleuve Sénégal depuis les évènements de 1989.
N’empêche, jamais la question du Sahara Occidental dont le règlement tarde à se dénouer depuis plus de quatre décennies, n’a aussi exacerbé la patience des belligérants. Le passage il y a quelques mois du Secrétaire général des Nations Unies dans la région, loin d’avoir fait baisser les tensions, n’aurait fait que les attiser, notamment avec le Maroc qui n’avait pas apprécié certaines déclarations. Tous les Envoyés Spéciaux des Nations Unies qui se sont succédé pour le règlement du conflit du Sahara Occidental ont échoué, de James Baker à Dénis Ross. Le Maroc qui continue de considérer le Sahara Occidental comme partie intégrante de son territoire a toutefois accordé une concession, celle d’une autonomie au sein du Royaume. Ce que le Front Polisario a rejeté, réclamant un référendum d’autodétermination que le Maroc refuse jusqu’à nos jours.
Mais la question de Legouera restera toujours posée. En cas de règlement définitif de la question du Sahara, la Mauritanie consentira-t-elle à céder ce bout de territoire située à 2 kilomètres de Nouadhibou ?