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Sécurité alimentaire et nutritionnelle, former la société civile dans le domaine du plaidoyer et du suivi-citoyen pour renforcer le système national d’alerte précoce

Du 28 au 31 mars 2022, une vingtaine d’acteurs de la société civile actifs dans le domaine de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, ont été renforcés dans leurs capacités en stratégies et techniques de plaidoyer budgétaire, suivi, redevabilité, contrôle citoyen et mobilisation des ressources, mais aussi sur les cadres et mécanismes de prévention et d’alerte précoce. L’atelier a été organisé par Action Contre la Faim (ACF), dans le cadre du PROACT Sahel sur financement de l’Union européenne et la collaboration de plusieurs autres partenaires. 

A l’ouverture de l’atelier – Crédit Aidara

Nouakchott a abrité du 28 au 31 mars 2022, un atelier de renforcement de capacités des bureaux SAP (Système d’Alerte Précoce) et des organisations de la société civile en matière de plaidoyer et de suivi contrôle citoyen des actions publiques dans le domaine de la sécurité alimentaire et nutritionnelle.

L’atelier intervient dans le cadre du projet « Appui au renforcement des dispositifs de prévention et de gestion des crises alimentaires et nutritionnelles en Afrique de l’Ouest et au Sahel » (PROACT Sahel).

Existence d’un socle juridique en matière de système d’alerte précoce

Sidaty Sidaty

Ouvrant les travaux de l’atelier au nom du Ministère des Affaires Economiques et de la Promotion des Secteurs Productifs, notamment du Directeur Général des Stratégies et Politiques, Point Focal SUN Nutrition Mauritanie, M. Abass Sylla, M. Sidaty Ould Sidaty, directeur adjoint de la Stratégie de Croissance Accélérée et de Prospérité Partagée (SCAPP) dans le même département, a indiqué que la Mauritanie dispose d’un dispositif national d’alerte précoce. Il a précisé que ce dispositif répond aux orientations de la SCAPP qui appelait à « la mise en place d’un dispositif permanent de réponse aux situations d’urgence liées à la sécurité alimentaire et la nutrition ».

Nouhoum Sidibé

S’exprimant au nom de l’ONG internationale ACF, M. Nouhoum Sidibé, Responsable en charge du Programme de Résilience, a indiqué que le PROACT Sahel, financé par l’Union européenne, est un dispositif multi pays et multi acteurs dont l’objectif est l’amélioration de la gouvernance des dispositifs d’alerte précoce et de réponse en Afrique de l’Ouest et au Sahel, afin de réduire les risques liés à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle des populations et renforcer leur résilience. Ce projet qui en est à sa 3ème et dernière année, a été mis en place selon lui, par trois organisations internationales, Save The Children, Oxfam et ACF dans 11 pays du sahel et du Golfe de Guinée.

Le PROACT Sahel, d’après M. Sidibé, mène depuis 2012 des activité HAE (analyse économique des ménages), mais aussi dans le domaine de la durabilité et du genre, avec une forte implication de la société civile nationale dans ses actions.

Participation inclusive et participative – Crédit Aidara

Le projet travaille, selon lui, sur deux volets, l’amélioration de la gestion des crises alimentaires et nutritionnelles d’une part et d’autre part, le renforcement de capacités de la société civile. Le présent atelier destiné à mettre en place un plan de plaidoyer pour le financement des SAP au niveau national et régional, s’inscrit dans ce contexte.

Dispositif national de Prévention et de réponses aux crises alimentaires nutritionnelles (DCAN)

M. Mohamed Ould El Hacen, Assistant Technique à la Cellule d’Appui Technique (CAT) au sein du DCAN, dispositif logé au Commissariat à la Sécurité Alimentaire (CSA), a présenté ce mécanisme et le processus ayant conduit à sa création en avril 2021 par décret du Premier Ministre.

Mohamed El Hacen

Selon lui, le gouvernement mauritanien s’était engagé depuis deux ans dans un processus de concertation visant à équiper le pays d’un mécanisme national de prévention et de gestion des crises alimentaires et nutritionnelles, conformément aux objectifs de la SCAPP qui est la vision stratégique de développement de la Mauritanie pour la période 2016-2030.

Un tel dispositif, selon lui, a été jugé indispensable pour assurer la cohérence et l’efficacité des interventions de l’Etat et de ses partenaires face aux crises de plus en plus fréquentes et intenses, affectant la sécurité alimentaire et nutritionnelle du pays. Ainsi est né le DCAN.

La réussite de cette entreprise, selon Mohamed Ould El Hacen, a été facilitée par la contribution de certaines structures provisoires, notamment le Groupe de Travail Multisectoriel, le Groupe de la Sécurité Alimentaire et le Groupe Nutrition. D’après lui, ce dispositif inclusif permettra à la Mauritanie, à l’image des pays voisins de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel, de se doter d’un outil de prise de décision et de gestion des crises, liant les fonctions d’alerte précoce et de réponse.  

Les participants en groupes de travail – Crédit Aidara

Il a détaillé l’organigramme du DCAN qui est composé d’un Comité de Programmation Alimentaire (CPA) présidé par le Premier ministre et dont le secrétariat est assuré par le Commissaire à la Sécurité Alimentaire. Il comprend aussi un Comité Technique Permanent (CTP) de sécurité alimentaire et nutritionnel dirigé par le Commissaire adjoint du CSA, auquel est rattaché la Cellule d’Appui Technique (CAT) dirigé par un conseiller. Le DCAN comprend aussi un Comité d’Analyse des Besoins (CAB), dont dépend le Groupe Technique Spécialisé (GTS), ainsi qu’un Comité Chargé de la Mise en œuvre de la Réponse (CCMR), auquel est rattaché le Comité Technique Spécialisé (CTS) qui intervient dans les filets sociaux, le suivi de la vulnérabilité des ménages et celui des moyens d’existence.

Le DCAN est aussi représenté dans les régions, selon M. Mohamed Ould El Hacen, à travers un Comité régional de sécurité alimentaire et nutritionnel (CRSAN) présidé par le Wali.

Crises alimentaires nutritionnelles et plaidoyer

Les participants ont suivi plusieurs communications, sur les différents cadres et mécanismes de prévention et de gestion des crises alimentaires en suivant le cycle du dispositif régional (PREGEC), sur le système d’alerte précoce dans le pays, ainsi que sur la stratégie et les techniques du plaidoyer, en passant en revue les types de plaidoyer et leur cycle.

Les participants élaborent le plan de plaidoyer – >Crédit Aidara

Sur les types de plaidoyer, les participants ont été édifiés sur le Plaidoyer Budgétaire, guidé dans les méandres de la Loi des Finances, de sa préparation jusqu’à son adoption, par M. Gowthiel Houmeid, Directeur adjoint du Budget.

Abordant les différentes phases de la Loi des Finances, il a indiqué que tout plaidoyer pour la mobilisation des ressources dans le budget de l’Etat doit intervenir dès la première phase de préparation du budget, au niveau du cadrage macro. Il a détaillé par la suite, les phases suivantes, notamment la circulaire budgétaire, la réception des avant-projets, leur étude et traitement, la conférence budgétaire, avec recours à l’arbitrage si nécessaire, l’adoption en conseil des ministres, la phase parlementaire, la promulgation et la mise en place du budget.   

Par la suite, il a survolé toute la littérature sur la loi des finances, ses principes fondamentaux et ses règles.

Sur la stratégie et les techniques de plaidoyer, la société civile a été rappelée à son rôle de sentinelle, à travers son devoir de veille et de participation citoyenne, notamment sa capacité à faire valoir le point de vue des citoyens dans l’élaboration des politiques publiques, dans le contrôle citoyen de l’action publique et dans la prise de décision.

Groupe de travail – Crédit Aidara

Les participants se sont scindés par la suite en groupes de travail pour l’élaboration d’un plan de plaidoyer pour que d’ici décembre 2023, le gouvernement institutionnalise et finance à hauteur de 30% les outils de collecte d’informations relatives aux moyens d’existence, que d’ici décembre 2023, le gouvernement finance à hauteur de 15% les enquêtes nationales pour la collecte des données dans le domaine alimentaire et nutritionnel, et que dans la même période, que des données soient disponibles et des dispositifs d’urgence mis en place pour répondre aux besoins des communautés dans quatre régions pilotes, notamment les régions frontalières au sud avec le Mali.

Judith Kaboré et Amadou Bousso – Crédit Aidara

Il s’agissait dans ce plan de plaidoyer, de dresser le Mapping des acteurs, d’évaluer le coût avec la recherche des évidences, puis d’identifier les outils de collecte, notamment l’enquête Suivi et évaluation standardisée des urgences et transitions (SMART), l’enquête Analyse économique des ménages (HAE) et l’enquête Suivi de la sécurité alimentaire des ménages (FSMS).

D’autres experts sont également intervenus dans l’animation de l’atelier, à l’image de Mme Judith Kaboré, du Bureau Régional ACF basé à Dakar (Sénégal) et M. Amadou Bousso de ACF Mauritanie.

Cheikh Aïdara


6ème réunion du CRP SWEDD à Nouakchott, un élargissement à 13 pays et au-delà du Sahel

De 6 pays à son lancement en 2015 sur financement de la Banque Mondiale, le projet SWEDD dans sa deuxième phase (2020-2024) s’étend à 13 pays, débordant de l’Afrique de l’Ouest vers l’Afrique Centrale. Un dynamisme, signe de performance dans l’autonomisation des femmes et le dividende démographique, que les ministre membres du Comité Régional de Pilotage (CRP) ont salué à l’issue de la 6ème réunion qui s’est tenue jeudi 24 mars 2022 à Nouakchott.

Table officielle (le Premier Ministre au milieu en costume beige) – Crédit Aidara

La Mauritanie a accueilli jeudi 24 mars 2022, la 6ème réunion en présentielle du Comité Régional de Pilotage (CRP) du projet Autonomisation des Femmes et Dividende Démographique au Sahel (SWEDD). En 2021, la 5ème réunion tenue à Nouakchott, et au cours de laquelle la présidence du CRP est passée de la Côte d’Ivoire à la Mauritanie, en la personne du Ministre des Affaires Economiques et de la Promotion des Secteurs Productifs, M. Kane Ousmane Mamoudou, s’était déroulée virtuellement.

Cette 6ème réunion est intervenue dans un contexte d’élargissement et de mise à l’échelle du projet SWEDD en tant que modèle de développement et de réduction des inégalités de genre.

A rappeler que la Mauritanie a été parmi les premiers pays SWEDD à valider son dossier pour le passage à la Phase 2 du projet. L’évènement a été célébré le 7 juin 2021 à Kaédi, en présence de la Première Dame, Dr. Marième Fadel Dah.

A Nouakchott, les ministres tablent sur les avancées et les défis

Les ministres des pays membres du SWEDD (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad) et les pays candidats à l’adhésion (Congo, Gambie, Sénégal, Togo), les partenaires techniques et financiers, ainsi que les organisations régionales sont entrés en conclave après l’ouverture officielle.

Les ministres des pays SWEDD en conclave – Crédit Aidara

L’objectif était d’entériner le bilan 2021 du projet, valider les principaux axes de la planification 2022, dégager les perspectives de renforcement des partenariats pour l’extension du projet et positionner les thématiques d’autonomisation des femmes, notamment le maintien des filles à l’école.

Les dossiers de cette 6ème réunion ont été préparés au cours d’une rencontre de deux jours, les 21 et 22 mars 2022 à Nouakchott, par les Coordonnateurs du projet SWEDD et les chargés de suivi-évaluation, en présence des partenaires techniques et financiers.

Des résultats encourageants en 2021  

Parmi les éléments de bilan tirés par les ministres du SWEDD lors de leur conclave à Nouakchott, des avancées considérables en 2021, en particulier la mise en œuvre du projet sur le plan de la gouvernance, malgré les contraintes liées à la pandémie Covid-19.

Les participants des différents pays – Crédit Aidara

Satisfecit aussi dans la mise en œuvre des stratégies de communication pour le changement social de comportement qui ont permis de toucher plus de 463 millions de personnes, ainsi que les actions de mobilisation sociale menées dans les 9 pays membres.

Les membres du CRP et leurs partenaires ont aussi salué les interventions communautaires pour l’autonomisation des femmes et leur mise à l’échelle, ce qui a permis de créer 585 nouveaux espaces sûrs communautaires et scolaires, portant le nombre total d’espaces sûrs créés jusque-là à 3664.

Le nombre de clubs de maris et de futurs maris a connu aussi un accroissement substantiel, leur nombre ayant passé de 1428 en 2020, à 1608 en 2021.

La disponibilité des produits et du personnel qualifié a été assurée, avec des améliorations et un renforcement des offres de service de santé sexuelle et reproductive, y compris la planification familiale. Ainsi, la rupture des stocks en produits contraceptifs a été éliminée dans 97% des structures de santé.

Le projet SWED a aussi soutenu 48 réseaux de leaders en milieu communautaire et traditionnel, mais aussi chez les jeunes et les communicateurs. Il a aussi permis la mise en place de 6 observatoires nationaux du dividende démographique, dont certains ont commencé à générer d’importantes données touchant les thématiques du projet, comme l’autonomisation des femmes et la numérisation des travaux domestiques (le travail de la femme au foyer).

Vue partielle du public – Crédit Aidara

Ainsi, la 6ème réunion du CRP SWEDD à Nouakchott visait à offrir une plateforme d’échanges entre les pays membres et les partenaires, réaffirmer la valeur ajoutée des interventions transfrontalières pour la lutte contre la vulnérabilité des femmes et des filles. Elle tenait aussi à évaluer le positionnement des thématiques d’autonomisation des femmes, échanger sur les perspectives d’extension du projet à de nouveaux pays et les opportunités d’échanges avec les organisations régionales, telles que l’Union Africaine, la Commission Economique Des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et la Commission Economique des Etats d’Afrique Centrale (CEEAC).  

La Phase 2 du projet SWEDD, avec un financement additionnel de 376 millions de dollars U.S pour la période 2020-2024, a connu des adhésions de taille. En 2015, la Phase 1 du projet, doté d’un financement de 304 millions de dollars regroupait 6 pays (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad), avant de s’élargir au Bénin. La deuxième phase connaîtra l’adhésion du Cameroun et de la Guinée en 2020, portant le nombre de pays membres de 6 à 9. Aujourd’hui, quatre pays sont dans un processus d’adhésion. Il s’agit du Congo, de la Gambie, du Sénégal et du Togo, ce qui portera à 13 le nombre des pays membres du projet SWEDD.

Au début, l’ouverture officielle et l’échange de discours

L’ouverture officielle de la 6ème réunion du CRP SWEDD dans un Palais des Congrès archi-comble a été rehaussée par la présence du Premier Ministre, M. Mohamed Ould Bilal Messaoud, en présence de quelques membres du gouvernement et les représentants des autres Etats membres, dont plusieurs ministres. Etaient également présents les partenaires techniques et financiers, la Banque Mondiale, le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA), l’Organisation Ouest Africaine de la Santé (OOAS), l’Agence Française de Développement (AFD) et les organisations régionales (Union Africaine, CEDEAO et CEEAC).

Ouvrant les travaux de la réunion, M. Kane Ousmane Mamoudou, ministre des Affaires Economiques et président en exercice du CRP, avait déclaré que « le projet SWEDD a démontré, à travers une approche multisectorielle et une dimension régionale, qu’il s’érige en un bel exemple d’intégration régionale ». Selon lui, « la Mauritanie, en tant que pays assurant la présidence du CRP SWEDD, mettra tout en œuvre pour soutenir toute initiative visant à renforcer et à élargir le partenariat, mais aussi la collaboration interétatique et transfrontalière au profit de l’autonomisation des femmes et de la jeune fille, pilier central de la capture du dividende démographique et du développement durable ».

Auparavant, le Directeur général de l’OOAS, Pr. Stanley Okolo, avait mis en exergue les progrès réalisés et leur impact sur le dividende démographique dans les pays SWEDD, avec des exemples de réussite probants. Il a dit la disponibilité de son institution à accompagner les Etats membres de cet ensemble régional, notamment dans l’amélioration du contrôle qualité des médicaments et l’appui aux centres d’excellence mentorat.

Quant à Mme Kapinga Yvette NGandu, Commisssaire à la CEEAC, elle a exprimé l’intérêt grandissant des pays d’Afrique Central à l’égard du projet SWEDD en ce que ses objectifs recoupent leurs préoccupations, par exemple en matière d’autonomisation des femmes, de maintien des filles à l’école et de lutte contre des pratiques néfastes comme le mariage des enfants. Elle a évoqué dans ce cadre le Plan stratégique de la CEEAC (2021-2027) sur la politique genre et la promotion des femmes. Elle a relevé les défis auxquels font face les pays de la région, comme les violences basées sur le genre, les pesanteurs socioculturelles et l’impact du Covid-19, autant d’éléments, selon elle, qui milite en faveur d’une adhésion au projet SWEDD. A noter que trois pays d’Afrique Centrale sont déjà membre de cet ensemble régional, Tchad, Cameroun et Congo.

Mme Marième Cissé de la Commission de l’Union Africaine a pour sa part rappelé les dispositions de l’Agenda 2063 de l’Union africaine qui place selon elle la femme au cœur de ses politiques, mais aussi le Protocole de Maputo sur la femme et l’Initiative Saleema sur l’accélération de l’élimination des mutilations génitales féminines (MGF).  « En Afrique, 15 millions de filles sont confrontées aux trois risques majeurs, la grossesse précoce, le mariage précoce et l’abandon scolaire » a-t-elle déclaré. Elle a mis l’accent sur l’amélioration de l’accès aux services de santé sexuelle reproductive et l’accélération de la mise en œuvre des dernières recommandations de la Conférence Internationale sur la Population et le Développement (CIPD) de Nairobi.

La Directrice Régionale de l’UNFPA pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre (WCARO), Mme Argentina Matavel, dont l’institution est l’un des principaux partenaires techniques du SWEDD, à travers son Secrétariat Technique Régional (STR), s’est réjoui de l’extension du projet à d’autres pays au cours de sa deuxième phase, ce qui confirme selon elle, le succès de ces approches de développement. Le chemin est encore long, reconnaît-elle en substance, mettant l’accent sur le renforcement du pouvoir économique des femmes et des filles pour lutter contre leur situation de vulnérabilité. Elle a enfin relevé la convergence des objectifs visés par l’UNFPA et le projet SWEDD, à travers notamment les Trois Zéros Transformateurs, à savoir zéro décès maternel évitable, zéro besoin non satisfait en matière de planification familiale et zéro violence basée sur le genre.

De son côté, Mme Bouzeima de la Banque Mondiale a rappelé qu’en 2100, l’Afrique comptera 4 Milliards d’habitants, tirant la sonnette d’alarme sur le taux d’accroissement spectaculaire de la population et son impact sur la pauvreté et la vulnérabilité, notamment celle des femmes et des adolescentes. Ce constat doit selon elle conduire à un accroissement des investissements dans le capital humain, notamment le développement du potentiel des jeunes filles, évoquant au passage l’impact des changements démographiques sur l’environnement climatique.

Cheikh Aïdara

TEMOIGNAGES

Mme Argentina Matavel Piccin, Directrice Régionale de l’UNFPA pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre

« Au moment où on a eu l’expansion de 6 pays à 9, et encore plus récemment, d’autres pays ont rejoint le SWEDD, le constat est que ces pays ont vu des progrès intéressants réalisés dans cet ensemble en termes d’accélération dans l’autonomisation de la femme et de la jeune fille. C’est le désir de tous les pays de l’Afrique, parce que les objectifs visés se trouvent dans l’Agenda 2063 de l’Union Africaine, d’où cet engouement de plus en plus nombreux de pays qui cherchent à rejoindre le SWEDD. La plupart des pays prennent des prêts, même auprès de la Banque Mondiale, pour pouvoir implémenter ce projet. Cela montre l’importance qu’ils accordent à la promotion et à l’autonomisation de la femme et de la jeune fille. Sans un intérêt pour cette frange qui constitue la moitié de la population, notamment la jeune fille qui représente la génération de demain, nul développement n’est possible. Il faut impérativement scolariser la jeune fille, reculer l’âge du premier mariage et lui éviter toute grossesse précoce. . »

Mme Kapinga Yvette Ngandu, Commissaire Chargée de la Promotion du Genre, Développement Humain et Social à la CEEAC

« Nous avons 11 Etats membres de la CEEAC et l’idée de ma participation à cette réunion de Nouakchott est de consolider le travail qui est déjà accompli dans notre région géographique, notamment dans le domaine de l’autonomisation et la réduction de la vulnérabilité économique de la femme. Nous avons déjà au niveau de la CEEAC une politique Genre qui porte déjà sur ce principe. Il faut dire que de façon timide, nos Etats membres ont évolué vers la mise en œuvre de cet engagement qu’ils ont pris eux-mêmes en 2019. Nous sommes heureux néanmoins de constater qu’il y a 3 Etats membres du CEEAC qui ont déjà adhéré au SWEDD (Tchad, Cameroun et Congo) et qui se trouvent de fait doublement engagés à faire avancer les aspirations qui sont contenues dans ce programme ».

Mme Bouzeima, Banque Mondiale

« L’adhésion au SWEDD découle d’abord de la volonté des pays de participer à ce projet. Le processus repose donc sur l’appropriation des priorités qui étaient déjà portées dans le SWEDD 1. Nous n’avons pas réellement de cible et tout vient des discussions que nous avons avec les pays. Dans le cadre de l’IDA 20, la problématique sur le genre est une priorité et le projet SWEDD est un projet ancré dans la région de l’Afrique de l’Ouest. Les pays peuvent exprimer leur volonté de participer. L’un des succès de ce projet est qu’il y a beaucoup plus d’intérêt au-delà de l’Afrique de l’Ouest. Nous sommes en train de monter un projet similaire sur l’Afrique de l’Est. La question est de se demander quelle est la priorité pour ces pays, vu qu’il y a un processus de discussion et des ressources disponibles. A priori, tous les pays sont éligibles et c’est un réel plaisir de travailler avec tous les pays qui le souhaitent ».


Dialogue culturel et lutte contre le radicalisme, Traversées Mauritanides lance sa campagne de sensibilisation

En partenariat avec l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique, l’association Traversées Mauritanides a lancé les prémisses d’une campagne de sensibilisation et de débat à travers des échanges culturels contre le radicalisme. Un première table-ronde a été animée samedi 26 mars 2022 à la Maison de Quartier de la Cité Plage de Nouakchott, en présence d’éminentes personnalités et une assistance jeune.

G. à Dr. Imam Cheikh, Bios Diallo, Pr. Sow Samba – Crédit Aidara

La Maison de Quartier de Nouakchott a accueilli samedi 26 mars 2022, une table-ronde sur le thème « Echanges culturels sur la radicalisation ». La rencontre a été animée par le Pr. Sow Samba, professeur à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines à l’Université Al Asriya de Nouakchott, M. Imam Cheikh Ould Ely, journaliste consultant, ancien de l’UNICEF, ancien Secrétaire général du Ministère de l’Education Nationale et ancien Directeur général de la Télévision de Mauritanie. Parmi également les conférenciers, M. Bios Diallo, journaliste écrivain, président de l’association Traversées Mauritanides et Cheikh Nouh, poète et écrivain.

Ouvrant les débats, Bios Diallo a déclaré que cette rencontre intellectuelle et de réflexion est la première d’une longue série visant à faire de la Maison de Quartier de la Cité Plage un espace d’échanges et de débats à travers des séances périodiques où d’anciens étudiants des universités étrangères pourront faire revivre leur langue d’apprentissage, russe, espagnol, anglais, etc.

Il a ajouté qu’en collaboration avec l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique en Mauritanie, son association lance une campagne de sensibilisation autour des questions relatives à l’unité nationale, la cohésion sociale et la lutte contre le radicalisme, par la culture du vivre ensemble et des bonnes valeurs, dont les bénéficiaires sont sans nul doute les générations futures.

Ouvrant la réflexion, M. Imam Cheikh s’est dit réconforté de voir que les jeunes, dont l’échantillon présent à la table-ronde était assez représentatif de la diversité culturelle du pays, ne sont pas dans ce clivage qui alimente les dissensions constatées à travers les réseaux sociaux.  Il s’est tout aussi réconforté de constater qu’une telle rencontre se tient dans un quartier, la Cité Plage, caractérisé par un fort brassage. Il a formulé le souhait de voir dans quelques années les rapports humains supplanter les rapports ethnocentristes et que le Mauritanien puisse considérer l’autre, non pas sous le prisme culturel ou ethnique, mais en tant qu’être humain.

M. Imam Cheikh a ajouté que le changement individuel doit commencer dans les familles, à travers une sorte de constitution familiale où les stéréotypes seront bannis du langage des adultes, de sorte que les enfants puissent grandir loin des terminologies chargées qui alimentent le mauvais vivre ensemble. Exemple du petit arabe maure qui grandit avec une idée préconçue sur les Kwars ou ces préjugés cultivés chez les petits négro-africains sur le Thiapato ou Naar.

C’est un long combat, reconnaît-il, qui commence inéluctablement selon lui par l’ancrage dans les esprits, d’une manière individuelle et collective, que tous les Mauritaniens sans distinguo ont les mêmes droits et les mêmes devoirs.

Vue partielle de l’audience – Crédit Aidara

Pour Cheikh Ould Nouh, le sujet est important et touche en profondeur l’avenir du pays. Selon lui, les Mauritaniens ont toujours vécu en symbiose et que le pays n’a jamais connu par le passé des clivages d’une ampleur comparable à celle que nous vivons aujourd’hui. Cheikh Nouh croit que les Mauritaniens sont capables de dépasser ces dissensions, soulignant que ce qui se passe est le fait de jeu politique et de manœuvres de ceux qui cherchent à nous tirer vers le bas. Enfin, il a conclu ces propos en citant Nelson Mandela qui disait « quand tu parles avec quelqu’un dans la langue qu’il comprend, il t’ouvre son esprit et quand tu lui parles dans sa langue maternelle, il t’ouvre son cœur ».

Quant au Pr. Sow Samba, l’un des plus grands spécialistes mauritaniens des faits sociaux, notamment les questions liées à l’unité nationale, la cohésion sociale, le dialogue culturel et la lutte contre le radicalisme, il a déclaré qu’on lui avait demandé un jour « quelle est la ville mauritanienne qui symbolise l’hospitalité mauritanienne ? », il a dû se rabattre sur le Pr. Abdel Wedoud Ould Cheikh, qui lui a indiqua Boutilimit, une ville cosmopolite où se brassent toutes les cultures, avant d’enchaîner par une autre anecdote qui confirme les propos précédents. Selon lui, il y a des Mauritaniens qui ne veulent pas que les Mauritaniens se parlent et que la radicalité se délite là où se renforcent les convergences culturelles. Pour lui, ce n’est pas l’Islam qui soude la société mauritanienne comme on le galvaude partout, mais c’est plutôt le partage de valeurs communes immuables.

Selon Pr. Sow Samba, c’est aux jeunes de détecter les signes précurseurs du radicalisme dans leur entourage, pour aider à la prise en charge des radicalisés avant qu’ils n’en arrivent aux armes. Il a souligné que toutes les approches testées jusque-là pour combattre le radicalisme ont donné des résultats mitigés, que cela soit l’approche sécuritaire, l’approche religieuse ou l’approche économique. Selon lui, aucune de ces approches ne saura aboutir si le combat n’est pas mené contre la mal gouvernance et le déficit dans l’offre culturelle. Et de donner l’exemple des jeunes diplômés qui se retrouvent sans perspective et sous pressions sociales, proies faciles pour les recruteurs des forces du mal.

Il a fustigé d’autre part l’émergence de la médiocratie qui a pris le pas sur la méritocratie, à travers tout un système de népotisme, citant Thierno Souleymane Baal décédé en 1775 et qui disait que le mérite doit reposer sur la connaissance, la droiture et l’honnêteté.

Parmi les interventions, celles qui ont soutenu que le radicalisme tire l’une de ses racines d’une mauvaise éducation et d’un mauvais environnement, d’autres qui soutiennent que nous créons nos propres radicaux par la généralisation de l’injustice, la légalisation de l’impunité, l’ancrage des privilèges de naissance, le cloisonnement communautaire et le repli identitaire, mais aussi l’exaspération des sentiments d’exclusion et de marginalisation.

M. Ismaïla Kane de l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique, trouve que nous vivons ensemble en communauté mais nous ne vivons pas en relation, chaque entité vivant en vase clos, dans des quartiers compartimentés par ethnie ou par ensemble régional.

Pour le réalisateur Baba Mine, le rôle du cinéma et de la culture doit être valorisé comme arme de conscientisation des masses contre le radicalisme et pour l’ancrage des valeurs du vivre ensemble. Il a évoqué cette peur de plus en plus grandissante de se mélanger sous peine de se faire phagocyter et de perdre sa propre identité.

Enfin, la table-ronde s’est achevée par des esquisses de solution qui passent, selon certains points de vue, par un consensus entre décideurs, intellectuels et politiques, autour des questions inhibitrices de l’unité nationale et par le biais de concessions de part et d’autres pour une refondation des valeurs clés de la cohésion sociale entre toutes les composantes de la population mauritanienne.

Avaient assisté à la rencontre, outre un public à majorité jeune, composé d’étudiants et d’élèves du secondaire, des acteurs connus comme Fatou Kiné Diaw, ambassadrice de la paix, Kadia Thiam, actrice culturelle, Abdel Vetah, éditeur et ancien chargé de communication à la présidence de la République, entre autres participants.

Cheikh Aïdara


« Challenge Ibtikar Prize », les lauréats du concours en innovation numérique sont connus

Les noms des lauréats du « Challenge Ibtikar Prize », un concours dans l’innovation numérique et le digital mis en place par le Ministère de la Transition Numérique, ont été dévoilés au cours d’une conférence de presse, animée vendredi 25 mars 2022 par une des Chargées de mission du ministère et la Directrice de l’Innovation, en présence du jury, du staff du département et un parterre de journalistes.

Ouverture de la conférence de presse – Crédit Aidara

« Lancé en décembre 2021 sous le Haut patronage du Président de la République, SEM. Mohamed Cheikh Ghazouani, le concours « Challenge Ibtikar Prize » vise à détecter les talents mauritaniens et de la diaspora dans le domaine du numérique et du digital ». C’est par ces mots que Mme Matehane Bacar, chargée de mission au Ministère de la Transition Numérique, de l’Innovation et de la Modernisation de l’Administration, a ouvert la cérémonie au cours de laquelle les jurys des trois catégories en compétition ont annoncé les noms des lauréats. Clôturé le 27 février 2022, le concours a permis de départager les 193 projets qui ont été soumis à leurs appréciations. Au finish, onze projets ont été retenus dans la catégorie, innovation technologique, Startup innovante et transformation digitale.

Mmes Marième Kane (Directrice innovation) et Matehane Bacar (Chargée de mission) – Crédit Aidara

La directrice de l’Innovation, Mme Marième Kane, a par la suite introduit les membres des différents jurys, experts et professionnels du numérique vivant en Mauritanie et à l’étranger. Elle a précisé que l’appel à projet lancé par son département a été ouvert à tous les Mauritaniens, résidents et membres de la diaspora, en vue d’identifier et de primer les experts dans le domaine du numérique, développeurs, designers, startupers et innovateurs.

Innovation technologique

Avec 102 projets postulants, le jury de cette catégorie, Innovation technologique, a finalement identifié les cinq meilleurs projets avant de désigner les trois lauréats après entretien, avec un ex aequo pour la 3ème place. Cette catégorie cible les projets innovants sur les technologies disruptives et les porteurs de projets ayant conçu des solutions avec un prototype fonctionnel utilisant une technologie avancée et répondant à un marché à fort potentiel.

Mme Matehan Bacar et une partie du jury – Crédit Aidara

Dans cette catégorie, les trois lauréats sont : BetaClic, Doctorim et deux ex aequo pour la 3ème place, GTI-SMP et Neotic Marketplace.

Startup et PME

Dans la deuxième catégorie, Startup ou PME innovante, 48 projets d’entreprise numérique ont été soumis et seuls trois ont été primés. Cette catégorie s’adresse aux startup innovantes ou aux entreprises digitales à fort impact ayant entre 3 et 10 ans d’expérience.

Par ordre de mérite, les entreprises lauréates sont : Yata Medical, KCG et Business Telecom.

Solution de transformation digitale

Il s’agissait dans cette catégorie d’identifier des équipes de développeurs informatiques en mesure d’implémenter des solutions répondant aux besoins du secteur public conformément à des termes de référence (TDR) publiés par leurs soins.

L’un des membres du jury se prononçant sur l’une des catégories – Crédit Aidara

Les projets sélectionnés, sur un total de 48 soumissions, sont ainsi ceux qui ont le plus répondu aux critères et aux besoins des différents départements demandeurs.

Il s’agissait pour le Commissariat à la Sécurité Alimentaire (CSA), de trouver un système de gestion informatique des boutiques TEMWIN, un système dans le domaine de la gestion du parc automobile et un pour les stocks.

Trois développeurs ont remporté les différents marchés. Il s’agit de Niang Mamadou pour la gestion des engrais, Mohamed Lemine Athié pour le système de gestion des stocks et Mohamed Abdallahi Vall pour la gestion du parc automobile.

Par visioconférence, le jury international – Crédit Aidara

Pour le système de gestion des subventions de gasoil pour la pêche artisanale selon les TDR du Ministère de la Pêche et de l’Economie Maritime, cette offre a été remportée par Abdel Kader Mohamed Salem.

Les prix seront décernés aux différents lauréats après le mois de Ramadan.

Déroulé du Challenge Ibitikar Prize

Pour garantir la transparence du concours, le ministère de la Transition Numérique a mis en place trois jurys chargés de l’évaluation des différentes candidatures. Leurs missions, vérifier les critères d’éligibilité, évaluer les projets selon la grille d’évaluation et sélectionner les meilleurs projets. Ces jurys sont composés d’enseignants, experts dans le numérique, représentants d’entreprises technologiques, opérateurs télécom, incubateurs, organisations publiques et internationales.

Certains membres du jury étaient présents lors de la conférence de presse, dans les locaux du ministère de la Transition, et les autres, vivant à l’étranger (Tunisie et France), étaient présents par visioconférence.

Pour la catégorie 1 et 2, les entreprises candidates doivent être composées de 3 à 5 personnes âgées de plus de 18 ans, résidentes en Mauritanie ou issues de la diaspora.

Photo de famille du jury présent à la conférence – Crédit Aidara

Pour la catégorie 3, les entreprises doivent avoir entre 3 et 10 ans d’existence et commercialiser des solutions digitales sur le marché mauritanien ou à l’international.

Les critères d’évaluation reposent sur la qualité des livrables fournis dans le dossier de candidature.

Le calendrier de l’évaluation des projets et de la sélection des lauréats s’est étalé du 1er au 25 mars 2022, entre la phase d’évaluation des candidatures jusqu’à la présélection des meilleures, puis l’entretien avec les candidats, l’évaluation et la sélection finale, et enfin, l’annonce des lauréats.

Dans un premier temps, les différents jurys ont sélectionné les 5 meilleures candidatures ayant obtenu les meilleures notes, puis dans une deuxième phase, l’entretien avec les candidats dans la 1ère et la 2ème catégorie pour désigner les trois meilleurs.

Pour la catégorie 3, le jury a sélectionné une à trois meilleures candidatures ayant obtenu au moins la moyenne pour chaque appel à projet.

Le Challenge Ibtikar Prize est doté d’un montant de 500.000 MRU (5 millions anciennes ouguiyas) par projet.

Cheikh Aïdara