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Mauritanie : la nomination Lalya Camara, ministre de l’Emploi, mal vue

La nouvelle ministre de l’Emploi et de la Formation Professionnelle, Mme Lalya Camara, n’est pas n’importe qui. Elle est la fille de l’ancien ministre et actuel député à l’Assemblée nationale, Camara Aly Guéladio. Mais c’est une « petite fille » que le Président Ghazouani et son Premier ministre Ould Bilal ont coopté sans leur assentiment, aux yeux de la féodalité masochiste et gérontocratique du Guidimagha, encore arc-boutée sur le pouvoir des anciens.

Lalya Camara

La nomination de cette Soninké bien née, ne répondrait pas seulement au dosage tribalo et ethno régionaliste, comme il est courant dans la formation de tous les gouvernements mauritaniens, mais résulte d’une compétence avérée. Diplômée de l’Ecole des Hautes Etudes Commerciales avec un master en finance d’entreprises en poche, Lalya Camara est aussi une experte dans le domaine de l’audit, de l’investissement et de l’entreprenariat au niveau national, international et régional, notamment dans la région du Sahel. Elle a mené des études pour le compte de la Banque Mondiale et de l’Union européenne, et a travaillé au siège de l’Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA) à Dakar comme chargée de mission et analyste financière. Elle a aussi une bonne expérience de la société civile en tant que présidente du Réseau Femmes Actives en Mauritanie (FAM).

Pour les femmes et les jeunes du Guidimagha

Des échos provenant de son Darfor natal et de son Guidimagha ancestral parlent d’une nomination bien saluée par les populations locales qui y voient un mérite renouvelé à la gent feminine et un encouragement à sa participation aux postes clés de décision. Une nomination qui tend à résorber des survivances d’us et de coutumes rétrogrades et désuètes, en total déphasage avec l’évolution du monde et les exigences de développement.

Beaucoup d’observateurs voient dans la nomination de Lalya Camara et de toutes ces femmes qui font leur entrée dans le gouvernement, un acte symbolique de la part du président Ghazounani et de son Premier ministre, Mohamed Ould Bilal, qui tend à gommer les considérations de classe et de genre, ainsi qu’une certaine stratification figée par les siècles dans une région comme le Guidimagha. Les premières manifestations d’allégresse qui ont accompagné la nomination de Lalya Camara dans sa région natale, par plusieurs villages dans la diversité de leurs communautés, sonnent comme une marque de reconnaissance à cette décision. Les populations y voient enfin l’amorce d’un changement substantiel et un espoir réel pour les jeunes et les femmes de la région.

Le poids de l’ancienne classe

La nouvelle ministre de l’Emploi est décrite comme proche des populations, équidistante de toutes les communautés, par-delà les clivages ethniques et politiques, des dissensions desquelles se nourrissaient les caciques locaux.

Pour beaucoup de cadres et intellectuels du Guidimagha, une certaine gérontocratie politique au Guidimagha serait sans doute la seule frange à percevoir à travers cette nomination, une menace réelle à sa suprématie séculaire en proie à l’usure du temps.

Cheikh Aidara


NEW AFRICA DAY, Journée Internationale de l’Afrique : COMMUNIQUÉ

Arterial Network lance sous la présidence du mauritanien Kane Limam Monza la célébration de la Journée Internationale de l’Afrique à travers une journée interactive d’une Afrique Nouvelle, avec le soutien de l’Unesco ainsi que les commissions nationales pour la Culture, l’éducation et les sciences, de Côte d’Ivoire et de Mauritanie.

Pour les célébrations de la journée de l’Afrique de cette année (le 25 mai), le Réseau panafricain continental des arts et de la culture Arterial Network propose une série de webinaires, sous l’égide de Resiliart – Une plateforme créée par l’Unesco, visant à rassembler le secteur créatif à travers la crise du Covid-19.

Ces webinaires se tiendront le 25 mai, dans 16 pays où le réseau est actuellement actif, représentant les cinq régions d’Afrique (Afrique du Nord, de l’Ouest, de l’Est, centrale et australe).

Les webinaires aborderont les défis auxquels sont confrontés les artistes et les agents des arts et de la culture dans leur contexte local, régional et continental à la lumière de la situation post-covid. Quel est l’état actuel ? Comment l’industrie créative se remet-elle de la pandémie qui a pratiquement stoppé le secteur ? Quelles sont les nouvelles approches ? Quels types d’innovations sont mises en œuvre, et de quelle manière contribuent-elles et contribueront-elles à une vision nouvelle et plus positive de l’Afrique ?

Les métiers de la culture et leur statut sur le continent est une préoccupation majeure ainsi que  leur définition formelle et leur cadre légal de réglementation sont au centre des nouvelles orientations. La formation professionnelle à ces métiers et la valorisation de leur domaine de spécialisation, sont des axes de réflexion, de concertations et de dialogues durant cette journée de l’Afrique axée sur le débat et la mise en avant des productions de chaque pays par la diffusion de contenus locaux.

Ces webinaires se dérouleront en français, anglais et portugais et seront ouverts à tous. Si vous êtes un créatif ou un acteur du secteur créatif, nous vous encourageons, vous ou votre institution, à nous rejoindre où que vous soyez, car ces conversations seront de votre intérêt. *

Des informations détaillées seront mises à disposition sur les réseaux sociaux d’Arterial Network.


Sécurité alimentaire et nutritionnelle, former la société civile dans le domaine du plaidoyer et du suivi-citoyen pour renforcer le système national d’alerte précoce

Du 28 au 31 mars 2022, une vingtaine d’acteurs de la société civile actifs dans le domaine de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, ont été renforcés dans leurs capacités en stratégies et techniques de plaidoyer budgétaire, suivi, redevabilité, contrôle citoyen et mobilisation des ressources, mais aussi sur les cadres et mécanismes de prévention et d’alerte précoce. L’atelier a été organisé par Action Contre la Faim (ACF), dans le cadre du PROACT Sahel sur financement de l’Union européenne et la collaboration de plusieurs autres partenaires. 

A l’ouverture de l’atelier – Crédit Aidara

Nouakchott a abrité du 28 au 31 mars 2022, un atelier de renforcement de capacités des bureaux SAP (Système d’Alerte Précoce) et des organisations de la société civile en matière de plaidoyer et de suivi contrôle citoyen des actions publiques dans le domaine de la sécurité alimentaire et nutritionnelle.

L’atelier intervient dans le cadre du projet « Appui au renforcement des dispositifs de prévention et de gestion des crises alimentaires et nutritionnelles en Afrique de l’Ouest et au Sahel » (PROACT Sahel).

Existence d’un socle juridique en matière de système d’alerte précoce

Sidaty Sidaty

Ouvrant les travaux de l’atelier au nom du Ministère des Affaires Economiques et de la Promotion des Secteurs Productifs, notamment du Directeur Général des Stratégies et Politiques, Point Focal SUN Nutrition Mauritanie, M. Abass Sylla, M. Sidaty Ould Sidaty, directeur adjoint de la Stratégie de Croissance Accélérée et de Prospérité Partagée (SCAPP) dans le même département, a indiqué que la Mauritanie dispose d’un dispositif national d’alerte précoce. Il a précisé que ce dispositif répond aux orientations de la SCAPP qui appelait à « la mise en place d’un dispositif permanent de réponse aux situations d’urgence liées à la sécurité alimentaire et la nutrition ».

Nouhoum Sidibé

S’exprimant au nom de l’ONG internationale ACF, M. Nouhoum Sidibé, Responsable en charge du Programme de Résilience, a indiqué que le PROACT Sahel, financé par l’Union européenne, est un dispositif multi pays et multi acteurs dont l’objectif est l’amélioration de la gouvernance des dispositifs d’alerte précoce et de réponse en Afrique de l’Ouest et au Sahel, afin de réduire les risques liés à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle des populations et renforcer leur résilience. Ce projet qui en est à sa 3ème et dernière année, a été mis en place selon lui, par trois organisations internationales, Save The Children, Oxfam et ACF dans 11 pays du sahel et du Golfe de Guinée.

Le PROACT Sahel, d’après M. Sidibé, mène depuis 2012 des activité HAE (analyse économique des ménages), mais aussi dans le domaine de la durabilité et du genre, avec une forte implication de la société civile nationale dans ses actions.

Participation inclusive et participative – Crédit Aidara

Le projet travaille, selon lui, sur deux volets, l’amélioration de la gestion des crises alimentaires et nutritionnelles d’une part et d’autre part, le renforcement de capacités de la société civile. Le présent atelier destiné à mettre en place un plan de plaidoyer pour le financement des SAP au niveau national et régional, s’inscrit dans ce contexte.

Dispositif national de Prévention et de réponses aux crises alimentaires nutritionnelles (DCAN)

M. Mohamed Ould El Hacen, Assistant Technique à la Cellule d’Appui Technique (CAT) au sein du DCAN, dispositif logé au Commissariat à la Sécurité Alimentaire (CSA), a présenté ce mécanisme et le processus ayant conduit à sa création en avril 2021 par décret du Premier Ministre.

Mohamed El Hacen

Selon lui, le gouvernement mauritanien s’était engagé depuis deux ans dans un processus de concertation visant à équiper le pays d’un mécanisme national de prévention et de gestion des crises alimentaires et nutritionnelles, conformément aux objectifs de la SCAPP qui est la vision stratégique de développement de la Mauritanie pour la période 2016-2030.

Un tel dispositif, selon lui, a été jugé indispensable pour assurer la cohérence et l’efficacité des interventions de l’Etat et de ses partenaires face aux crises de plus en plus fréquentes et intenses, affectant la sécurité alimentaire et nutritionnelle du pays. Ainsi est né le DCAN.

La réussite de cette entreprise, selon Mohamed Ould El Hacen, a été facilitée par la contribution de certaines structures provisoires, notamment le Groupe de Travail Multisectoriel, le Groupe de la Sécurité Alimentaire et le Groupe Nutrition. D’après lui, ce dispositif inclusif permettra à la Mauritanie, à l’image des pays voisins de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel, de se doter d’un outil de prise de décision et de gestion des crises, liant les fonctions d’alerte précoce et de réponse.  

Les participants en groupes de travail – Crédit Aidara

Il a détaillé l’organigramme du DCAN qui est composé d’un Comité de Programmation Alimentaire (CPA) présidé par le Premier ministre et dont le secrétariat est assuré par le Commissaire à la Sécurité Alimentaire. Il comprend aussi un Comité Technique Permanent (CTP) de sécurité alimentaire et nutritionnel dirigé par le Commissaire adjoint du CSA, auquel est rattaché la Cellule d’Appui Technique (CAT) dirigé par un conseiller. Le DCAN comprend aussi un Comité d’Analyse des Besoins (CAB), dont dépend le Groupe Technique Spécialisé (GTS), ainsi qu’un Comité Chargé de la Mise en œuvre de la Réponse (CCMR), auquel est rattaché le Comité Technique Spécialisé (CTS) qui intervient dans les filets sociaux, le suivi de la vulnérabilité des ménages et celui des moyens d’existence.

Le DCAN est aussi représenté dans les régions, selon M. Mohamed Ould El Hacen, à travers un Comité régional de sécurité alimentaire et nutritionnel (CRSAN) présidé par le Wali.

Crises alimentaires nutritionnelles et plaidoyer

Les participants ont suivi plusieurs communications, sur les différents cadres et mécanismes de prévention et de gestion des crises alimentaires en suivant le cycle du dispositif régional (PREGEC), sur le système d’alerte précoce dans le pays, ainsi que sur la stratégie et les techniques du plaidoyer, en passant en revue les types de plaidoyer et leur cycle.

Les participants élaborent le plan de plaidoyer – >Crédit Aidara

Sur les types de plaidoyer, les participants ont été édifiés sur le Plaidoyer Budgétaire, guidé dans les méandres de la Loi des Finances, de sa préparation jusqu’à son adoption, par M. Gowthiel Houmeid, Directeur adjoint du Budget.

Abordant les différentes phases de la Loi des Finances, il a indiqué que tout plaidoyer pour la mobilisation des ressources dans le budget de l’Etat doit intervenir dès la première phase de préparation du budget, au niveau du cadrage macro. Il a détaillé par la suite, les phases suivantes, notamment la circulaire budgétaire, la réception des avant-projets, leur étude et traitement, la conférence budgétaire, avec recours à l’arbitrage si nécessaire, l’adoption en conseil des ministres, la phase parlementaire, la promulgation et la mise en place du budget.   

Par la suite, il a survolé toute la littérature sur la loi des finances, ses principes fondamentaux et ses règles.

Sur la stratégie et les techniques de plaidoyer, la société civile a été rappelée à son rôle de sentinelle, à travers son devoir de veille et de participation citoyenne, notamment sa capacité à faire valoir le point de vue des citoyens dans l’élaboration des politiques publiques, dans le contrôle citoyen de l’action publique et dans la prise de décision.

Groupe de travail – Crédit Aidara

Les participants se sont scindés par la suite en groupes de travail pour l’élaboration d’un plan de plaidoyer pour que d’ici décembre 2023, le gouvernement institutionnalise et finance à hauteur de 30% les outils de collecte d’informations relatives aux moyens d’existence, que d’ici décembre 2023, le gouvernement finance à hauteur de 15% les enquêtes nationales pour la collecte des données dans le domaine alimentaire et nutritionnel, et que dans la même période, que des données soient disponibles et des dispositifs d’urgence mis en place pour répondre aux besoins des communautés dans quatre régions pilotes, notamment les régions frontalières au sud avec le Mali.

Judith Kaboré et Amadou Bousso – Crédit Aidara

Il s’agissait dans ce plan de plaidoyer, de dresser le Mapping des acteurs, d’évaluer le coût avec la recherche des évidences, puis d’identifier les outils de collecte, notamment l’enquête Suivi et évaluation standardisée des urgences et transitions (SMART), l’enquête Analyse économique des ménages (HAE) et l’enquête Suivi de la sécurité alimentaire des ménages (FSMS).

D’autres experts sont également intervenus dans l’animation de l’atelier, à l’image de Mme Judith Kaboré, du Bureau Régional ACF basé à Dakar (Sénégal) et M. Amadou Bousso de ACF Mauritanie.

Cheikh Aïdara


6ème réunion du CRP SWEDD à Nouakchott, un élargissement à 13 pays et au-delà du Sahel

De 6 pays à son lancement en 2015 sur financement de la Banque Mondiale, le projet SWEDD dans sa deuxième phase (2020-2024) s’étend à 13 pays, débordant de l’Afrique de l’Ouest vers l’Afrique Centrale. Un dynamisme, signe de performance dans l’autonomisation des femmes et le dividende démographique, que les ministre membres du Comité Régional de Pilotage (CRP) ont salué à l’issue de la 6ème réunion qui s’est tenue jeudi 24 mars 2022 à Nouakchott.

Table officielle (le Premier Ministre au milieu en costume beige) – Crédit Aidara

La Mauritanie a accueilli jeudi 24 mars 2022, la 6ème réunion en présentielle du Comité Régional de Pilotage (CRP) du projet Autonomisation des Femmes et Dividende Démographique au Sahel (SWEDD). En 2021, la 5ème réunion tenue à Nouakchott, et au cours de laquelle la présidence du CRP est passée de la Côte d’Ivoire à la Mauritanie, en la personne du Ministre des Affaires Economiques et de la Promotion des Secteurs Productifs, M. Kane Ousmane Mamoudou, s’était déroulée virtuellement.

Cette 6ème réunion est intervenue dans un contexte d’élargissement et de mise à l’échelle du projet SWEDD en tant que modèle de développement et de réduction des inégalités de genre.

A rappeler que la Mauritanie a été parmi les premiers pays SWEDD à valider son dossier pour le passage à la Phase 2 du projet. L’évènement a été célébré le 7 juin 2021 à Kaédi, en présence de la Première Dame, Dr. Marième Fadel Dah.

A Nouakchott, les ministres tablent sur les avancées et les défis

Les ministres des pays membres du SWEDD (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad) et les pays candidats à l’adhésion (Congo, Gambie, Sénégal, Togo), les partenaires techniques et financiers, ainsi que les organisations régionales sont entrés en conclave après l’ouverture officielle.

Les ministres des pays SWEDD en conclave – Crédit Aidara

L’objectif était d’entériner le bilan 2021 du projet, valider les principaux axes de la planification 2022, dégager les perspectives de renforcement des partenariats pour l’extension du projet et positionner les thématiques d’autonomisation des femmes, notamment le maintien des filles à l’école.

Les dossiers de cette 6ème réunion ont été préparés au cours d’une rencontre de deux jours, les 21 et 22 mars 2022 à Nouakchott, par les Coordonnateurs du projet SWEDD et les chargés de suivi-évaluation, en présence des partenaires techniques et financiers.

Des résultats encourageants en 2021  

Parmi les éléments de bilan tirés par les ministres du SWEDD lors de leur conclave à Nouakchott, des avancées considérables en 2021, en particulier la mise en œuvre du projet sur le plan de la gouvernance, malgré les contraintes liées à la pandémie Covid-19.

Les participants des différents pays – Crédit Aidara

Satisfecit aussi dans la mise en œuvre des stratégies de communication pour le changement social de comportement qui ont permis de toucher plus de 463 millions de personnes, ainsi que les actions de mobilisation sociale menées dans les 9 pays membres.

Les membres du CRP et leurs partenaires ont aussi salué les interventions communautaires pour l’autonomisation des femmes et leur mise à l’échelle, ce qui a permis de créer 585 nouveaux espaces sûrs communautaires et scolaires, portant le nombre total d’espaces sûrs créés jusque-là à 3664.

Le nombre de clubs de maris et de futurs maris a connu aussi un accroissement substantiel, leur nombre ayant passé de 1428 en 2020, à 1608 en 2021.

La disponibilité des produits et du personnel qualifié a été assurée, avec des améliorations et un renforcement des offres de service de santé sexuelle et reproductive, y compris la planification familiale. Ainsi, la rupture des stocks en produits contraceptifs a été éliminée dans 97% des structures de santé.

Le projet SWED a aussi soutenu 48 réseaux de leaders en milieu communautaire et traditionnel, mais aussi chez les jeunes et les communicateurs. Il a aussi permis la mise en place de 6 observatoires nationaux du dividende démographique, dont certains ont commencé à générer d’importantes données touchant les thématiques du projet, comme l’autonomisation des femmes et la numérisation des travaux domestiques (le travail de la femme au foyer).

Vue partielle du public – Crédit Aidara

Ainsi, la 6ème réunion du CRP SWEDD à Nouakchott visait à offrir une plateforme d’échanges entre les pays membres et les partenaires, réaffirmer la valeur ajoutée des interventions transfrontalières pour la lutte contre la vulnérabilité des femmes et des filles. Elle tenait aussi à évaluer le positionnement des thématiques d’autonomisation des femmes, échanger sur les perspectives d’extension du projet à de nouveaux pays et les opportunités d’échanges avec les organisations régionales, telles que l’Union Africaine, la Commission Economique Des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et la Commission Economique des Etats d’Afrique Centrale (CEEAC).  

La Phase 2 du projet SWEDD, avec un financement additionnel de 376 millions de dollars U.S pour la période 2020-2024, a connu des adhésions de taille. En 2015, la Phase 1 du projet, doté d’un financement de 304 millions de dollars regroupait 6 pays (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad), avant de s’élargir au Bénin. La deuxième phase connaîtra l’adhésion du Cameroun et de la Guinée en 2020, portant le nombre de pays membres de 6 à 9. Aujourd’hui, quatre pays sont dans un processus d’adhésion. Il s’agit du Congo, de la Gambie, du Sénégal et du Togo, ce qui portera à 13 le nombre des pays membres du projet SWEDD.

Au début, l’ouverture officielle et l’échange de discours

L’ouverture officielle de la 6ème réunion du CRP SWEDD dans un Palais des Congrès archi-comble a été rehaussée par la présence du Premier Ministre, M. Mohamed Ould Bilal Messaoud, en présence de quelques membres du gouvernement et les représentants des autres Etats membres, dont plusieurs ministres. Etaient également présents les partenaires techniques et financiers, la Banque Mondiale, le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA), l’Organisation Ouest Africaine de la Santé (OOAS), l’Agence Française de Développement (AFD) et les organisations régionales (Union Africaine, CEDEAO et CEEAC).

Ouvrant les travaux de la réunion, M. Kane Ousmane Mamoudou, ministre des Affaires Economiques et président en exercice du CRP, avait déclaré que « le projet SWEDD a démontré, à travers une approche multisectorielle et une dimension régionale, qu’il s’érige en un bel exemple d’intégration régionale ». Selon lui, « la Mauritanie, en tant que pays assurant la présidence du CRP SWEDD, mettra tout en œuvre pour soutenir toute initiative visant à renforcer et à élargir le partenariat, mais aussi la collaboration interétatique et transfrontalière au profit de l’autonomisation des femmes et de la jeune fille, pilier central de la capture du dividende démographique et du développement durable ».

Auparavant, le Directeur général de l’OOAS, Pr. Stanley Okolo, avait mis en exergue les progrès réalisés et leur impact sur le dividende démographique dans les pays SWEDD, avec des exemples de réussite probants. Il a dit la disponibilité de son institution à accompagner les Etats membres de cet ensemble régional, notamment dans l’amélioration du contrôle qualité des médicaments et l’appui aux centres d’excellence mentorat.

Quant à Mme Kapinga Yvette NGandu, Commisssaire à la CEEAC, elle a exprimé l’intérêt grandissant des pays d’Afrique Central à l’égard du projet SWEDD en ce que ses objectifs recoupent leurs préoccupations, par exemple en matière d’autonomisation des femmes, de maintien des filles à l’école et de lutte contre des pratiques néfastes comme le mariage des enfants. Elle a évoqué dans ce cadre le Plan stratégique de la CEEAC (2021-2027) sur la politique genre et la promotion des femmes. Elle a relevé les défis auxquels font face les pays de la région, comme les violences basées sur le genre, les pesanteurs socioculturelles et l’impact du Covid-19, autant d’éléments, selon elle, qui milite en faveur d’une adhésion au projet SWEDD. A noter que trois pays d’Afrique Centrale sont déjà membre de cet ensemble régional, Tchad, Cameroun et Congo.

Mme Marième Cissé de la Commission de l’Union Africaine a pour sa part rappelé les dispositions de l’Agenda 2063 de l’Union africaine qui place selon elle la femme au cœur de ses politiques, mais aussi le Protocole de Maputo sur la femme et l’Initiative Saleema sur l’accélération de l’élimination des mutilations génitales féminines (MGF).  « En Afrique, 15 millions de filles sont confrontées aux trois risques majeurs, la grossesse précoce, le mariage précoce et l’abandon scolaire » a-t-elle déclaré. Elle a mis l’accent sur l’amélioration de l’accès aux services de santé sexuelle reproductive et l’accélération de la mise en œuvre des dernières recommandations de la Conférence Internationale sur la Population et le Développement (CIPD) de Nairobi.

La Directrice Régionale de l’UNFPA pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre (WCARO), Mme Argentina Matavel, dont l’institution est l’un des principaux partenaires techniques du SWEDD, à travers son Secrétariat Technique Régional (STR), s’est réjoui de l’extension du projet à d’autres pays au cours de sa deuxième phase, ce qui confirme selon elle, le succès de ces approches de développement. Le chemin est encore long, reconnaît-elle en substance, mettant l’accent sur le renforcement du pouvoir économique des femmes et des filles pour lutter contre leur situation de vulnérabilité. Elle a enfin relevé la convergence des objectifs visés par l’UNFPA et le projet SWEDD, à travers notamment les Trois Zéros Transformateurs, à savoir zéro décès maternel évitable, zéro besoin non satisfait en matière de planification familiale et zéro violence basée sur le genre.

De son côté, Mme Bouzeima de la Banque Mondiale a rappelé qu’en 2100, l’Afrique comptera 4 Milliards d’habitants, tirant la sonnette d’alarme sur le taux d’accroissement spectaculaire de la population et son impact sur la pauvreté et la vulnérabilité, notamment celle des femmes et des adolescentes. Ce constat doit selon elle conduire à un accroissement des investissements dans le capital humain, notamment le développement du potentiel des jeunes filles, évoquant au passage l’impact des changements démographiques sur l’environnement climatique.

Cheikh Aïdara

TEMOIGNAGES

Mme Argentina Matavel Piccin, Directrice Régionale de l’UNFPA pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre

« Au moment où on a eu l’expansion de 6 pays à 9, et encore plus récemment, d’autres pays ont rejoint le SWEDD, le constat est que ces pays ont vu des progrès intéressants réalisés dans cet ensemble en termes d’accélération dans l’autonomisation de la femme et de la jeune fille. C’est le désir de tous les pays de l’Afrique, parce que les objectifs visés se trouvent dans l’Agenda 2063 de l’Union Africaine, d’où cet engouement de plus en plus nombreux de pays qui cherchent à rejoindre le SWEDD. La plupart des pays prennent des prêts, même auprès de la Banque Mondiale, pour pouvoir implémenter ce projet. Cela montre l’importance qu’ils accordent à la promotion et à l’autonomisation de la femme et de la jeune fille. Sans un intérêt pour cette frange qui constitue la moitié de la population, notamment la jeune fille qui représente la génération de demain, nul développement n’est possible. Il faut impérativement scolariser la jeune fille, reculer l’âge du premier mariage et lui éviter toute grossesse précoce. . »

Mme Kapinga Yvette Ngandu, Commissaire Chargée de la Promotion du Genre, Développement Humain et Social à la CEEAC

« Nous avons 11 Etats membres de la CEEAC et l’idée de ma participation à cette réunion de Nouakchott est de consolider le travail qui est déjà accompli dans notre région géographique, notamment dans le domaine de l’autonomisation et la réduction de la vulnérabilité économique de la femme. Nous avons déjà au niveau de la CEEAC une politique Genre qui porte déjà sur ce principe. Il faut dire que de façon timide, nos Etats membres ont évolué vers la mise en œuvre de cet engagement qu’ils ont pris eux-mêmes en 2019. Nous sommes heureux néanmoins de constater qu’il y a 3 Etats membres du CEEAC qui ont déjà adhéré au SWEDD (Tchad, Cameroun et Congo) et qui se trouvent de fait doublement engagés à faire avancer les aspirations qui sont contenues dans ce programme ».

Mme Bouzeima, Banque Mondiale

« L’adhésion au SWEDD découle d’abord de la volonté des pays de participer à ce projet. Le processus repose donc sur l’appropriation des priorités qui étaient déjà portées dans le SWEDD 1. Nous n’avons pas réellement de cible et tout vient des discussions que nous avons avec les pays. Dans le cadre de l’IDA 20, la problématique sur le genre est une priorité et le projet SWEDD est un projet ancré dans la région de l’Afrique de l’Ouest. Les pays peuvent exprimer leur volonté de participer. L’un des succès de ce projet est qu’il y a beaucoup plus d’intérêt au-delà de l’Afrique de l’Ouest. Nous sommes en train de monter un projet similaire sur l’Afrique de l’Est. La question est de se demander quelle est la priorité pour ces pays, vu qu’il y a un processus de discussion et des ressources disponibles. A priori, tous les pays sont éligibles et c’est un réel plaisir de travailler avec tous les pays qui le souhaitent ».